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OU QUAKERS

Il vient d'être dit que des Anabaptistes s'étaient réfugiés en Angleterre', ou qu'en tout cas ils y avaient trouvé des adhérents. Ils ont certainement professé les doctrines anti»militaristes, qui for» maient une partie essentielle de leurs convictions religieuses. Vers 1570 nous rencontrons la secte des Familistes (ou Family of God), qui se rattache également à l'Anabaptisme. Les adhérents condam» naient le port des armes, mais puisqu'ainsi ils éveillèrent l'attention générale, ils admirent plus tard le port de bâtons'. Il est vraisem» blable que les éléments lollards encore survivants se sont fusionnés avec ces sectes nouvelles, et qu'ainsi a été créé en Angleterre un ferment religieux, qui a exercé une certaine influence dans le grand mouvement du XVIIe siècle. C'est également pendant le règne d'Elisabeth que la secte des Independents surgit sous l'inspiration de Robert Browne. L'histoire ultérieure des Independents montre que l'antismilitarisrhe n'était pas partie intégrante de leur doctrine: dans cet ordre d'idées ils ont été sous l'inspiration de l'Ancien Testament. Mais d'autre part leur accentuation de l'élément personnel dans la vie religieuse, leur opposition acharnée contre toute Eglise organisée,

' Plus haut, p. 227. Cp. Beifort Bax, Anabaptism, p. 322 ss. ' Belfort Bax, 1. c, p. 356.

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les portaient vers une manière de voir qui a toujours fait des con< grégations des Independents un sol très favorable aux vues pacifistes et même anti^militaristes. Au fond c'est plutôt l'organisation de la vie religieuse qui intéresse les Independents, alors qu'en fait de doc^^ trine ils ne possèdent guère d'originalité, et il est donc très naturel qu'actuellement ils se nomment Congregationalists, insistant ainsi sur la forme de leur organisation.

Dans la grande commotion religieuse et politique qui secoua le peuple anglais au XVIIe siècle, une foule de nouvelles sectes surgi» rent: on en connaît plus de cent. Il n'y en a pas beaucoup qui ont embrassé les doctrines anti«militaristes ou même pacifistes. Au con« traire, tout comme les Independents dont nous venons de parler, la plupart en cherchent leur inspiration dans l'Ancien Testament: ils forment le peuple élu, appelé à lutter contre le roi païen et ses con» seillers dépravés. Les seules sectes qui continuent la tradition anti» militariste de l'Anabaptisme', sont les Quinto'monarchistes et les Quakers.

Les «Fifth Monarchy men» sont ceux qui attendent l'arrivée du cinquième empire dont parle Daniel (Chap. II .44), celui qui succédera aux quatre empires historiques. C'est l'empire du Christ, qui durera éternellement. On voit les tendances chiliastes de cette secte, qui d'ailleurs n'a pas eu beaucoup d'importance, surtout si on la compare à l'autre secte qui vient d'être nommée.

Aucune secte religieuse ne présente à beaucoup près le même intérêt pour notre étude que celle de la Société des Amis, ou Quakers.

C'est le type le plus développé des religions mystiques. Les Quakers cherchent leur inspiration dans la «lumière intérieure», à

' On n'a pu établir aucune connexion directe entre les Anabaptistes en Angleterre et la secte des Baptistes proprement dite. Cette dernière secte, dont l'origine ne remonte qu'à la fin de la première moitié du XVIIe siècle, ne rejette ni le service militaire, ni les fonctions publiques. — Herzog, Reallexikon, II (1897), pp. 385 ss.

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l'aide de laquelle Dieu lui»mêmc les éclaire*. La voix intérieure est plus importante même que la parole de la Bible: c'est elle qu'il faut toujours suivre. Mais d'autre part cette voix intérieure ne doit pas être confondue avec les instincts et les appétits égoïstes: l'homme a besoin d'éducation, d'instruction; seulement il ne faut dominer, ni contraindre personne; c'est par la persuasion qu'il faut tâcher de gagner des adhérents. On voit ainsi les tendances pacifiques des Quakers: douceur, mansuétude, modestie, la parole à voix basse, forment leur caractéristique extérieure. Réprouvant toute violence, ils prêchent la non^résistance au mal, et ils sont ainsi devenus les apôtres constants d'un anti»militarisme prononcé. Adhérents fervents d'une propagande de persuasion, ils ont produit une littérature paci« fîste abondante, et ce sont eux aussi, qui ont fondé les premières sociétés de la paix\ Dans l'organisation de la vie religieuse, ils re» poussent toute forme extérieure: aucune Eglise organisée, aucun sacerdoce, pas même un local solennellement consacré au culte: leur meeting'house a l'air d'une salle de conférences ou de discussion; le service divin — si on peut employer ce terme — est sans aucune cérémonie: il s'ouvre en silence, et si aucun des assistants n'est «mo» ved to speak» par la voix intérieure, il se termine également en si» lence. Aucune contrainte n'est exercée envers les enfants, même pour leur imposer les croyances de leurs parents. La religion doit être absolument personnelle et sincère.

Et la religion n'a pas de valeur, si elle ne se traduit pas dans la vie, dans les actes : c'est «the godly life» qu'il s'agit de réaliser, la vie dont Jésus«Christ nous a donné l'exemple: bien faire, laisser parler; souffrir en silence et en humilité; ne jamais démentir sa con»

' Le premier nom que st donnèrent les Quakers, fut celui de «Children of tlic l.ight». Plus tard ils adoptèrent le nom de «Friends». «Quakers», primitives ment un sobriquet — on n"cst pas tout^àsfait sûr de son origine - est actuellement employé par la secte elle«même; cp. p. ex. le titre «Quaker Strongholds» du livre de Miss Stephen.

' New York Peace Society en 1815; Peace Society (à Londres) le 16juin 1816. Les deux initiatives furent indépendantes l'une de l'autre.

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viction ; mener une vie sobre et utile ; vaincre le mal et les malfaiteurs par la persuasion et par la douceur — tel est l'idéal moral du Qua» ker. Il a exercé une influence profonde sur ses adhérents, et même en dehors, et à plusieurs points de vue le libéralisme absolu des Quakers en matière de religion, leur aversion pour tout ce qui peut rendre extérieurs, et peut«être superficiels, les rapports avec Dieu, semblent gagner du terrain de nos jours".

Le fondateur de la secte fut George Fox (1624—91), type de religieux exalté, dont on peut étudier le développement spirituel dans son Journal. Mais Fox ne fut pas seulement un exalté, pré» sentant même des traits prononcés d'une psychologie détraquée; il fut en même temps une personnalité supérieure. Il suffit de citer la parole de Cromwell, lors de sa première entrevue avec Fox, en 1655, «Come again to my house, for if thou and I vvere but an hour in a day together, we should be nearer one to the other»'. Les Quakers ont des connexions très évidentes avec les derniers Anabap* tistes, les Familistes, Fifth Monarchy Men, Ranters et autres sectes exaltées, inspirées de tendances mystiques, qu'ils ont plus ou moins complètement absorbées. Exposés à des persécutions sévères à cause de leur opposition à tout rite extérieur et au paiement des dimes ecclésiastiques, les Quakers ont beaucoup souffert, non seulement en Angleterre, mais aussi dans les colonies d'outre^mer, p. ex. au Mas« sachusetts, où quelques-uns avaient cherché asile déjà en 1656, afin

" Cp. W" James, Varieties of Religious Expérience, p. 7: «So far as our Christian sects tO'day are evolving into liberality, they are simply reverting in es= sence to the position which Fox and the early Quakers so long ago assuraed.»

' Pour les origines, l'histoire et les doctrines des Quakers, cp., à côté du Journal de Fox, Braithwaite. Beginnings of Quakerism (London, 1912), Barclay,

An Apology for the True Christian Divinity paru d'abord en latin (1675),

puis en anglais (5e éd., London, 1703). Les histoires de Sewel et de Gough. qui ne vont qu'à la fin du XVIIIe siècle n'ont pas encore trouvé de remplacement à la hauteur de la science. Cp-.en outre sur les doctrines, Miss C. E. Stephen, Quaker Strongholds (3d Ed., London, 1891). — La littérature est abondante; les Quakers — nous venons de le dire — ont été des écrivains très féconds. Ils sont aussi des lecteurs fidèles.

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de faire de I<i propagande. On peut comprendre qu'ils étaient con# sidérés comme insupportables: leur exaltation se manifesta, dans ces premiers temps, d'une manière irritante; leur refus de porter les ar< mes, de payer les dîmes, s'allia avec leur insistance sur certaines formes extérieures qui avaient un air d'insubordination ; ainsi ils tutoyaient tout le monde sans distinction, même le roi et les fonc tionnaires royaux ; ils refusaient de se découvrir devant qui que ce soit.

Il ne s'agit pas ici de suivre l'histoire de cette secte; mais il était nécessaire d'indiquer les traits principaux de leur doctrine reli» gieuse et de leur psychologie générale, afin de pouvoir mieux expo» ser leur attitude au sujet du problème de la guerre et de la paix. Comme nous n'étudions ici que l'évolution des doctrines, nous ne parlerons pas des nombreux témoignages sur l'attitude pratique des Quakers dans cet ordre d'idées. Cela aurait demandé un cha* pitre à part.

Déjà Fox avait fait preuve d'anti»militarjsme en refusant en 1651 de devenir officier, quoiqu'ainsi il eût obtenu sa libération de prison"; «il ne pouvait combattre contre personne; car il avait amour pour tous». Pour Fox c'était tout simplement une conséquence et une application de sa conviction religieuse personnelle; à un converti qui lui demanda si, en devenant l'un des Amis, il devait abandonner son épée, qu'il avait portée jusqu'ici comme tous les gens de condi* tion d'alors, Fox répondit: «Wear it as long as thou canst.» Aucune contrainte extérieure, seulement manifestation au dehors de l'état d'esprit et des convictions religieuses de la personnalité, voilà ce que visent surtout Fox et les pionniers. C'est une attitude plus avancée que celle des chrétiens primitifs, qui étaient restés dans l'armée parce que «chacun devait demeurer dans son état»*; si la voix intérieure d'un Ami exigeait le refus de porter les armes, il fallait le faire à

Braithwaite, Beginnings p. 54.

Voir plus haut, p. 37.

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n'importe quel prix. C'est l'attitude de Fox personnellement. Ainsi il écrivit à Cromwell:

«I who am of the world called George Fox, do deny the car* rying or drawing of any carnal sword against any or against thee, Oliver Cromwell, or any man — — — »'"

Mais d'autre part, ceux qui ne sont pas poussés par l'Esprit à la même attitude intransigeante, sont toujours considérés comme mem« bres de la société. On ne peut pas assez insister sur le fait que les Quakers ne professent pas des doctrines fixes et immuables; ils n'ont jamais adopté de confessions de foi, ni imposé de règles ri* gides de conduite. Leur particularité a été bien indiquée ainsi : «Apart from points of doctrine, which can be more or less définis tely stated (not always with unanimity), Quakerism is an atmosphère, a manner of life, a method of approaching questions, a habit and attitude of mind.»"

On comprend que pour des personnes de cet état d'esprit il ne pouvait pas être très difficile de continuer leur existence même au sein des états existants; néanmoins la première période, celle qu'on pourrait appeler l'âge de l'exaltation, avait vu des persécutions assez sérieuses, qui durèrent jusqu'au Toleration Act de la Révolution de 1689. D'autre part, l'esprit propagandiste était encore très fort. Fox était un missionnaire actif; il visita l'Amérique à plusieurs reprises, afin de voir les différentes colonies de Quakers qui s'y étaient for« mées. Il alla aussi en Allemagne. La secte se répandit aux Pays» Bas, où les Quakers sont entrés en relations avec les Mennonites et avec une autre secte de tendance mystique et anti»militariste, les «RhijnS' burger CoUegianten»^^; au Palatinat, où le refus de ses membres de

'° Braithwaite, 1. c, p. 179—80. La lettre est un exemple très curieux de l'exals tation religieuse de Fox, qui s'appelle «the son of God».

" Voir l'admirable étude par A. Neave Brayshaw dans ï'Encyclopaedia BrU tannica (11 th. Ed.) XI, pp. 223 ss. («Priends, Society of»).

" Voir pour cette secte, dont l'histoire est encore peu connue, Haspels, Weert loosheid, p. 119—20; Braithwaite, 1. c, p. 410 ss.

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faire service militaire, et même de payer les impôts, provoquèrent des persécutions sévères. C'est pendant cette ère des persécutions, tant en Angleterre qu'en Allemagne, que l'idée surgit de fonder en Amérique une société particulière des Quakers, dans laquelle ils pourraient développer librement leur originalité et réaliser «the godiy life». Parmi eux se trouva un homme haut placé, qui posséda les moyens de réaliser cette tentative généreuse. C'est ainsi que fut tentée William Penn's Holy Experiment.

Nous aurons à reparler de cette personnalité, qui joue à plusieurs points de vue un rôle intéressant dans l'histoire des idées dont nous suivons l'évolution, et nous reviendrons alors également sur son ex* périence politique.

Pour ses coreligionnaires, il trouva en tout cas le moyen d'évi* ter les persécutions qui les menacèrent continuellement en Europe. Ainsi la Société des Amis obtint un asile sûr en Amérique, et ils ont depuis joué un rôle important dans le développement des Etats» Unis, surtout dans les pays de l'Est.

Nous avons dit qu'en Angleterre le Toleration Act mit fin aux persécutions contre les Quakers. Depuis cette époque leur intran* sigeance a diminué à plusieurs égards: on peut constater chez eux la même évolution qui caractérise tant d'autres sectes religieuses ou politiques: l'apôtre^fondateur déclare la révolte; ses successeurs font leur paix avec le monde. Alors que les premiers Quakers s'étaient considérés comme la «True Church», et que par conséquent la pro» pagande était pour eux une sainte obligation, une mission imposée par la volonté de Dieu, les générations postérieures se croient plu* tôt «a peculiar people»; ils demandent plutôt des exceptions en leur faveur qu'une conversion du monde. La tolérance qu'ils exigent pour eux-mêmes est accordée aux autres". En outre, les Quakers devinrent de plus en plus prospères par leur commerce; ils devien* nent très bourgeois, et la «respectabilité» est considérée comme un

Cp. Brayshaw (Enc. Br. XI. 223 ss.)

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idéal: de plus en plus les particularités extérieures, en habits, en conduite — p. ex. le tutoiement — sont abandonnées. Leur «Testi« mony against War» continue, toutefois, à occuper une place prépon^ dérante parmi leurs doctrines. Il est donc important d'étudier en détail leur attitude à ce sujet.

Robert Barclay (1648—90) est le dogmatique des débuts du Quakerisme. Il n'avait que 27 ans lorsqu'il publia en 1675 son Apology, '^ qui parut d'abord en latin et en anglais, plus tard en hol» landais, en allemand et en français, »for the information of strangers«. Il expose d'abord quinze «Thèses Theologicae», qu'il développe en< suite avec beaucoup d'érudition et dans un style clair et concis. Les deux dernières de ces thèses nous intéressent surtout.

La «Proposition XIV» traite des pouvoirs de l'autorité civile «in matters purely religious, and pertaining to the Conscience». Barclay rejette totalement toute immixtion de l'autorité civile et séculière dans les affaires de la conscience: «— — — if a man should go against his Perswasion, or Conscience, he should commit a Sin; because what a Man doth contrary to his Faith, tho' his Faith be wrong, is no ways acceptable to God — — — » (p. 487). Mais la «liberté de conscience» ne doit aucunement servir de prétexte pour des actions qui puissent nuire à d'autres: «But Secondly, As we would hâve the Magistrate avoiding this extream, of incroaching upon Men's Consciences; so on the other hand, we are far from joyning with, or strengthening such Libertines as would stfetch the Liberty of their Consciences to the Préjudice of their Neighbours, or the Ruine of Humane Society. We understand therefore by Matters of Conscience, such as immediately relate betwixt God and Man, or Men and Men, that are under the same Perswasion — — — (ibd.) — — — the Liberty we lay claim to, is such, as the iVi» mitive Church justly sought under the Heathen Emperors, to wit for Men of Sobriety, Honesty, and a Peaceable Conversation to en» joy the Liberty and Exercise of their Conscience towards God, and

'* Je cite la 5e éd. anglaise, London, 1703.

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among themselves ; and to admit among them such, as by their Perswasion and Influence, corne to be convinced of the same Truth with them, without being therefore molested by the Civil Magi» strate.» (p. 488) C'est la pure doctrine d'une entière liberté de conscience, exclusivement limitée par les égards dus aux intérêts du prochain ou à ceux de la société humaine. C'est en vertu du même principe, en insistant exclusivement sur «la persuasion et l'influence», sans au» cune contrainte extérieure, que Barclay rejette tout emploi de la force dans ce domaine; il serait «contrary to the Nature ofC/insf 's Gospel and Ministry to use any Force or Violence in the gathering of Soûls to him» (p. 491). D'après Barclay, il n'est pas admissible de citer le Vieux Testament dans cet ordre d'idées: «those particular Commands to the Jews, and Practices following upon them are not a Rule for Christians», et si Paul dit que le Magistrat ne doit por» ter l'épée en vain, «this must be understood of Moral Evils, relative of Affairs betwixt Man and Man, not of Matters of Judgment or Worship » (p. 495).

On voit qu'il n'y a pas ici une réprobation absolue de l'emploi de la force dans les affaires ordinaires. Mais la force et la contrainte extérieure n'ont rien à faire dans les «Matters of Judgment or Wor« ship». C'est cette thèse qui est admirablement développée dans le passage suivant, dont la hauteur de vues est exceptionnelle au X Vile siècle.

«'fis Argument, and évident Démonstration of Reason, together with the Power of God reaching the Heart, that can change a Man's Mind trom one Opinion to another, and not Knocks and Blows, and such like things; which may well destroy the Body, but can never inform the Soûl, which is a free Agent, and must either accept or reject matters of Opinion, as they are born in upon it, by some» thing proportional to its own nature.» (p. 497). — Ainsi la psycho» logie qui avait provoqué les guerres de religion, la conception de la religion comme étant l'un des pouvoirs établis de l'Etat, est efficace» ment combattue.

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Après un examen historique des persécutions des chrétiens pri» mitifs, et une polémique vigoureuse contre la politique de persécu» tion des protestants, qui ne peuvent maintenir cette doctrine «with> out strengthening the Hands of Popish Inquisitors ; and indeed, in the end, lands in direct Popery» (p. 506), Barclay fait un tableau émouvant de la résistance passive des Quakers, «the Nature of true Christian Sufferings» (pp. 507 ss). «And when there was anywhere a Church or Assembly gathered, they taught them to keep their Meetings openly, and not to shut the Door, nor do it by Stealth, that ail might know it, and who would might enter. And as hereby ail just occasion of fear of Plotting against the Government was fuUy removed, so this their Courage and Faithfulness, in not giving over their meeting together (but more especially the Présence and Glory of God, manifested in the Meeting, being terrible to the Consciences to the Persecutors) did so weary out the Malice ot their Adversaries, that often^times they were forced to leave their Work undone» (p. 508).

C'est la conviction profonde des Quakers que cette attitude courageuse, mais absolument sans défiance et sans recours à la force, est non seulement conforme à la parole du Christ, mais encore la seule méthode efficace pour vaincre, ou plutôt convaincre, les mal» faiteurs : le puissance de Dieu se manifeste ainsi, et la littérature quakerienne abonde en exemples et anecdotes de «conversions mi» raculeuses», d'ainterventions de Dieu» provoquées par semblable attitude. C'est ce principe fondamental qui porte le Quaker à la réprobation de toute résistance au mal, det oute guerre et de tout combat.

Il est assez étonnant de trouver le développement de ce principe dans la dernière Proposition de Barclay qui s'intitule: «Concerning Salutations and Récréations», et qui parle d'abord de l'emploi de «titres flatteurs»; de luxe en habits, de jeux, sports, comédies etc.; de serments. Le dernier point, enfin, est ainsi conçu:

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«That it is not lawful for Christians to resist Evil, or to War or Fight in any case.» (p. 515).

La thèse est développée pp. 556—69,

Le point de départ est le Sermon sur la Montagne: «Mais je vous dis: ne résistez pas au mal»; puis sont cités les Pères de l'E» glise, et toute une série de témoignages de la Bible sont énumérés, en première ligne les paroles de Jacques (Lettre, IV.l): «D'où vien» nent parmi vous les dissensions et les querelles? N'est»ce pas de vos désirs déréglés qui combattent dans vos membres?» — C'est une citation qu'avait employée déjà George Fox, et elle revient conti» nuellement dans la littérature pacifiste des Quakers comme l'argument suprême: la guerre est la conséquence du péché; il faut lutter contre la guerre en tant que manifestation du mal. — Barclay examine les arguments tirés du Vieux Testament, mais son examen ne présente aucun trait intéressant à côté de ceux que nous connaissons déjà.

Il vaut mieux suivre le raisonnement de Barclay là où il dépasse le domaine religieux proprement dit :

«Secondly, They object, That Defence is of Natural Rigbt, and that Religion destroys not Nature.

I answer, Be it so; but to obey God and commend ourselves to him in Faith and Patience, is not to destroy Nature, but to exalt and perfect it — — — » (p. 563).

Nous rencontrons dans ce passage une reconnaissance des diffi» cultes pratiques qui entourent le problème, difficultés qui résultent du fait que même les «Amis» sont obligés de vivre dans une société policée, au sein de laquelle ils ne forment encore que la minorité. Barclay reconnaît qu'une défense même par la force peut être admis» sible; mais la non^résistance représente une étape d'évolution plus élevée. C'est la même manière de voir que nous avons constatée chez Fox, dont Barclay était un ami intime: «Wear the sword as long as thou canst». Et en discutant le problème de l'obéissance à l'autorité civile commandant la guerre, «for the defence ofour Coun» try, Body, Wives, Children and Goods», Barclay se place toujours

17 — Publ. de rinit. Nobel norvégien. IV. 257

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à ce même point de vue : il faut faire la part de l'imperfection humaine.

«As to what relates to the présent Magistrates of the Christian World, albeit we deny them not altogether the name of Christians, because of the publick Profession they make of Christ' s Name; yet we may boldly affirm that they are far from the Perfection of the Christian Religion: Because in the State in which they are, — - — they hâve not corne to the pure Dispensation of the Gospel. And therefore, while they are not in that Condition, we shall not say, that War, undertaken upon a just occasion, is altogether unlawful to them — — — So the présent Confessors of the Christian Name, who are yet in the mixture, and not in the patient Suffering Spirit, are not yet fitted for this form of Christianity, and therefore cannot be undefending themselves, until they attain that Perfection. But for such, whom Christ has brought hither, it is not lawful to défend themselves by Arms, but they ought over ail to trust to the Lord.» (p. 568-69).

C'est sur la personnalité qu'insiste la morale quakerienne. Les critè* res ne doivent pas être cherchés en dehors de nous ; c'est delà conscience, c'est de la responsabilité personnelle envers Dieu que dépend la question de savoir si, oui ou non, la guerre de défense peut être consi» dérée comme légitime. C'est ce qui explique aussi que l'attitude qua« kerienne envers la guerre n'a pas été absolument intransigeante et sans compromission. Non seulement, les Quakers, l'ère exaltée de la fon« dation passée, ont payé les impôts qui servent à entretenir, entre au» très choses, la force armée; mais ils admettent fréquemment qu'il peut y avoir des cas où l'emploi de force serait admis'''; ce sont là

" Cp, p- ex. Stephen, Quaker Strongholds: «Would any one say that at the time of the Indian Mutiny the GovemorîGeneral of India ought not to hâve per» mitted the use of arms for the protection of the women and children? I doubt whether any Friend would be found to maintain this. But it is equally to be re« membered that no Friend could well hâve occupied the position of the Governor» General. No nation which had from the beginning of its history been thoroughly

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des conséquences regrettables de l'état général de culpabilité, de péché, où se trouve encore le genre humain, et notamment c'est une conséquence de son organisation politique. Miss Stephen dit'" que des Amis ont souvent et sans encourir de censure, servi dans la po» lice («as spécial constables»), emploi où certainement le recours à la force est inévitable. On a même affirmé — mais le fait paraît con* trouvé — qu'il y aurait eu un régiment de Quakers dans la guerre d'Indépendance américaine", et, d'après plusieurs témoignages, de nombreux Quakers se seraient inscrits comme volontaires en 1914 et 1915, pendant la guerre mondiale, en tout cas pour les services auxi» li aires de la guerre.

Le point de vue actuel des Quakers par rapport à ce problème est admirablement exprimé par M. Braysiiaw'**: «Their testimony is not based primarily on any objection to the use of force in it» self, or even on the fact that war involves sufFering and loss of life ; their root objection is based on the fact that war is both the out» come and the cause of ambition, pride, greed, hatred and everything that is opposed to the mind of Christ ; and that no end to be at« tained can justify the use of such means. While not unaware that with this, as with ail moral questions, there may be a certain bor» derland of practical difficulty, Friends endeavor to bring ail things to the test of the Realities which, though not seen, are eternal, and to hold up the idéal set forth by George Fox, of living in the vir» tue of that life which takes away the occasion of war.»

Tous les Quakers ne reconnaîtront pas l'existence du «border* land of practical difficulty». Il y en aura certainement encore qui, avec Jonathan Dymond'", condamnent toute guerre et tout recours

Christian could, I suppose, hâve found itself in the position which we occupied in India in 1857.» (p. 120).

'" Quaker Strongholds, p. 122.

" Sur rinternationalisme (Paris, 1906), p. 271-72.

'" Knc. Brit. XI, p. 226.

'" Voir son «Knquiry into the Accordancy of War with thë l'rinciples of

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à la force sous n'importe quelle condition. Et le sérieux moral des Quakers a été si grand que dans différents pays la législation a créé une exception pour eux : ils sont, sur leur déclaration d'appartenir à la Société des Amis, libérés du service obligatoire militaire.

Les Quakers se trouvent surtout dans les pays anglo=^saxons, et dans ces pays, notamment en Angleterre, ils ont joué un rôle consi» dérable dans le développement social et intellectuel au XVIIIe siècle. Dans d'autres pays — en France, aux Pays«Bas, en Allemagne, en Norvège — il se trouve de petites colonies quakeriennes, mais elles n'ont nulle part exercé une très grande influence. Lorsqu'il s'agira de suivre les origines du mouvement pacifiste organisé, au XIXe siècle, nous verrons partout les milieux quakeriens prendre une part très active à ces initiatives.

Nous sommes arrivés à la fin de la revue des sectes religieuses qui, au XVIe et au XVIIe siècle, maintiennent la tradition pacifiste et la continuent jusque vers l'époque où le pacifisme sortira de la doctrine afin de devenir un mouvement organisé. Dans l'histoire de l'Internationalisme les sectes sont plus importantes que l'Humanisme : l'Humanisme se meurt, les sectes survivent; l'Humanisme, érudit et exclusif, parle à quelques élus, à une minorité; les sectes peuvent parler aux foules. Ce seront les sectes qui fourniront les troupes au pacifisme naissant, elles développent aussi la doctrine morale et religieuse qui seule peut donner la base solide au mouvement, parce qu'elle repose sur la foi.

Il est vrai que les différentes sectes — à l'exception peut«être des Quakers en Angleterre — ne sont que des petits ruisselets isolés ; à elles seules elles n'auraient jamais créé un courant tant soit peu fort et important. Mais, d'autre part, il est intéressant de noter com« ment les sectes, ou des personnalités qui en font partie, se rattachent d'une façon intime à d'autres facteurs du mouvement internationaliste.

Christianity, and an Examination of tlie Pliilosophical Reasoning by which it is deiended.» (I.ondon, 1823, 161 pp.)

TENDANCKS INTERNATIONALISTES

Skbastian Franck, accusé d'anabaptisme, est en même temps hu« maniste; Comenius, le dernier évêque des Frères moraves, est le re« présentant le plus remarquable de ce qu'on pourrait appeler Tinter* nationalisme scientifique du XVIIe siècle; les Sociniens sont les pré» curseurs des grands prédicateurs unitariens et pacifistes du XIXe siècle; c'est aux Remonstrants — secte dont se détachèrent les Coh legianten — qu'appartient Hugo Grotius, et Spinoza a séjourné parmi les mêmes Collcgianten à Rhijnsburg; enfin le Qijaker WiU liam Penn compose en 1693 un «Essay on the présent and future Pcace of Elurope», l'un des documents les plus importants pour l'évolution de l'idée d'une organisation internationale.

Le mouvement des sectes contre la guerre forme pour ainsi dire le courant central des tendances internationalistes.

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