‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 99 sur 142 · LES CONDITIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

LES CONDITIONS GÉNÉRALES

Il peut paraître étrange de passer immédiatement de la discussion des idées morales et théologiques, développées au sein des sectes religieuses, à celle des théories juridiques. En réalité, cepen» dant, le lien est très intime. La mythologie est la forme primitive des spéculations scientifiques et morales chez tous les peuples. Il n'en est pas autrement de la théologie du Moyen» Age et même de celle de l'âge des humanistes: la théologie, la science de Dieu et des relations entre Dieu et les hommes, entre Dieu et la nature, embrasse toute science, en première ligne les sciences morales. Ce sont les canonistes qui, au Moyen^Age, formulent les premiers les principes de la science du droit, si intimement liée à la philoso» phie et à la morale, et il en est ainsi notamment du Droit interna^ tonal, parce que cette branche de la science juridique, dénuée de sanction effective, sans la base d'une législation suivie, devait avoir longtemps plutôt le caractère de théories sur le droit que d'un ex* posé de droits positifs. C'est avant tout un problème d'ordre mo« rai qui préoccupe les fondateurs du Droit international, celui de la légitimité de la guerre.

DÉVELOPPEMENT DU COMMliRCE

Lentement, cependant, la science de Droit international se dégage de la théologie et se constitue en science autonome.

Ce fait nous intéresse. Evidemment, il ne s'agit pas pour nous d'écrire l'histoire du Droit international. C'est avant tout son appa» rition qui est importante à notre point de vue. Elle prouve l'intérêt qu'éveillait au XVIe et au XVI le siècles le développement des rela* tions internationales. Ces rapports se présentèrent sous un autre aspect aux temps modernes qu'auparavant. La société «chrétienne» du Moyen«Age n'existe plus. Aux yeux de tous ceux qui pouvaient voir la réalité elle avait été remplacée par une juxtaposition d'états superiorem non recognoscentes. Comment régler les rapports entre ces états? Existe<t»il des liens entre eux? Forment«ils une société? Voilà les problèmes discutés par les auteurs de cette époque. Ces problèmes sont intimement liés à l'objet même de notre étude, et nous allons examiner en détail, d'une part comment les premiers publicistes envisagent le problème de la guerre et de sa légitimité; d'autre part comment se présentent à eux les différents problèmes se rapportant à l'existence et à l'organisation d'une société des nations.

Plusieurs circonstances ont favorisé la constitution du Droit in» ternational en science autonome vers le commencement des temps modernes. Le commerce plus intense multiplie les relations inter» nationales, et les échanges deviennent de plus en plus importants à cause de l'extension du domaine du commerce. Par suite du déve» loppement politique intérieur, de la constitution d'états plus forte» ment concentrés, ces relations commerciales tendent à devenir de plus en plus des rapports, non pas entre des personnes privées, mais entre des états qui prennent fait et cause pour leurs ressortissants, et essayent même de servir leurs intérêts nationaux en général par l'appui donné aux entreprises commerciales.

Cet intérêt des états pour le développement du commerce ne prime pas encore les intérêts politiques proprement dits. Les états sont avant tout des institutions dynastiques; leur activité principale au dehors se dirige vers l'extension de leur territoire, vers une poli»

LA SCIENCE DE DROIT INTERNATIONAL

tique de conquête ; pour les états faibles la conservation du territoire constitue l'objet de leur souci incessant. Ils vivaient tous dans un monde dangereux ; il fallait surveiller les voisins afin de pouvoir, le cas échéant, prévenir leurs attaques ou ménager leur appui et leur assistance.

C'est ainsi que s'explique l'origine d'un service de diplomatie permanente. Sous ce rapport comme sous tant d'autres, ^l'Italie ini« tia l'Europe à la vie internationale». Le Moyen^Age avait connu les missions d'apparat, p. ex. à l'occasion d'un changement de règne, d'un mariage princier, ou d'une alliance à conclure. C'est en Italie seulement, par suite de la politique d'équilibre du XVe siècle, que quelques états, et en première ligne Venise, ont institué des ambas» sades permanentes auprès des cours principales, d'abord d'Italie, puis d'Europe en général'. La mission des diplomates de ces pre* miers temps était plutôt de surveiller la politique de l'Etat vers lequel ils avaient été envoyés, de servir pour ainsi dire d'espions politiques, que de faire office d'intermédiaires constants entre les deux états. Les communications étaient encore peu développées, mais elles se développèrent constamment.

Les rapports commerciaux, les relations diplomatiques de plus en plus régulières posent des problèmes spéciaux. La nouvelle science du droit des gens les étudie; mais il y a avant tout un phéno» mène qui absorbe l'attention des publicistes: c'est la guerre inter» nationale. D'abord les critères de la légitimité de la guerre, puis toutes les questions de droit que soulève la conduite de la guerre. Existe» t»il un droit de la guerre? Où faut>il chercher les principes et les règles de ce droit?

Le sentiment d'une communauté des intérêts est encore faible — cette constatation ne doit pas nous surprendre. Cependant, il y a quelques problèmes d'ordre universel qui préoccupent déjà les esprits. «Des tentatives furent faites pour frapper à mort la piraterie qui

' Voir Nys, Origines du Droit international (Bruxelles»Paris, 1894), pp. 295 —366; DE Maulde«ia«Clavière, La diplomatie du temps de Machiavel, I-IIL Paris,

Page 1