ROLE ASSIGNE AUX MAIRES
Les Prussiens ont presque uniformément manifesté une haine vraiment féroce contre trois catégories de fonctionnaires des petites localités :1e maire, le maître d'école et le curé; ils avaient, en effet, raison de redouter, à dilTérents degrés, leur patriotisme éclairé et leurs excitations possibles à la résistance locale.
Il est question, dans le chapitre suivant, de la façon dont les Allemands pratiquèrent le « respect du Clergé » ; l'instituteur Fautras nous apprendra, dans le
chapitre P'' du livre III, comment ils traitèrent le maître d'école, même lorsqu'il demeura neutre *.
On comprend que les Allemands aient voulu, dans leur détresse de fonctionnaires, contraindre les maires et leurs conseillers à servir d'intermédiaires avec les populations qu'il s'agissait de maintenir soumises et de pressurer le plus possible.
Déjà nous avons vu que les démissions des maires furent toutes systématiquement refusées.
Aux éloges si mérités que nous leur avons octroyés, joignons les noms de quelques-uns d'entre eux : MM. Bompardjà Bar-ie-Duc; de la Sorinière, à Dampierre-sur-Loiret; Vinchon, à Laon ; Welche et Bernard, à Nancy ; Crespin, à Orléans; Richard, au Mans-; Dauphinot, à Reims; Rameau, à Versailles. Il y aurait lieu de citer aussi les maires d'Amiens, de Blois, de Gompiègne et de Rouen. Les uns et les autres luttèrent jusqu'au bout sans jamais se laisser abattre par les difficultés, par les fatigues, par les mauvais traitements même.
D. Mallel a bien caractérisé celte période en disant:
«... Ce fut une discussion pied à pied, une lutte acharnée qu'ils soutinrent avec un vrai courage et une opiniâtreté patriotique qui leur fait le plus grand honneur... ^. »
On aura une idée exacte des tribulations auxquelles furent soumis les infortunés maires en lisant Ténumération suivante :
1. Nous ne saurions oublier les glorieux instituteurs Jules Debordeaux, de Pasly, Louis Ponleltc, de Vaurexis, et Jules Leroy, de Vendières, mais il convienl de ra[)[)eler qu'ils furent fusillés : les deux premiers comme gardes nationaux., le troisième comme franc-tireur.
2. Voir Mallet (D.), op. cit., préface, page ix. 3 Mallet (D.), op. cit., p. 8i.
Contribution et interdiction de servir dans les troupes françaises. Liste à établir des hommes âgés de moins de l\o ans et réfractaires à signaler.
Sécurité des communications : nous avons déjà indiqué les moyens employés.
Mesures de police : à défaut de commissaires de police et de gendarmes, pour seconder une police prussienne inquisitoriale.
Affichage de tous les documents émanant des autorités allemandes : ordres, proclamations, avis, défenses.
Réquisitions : tâche parfois impossible, toujours difficile à remplir.
Finances : répartition et surtout perception des amendes, des contributions ordinaires et extraordinaires, des impôts.
Invitation constante à Vespionnage plus ou moins déguisé, et surtout à la délation que suivait une impitoyable répression.
Déjà très lourd, surtout pour tant de modestes maires, ce fardeau était encore aggravé par la responsabilité que rappelaient à tout propos des insultes ou des brutalités dont nous avons déjà donné des exemples saisissants ; en voici un de plus.
A la suite de la belle défense de Châtillon-sur-Seine, le maire, M. Achille Maître, père de 9 enfants, pris comme otage, est emmené tète nue : chemin faisant, les soldats le soufflettent, le piquent avec leurs baïonnettes, lui arrachent les cheveux, les poils de la barbe et, de temps à autre, viennent lui cracher à la figure ; or, ce supplice dura plusieurs jours.