‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 14 sur 257 · LA LEVÉE EN MASSE · texte numérisé non relu

LA LEVÉE EN MASSE

La levée en masse qui fut employée, dès le moyen âge, comme un moyen suprême de défense, oppose tout un peuple à rennemi victorieux.

La Convention y eut recours en 1793. Elle la décréta le 16 août et, le 25, elle fit sienne par acclamation la proposition de Barrère : « Tout citoyen est soldat quand il s'ajg;^it de combattre la tyrannie. Jusqu'au moment où les ennemis seront chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. »

Ainsi que nous allons le dire, les Prussiens firent usage de la levée en masse en i8i3, dans la lutte suprême contre Napoléon P*".

Il était naturel, quand la France fut réduite aux abois, que Gambetta, imbu des souvenirs de 1798, que, d'ailleurs, il interpréta mal, se figurât avoir trouvé la formule de salut en faisant décréter par la Délég-ation de Tours non la levée en masse, mais, ce qui n'est pas la même chose, la levée générale.

ORDONNANCE PRUSSIENNE DU 26 AVRIL l8l3 CONCERNANT LB LANDSTURM

Noms ne reproduirons pas in extenso l'Ordonnance devenue historique du 26 avril i8i3; il suffira de signaler textuellement quelques points caractéristiques engag'eant l'avenir.

L'article premier donne l'esprit de ce document : « Chaque citoyen est tenu de repousser l'ennemi avec les armes dont il peut disposer, quelles qu'elles soient ; de s'opposer à ses ordres et à leur exécution, àequelque nature qii ils soient ; de braver ses défenses et de nuire à ses projets par tous les moyens possibles. »

Ordre est donné à tout citoyen n'appartenant pas à la Landwehr de participer à « une défense légitime »

qui autorise et sanctionne tous les moyens, » les plus décisifs étant les meilleurs :

Dans l'énumération des services à rendre par le Landsturm fig^ure la recommandation « d'enlever les ambulances» de l'ennemi (art. 8).

L'article i3est assez sij^nificatif : «Le Landsturm n'a ni uniforme, ni signes particuliers, car ces uniformes et ces signes serviraientà les faire reconnaître par l'ennemi et l'exposeraient aux persécutions. »

On menaçait (art. 29) des représailles les plus terribles les Français « qui oseraient punir comme brigands » les patriotes du Landsturm.

On recommandait (art. 60) d'employer, comme espions, les femmes, les enfants.

Enfin, l'article 71 préconisait l'em/^/o/ de l'incendie.

Le but poursuivi était noble ; toutefois, on conviendra, en constatant la perfidie et la sauvagerie des moyens préconisés, que l'expression de « brigands » était pleinement justifiée.

Or, dès le début de la guerre de 1870, oublieux du passé que, sans pudeur, ils renièrent, le roide Prusse, ses généraux et le chancelier Bismarck s'opposèrent, avec une feinte indignation, — ce qui est bien dans le caractère allemand, — aux efforts de nos corps francs : ceux-ci cependant, munis, nous l'avons dit, d'une commission régulière et reconnaissables à leur uniforme, combattirent loyalement, mais ils constituaient une gène sérieuse.

L'Ordonnance du 2O avril i8i3 était si présente à l'esprit des vieux généraux prussiens que l'un d'eux, Vogel de Falkenstein, commandant l'armée d'observation du Hanovre, s'en inspira dès que la guerre fut déclarée : « Que chaque Français qui mettra le pied

sur VOS côtes devienne votre proie », prescrivit-il après avoir appelé aux armes toute la population. Plus tard, il répondit au maire de JPontoise, après le pillage de cette ville : « Que voulez-vous ? en guerre, le droit qui prime tout cest la force ! »

Comme l'Allemagne en i8i3, la France avait, en I 1870, le droit absolu défaire une guerre de partisans; elle en usa avec modération, loyalement, et n'encourut, à aucun moment, l'hypocrite reproche de sauvagrerie.

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