‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 163 sur 257 · DES BIENS IMMOBILIERS · texte numérisé non relu

DES BIENS IMMOBILIERS

Si ces biens sont utilisables par l'envahisseur, il n'en est pas propriétaire et ne saurait en disposer, de n'importe quelle façon, en faveur de tiers tant que la conquête ne sera pas devenue définitive.

L'indélicatesse avec laquelle les Allemands gérèrent les bois et les forets de l'Etat français, qui sont des biens immobiliers du domaine privé, est typique; ils commirent là de véritables actes de vandalisme. Ils avaient le droit d'y prendre le bois qui leur était nécessaire, mais non de le vendre ou de changer le mode d'exploitation.

La Gazette de Cologne s'étant un peu étonnée de la dévastation des forêts françaises par des agents prussiens, Bismarck, duquel émanait l'ordre, fitplaider ironiquement les circonstances atténuantes par Bush, qui conclut ainsi* : «Du reste, cette exploitation irrégulière de cette ressource de l'ennemi nous est permise; cela le décidera à traiter plus rapidement. »

A Nancy, un sieur d'Etzel, grand-maître des Forêts, qui mérita le surnom de « l'Attila des Forêts », opéra dès le 21 octobre.

M. voQ Etzel s'est déjà misa l'œuvre, dit [-.acroixs, et il a fait annoncer la vente des coupes de bois de l'exercice de 1870, à laquelle il sera procédé, le lundi 7 novembre, dans la salle de la préfecture. Mais il ne s'en tient pas là. Sur la foi, dit-on, de dénonciations anonymes, — car, il faut bien le dire, on dénonce ici

I. Bush (Moritz\ le comte de Bismarck..., p. ^i)'j. a. Lacroix (Louis), op. cil, pp. 286, 476, 485.

à outrance, et les Prussiens en profitent, tout en disant qu'ils en sont dénoùtés, — il a su que les acquéreurs des rlernières coupes ne s'étaient pas tous accpiittés envers l'Etat. Ordre donc aux acquéreurs de produire leurs quittances pour se faire payer par ceux qui ne sont pas encore libérés.

L'exploitation fut bientôt qualifiée comme elle mentait de l'être, car on avait pris, au dire d'un conservateur français, 9.000 sur i5.ooo des plus beaux arbres de haute futaie. Il y eut même des marchés vscandaleux qui, finalement, aboutirent, le 3 avril 1872, à un arrêt par lequel la cour de Nancy, s'appuyaut, d'ailleurs, sur la doctrine commune aux professeurs Bluntschli et HeflFter, déclara nulle la vente des arbres du haute futaie faite par l'ennemi ; or, lorsque cette décision fut connue, les jtlénipotentiaires allemands se contentèrent d'en donner acte,

A Versailles, le préfet prussien de Brauchilsch ne pouvait négliijer l'occasion de réaliser un gain illicite, mais il avait compté sans le patriotisme des habitants; personne, en effet, ne se présenta, le 26 novembre, jour fixé pour l'adjudication.

A Laon, le 10 décembre, même échec.

M. de Rosenberg-, préfet prussien de Reims, avait manœuvré plus habilement, après s'être fait fournir par le maire de Sedan tous les renseignements nécessaires ; mais le Belge comte de Rottermnnd avec lequel il avait traité directement ne put conserver les ouvriers engagés' et, lorsque l'exploitation commença, le g-ouvernement belge fit arrêter à la frontière tout convoi formé par des bois ainsi volés.

I. Le préfet des Ardennes menaça les ouvriers belles de les faire fusilier. Lorsque la chute de Mczièrcs laissa toute liberté aux bûcherons allemands, les braconniers français, transformés en francs-tireurs, sous le nom de Sangliers des Ardcnnts, les tinrent en échec.

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