‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 175 sur 257 · ALSACE ET STRASBOURG · texte numérisé non relu

ALSACE ET STRASBOURG

Les auteurs qui ont parlé de la « main de velours » que les Allemands auraient employée en Alsace sont des g^ens de mauvaise foi ou des ig-norants ; les documents parlent contre eux.

Dès leur entrée à Strasbourg-, les Allemands publièrent un règlement de police ; analysons-le et reproduisons in-extenso l'article 4? qui est très suggestif, adressé pour trois ans, à des frères... reconquis.

L'état de g-uerre et de sièg-e est proclamé; la loi martiale fonctionne;

Désarmement général assuré par des visites domiciliaires ;

Suppression de la presse, journaux, gazettes, proclamations et imprimés, sauf autorisation spéciale ;

Article 4. — Au cas où les troupes allemandes seraient, d'un bâtiment quelconque ou d'un lieu quel qu'il soit, l'objet d'une agression armée, les troupes sont autorisées à entrer dans le bâtiment et à passer par le fil de l'épée tous les hommes adultes.

Les trois derniers articles étaient consacrés à la propriété privée, aux réquisitions, à la police de la rue, à l'éclairage et à la circulation pendant la nuit.

Nous avons vu que le Gouvernement de l'Alsace fut le premier créé. Quelques jours après la capitulation de Strasbourg', toute l'admiiiistratioa s'y était établie ; de là, peu à peu, ses foîictionnaires garnirent la Lorraine et l'Alsace.

En somme, l'Administration de l'Alsace-Lorraine est restée telle qu'elle avait été organisée àHaguenau, le i4 août 1870, jour oùlecomte von Bismarck-Bonin, prolestant et cousin du chancelier, fut nommé gouverneur général.

La Poste et les correspondances furent naturellement l'objet d'une étroite surveillance.

A un certain moment, l'exode des Alsaciens désireux de se soustraire à la persécution s'accentuant, le roi de Prusse lança de Versailles, le i5 décembre, la proclamation suivante, bien faite pour ramener le calme dans les esprits en Alsace et en Lorraine :

Article premier. — Ouiconque rejoint les forces françaises est puni d'une confiscation de ses biens actuels et futurs et d'un bannissenient de dix années.

Article 2. — La condamnation a lieu par un arrêt de notre gouvernement général qui, trois jours après sa publication dans la partie officielle d'un journal de ce gouvernement, entre en vigueur et doit être exécuté par les autorités civiles et militaires.

Articles. — Tout paiement ou remise qui serait fait plus tard aux condamnés est regardé comme nul et non avenu.

Article 4. — Toute donation entre vifset aprèsdécèsque lecondamné a fait après ce décret concernant sa fortune, est nulle et non avenue.

Article 5. — Quiconque veut quitter son domicile doit en demander la permission au préfet, par écrit, en iDdi(juant le but de son départ. Ouicon(jue est absent pendant plus de huit jours de son domicile, sans permission, est supposé, en droit, avoir rejoint les armées françaises.

Cette supposition suffit pour entraîner condamnation.

254 L'INVASION ALLE VIANDE EN IS-Q-lSll

Article 6. — Les préfets ont à établir et à contrôlr r des listes de présence de toutes les personnes mâles.

Article 7. — Le produit de la confiscation est à livrer à la caisse du gouvernement général.

Article 8. — Le retour du bannissement entraîne la peine édictée par l'article 33 du Code pénal.

Article g. — Ce décret entre en vig-ueur à partir du jour de sa publication.

Fait au quartier général de Versailles, le lo décembre d870.

GtULLAUME

De Bismarck, Dii Roon.

Dans le courant du mois de décembre, 382 habitants de Strasbourg', dont une centaine de femmes ou de jeunes filles, furent jetés en prison.

On trouvera bien d'autres détails dans l'ouvrage intitulé Die Preussen in Elsass-Lothrihgen^, publié, en 1872, par Gustave Rasch, Prussien libéré comme Heine ; ami passionné de la France républicaine, Rasch fut condamné, à cause de son indépendance, à quatre mois de prison et à la confiscation de son livre.

On lira aussi avec profit l'ouvrage publié, en 187 1, par Albert Dumont, sous ce titre : l'Administration et la propagande prussiennes en Alsace.

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