PRETENTIONS ALLEMANDES
La plus simple réflexion amène à cette conclusion que lorsque le roi de Prusse vit surgir, après la chute des armées régulières, une résistance tout à fait imprévue dont les conséquences pouvaient être incalculables, il prit le parti de l'entraver en refusant à nos francs-tireurs la qualité et les immunités des belligérants : le mot d'ordre une fois donné, les actes les plus odieux furent tolérés, quelquefois même encouragés. Le Roi, le prince royal et leurs sousordres ont les mêmes prétentions, tiennent un langage identique.
Le 28 août 1870, dans la proclamation qu'il adresse de Clermont enArgonne, aux habitants des territoires envahis par les armées allemandes, le Roi établit une distinction entre les prisonniers de guerre : les uns peuvent être considérés comme des soldats; les autres ne portant pas «desinsignes militaires et uniformes », n'étant pas « reconnaissables à l'œil nu et à portée de fusil», sont passibles de toutes les rigueurs : des tra-
vaux forcés pour dix ans ou de la détention en Allemagne.
A la fin de septembre, le prince royal menace de la peine de mort pour les cas de destruction déjà indiqués. Dans l'article 3, il s'agit d'établir la responsabilité des communes.
Les communes auxquelles les coupables appartiendront, ainsi que celles dont le territoire aura servi à l'action incriminée, seront passibles dans chaque cas d'une amende égale au montant annuel de leur impôt foncier...
Le 5 octobre, le grand-duc de Mecklembourg fait les mêmes menaces que le prince royal.
Le 23 novembre, le colonel von Rosemberg-, commandant un régiment de lanciers, adresse aux maires du département de l'Eure la circulaire suivante, à laquelle nous ne changerons pas un mot.
M. le général de division, pour éviter des homicides inutiles, m'a ordonné de vous dire, et moi je vous demande de publier à tous les habitants de votre pays, que chacun qui soit surpris armé habillé en civil ne sera pas traité comme soldat ennemi, mais comme assassin et sera puni de mort. Les villages seront brûlés dans lesquels les habitants font des actes hostiles.
On vient de lire un résumé de la proclamation lancée, le 10 décembre 1870, par le général Senden.