OPINION DU MAJOR HANS DE KRETSCHMAN
De pareilles erreurs ne sauraient trop étonner quand on voit comment un homme de la valeur intellectuelle et morale du major H. de Kietschman, qui était, il est vrai, devant Metz, jugeait, le 29 septembre, les francs-tireurs ; toute sa letre serait à reproduire.
... Les francs-tireurs sont des groupements d'hommes non revêtus d'uni formes qui se réunissent de leur plein a,Té dans le but d'organiser l'assassinat. Il y a cependant des gens de bonne famille qui font partie de ces sociétés ; je ne trouve pas à cela d'autre explication que celle-ci : en France, tout le monde sans eœception est, a noire point de vue, atteint d'aliénation mentale... Une nation dont le ministre ose déclarer que les Prussiens ne respectent pas le droit des gens uniquement parce ([u'il lui est impossible de les battre en se conformant aux règles de ce droit (Si juste bonne à disparaître '...
III. — Tje régime de Terreur SON BUT. SA CARACTÉRISTIQUE. MOYENS EMPLOYits
Lorsque le roi de Prusse eut la certitude que la nation française n'étaitrien moinsque décidée à mon-
I. De Kretsciiman (major Hans), Lettres. . ., lettre n» 47.Quarlicr
t;i'ii(';ral Verneviile, 29 septembre 1877, P- 187.
trer la résignation et même les complaisances de ses compatriotes en octobre-novembre 1806, il voulut prévenir la guerre de partisans qui s'annonçait; faisant donc taire la pitié, la générosité, il se décida, sur le conseil du g-énéral de Moltke et du chancelier Bismarck, à procéder par intimidation.
Une double nécessité s'offrait dès lors à lui : économiser ses forces de première ligne afin de ne point trop les diminuer; maintenirla vitesse de progression suffisante de façon à ne pas ralentir les opérations.
Il y parvint en adoptant le système ou régime de terreur, Schreckenskrieg, a dit le colonelRustow. Ce système consista en une répression cruelle, immédiate de tout acte de résistance civile non pas directe, mais le plus souvent imposée, et même de toute velléité esquissée ou soupçonnée. On empêcherait ainsi le sentiment patriotique de s'étendre, peut être même de se produire.
Deux Français, également modérés et perspicaces, ont constaté la précision du système et la régularité impitoyable de son application.
Le 29 novembre 1870, le comte de Chaudordy, attaché aux Affaires étrangères, dit à l'Europe entière : tous les faits répréhensibles « sont le résultat d'un système réfléchi dont les états-majors ont poursuivi l'application avec une rigueur scientifique ».
Le i3 mars 1871, le cardinal de Bonnechose, archevêque de Rouen, dira : « Partout, sur le passage des armées allemandes, les mêmes faits se sont reproduits avec une précision mathématique... »
Pas une seule fois, pendant de longs mois, les excès ne furent réprimés ; jamais non plus les réclamations les plus justifiées ne reçurent satisfaction : c'eût
('le, paraît-il, faire naître le scrupule dans une ol)éissance passive qui, reconnaissons-le, contribua beaucoup au succès. Dans un grand nombre de cas, les pires excès furent encouragés, dirig-és même par des officiers quelcpiefois du g-rade le plus élevé.
Le rég-ime de terreur a été caractérisé, — ainsi que nous le démontrerons sans peine, — par le mépris absolu de la vie humaine et par la soif exagérée du butin sous les formes les plus variées.
Les moyens employés furent les vexations, les humiliations, l'amende, le pillage, l'incendie, le meurtre, la contribution de guerre et toujours, sous le plus léger prétexte, la responsabilité collective.
DE l'exécution militaire
L'exécution militaire, qui joua un si g-rand rôle dans la répression, était du mode mixte puisqu'elle comprenait, suivant les cas, la saisie d'otages accompagnant le maire, l'augmentation du nombre des garnisaires avec un choix raffiné des humiliations, des vexations, des menaces, l'incendie de quelques maisons, et même le bombardement. Les exécutés avaient, d'ailleurs, la consolation d'indemniser les exécuteurs de la peine qu'ils avaient prise '.
Ce qui, dans la Sartlie, frappa surtout un témoin, alors que la surexcitation de la lutte était calmée et que la victoire aurait dû porter les esprits vers la générosité, c'est le calme dont firent preuve les officiers chargés d'exécuter un ordre, en un motl'absence totale de passion "-.
!. Ordre du içouvernement général de Champagne transmis, le 25 fé' vrier 1S71, par le préfet de Gliàlons-sur-Marne : rémunération quotidienne de 6 fr. par officier, de 2 fr. par simple soldat.
a. SuRMONï (A.), les Allemands dans la Sarthe, p. ii5.
26 L'INVASION ALLEMANDE EN i810-1871
Il n'y a pas lieu de s'étonner que le rég-ime de terreur ait produit, dans la plupart des endroits, l'effet de dépression, de terreur même que l'ennemi avait escompté.
Il yaving-tetun siècles, Cicéron, écrivante Atticus, disait : « Pour les gens de commerce et de la campag'ne, tous les g-ouvernements sont ég-aux, dès lors qu'ils sont tranquilles *. »
Montesquieu fit à son tour, en employant une autre forme, la même constatation: «... Les gens de campag-ne,qui font la principale partie du peuple, ne sont pas si jaloux de la liberté ; ils sont trop occupés et trop pleins de leurs affaires particulières. Une campag-ne qui reg'org'e de biens craint le pillage, elle craint une armée-...»
La dépression morale qu'éprouvèrent elles-mêmes nos vaillantes populations de l'Est fut signalée, dès le 4 novembre 1870, — dans un procès-verbal écrasant sur lequel nous aurons à revenir, — par le préfet des Ardennes E* Dauzon.
Ce système odieux a déjà produit son effet : le pillage, l'incendie, la mort et le viol ont porté la stupéfaction dans les malheureuses campagnes des Ardennes. La peur d'atrocités imméritées paralyse la résistance, on y retrouve, non pas le soldat, mais le brigand 3...
Dauzon se rendit à Bouizicourt, au quartier g'énéral prussien, pour signaler avec précision les excès commis ; on lui répondit « que c'étaient là des exagérations mensong-ères... ».