‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 3 sur 257 · DU SOL FRANÇAIS · texte numérisé non relu

DU SOL FRANÇAIS

EN

Paris, le i"" mars igiD.

ÀYANT-PROPOS

L'Etude que je publie aujourd'hui est la reproduction intégrale, textuelle, du manuscrit dont, à partir du l^'^mars 191 4, je soumis successivement la table des matières à quelques éditeurs et, plus ■particulièrement, à deux d'entre eux qui, en leur qualité de... spécialistes , connaissaient mes ouvrages antérieurs.

Depuis plus de quarante ans, la guerre de 1870-1871 fait l'objet de mes études incessantes. Je me suis appliqué à en dégager les enseignementsetjecroisavoircontribué, pour ma modeste part, par la parole et par la presse, à les propager.

En 1913, regardant comme fatale et imminente l'agression de l'Allemagne, je crus utile d'offrir au Pays, pour favoriser le relèvement national qui allait s'accentuant,un tableau fidèle des exactions et des brigandages dont nos heureux vain-

vm L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871

queurs se sont rendus coupables en 1870-1871.

Mon élonnement fut donc grand, douloureux même, lorsque des refus me parvinrent. Quelques éditeurs s'excusaient poliment en alléguant le caractère militaire de l'œuvre, alors qu'il ne s'agit que d'un travail historique destiné à répandre des faits intéressant tous les Français ; les spécialistes motivèrent leur refus d'une façon plus accentuée : « On ne s'occupe guère plus de 1870-1871. )>

Les événements ne devaient pas tarder à démontrer à ces juges éphémères d'une mentalité spéciale combien leur perspicacité s'égarait. Il eût été utile d'appeler sérieusement sur ces événements l'attention de la France si prompte à oublier les leçons du passé : l'avertissement fut perdu par leur faute.

Le lecteur voudra bien me pardonner cet exposé où je désire n'être considéré que comme un témoin désintéressé et trouver naturel que maintenant j'établisse une filiation entre le présent et ce qui s'est passé en 1870-1871.

Pendant la première guerre franco-allemande, le système de guerre fondé sur la terrorisation ou Régime de teireur ne s'organisa que peu à peu ; dès les premiers jours d'août 1914, ce système

AVANT-PROPOS ix

I. fut au contraire appliqué d'emblée avec une frap- IX pante unanimité ; cette différence est facile à is expliquer.

e Si le roi de Prusse Guillaume l'^'' se rendit très e coupable en acceptant les terribles conséquences ■ delà criminelle falsification par le comte Bismarck de la dépêche d'Ems, il mérite cependant la constatation suivante : il fut un soldat loyal, délicat autant que peut l'être un Prussien, et, en forgeant patiemment une armée puissante, il prépara, tout I en exerçant son métier de Roi, puis assura la grandeur de son pays. Pendant la guerre, il put partager la responsabilité de certains actes, mais il en réprouva ou regretta quelques autres; en somme, il se montra d'habitude courtois et humain.

On ne saurait en dire autant de son petit-fils à partir du jour où son masque de comédien pétri d'orgueil tomba. Guillaume II se présentera, en effet, au jugement de l'Histoire impartiale, comme un fourbe, un hypocrite et un cruel.

Sa fourberie a consisté, en dernier lieu, à faire échouer, pendant plusieurs semaines, auprès de l'Autriche surtout, les négociations dont la réussite eût écarté la guerre qu'il avait préparée ; puis à déclarer effrontément, en alléguant des prétextes

faux OU grotesques, que la guerre lui était imposée, que le peuple allemand voulait la paix; en dernier lieu, à perpétrer un véritable attentat en violant la neutralité de la noble Belgique, après avoir vainement cherché à acheter, argent comptant, son roi Albert, que la postérité appellera justement le Grand.

Hypocrite, il osa invoquer en le profanant le nom sacré de Dieu, escompter sa protection dans l'épouvantable guerre qu'il déchaînait, affecter en outre de se croire son élu, son représentant sur la terre * .

Sa cruauté ne saurait être mise en doute, puisqu'il n'a réprouvé aucun des actes les plus indignes commis par ses soldats sur l'ordre de leurs officiers de tous grades et qu'au lieu de les interdire dans l'avenir, il les a encouragés.

On fut étonné, il est vrai, lorsque, haranguant ses troupes qui allaient partir pour la Chine, il leur dit : u Tuez tous ceux que vous prendrez, ne faites aucun prisonnier. » Si l'impression passa fugitive pour la majorité, quelques observateurs la conservèrent; aussi ne furent-ils pas étonnés

I. En février 1916, dans le parc du château de Nicobowo (Pologne russe), après le service religieux, le Kaiser invoqua encore Dieu, qui « est du côté des croyants » et parla du « paquetage de combat qu'est * une conscience pure... )i

AVAXT-PROPOS XI

orsque s'adressant, en décembre dernier, à son armée du front oriental, il lui donna l'ordre suivant : « Si vous êtes contraints de vous retirer de Pologne, n'épargnez ni une ville ni une maison, que la terre soit nue sous vos pieds. » Attila dut imposer des instructions semblables.

Après que la crainte de perdre le pouvoir lui eut fait accepter l'injonction impérieuse du parti militaire dont son digne fils fut l'aimable interprète, il adopta le programme offensif ^ pouvant seul permettre, dans un rêve commun, d'écraser rapidement la France pour se retourner ensuite contre la Russie : le gain du temps qui lui était indispensable ne pouvait, dès lors, être obtenu qu'en recourant au régime de terreur rigoureusement appliqué et en bénéficiant aussi delà surprise; il donna ses ordres en conséquence sans hésiter.

Bientôt, rendu furieux, affolé par Théroïque résistance de la Belgique, il autorisa les actes de répression les plus infâmes. Il savait qu'il pouvait absolument compter sur la pleine approbation d'un peuple rompu à l'obéissance, généralement dépourvu de sens moral et de générosité, digne

I. Le grand étal-major prussien avait publié, — il ne pouvait Tignorer, — un Manuel intitulé « Lois et coutumes de la guerre continentale », dont toutes les prescriptions furent suivies.

descendant de celui qui, en 1870, était accourii

de tous les points de l'Allemagne pour assister

tout en mangeant et en buvant, au bomljardemeni

de Strasbourg. '

Justice est ainsi rendue au souverain et à son

armée comme à son peuple : sûr de l'impunité,

le commandement allemand à tous les degrés ne

se fit pas faute d'outrer les ordres les plus

indignes.

A qui serait tenté de croire à l'exagération, contentons-nous d'opposer le mutisme du Kaiser en maintescirconstances tragiques, mutisme dont n'eurent raison ni les crimes commis coup sur coup en Belgique, ni le stupide bombardement de Reims ville ouverte, ni surtout celui de son| sanctuaire vénéré poursuivi à la gr?'nde indignation des Neutres demeurés trop longtemps incré-dules,

II y a quarante-quatre ans passés, le régime de terreur se développa, nous l'avons dit, de proche en proche, d'une façon inégale, suivant le tempérament et le caractère des chefs militaires, dont quelques-uns acquirent un triste renom, et aussi des préfets prussiens.

En 1914, dès l'entrée en Belgique, ce régime se traduisit,— comme s'il se fût agi d'une traînée

'ûorii

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