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ie poudre, — par « rorganisation systématique^ zu milieu d'incroyables raffinements de cruauté^ îu vol, du pillage, de ï incendie, du viol et du mastac re d'une inoffensive population^ ».
Oui^ ce fui vraiment « Kolossal » dans le genre criminel, pour employer l'expression admiralive de l'emphase germanique.
En France et en Alsace, les bourreaux ne désarmèrent pas et si, en quelques endroits, le système parut fléchir, c'est que des intérêts allemands s'y trouvèrent momentanément engagés.
En 1870, la guerre fut provoquée par un mensonge ; toutefois, dans son développement, le mensonge intervint assez rarement, soit qu'il répugnât à la majorité des chefs militaires, soit qu'ils aient préféré, les uns et les autres, invoquer les fameuses « lois de la guerre ».
Actuellement^ on se demande si, vraiment, le mensonge n'est pas une des caractéristiques de la mentalité allemande.
Le souverain avait commencé à en donner l'exemple, oubliant que, dans la devise de Louis XI^ la dissimulation [seule est recommandée aux rois ;
i.Ce sont les termes mêmes qu'emploie le g-ouvernement belge réfutant et flétrissant énergiquement les mensong'cs audacieusement répétés, le 2 décembre 1914, devant le Reichstaç par le chancelier allemand; la ^Postérité ne tiendra certainement point un autre langage.
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le valet, l'homme effronté au « chiffon de papier » le chancelier Bethmann-Hohveg, ne voulut pa rester en retard sur son maître ; il s'appliqu donc à tromper les Neutres en niant l'évidence Du même coup vraisemblablement, il induisit ei erreur les évêques et les archevêques prussiens sinon, il faut renoncer à comprendre qu'ils aien pu répéter à leur tour que la guerre futréellemen imposée à l'Allemagne qui, « toujours^ a désiré 1^ paix » .
Quant aux quatre-vingt-treize intellectuels aile mands qui, de concert avec les Universitaires^ réclamèrent, — aveuglément pour quelques-uns^ souhaitons-le, — une entière solidarité, contentons-nous de constater qu'ils s'associèrent auj déshonneur commun.
Les autres puissances allemandes, au premier rang desquelles figure l'Autriche, participent à la même félonie. Dupé par son cadet, le vieil empereur, irresponsable peut-être, se laissa séduire par l'appât d'une augmentation de territoire; combien il est justement puni !
La conduite actuelle des Allemands s'est manifestement inspirée du passé, mais en progressant dans le mal ; il est facile de le prouver en traçant un rapide parallèle entre deux époques dans l'or-
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dre même où sont présentées les matières de cet
ouvrage.
Le même mépris des lois de la guerre, — de «ce droit coulumier duquel ressortent cependant !" des obligations comme des droits, — et aussi des règles de l'humanité est commune à ces deux époques, à la plus récente surtout.
' Il est nettement caractérisé par une méconnaissance générale et de parti pris de ces lois, dès que la plus petite gêne apparaît ou est seulement à craindre. On connaît la déclaration cynique de Betlimann apparemment désireux de s'élever à la hauteur de Bismarck : « Nécessité fait loi» et: '«On s'en tire comme on peut. »
On comprend que la civilisation soit un vain mot pour des officiers comme ce Prussien répondant cà qui lui opposait la Convention de Genève : « La Convention de Genève? Je ne connais pas cela. Je ne connais que les ordres qui me sont donnés. » Oh sait depuis longtemps qu'en Allemagne l'obéissance prime la conscience, dont la voix n'est pas écoutée. Aussi pour ses soldats, comme Ta dit Emile Hinzelin :
« La guerre est une œuvre savante Dont le secret est l'épouvante. »
Et les soldats ont obéi.
Voilà comment la dévastation put être opérée méthodiquement, sans pitié, avec la pleine appro balion morale de l'Allemagne ; il s'agissait de paralyser tout de suite la population des régions envahies, de faire avorter toute velléité de résis tance, d'en prévenir même jusqu'à l'idée, d'obte nir, en un mot, une obéissance non pas seulemenl absolue, mais immédiate. Les procédés ont pu varier ; ils ont toujours été mis au service du même système.
Parf )is, lorsque la mesure fut comble, comme à Louvain, qui, du 25 août au 5 septembre, fut livrée, sous la savante direction du général von Manteuiïel, à un sac épouvantable, on simula offi ciellement d'hypocrites excuses : « Les Allemands regrettent qu'au cours des combats la ville ait été détruite en grande partie. Inutile de dire qu'il n'y a rien là d'intentionnel. Quiconque connaît la bonhomie naturelle de nos troupes (sic) ne sau rait prétendre qu'elles se soient portées à des destructions inutiles ! » Il en fut de même pour Matines et autres lieux.
Les gardes nationaux, les gardes mobiles et les francs-tireurs sur lesquels s'exerça indignement,, en 1870-1871, la rage des Allemands n'existant plus, la bonhomie de leurs descendants se donna
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cours, se dédommagea, sous le plus futile pré- '■[texte, sur tous les êtres inoffensifs leur tombant sous la main.
En 1870, on employa, quelquefois avec une certaine progression, les moyens propres à terroriser : vexations, insultes, humiliations, coups, amendes, pillage, incendie, arrestations arbitraires, contributions de guerre, assassinat, mise à morl après un dérisoire simulacre de jugement.
En 1914, à peine en Belgique, le temps étant précieux et la résistance imprévue étant bien faite pour exaspérer l'envahisseur, celui-ci eut recours aux procédés expéditifs : le pillage fut opéré à fond et suivi du déménagement ; pour incendier, on employa des torches résineuses, des grenades, des fusées, des pompes à pétrole ou à benzine ^ ; on assassina, on fusilla des groupes sans distinction de sexe ni d'âge, parfois même en employant, pour en finir plus vite, des mitrailleuses 2.
En Belgique, furent saccagés ou ruinés, parfois complètement. Visé, Pervyse, Aershot, Taonines,
1. Le zèle des incendiaires étaitstimulé par des officiers qui criaient : « Brent ! Brcnl, ! ^« IJrùIcz ! Brûlez * !)
2. C'est ce qui eut lieu à Dinant, où i53 habitants furent mitraillés sous les yeux de leurs femmes et de leurs enfants, mais le nombre des victimes dépassa 700, dont 73 femmes et 89 enfants des deux sexes âgés de 0 mois il i5 ans. Pour le général Julius von Hartmann, un écrivain iiaturellement apprécié ouirc-Rhin, « le terrorisme est un principe militairement indispensable ».
xviii L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811
Louvain, Termonde, Surice, Tongres, etc. Précisons un peu : Dinant comptait \ .400 maisons ; 200 restent debout. Des 131 maisons constituant le village de Surice, 8 seulement échappèrent à l'incendie.
Après tous les massacres, les Allemands dépouillèrent les cadavres et s'approprièrent sans y manquer bijoux, porte-monnaie, portefeuilles et leur contenu.
On a évalué les pertes concernant l'arrondissement de Namur à plus de 800 personnes tuées et de 1.160 maisons brûlées; dans celui de Dinant, 21 villages ontélé détruits; dans celui de Philippeville, 20 villages ont été saccagés, pillés et plus ou moins incendiés.
La France a été également traitée avec dureté ; bornons-nous à rappeler : dans la Meuse, les noms de Revigny, d'Etain, de Villers-aux-Vents, Mognéville et de Vassigny ; dans la Marne, ceux de Sermaize- les- Bains et d'Heiltz-le-Maurupt ; dansies Vosges. Haon-l'Etape; dans les Ardennes, les noms de Relliel et de Doncliery ; dans Meuriheet-xMoselle, ceux de Gerbéviller, — dont 50 habitants au moins furent massacrés et dont 475 maisons furent brûlées, — de Baccarat, d'IIuraucourt, de Réméréville, de Nomény et d'Avrllers ;
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ians l'Aisne, les noms de Berry-aii-Bac et de Soissons ; dans le Nord, Lille ; dans le Pas-de- Calais, Arras ; dans l'Oise, Senlis; dans la Somme, les noms d'Albert et de Golincamps.
Partout, — comme quelquefois en 1870, — les ravageurs et les incendiaires alléguèrent comme motif le coup de feu provocateur tiré le plus soui^ent par l'un d'eux.
En 1870-1871, les fonctionnaires de l'Etat furent insultés, plus ou moins brutalisés, mais Fort peu d'entre eux furent mis à mort.
En août et septembre derniers, le nombre des maires, belges ou français, fusillés a été trop élevé pour l'honneur du nom allemand.
i Des otages furent emmenés en 1870 ettoujours odieusement traités, mais, sauf dans deux cas, leur chiffre ne dépassa pas une limite raisonnable. Dès le début de la guerre actuelle, ce sont des bandes véritablesqui furent arrêtées. En Meurtheet-Moselle, par exemple, à Avillers, toute la population mâle de 16 à 60 ans a été emmenée en Allemagne ; on ignore quel est le sort des enfants, des femmes et d(;s jeunes filles.
Souvent les habitants furent indignement employés comme des boucliers vivants pour protéger Ides lignes marchant au combat ; trois exemples
suffiront pour édifier sur le procédé. Le 27 août, à Saint-Dié, une arrière-garde française tient en échec un régiment allemand ; trois habitants sont installés sur des chaises au milieu de la rue principale : la diminution par pilié du feu français favorise les progrès des assaillants ; quant aux habitants, ils furent tués.
Le 29 août, en Belgique, à Hérent, deux curés, cinq cents femmes et enfants dont les coudes sont liés facilitent la marche d'une colonne allemande qui attaque.
Le 12 septembre, en Belgique, à Erpe, 25 jeunes gens environ, dont un garçon de 13 ans, sont utilisés de la même façon.
Il n'est que trop vrai que plusieurs fois, sans un motif connu, des otages furent assassinés aussitôt après avoir été arrêtés. On conçoit que ce crime ait pu être commis quand on sait qu'un commandant de corps d'armée, le général d'infanterie Hortstein, estimant qu'envers la population française « il n'y a place pour aucun sentiment d'humanité ni de générosité », ordonne formellement de fusiller les otages : « prêtres, maîtres d'école, notables », et d' « incendier] toutes les maisons si un seul coup de fusil venait à être tiré sur ses troupes ». Or, répétons-le, il
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est prouvé qu'on allribua souvent aux Belges ou aux Français un coup de fusil... alk'innnd.
Le 17 août déjà, en Bel^itjue, à Hasselt, les Allemands avaient fait afficher l'avis suivant : « Dans le cas où des habil.ints tireraient sur des soldats de l'armée allemande, le tiers de la population mâle serait passé par les armes. »
Lesrenseignements parvenus d'Allemagne permettent d'affirmer que les otages qui y sont maintenus, quelquefois depuis plusieurs mois, subissent de sérieuses privations et sont, dans quelques camps, traités avec mépris.
En somme, la lâcheté et la cruauté se sont exercées, en août et septembre 191 4, sous le couvert du drapeau allemand, sans la moindre mesure, avec un mépris absolu de la vie et de la dignité humaines, sur des populations inoffensives comme l'eût fait une furieuse ruée de bêtes fauves.
Que dire du bombardement comme l'ont compris les Allemands! Certes, ils l'employèrent parfois d'une façon déplorable, en 1870-1871, dans un but de répression ou d'intimidation. Or, nous connaissons les procédés de leurs descendants envers Lille, Arras, Soissons, Reims et tant d'autres centres de moindre importance bombardés d'une façon systématique, souvent à plusieurs
xxii L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1871
reprises S pour les réduire à merci ou, comm< à Gerbéviller, à Soissons, pour tirer vengeanc» d'un échec.
On sait aussi que, par un singulier raffinement lorsque la destruction fut jugée insuffisante, or eut recours à l'incendie pour rendre la besogne parfaite : à Gerbéviller notamment, les quelques maisons restées debout furent détruites une à une
Actuellement, comme si le bombardement ordinaire ne suffisait pas, les taubes et les zeppelins, qui manquaient en 1870, sont lâchement utilisés pourarriver aubeaurésultatde tuer, sans la moindre nécessité militaire, des vieillards, des femmes et des enfants inoffensifs : c'est, on l'a dit, du pur banditisme. Or, par suite d'une audace vraiment incompréhensible, voilà ce que les Allemands qua lifienl de guerre humaine^ ce que leurs citoyens qui comptent parmi les plus éclairés, des savants, approuvent sans faire la moindre restriction.
La soif de l'or s'est manifestée en 1870-1871 individuellement ou collectivement, mais avec une égale âpreté, sous forme de vols parfois inouïs, d'amendes variées dans leurs motifs trop souvent
I. Reims, par exemple, et sa cathédrale ont été bombardées, pour ne parler que du mois de septembre igi4, les i3, i4, i5, iC et i8. Elles le sont encore de temps à autre, selon le bon plaisir du général voa Heeringen, auquel la balourdise germanique a insuiré cette risible solution : «...que les Français évacuent Reims. »
ICf
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mensongers, .de réquisitions, de contributions de i;uerre.
Le taux de ces contributions fut généralement élevé, — quelquefois indigne, comme celle relative à la destruction d u pont de Fontenoy, — mais l'envahisseur ne disposait pas alors d'appréciations exactes surles ressources des contrées occupées. Depuis, il a mis à profit le temps écoulé; aujourd'hui, grâce à l'espionnage infâme, il possède tous les renseignements financiers, agricoles, industriels et commerciaux nécessaires : Lille et surtout Koubaix impitoyablement réquisitionnées en ont eu la preuve immédiate.
Les détournements de valeurs à l'occasion des ! pillages, les vols directs commis par des officiers, tristes émules de leurs inférieurs, sur les habitants pris comme otages, les prisonniers, les blessé» si dignes de respect, et même sur les morts, sont établis par de nombreux témoignages; plus d'une fois^ surtout devant les tribunaux français, ils ont été avoués naïvement ou cyniquement, suivant l'éducation ou la... culture des coupables. Il ne faut pas s'en étonner outre mesure, quand on voit une Altesse impériale ou royale faire main basse, dans un château dont le propriétaire a porté le témoignage, sur des collections, choisir des
meubles à sa convenance et expédier sur l'Allemagne le tout soigneusement emballé. Cette fois, les Juifs de 1870 ont été bien remplacés : les ventes qui peu à peu s'organiseront de l'autre côté du Rhin seront bien pourvues; il yen aura pour toutes les bourses.
Plus encore qu'en 1870, la déloyauté militaire s'est exercée; bornons-nous à une énumération : guets-apens, c'est-à-dire simulacres de reddition d'une troupe en armes; feintes de désertion; emploi d'uniformes appartenant à l'adversaire; déclaration pendant la nuit d'une fausse nationalité; tir de balles dumm. 11 paraît qu'il faut ajouter à cette liste la projection de liquides enflammés dans les tranchées ou de jets d'acide sulfurique dans les tigures des combattants.
Il semble que le mépris allemand pour les trois Conventions concernant le service de santé et ce qui s'y rattache ait grandi avec le temps. Un volume ne suffirait pas pour relater, avec preuves à l'appui, les délits et les crimes commis à ce titre par les soldats et les officiers allemands depuis le commencement de la guerre actuelle : assassinat de blessés^ ou de malades; amputation de mains;
I. Un des exemples les [dus saisissants est celui-ci : dans la nuit du 22 août, un détachement de ublans extx.dl. de l'ambulance de Gommery (Belgique) une trentaine de soldats 1 puis un oflicier les fait fusiller pen-
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yeux crevés; mauvais traitements infligés à des médecins; vols commis à leur détriment; assassinats de médecins même par des officiers; bombardement d'hôpitaux comme d'ambulances; capture et détention arbitraire prolongée de membres du personnel sanitaire.
Dans le même ordre d'idées, on ne saurait passer sous silence les profanations et les mutilations provenant d'un véritable sadisme commises, comme en 1870, sur un grand nombre de morts.
Citons aussi : les mensonges figurant couramment dans les communiqués officiels; les coups de feu provocateurs ; la légende des yeux crevés par les Belges, puis par les Français, légende arrêtée dans sa propagation par les formelles et loyales dénégations de médecins allemands attachés aux ambulances ou aux hôpitaux.
Comme en 1870-1871, l'administration par les Allemands des territoires occupés est actuellement lyrannique au suprême degré, cruelle dès qu'il y a hésitation et uniquement inspirée par l'amour du gain.
Ne craignons pas de nous répéter en ce qui concerne les personnes : le sans-gêne absolu,
dant que ces infurtimôs se réclament à grands cris de leur qualité de prisonniers de guerre auprès d'un capitaine, qui est épargné.
xx-vi L'INVASION ALLEMANDE EN 1870-1811
l'exploitation sans vergogne, le mépris de la souffrance, de la vie humaine et de l'honneur ont dépassé, dans la guerre actuelle, tout ce que Ton pouvait craindre ou même imaginer.
Dès le 22 août 1914, un général, nommé depuis feld-maréchal, von Blilow, reconnaît que, par son ordre, toute la localité d'Audiane a été brûlée et que « lOG personnes environ ont été fusillées ».
Ce bourreau ne constituait pas une exception, car la plupart des chefs mililaires les plus élevés pensaient de même :
C'est le général von Nicher n'hésitant pas à déclarer que les innocents seront mis à mort avec les coupables ;
C'est le général von Heeringen, déjà nommé, qui dit : « Le sang allemand vaut mieux que les monuments français ; »
C'est le général von Bissing,qui rejette loin de lui «une sentimentalité déplacée », après avoir d'ailleurs affirmé, contrairement à la vérité, que des blessés, des médecins, des infirmiers ont été tués en Belgique et en France.
Partout s'affirment la haine et la rage de détruire ou de dévaster, car partout les Allemands ont brisé et jeté par les fenêtres ce qu'il leur était impossible d'emporter. De temps à autre,
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celle haine devient de la stupidité. Ils ont bombardé la maison de famille du Président de la République ; ils détruisent à Crevic celle du général Lyautey, en précisant bien que c'est celui qui commande au Maroc.
Les échos de tant d'actes déshonorants nous reportent, si on y ajoute le martyre d'enfants souillés et mutilés, au règne exécrable de Néron, et retentissentau plus profond des cœurs belges et français.
Exploités, volés, malmenés, parfois assassinés en 1870, les hôtes ont été souvent traités avec plus de dureté encore dans la guerre actuelle.
Le viol de la femme, qui constitua, pour plusieurs motifs, une sorte d'exception, il y a quarante-quatre ans, vient de prendre des proportions inouïes ; encore ce crime fût-il trop souvent accompagné, même dans des églises, d'ignobles scènes, parfois devant des prêtres maintenus de force, et couronné par des mutilations ou des éventrations. Mères de famille, jeunes filles, religieuses même ont été outragées et le sont encore : le nombre de grossesses constatées depuis peu ne laisse malheureusement aucun doute sur ces atrocités.
Plus d'une fois, des officiers participèrent publiquement à l'infamie de leurs hommes.
En 1870-1871, bon nombre de prêtres furent insultés, brutalisés; fortpeu cependant furent mis d'emblée à mort.
Pendrint les mois d'août et de septembre derniers, pour nous bornera ces deux mois, un grand nombre de prêtres belges, puis français, ont été tués, comme par une sorte de défi à Dieu, sous le plus léger prétexte ou sans motif; pour la Belgique, le témoignage du vénéré cardinal Mercier est écrasant *.
Aussi a-t-on pu se demander si l'armée du crime, composée en majeure partie, comme accidentellement, de protestants, ne s'imagina pas, dès son entrée dans cet héroïque pays, qu'il s'agissait d'une guerre religieuse. On ne peut, en effet, oublier qu'à l'occasion de la conversion de la landgrave de Hesse au catholicisme l'impérial barbare, inféodé depuis peu à Mahomet comme il l'était déjà à son... «ami» Luther, lui écrivit: « Je hais ta religion... et j'ai voué ma vie à la destruction de la superstition romaine. »
Ce qui donnerait de la vraisemblance à cette supposition, c'est que partout, en dehors des
I. Dans quatre seulement des six diocèses delà Belgique, 4? prêtres au minimum furent fusillés en trois semaines, quelques-uns avec des raffinements de cruauté. Oa avait commencé par les accuser d'avoir « excité la population à tirer sur les Allemands! »
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meurtres de prêtres^ on a constaté et on constate encore la même haine inassouvie contre les édifices religieux, — à ce point que plus de mille ont été détruits tant en France qu'en Belgique et en Pologne, — les statues et les autels ; que partout les vases et les ornements du culte ont été brisés ou souillés, les tabernacles ont été vidés et les hosties sacrées indignement profanées ou jetées à terre.
La goinfrerie et la boulimie germaniques sont au moins égales actuellement à ce qu'elles furent il y a quarante-quatre ans : les carnets de campagne et certains menus permettent de s'en convaincre ^
Nous avons dit que les biens publics ou privés sont traités avec la même rapacité qu'en 1870, mais, grâce à une plus exacte connaissance des ressources, le rendement est supérieur. On a noté dans toutes les régions envahies l'intention évidente de les ruiner en noyant les mines de charbon,, en ravageant ou en incendiant méthodiquement les filaluros, les usines, les fermes, les établissements industriels comme les riches maisons, les châteaux et les églises.
I. Le général badois Fabricius s'est vanté... d'avoir enlevé par réqui. silion, à Baccarat, loo.ooo bouteilles de vin fin.
En ce qui concerne les prisonniers i, des renseignements, dont il faudrait, — ce qui est impossible actuellement, — vérifier l'exactitude, autorisent du moins à craindre que, dans beaucoup de camps de concentration, ils ne soient pas mieux soignés que le furent leurs aînés dont nous nous sommes appliqué à retracer les épreuves, les souffrances et, trop souvent, hélas ! le martyre 2.
Ce que, par contre, on peut affirmer, en se basant sur les Enquêtes sérieuses faites par les représentants de la Croix rouge française ou des Etats-Unis, c'est qu'en France les prisonniers allemands sont traités avec humanité, parfois même avec une sorte de faiblesse, nourris et habillés convenablement, pourvus du nécessaire et que certaines défectuosités reconnues au début ont été corrigées le plus rapidement possible.
Les Rapports accablants publiés par la Serbie, la Belgique, la France et la Russie établissent ce
1. Il ne dépendit pas, on ne doit pas l'oublier, du sfénéral badois Stenger que l'on s'encombrât de prisonniers. Le aG aoùl, en effet, il avait donné aux m?» et ity." r('giinents d'infanterie composant sa brigade l'ordre suivant : •' A [larfir d'aujourd'hui, il ne sera plus fait de prisoiuiiers. Tous les prisonniers seroni massacrés, les blessés en aruus ou sans arnirs massacrés. Même les prisoimiers déjà groujiés en convoi seront massacrés. Derrière nous, il ne restera aucun être vivant. » Cet abominable soldat fut tue le 24 novembre ; il avait mérité de mourir autrement .
2. L'Appendice de cette Etude intitulé : « Les Geôles allemandes en 1870-1871 », permettra, malgré sa brièveté, de dégager le présent du passé.
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dont est capable celte Allemagne si complaisamment proclamée religieuse et scientifique, à quel I point elle a etïronlément recours au mensonge dans toutes les circonstances délicates.
Les attentats et les crimes que nous nous sommes borné à signaler prouvent que c'est une nation de proie aux instincts rapaces et sanguinaires offrant dans ses convoitises et dans sa façon i de procéder pour détruire les monuments les plus I sacrés par la religion, la charité et les êtres humains, une entente complète.
Les actes de piraterie journellement commis contre les navires des Neutres, par ordre du Kaiser, ont trouvé chez ses sujets la même approbation que les tueries et les massacres en bloc d'innocents qui suivirent immédiatement l'envahissement du territoire belge : c'est cependant une nouvelle violation du droit des gens.
A l'état de choses qui vient d'être exposé dans toute son iniquité, il n'y a, on l'a dit avec raison, qu'un remède : s'appliquer à mettre pour longtemps 1(^ peuple allemand dans l'impossibilité de nuire.
Le 3 mars 1 871, Gambella, saluant à Bordeaux la dépouille mortelle du dernier maire de Strasbourg, le courageux docteur Kiiss, accentuait
« la protestation du droit et delà justice contre la force et l'infaaiie » !
L'heure du règlement de compte approche, espérons-le. Maurice Barrés a étudié, dans un de ces articles à la fois si énergiques et clairvoyants qui l'honorent, la conduite à tenir quand elle sonnera. Il suffira, pour que les sanglants sacrifices consentis par les Alliés ne soient pas inutiles, et pour que la France, ayant recouvré son <( pré carré », puisse jouir d'un repos si chèrement acheté, d'imposer simplement aux Allemands, en prenant les précautions nécessaires, les conditions mêmes qu'ils prétendaient nous imposer.
L'indiscret comte Bernstorff, ambassadeur aux Etats-Unis, a énuméré, en juillet dernier, avec légèreté, comme quelque chose de très naturel, ce qu'il appelait « les dix commandements » : faisons-les nôtres alors et appliquons-les sans pitié pour rétablir le Droit et assurer le triomphe de la justice.
Paris, le 1er mars 1915.
Général F. Canonge.