‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 30 sur 257 · MOYENS MORAUX · texte numérisé non relu

MOYENS MORAUX

Nous rangerons dans cette catég^orie les vexations qui, dans la vie en commun, pouvaient être de tous les instants et devaient provoquer à la lonoue chez le vaincu une sourde irritation; les humiliations; les procédés d'intimidation parfois poussés envers des prisonniers jusqu'à la cruauté lorsque, par exemple, on leur annonçait quils allaient être fusillés et qu'on les faisait placer sur un rang- face à un peloton d'exécution. Mais il y avait des variantes tendant au même but ; voici deux exemples :

Le 20 décembre, sept personnes s'étant réfugiées dans une maison du hameau des Gressets (commune de La Gelle-Saint-Cloud), l'une d'elles meurt de la petite vérole.

Dans la crainte de la contagion, les Prussiens clouent les portes et mettent à distance un factionnaire en observation. C'est à grand'peine qu'une religieuse obtient la permission de passer aux prisonniers de l'eau et du pain à travers les barreaux de la fenêtre. Le ler janvier, l'épidémie atteint les époux Saunier et les enfants. Ils guérissent ; mais la consigne n'est pas levée et

CONDUITE DES ARMEES ALLEiMANDES 39

les cnf;ints meurent de faim, au bout d'un mois. Le père se montre sur le seuil pour accompagner leurs restes au cimetière. Couché en joue, il est forcé de rentrer au plus vite.

Le séquestre de ce malheureux n'est levé que le 21 mars, après le départ de l'ennemi i.

Le i5 janvier 1871, une perquisition fait découvrir au domicile de M. Sarazin, à Doing-t (Pas-de-Calais), quelques balles que son fils avait fondues, avant son appel sous les drapeaux, pour tirer à la cible. Saisi, menacé d'être fusillé, comme détenteur d'armes de guerre, ce paisible et inofFensif citoyen est conduit au poste.

... Il endura, pendant cinq heures, des tourments qu'on ne saurait décrire. Un manche à balai, auquel on lui avait assujetti la tète au moyeu d'une très courte corde, lui fut introduit dans les j.imbcs; ses bourreaux, l'abandonnant dans cette douloureuse [losition, venaient de temps en temps lui mettre un pistolet sur la gorge, en lui annonçant que le moment fatal était arrivé, et loi montrant la chemise qui devait lui servir de linceul.

Les supplications du maire eurent enfin raison de ces atrocités, et ce nouveau supplice du carcan cessa. Après une détention qui n'avait pas duré moins de trente heures, la victime fut relâchée^.

Parfois, il ne s'ag-issait que d'une g-aminerie : elle n'avait d'importance que parce que, commise par un officier, elle s'adressait à un mai^'e. En voici une relatée par le sous-préfet de l'arrondissement des Andelys. Un officier annonce au maire qu'il doit partir le lendemain et le décide à l'inviter à déjeuner.

Le maire fait préparer un déjeuner confortable, dans l'espoir d'obtenir, entre la poire et le fromage, quelques bons de réquisitions nécessaires à sa comptabilité, et qu'il n'avait pas encore pu se faire délivrer. Tandis qu'il attendait patiemment son

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