‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 29 sur 257 · MESURES PARTICULIÈRES · texte numérisé non relu

MESURES PARTICULIÈRES

Du désarmement. — Cette mesure, qui devait s'offrir tout de suite à l'esprit de l'occupant, n'aurait dû s'appliquer qu'à des armes utilisables pour le service de guerre, mais non à des armes inoffensives et J surtout artistiques, c'est-à-dire propres à former des II panoplies *. •:[

Du 21 septembre 1870 au 19 janvier 1871, les 1 décrets qui se succédèrent furent rédig^és d'après le décret donné, le 6 octobre 1870, à Reims par Frédéric-Charles, grand-duc de Mecklembourg-Sclnverin, g^ouverneur général de la Champagne.

Le délai fixé par le dépôt était de vingt-quatre heures, sous peine de comparution devant le conseil de guerre et de condamnation « à cinq ans de réclusion ou à une amende écjuivalente ».

On menaça même les délinquants de la peine de mort : à Reims, le 10 octobre, par ordre du général Tumpling; à Reims encore, le 20 octobre, le commandant d'étapes von Pannewitz fit cette distinction: « Si, le délai passé, des armes sont trouvées, les possesseurs d'armes à feu seront passés par les armes; ceux d'armes blanches, />m«/5 de travaux forcés'^. »

De la conscription. — L'occupant a le droit absolu de suspendre les lois militaires, surtout celles concer- H nant la conso'iption. Les décrets se succédèrent à cet jl effet le i3 août, le 27 octobre, le 10 décembre pour ne *

1. Ces armes de luxe devaient, en principe, faire retour, à la paix, à leurs propriétaires qui... ne les revirent jamais, pas même à Versailles ; DÉLEBOT (V.), Versailles pendant l'occupation \ i8/0-i8ji), p. 48.

2. L'autorité allemande ne .juf^ea point à propos, il est vrai, bien que cette décision ait été affichée, de la faire insérer dans le Moniteur officiel de Rfims, ni dans le Recueil des actes administratifs. — Certaines perquisitions pour la recherche des armes facilitèrent bien des yoIe;.

citer que les principaux; la sévérité des dispositions royales aug^menta au fur et à mesure que les appels de la Délégation du g-ouvernement de la Défense nationale se firent plus pressants i.

En dernier lieu, le 9 janvier 1871, le gouverneur général siégeant à Reims décida que serait « traduit devant une cour martiale et jugé très sommairement », comme « coupable d'un acte de félonie contre le gouvernement allemand », tout Français « contre lequel s'élèveraient des charges suffisantes pour prouver qu'il a obéi à un mandat de comparution pour entrer dans l'armée française ou dans un des corps francs formés dans un but hostile contre les armées allemandes ».

Protection des voies ferrées et des lignes télégraphiqiics. — La liberté des communications est tellement indispensable à la guerre que les voies ferrées et les lig-nes télégraphiques doivent être l'objet d'une surveillance incessante. L'occupation des f)oiuts essentiels ou suspects par des petits postes et la réparation immédiate de toute rupture sont les deux moyens à employer pour que la circulation [)ar voies ferrées ne soit pas entravée.

Grâce à l'habileté technique des ing-énieurs allemands, les destructions de voies ferrées n'imposèrent jamais des ralentissements sérieux; seules les détériorations dç ponts, de viaducs ou de tunnels entraînèrent une perte de temps pouvant aller à plusieurs jours.

Néanmoins, le nombre des tentatives isolées fut très élevé, malg^ré l'appel à la délation et les peines

I. Les désertions alsaciennes ne iirocurèrent pas moins de 17.000 hommes aux armées de la Loire et à celle de l'Esl.

encourues par ceux qui n'y répondraient point *; on fit le silence sur beaucoup d'entre elles.

Les lignes télégraphiques furent aussi protégées soigneusement.

L'amende fut le grand moyen de répression : on s'adressa de préférence, après les communes, aux riches propriétaires voisins de l'endroit où la dégradation avait été commise; souvent même ceux-ci! eurent à faire constater la fausseté de la déclaration des gardiens.

En général, un double tarif fut appliqué avec gradation - :

destruction du télégraphe : i^^ fois, 2.000 fr,; récidive, 5.000 francs.

détérioration d'une voie ferrée: i'° fois, 5. 000 fr. ; récidive, iB.ooo francs.

L'amende pouvait^ d'ailleurs, être augmentée.

Le 12 février 1 871, une destruction ayant été opérée « malignement » entre Péronne et Amiens, près de Beauséjour, Péronne dut payer 2.000 francs.

Les persécutions ne firent pas défaut non plus. Dans la Haute -Marne, par exemple, les violences furent telles que M. Grouet, chef de gare de Ghaumont, s'étant refusé à livrer les noms et les adresses de ses employés, fut jeté en prison et y demeura du 6 au j4 décembre.

Mais la mesure la plus odieuse fut celle concernant les otages dits d'accompagnement, dont il sera question dans le titre VI de ce chapitre.

i. Avis du 4 octobre 1870 : « une amende minimale (sic) de 3 fr. par tête » pouvait être infligée eu cas d'infraction.

2. D('cision du corntc Lchndorff-Steinort, préfet |f)russieil de la Somme. — Hamon (G.), i Invasion eh Picardie. Récits et Documents de l'arrondissement de Péronne, p. 694.

CONDUITE DES ARI\fEES ALLE.^^ANDES 37

Au fur et à mesure de leurs progrès sur notre territoire, les Allemands saisirent nos chemins de fer, qu'il s'as;"îl de propriétés pu!)liques ou privées. Mais, comme ils ne disposaient que d'un [)ersonnel insuffisant, ils cherchèrent par la persuasion, par des promesses, à conserver le personnel qu'ils trouvaient en fonction; s'étant heurtés contre des répugnances patriotiques bien naturelles qu'ils auraient dû prévoir, leurs ingénieurs eurent recours à la menace d'une contribution de guerre, et même de la cour martiale.

On a signalé, comme il convenait, les efforts de l'Administration française des télégraphes, notamment dans le département de Seine-et-Oise, pour utiliser le réseau existant ou le rétablir momentanément quand cela fut possible.

Service des Postes. — L'Administration des Postes allemandes sur le territoire français fut exercée par un Directeur supérieur des Postes, du nom de Rosshirt, résidant à V^ersailles. 11 voulut imposer au personnel français une déclaration par laquelle il s'engagerait à (( éviter tout ce qui pourrait porter atteinte aux intérêts des hauts alliés allemands et de leurs armées »,

Très peu de receveurs, de receveuses ou de facteurs acceptèrent cet engagement.

La postérité conservera les noms de M"^^ Juliette Dodu, Maria Clément, Biard et Thuillier, dont le dévouement patriotique fut admirable. Grâce à elles et à d'autres employés, dont les noms ne sont pas tous parvenus jusqu'à nous, des renseignements utiles concernant les mouvements de l'ennemi parvinrent aux autorités françaises et bien des familles leur durent d'être tranquillisées.

Il est juste de rappeler que M^^» J. Dodu bénéficia, dans un moment critique où sa vie était menacée, de la protection du prince Frédéric-Gliarles, séduit par son patriotisme.

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