FouRNiER (Edouard), op. cit
rare ou taisait défaut, auquel cas on employa les matelas ou la paille et des allumettes; plusieurs fois on recourut au bombardement pour provoquer ou activer le feu.
Il arriva que, par inadvertance, des personnes furent oubliées dans des maisons qu'on allait incendier; d'autres fois, elles y furent laissées à dessein. Il est malheureusement prouvé que le feu fut alimenté avec les corps de gens que Ton venait d'assassiner et même avec ceux des blessés rejetés ou précipités dans la fournaise.
Le feu d'artifice final fut tiré, nous le verrons, à Saint-Gloud.
L'honnête conseiller Schneider rapporte bien que le Roi, son maître, fut sérieusement attristé par l'incendie d'Ablis et par celui de Saint-Cloud. La Postérité n'oubliera pas que le premier acte officiel du nouvel empereur fut d'ordonner l'incendie du village de Fontenay-sur-Moselle.
Ici encore, nous nous bornerons à citer quelques exemples.
Le i5 septembre, à titre de représailles il est vrai, le Château de Draveil (Seine-et-Oise), appartenant à ^me Séguin, est pillé puis incendié, après que le gardechasse, instigateur d'un semblant de résistance la veille, a été pendu à la grille et que deux domestiques ont été fusillés ; deux pompiers eurent le même sort pour avoir voulu éteindre l'incendie. Plusieurs maison du village furent également brûlées.
Mézières-sur-Seine, le 22 septembre. — Les Prussiens rendent cette localité responsable de la mort de deux des leurs tombés sous les balles de francs-tireurâ : i44 maisons sont incendiées à la main : dans l'une
fiVIles, périt la famille de Lucien Chemin, composée cki ])ère, d'Ançelina Boutry et do l(Mirs quatre enfants.
Chérisij (Eure-et-Loir), le lo octohre 1870. — Les heureux résultats obtenus à proximité de cette localité, qui comptait 817 habitants, attirent sur elle, malgré son innocence dans ces actes de guerre, les représailles allemandes dont le détail a été transmis, nous l'avons vu, à l'Europe par un témoin : le pasteur protestant Gaillatte demeurait à Marsanceux, près de Dieux *.
Le 10 octobre, arrivent d'Houdan et de Goussainvillc des troupes de la division lUieinbaben, placées siM!s le commandement du général von Bredow, qui avait eu un plus beau champ d'action, le 16 août précédent, à Bezonville. Le bourg est cerné, son évacuation est obtenue à l'aide du bombardement, quarante maisons au moins sont brûlées en employant le pétrole.
En rentrant à Houdan, les Prussiens mettent le feu aux maison isolées qui se trouvent sur leur chemin, notamment à la ferme de la Mésengère,. occupée par Lecomte; il aurait fallu contraindre à cette besogne, le revolver à la main, les soldats qui, précédemment logés là, n'avaient eu qu'à se louer de l'hospitalité de ce mallieurenx *.
Nogenl-le-Roi (EviTQ-^A-Loxv), les 6 et 7 octobre. —
La Gazette de Voss informe ses lecteurs, sans alléguer
un acte d'hostilité, que ri6 maisons y furent brûlées
à l'aide de grenades et que 64o personnes restèrent
' sans abri.
iS'r///?/-67oMc/ (Seine-et-Oise), le i4 octobre 1870.—
I. LeUre adressée, le 17 octobre, au Times ; elle fut reproduite, le ai novembre, par le Journal des Débats.
Ce jour-là, le 64'' anniversaire des deux batailles d'Iéna et d'Auerstœdt fut... fêté parles Prussiens à leur façon.
Le pillage en règle qui précéda l'incendie est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans le détail. Il procura aux soldats et aux officiers satisfaction et profit.
On avait raconté au Roi, qui accepta, apparemment en souvenir de la réception qui lui avait été faite là trois ans auparavant, les bustes en marbre de Napoléon P"" et de l'impératrice Eug^énie, que l'incendie avait été allumé par des obus venus du Mont-Valérie n *.
Cet acte de vandalisme n'embarrassa guère le comte Bismarck; le bon Moritz était là :
J'ai écrit, raconte celui-ci un article sur la destruction du château de Saint-Cloud, incendié par des obus français, sans aucune nécessité, tandis que nos soldats s'efforçaient de sauver les œuvres de prix et les objets d'art qui s'y trouvaient *...
Rarement, en effet, acte de sauvetage fut aussi méritoire et bien établi; les... Barbares étaient bien les Français.
Bréoal (Seine-et-Oise) comptait 694 habitants. Le 3i octobre et le t*^'' novembre, les Allemands y brûlent plusieurs maisons sous le prétexte que des hussards s'y sont laissé surprendre par des Mobiles de TEure.
Nogent'le-Roy (Haute-Marne), le 12 décembre 1870. — Le 7 décembre, des gardes-mobiles venus de Langres en ont chassé les Allemands, qui auraient perdu une trentaine d'hommes; ils rentrent à Langres le 11,
I. Schneider (L.), op. cit., t. III, pp. a4 à 27. a. Bosch (Moritz), op. cit.
après une vaine attente de l'ennemi. Prévenus que le champ est libre, les Allemands reviennent le 12, s'approchent sous la protection d'une batterie de six pièces et, tout en mettant le feu, tirent sur les habitants, dont six sont tués : 88 maisons et une importante fabrique de coutellerie furent brûlées. Ce forfait une fois accompli, les Allemands rentrent à Chaumont avec plusieurs otages.
Le 21 décembre, on lisait dans la Gazette de Cologne... : « Lag-uerre prend un caractère de plus en plus cruel et barbare... »; cet aveu était à enregistrer.
MarcHhj-suv-Seine et Conflans (Marne), le 26 janvier 1871. — Cette cruelle exécution eut pour prétexte un engagement dans lequel les francs-tireurs auraient inlligé d'assez fortes pertes, — on parla de 64 hommes mis hors de combat, — aux Allemands. A Marcilly, village de 5 10 habitants, après le pillage obligatoire, ils jettent à bas de leurs lits plusieurs femmes malades et brûlent 240 maisons. Le dégât total fut évalué à 4o.ooo francs.
A Conttans,qui comptait 702 habitants, i5o maisons environ sont pillées, puis brûlées.
Nous ne ferons suivre que d'une courte observation ce lamentable exposé : dans aucun des cas cités, les habitants n'avaient commis un acte d'hostilité ; or, d'après le Droit des gens, les représailles ne sauraient atteindre des habitantsinoftensifs: ce fut donc un acte de pure sauvagerie.
MEURTRB
n Erschiessl siet », « Fusillez-lest » Telle est la sentence qui, bien que donnée par un misérable ivro-
52 L'INVASlOiN ALLEMANDE EN 1870-1811
gne*, paraît avoir servi de « mot d'ordre » pendant toute la durée de la lutte : aussi quel douloureux nécrologe! Ici encore, nous nous limiterons et nous suivrons l'ordre chronologique dans les 28 exemples que nous avons choisis.
Les Allemands, qui tiennent tout particulièrement à leur propre existence, ont montré un mépris aussi absolu que stupéfiant pour la vie de ces « bouns Francesses » que leurs prisonniers imploraient à genoux, tant ils se croyaient d'avance voués à la mort "^.
Sur le Champ de Mars de Lunéville se dresse, — comme pour rappeler sans cesse leursdevoirs à ceux quis'y exercent, — un monolitiie en granit sur lequel on lit:
Ici — Le 21 août i8jo — Les Prussiens — Ont fusillé — /.-/. Gigaut — Ils le savaient — Innocent.
Deux Allemands pris en fraude sont légèrement blessés par un propriétaire. Gigaut, marchand ambulant, et Jacquel, jardinier, qui se trouvaient à proximité, sont arrêtés, roués de coups, puis emprisonnés.
Au bout de deux jours, Jacquel, qui avait deux fractures du crâne et plusieurs fractures de côtes, meurt.
Gigaut est condamné à mort par des juges qui ont reçu l'ordre de faire un exemple et, malgré bien des supplications, exécuté le 21 août.
Val de Ville, du 17 au 19 août 1870, — Surpris dans le Val de Ville, près de Thanvillé, devant le château du vicomte de Castu, par des mobiles de Schlestadt, deux escadrons de dragons badois s'enfuirent, le 17, à toute vitesse jusqu'à Trimbach.
Là, coup sur coup, n'obéissant qu'à une sourde rage,