FONCTIONNAIRES
La question devant être traitée de nouveau dans le ■ chapitre I du livre III, il ne sera parlé ici que des mesures coërcitives prises contre les préfets, les souspréfets et surtout les maires.
Préfets et Soas-Pféfefs. — Autant les Allemands désirèrent que les maires demeurassent en fonctions afin de simplifier leurs rap[)orLs avec la population, autant ils s'appliquèrent à se débarrasser des préfets
etsous-préfels,qui, à cause de leur caractère politique, ne pouvaient constituer pour eux qu'une g^êne.
Pereira, préfet du I^oiret, dont les intentions étaient excellentes, fut immédiatement mis de côté; la maladie dont il mourut le 21 janvier 1871 empêcha seule le prince Frédéric-Charles de l'expulser d'Orléans.
Le préfet des Ardennes, Dauzon, qui avait fait rédiger sur les infiunies commises, le 27 octobre, à Neuville-et-This, un rapport que nous aurons à analyser, fut arrêté dès l'entrée des Prussiens à Mézières ; malmené, emprisonné à la citadelle, il fut finalement expédié en Allemagne.
Le préfet de la Côte-d'Or, Luce-Vieillard, seconda intelligemment la Défense nationale. Le 2 1 novembre iSyOjS'inspirant de l'esprit et du texte de l'ordonnance prussienne du 26 avril i8i3, il avait vivement encouragé les paysans à résister.
En janvier 187 1, pendant la marche de Manteuffel, avec l'armée du Sud, il ne cessa de renseigner utilement sur le danger couru {jar le gouvernement de Bordeaux et le général Bourbaki qui, d'ailleurs, ne tinrent nul compte de ses précieux renseignements.
Finalement, il eut l'honneur d'être révoqué par le général ManteulFel.
Quelques sous-préfetspurentresteràleurposteeltinrent parfois tête aux vainqueurs ; en général, les autres furent congédiés ou écartés avec un sang-gêne absolu.
Dès son arrivée à Reims, le sous-préfet prussien apprend que le sous-préfet français s'y trouve encore; il le fait comparaître : « Deux sous-préfets ici, lui ditil, c'est un de trop » ; en conséquence, il lui déclare qu'il est prisonnier de guerre et, pour plus de sûreté, il l'expédie en Allemagne.
M. Bizot de Fonteny, sous-préfet de l'arrondissement d'Avallon, n'avait pas quitté son poste; arrêté, mis au cachot avec menace d'être fusillé, il ne futsauvé que par l'armistice et dut alors, on ne sait pourquoi, payer une amende de 2.000 francs.
Le 2c novembre, dès leur arrivée à Montargis, les Allemands arrêtent le sous-préfet Josepii Charbonnier. Son crime est, selon eux : i° d'avoir fait concourir la î^arde nationale sédentaire à la défense du territoire; 2' d'avoir, les 8, i8 et 20 novembre, dirig-é en personne cette milice contre les troupes allemandes, y'a/Vs qualifiés d'attentat au droit des gens et passibles de la peine de mort.
Devant le conseil de guerre, Charbonnier ne fléchit pas un seul instant; il refuse de rétracter la proclamation dans laquelle il a prescrit «les mesures à prendre par les gardes nationales rurales en cas d'invasion de patrouilles allemandes ».
Le soir, vers onze heures, on lui inflige la torture d'un semblant d'exécution : on l'a placé contre un mur, face à un {)eloton auquel on fait charger les armes; sa fermeté ne se démentit pas *.
Conduit à Nancy, puis à Coblentz, il ne recouvra sa liberté qu'à la paix.
Le 28 décen)bre, le sous-préfet de Gien est requis, par le g-énéral H. Rantzau,qui commandait à Briare, d'avoir à faire rendre libres, « sous peine de représailles », les routes de Gien-Dampierre et de Gien-Briare, qu'obstruent des barricades.
Il s'y refuse en alléguant qu'il ne dépend que du g'ouvernemenl français; aussitôt arrêté, M. Anatole Des-
I. CuARBONNiEK I Joseph), 6'oui'e/u>s de l'Invasion. Conférence faite en 1874, p. 9.
pond, déjà rendu suspect par sa dépêche concernant le martyr Peronny, fut envoyé en Allemag-ne, d'où il ne revint qu'à la ])aix*.
M. de Fontanelle, sous-préfet de Rambouillet, est sommé par le préfet })niss!en Brauchitsch d'avoir à lui livrer le jeune duc de Luynes et les Français qui l'ont accompagné. Il se campe devant lui et, le regardant finement : « Vous me prenez doue pour un misérable ; et vous qui me donnez un pareil ordre, vous seriez donc capable de l'exécuter? »
Grand tumulte, coups de sonnette : " Enlevez cet insolent! w Bref, M. de Fontanelle fut conduit à Elirenbreitstein, forteresse de Coblentz, d'où il ne revint qu'en avril 1871.