‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 60 sur 257 · Regnauli) (J.), op. cit · texte numérisé non relu

Regnauli) (J.), op. cit

2. Journal de (a iVeurthf. du i^r jyin ,j^^2 (Document officiel).

3. dutetle des Tribunaux, tribunal civil de Rouen, audience du 10 janvier 1873. L' Alsacien-Lorrain àyi 2 décembre i883.

teaux, curé, affirme sur l'honneur que ses paroissiens n'ont participé en aucune façon au combat. Le lieutenant-colonel allemand exige que les noms des trois habitants qui seront fusillés le soir lui soient donnés : « Pensez-vous, Monsieur le curé, que c'est avec plaisir que j'exécute cet ordre venu de haut? » Le curé, qui offre sa vie pour ses paroissiens, et le maire, M. Jacquet, refusent de faire eux-mêmes cette désignation, puisque tous sont innocents.

Le 29, le lieutenant-colonel accorde vingt minutes aux habitants toujours enfermés dans l'église pour désigner eux-mêmes les trois victimes ; ce sont : Depreuve Jean-Baptiste, ancien berger, âgé de 57 ans, marié ; Q-eorges-Louis, berger, 63 ans et marié ; Georges-Charles, 23 ans^ célibataire.

L'exécution, qui fut immédiate, eut lieu en présence du curé qui assista les infortunés*.

Vienne-en-Val (Loiret), le 3 novembre 2. — Les Bavarois accusent les habitants d'avoir abrité des francs-tireurs qui les ont inquiétés.

Après avoir brûlé deux grosses fermes des environs, — le GrandMarais etlaMarguerie, — ils entrent dans le village et mettent le feu à plusieurs maisons. « Ils ' tuèrent, en outre, deux vieillards de plus de 60 ans et poussèrent la barbarie jusqu'à faire brûler ces victimes eu les jetant dans le foyer de l'incendie ^ ».

En se retirant, ils cmnienèrcnt le maire, âgé de 77 ans, et trois conseillers municipaux. Chemin faisant, pour se distraire, tout en procurant à ces otages une salutaire émotion, ils les firent sortir de la

I. Nommé chanoine, l'abbé Marteaux a publié un récit détaillé de ce drame; il mourut à Vaux, le 7 mars 187.3. a Echo français du 17 novembre 1870.

3. De GfiAUDOHDV, circulaire du liy janvier 1S71, annexe n° 2, ji. a8.

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roule et placer sur un rang^, face à un peloton d'exécution.

Nemours-sur-Loinff (Seine et-Marue), le i5 novembre i. — Dans la nuit du i3 au i4 novembre, i5o mobiles envahissent Nemours, qu'occupaient 47 uhlans ; ils en tuent 3 et capturent tous les autres.

Le i5, a lieu une infâme exécution. Le maire et les conseillers municipaux sont arrêtés et conduits devant la maison où avaient été cantonnés les uhlans ; la musique joua.

Le feu est mis à l'auberge, au café, à i4 maisons, aux deux j^ares et à un chantier de bois ; au cours de ces exploits, on allume une paillasse sous le lit d'une femme paralysée des jambes ; un vieillard infirme est jeté hors de chez lui; sa femme, qui implore la pitié des bourreaux, reçoit des coups de pied et roule dans la boue.

Etrépagmj (Eure), le 3o novembre -. — Les Saxons mentirent, lorsque, pour pallier leur complète néglig-ence et surtout légitimer leur sauvag-erie, — ils affirmèrent que les habitants les avaient trahis. Il est certain que la surprise fut réciproque, c'est-à-dire que le g-énéral Briand « ne s'attendait pas plus à trouver les Saxons en force à Etrépagny qu'eux-mêmes à l'y voir venir ».

Les pages qu'a consacrées un témoin, le baron Ernouf, au vandalisme des Saxons qui méritèrent ce jour-là le sobriquet de Meislerzeuger (maîtres brûleurs) seraient à reproduire en totalité; analysons-les du moins.

I. Alsacien-Lorrain tiu 2t juin i884, extrait d'une lettre adressée au ministre de l'Intérieur.

3, Ernouf (baron;, o,'. cit., \>p iii3 et 169.

Le 3o novembre, les mauvais traitements, le pillage et l'incendie fuient savamment combinés.

Des vieillards plus que septuagénaires sont conduits eîi rase campagne et tenus eu respect avec menace de mort pendant qu'on saccag-e leurs maisons, qui sont ensuite incendiées.

Une ferme située vers Gisors est brûlée avec tout son bélail, sous les yeux du fermier tenu en joue.

Les effets portatifs une fois enlevés, les Saxons brisent glaces, lambris, gros meubles, puis le feu est mis; b'6 maisons furent ainsi saccag'ées et incendiées.

Toutefois, ces forcenés se rendirent aux supplications d une religieuse au moment où ils allaient mettre le feu à une ambulance contenant des blessés du combat de la nuit.

... Ils eurent tout lieu d'être satisfaits, dit Ernouf, car le désastre surpassa leurs espérances. Une véritable tempête concourait aux progrès de l'embrasemeat obtenu, suivant l'usag'c de ces dignes initiateurs de nos communaux, au moyen de paille imbibée de pétrole. Aussi plusieurs maisons, qui ne figuraient pas sur le programme de destruction, furent consumées ou gravement endommagées. Le feu se communiquait par les bâtiments d'exploitation, par les fournils, les celliers, les bûchers. Un mois après, une épaisse fumée, se dégageait encore, çà et là de ces décombres ensevelis sons la neige... Les pertes subies par les habitants de ce bourg de 1.600 àmcs ont été évaluées ofKciellement, après un sérieux examen, à 941 016 francs.

Foncaucourl (^Somme), le i3 décembre'. — Ce village de 5o5 habitants passa, lui aussi, par la rude épreuve du fer et du feu.

Le 1 1 décembre, quelques uhlans (|ui ont dépassé Foucaucourt reçoivent des bois d'Estrées des coups de

1 . Ramon (Gustavei, l'Invasion en Picardie. — Récits et Documents concernant les conununes de l arrondissement de Péronne pendant la guerre allemande i8yo-i8ji, t. I, pp. io8 à ii6.

feu et se replient avec plusieurs blessés; le maire refuse les réquisitions demandées.

Le i3, une colonne, forte d'environ l^oo hommes et de cinq pièces d'artillerie marche sur Foucaucourt qu'occupent momentanément 35 hommes formant la compag-nie franche du marquis de Lameth.

Favorisés par un brouillard intense, ces hommes ouvrent le feu et le continuent jusqu'à ce que l'artillerie ennemie soit entrée en jeu.

Les Allemands envahissent alors le village, persuadués qu'ils ont eu affaire, comme le 1 1 décembre, à des habitants, et se conduisent en vrais furieux.

Ils se crurent, celte foi^, dit G. Ramon, en pays cou([iiis, et se livrèrent dans les maisons à une véritable débauche de tir. Plafonds, lambris, armoires, portes, croisées, tout leur servit. Les caves, les greniers, les grauges, étables et écuries, tout fut visité, fouillé, scruté. Le droit de la force régnait en maître. Le mobilier était brisé partout, les animaux gisaient au milieu de leur litière, les habitants éperdus erraient, çà et là, pourchassés à coups de crosse et menacés par les balles.

Les perquisitions les plus minutieuses n'ont fait découvrir aucune arme. N'importe! le feu est mis aux quatre coins du village qui, en un clin d'oeil, devient un véritable brasier.

Les Allemands ne s'en tiennent pas là. Plusieurs habitants sont meurtris de coups et grièvement blessés; deux infirmes sont tués chez eux ; un autre habitant est tué dans la rue; frappé, un vieillard succombera des suites de l'anipiitation d'un bras; Charles Potter, âgé de dix-sept ans, reçoit deux coups de baïonnette avant d'être fusillé.

Vers 2 heures du soir, sur la fausse nouvelle d'un mouvement de troupes venant de Përonne, les Aile-

mands se retirent en emmenant des prisonniers qu'ils relâchèrent après avoir acquis la certitude que les francs-tireurs de Lameth seuls avaient tiré sur eux; ils se contentèrent de garder le maire et un conseiller municipal, qu'ils renvoyèrent d'Amiens quelques jours plus tard.

Les incendies dn i3 décembre imposèrent à Foucaucourt une perte de 88.G71 fr. Si l'on tient compte de plusieurs passages de troupes, on arrive à un total de 228. 3o5 francs, somme dans laquelle les vols commis figurent pour 77.794 francs.

Saint-CélTin (Mayenne), le 10 janvier 1871. — Maîtres de Saint-Célerin après un court combat, les Allemands s'empressent de fouiller les maisons.

Ils fusillent un mobile que la fatigue a empêché de suivre sa compagnie; ils expulsent brutalement du presbytère, en les menaçant de leurs baïonnettes, les mobiles blessés, dont plusieurs mortellement, qui s'y sont réfugiés et traitent de telle sorte le curé, âgé de 76 ans, que, affolé, il s'enfuit dans la campagne.

Ils pillent et enlèvent tout ce qu'ils peuvent, couvertures, draps, montres, argenterie, bijoux de femme; ils s'emparent de l'argent, de l'or, en ne négligeant pas de faire vider les poches des gens.

Auallon (Yonne), le 16 janvier. — Le lô janvier, un dragon prussien a été tué par des francs-tireurs (jui ont dispersé la patrouille. Le lendemain matin, à 9 h. 3o, après un bombardement sans sommation, la ville, qui a reçu 200 obus au minimum, est envahie par 5.000 Allemands dis[)0sant de lo pièces d'artillerie.

Le maire, ayant déclaré qu'il lui est impossible de fournir en une heure les 18.000 rations qu'on lui

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réclame, trois heures de pillage sont accordés à la troupe. Alors eurent lieu des scènes indi^^nes dont un témoin indigné, le lieutenant-colonel Lebrun de Radot, nous a transmis un fidèle compte- rendu^ : tous les magasins sont pillés, dont celui du maire, M. Mathé, drapier, qui subit ainsi une perte de 26.000 à So.ooo francs; les montres sont volées au gousset des hommes et à la ceinture des femmes ; quelques malheureuses sont rouées de coups et leurs boucles d'oreilles sont arrachées.

Fontenoy-siir-Moselle (Meurthe-et-Moselle), les 22, 28, 24 et 25 janvier. — Les représailles exercées, à la suite de la destruction par les « Chasseurs des Vosges » du pont sur la Moselle, constituent un des actes les plus odieux et les moins justifiés de la guerre. Nous ne pouvons que renvoyer, pour le détail, au récit si complet et véridiquedû à un témoin, l'abbé Briel, curé de Gondreville et de Fontenoy"^, que l'auteur de cette enquête connut à Toul pendant près de deux ans.

Lorsque la destruction du pont de Fontenov eut interrompu, pour près de deux semaines, la circulation sur la grande voie de communication avec Strasbourg et au-delà, la colère des AUemaïids ne connut plus de bornes.

Ils prétendirent, comme toujours, pour expliquer et justifier leur sauvage répression, que les habitants étaient de connivence avec les auteurs de l'explosion ; il est hors de doute cependant qu'il n'y eut de leur part aucun acte répréhensible : les soldats du détachement affecté à Fontenoy depuis le commencement de septembre 1870 purent en porter témoignage et

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