‹ Histoire de l'invasion allemande en 1870-1871Chapitre 67 sur 257 · I . Rapport au ministre de la Marine · texte numérisé non relu

I . Rapport au ministre de la Marine

108 L'iNVASION ALLEMANDE EN 1870 1871

Toury (Eure-et-Loir), dans une lettre qu'a reproduite r Echo Danois ; il s'agit de Renouh, jardinier au Frou près Saint-Jean.

... Le malheureux I\ononlt, dont les mains étaient attachées rierrière le dos, a poussé, sans en avoir conscience lui-mèuie, car il parai.ssait dans un état de prostration très grand, un soldat bavarois, à propos d'une bouchée de pain qu'un camarade d'infortune voulait recevoir en son lieu et place. Le soldat crie, vocifère et assène sur la tête de Renoult des coups de crosse. Un officier se trouve là, saisit un sabre et lui fend à demi le crâne. On emmène Renoult chez le commandant de place, qui le condamne à mon, et ce pauvre innocent est traîné étroitement garrotté, la figure tuméfiée et la tête sanglante, à cinq cents mètres du bourg, où un peloton de soldats prussiens l'a passé par les armes, après avoir eu la barbarie de lui couper le nez, les oreilles et de lui crever les yeux.

Ainsi qu'il arriva souvent, les Prussiens ayant rig'oureusemeut défendu d'enlever le cadavre, les honneurs de la sépulture ne purent lui être réellement rendus qu'au milieu de mars 1871, lorsque cessa l'occupation de Toury *.

Massacre de Passavant (Marne), le 26 août. — Ce tragique épisode a été souvent raconté et jug-é de la même façon.

L'évacuation de la petite place de Vitry ayant été décidée, sa g-arnison, forte de r.5oo hommes environ, est mise en route dans la nuit du 24 au 25 août; il y a là 1.200 mobiles à peines habillés, armés depuis quatre jours seidement, et une batterie d'artillerie (le la Marne. Engagée, sans être éclairée, dans le chemin de la Serre, la colonne avait atteint, entre Dampierre-le- ChâteauetSivry-sur-Ante, lelieudit La Basse, lorsque,

I. Ainsi que l'aUesta le maire de celle commune, le corps, recouveri d'une couche de terre de o m. s5 à peine, était encore parfaitement reconnaissable

vers 10 heures du matin, elle est brusquement assaillie par une traction de la 6® division de cavalerie ! prussienne.

Après un simulacre de combat, les mobiles se rendent ; ils ont beaucoup de peine à se faire reconnaître comme belligérants : néanmoins les injures, les grossièretés, les coups de hampes de lances ne sont ménagés ni aux soldats, ni aux officiers qui, fouillés de la manière la plus ignoble, sont dévalisés.

Une colonne de prisonniers est organisée à Sivry, d'où, par Villers-en-Argonne, elle est dirigée sur Passavant. Lorsque, vers cinq heures du soir, elle atteint cet endroit, elle ne compte plus guère que 800 hommes environ, les manquants ayant pu, — grâce à leur connaissance du pays, — s'évader.

Feu après la sortie de Passavant, un soldat de l'escorte tue d'un coup de fusil un soldat qui a quitté la route, soit qu'il en ait été rejeté par une poussée, soit qu'il ait voulu aller boire à quelques pas.

Au bruit de la détonation, une débandade se produit; tout à coup, un second coup de fusil, dont l'origine est demeurée inconnue, retentit: dès lors, la déroute devient complète; beaucoup de mobiles, s'imaginant qu'on va les massacrer, s'enfuient dans toutes les directions pour trouver un abri.

Les Prussiens font feu sur les fuyards, d'autres les poursuivent et massacrent ceux qu'ils parviennent à rejoindre. Ils ont prétendu depuis, pour se faire pardonner ces assassinats, qu'ils crurent être attaqu(^s : « Les mobiles ont voulu fuir et, d'après les lois delà guerre, nous avons tiré sur eux. »

Il y a là un double mensonge : on n'est pas attaqué par des hommes désarmés ; d'ailleurs, h s mobiles

qui étaient demeurés sur place ne furent point épargnés non plus.

Si les officiers, qui connaissaient l'origine du coup de fusil initial, avaient eu du sang-froid, ils n'auraient ni ordonné ni encouragé celte sauvage chasse à l'homme.

Les causes vraies furent la peur familière au soldat allemand qui en a donné tant de preuves, la haine et le mépris du Français considéré comme un bétail envers lequel tout est permis.

Pourchassés dans Passavant, des mobiles y furent tués malgré la courageuse attitude du maire, M.Boiet: ceint de son écharpe, il renouvela deux fois, au péril de ses jours, mais en vain, sa tentative de conciliation. Ses administrés furent malmenés ; quelquesuns même, pris pour des mobiles, furent blessés, puis emmenés en captivité.

Lorsque le calme s'établit, le sol estjonchéde morts et de blessés; les Prussiens ne manquaient pas de retourner toutes les poches.

49 mobiles, dont les noms sont conservés, ont été tués à Passavant ;

97 autres furent blessés, dont plusieurs estropiés.

La marche fut reprise ; le 28 août au soir, on atteignait Remilly, où eut lieu l'embarquement * : pendant quatre jours, la pitié des habitants avait seule pourvu à l'alimentation des prisonniers.

Aujourd'hui, deux monuments établis à Passavant et à la Basse rappellent la conduite déshonorante d'ofciers et de soldats prussiens.

I. Intenii's à Glogau, où ils furent maiiiteiuis jusqu'au milieu d'avril 1871, des mobiles de Passavant perdirent 49 d'entre eux sur les 692 Français qui y furent ensevelis.

CONDUITE DES ARMÉES ALLEMANDES Hl

Massacre des prisonniers faits à Soissons, le i6 octobre. — Les prisonniers, au nombre de 4'000 environ, faits à Soissons.. d'où ils étaient partis, vers trois heures du soir, pour se rendre à Château-Thierry,avaient parcouru une ving-taine de kilomètres lorsqu'une halte est prescrite dans le bois Saint-Jean, situé sur le territoire d'Hartennes.

Tout à coup, sans que le mystère ait pu êtreëclairi ci, en tête, en queue et sur le flanc de la colonne, les Allemands ouvrent le feu sur ces prisonniers désarmés, qui se jettent dans le bois où le feules poursuit ; les Prussiens eux mêmes s'entretuentdans l'obscurité.

Le soir, à Cliâteau-Thierry, il n'y avait plus qu'un millier de prisonniers, mais il aété impossible de fixer exactement le chiffre des pertes.

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