ROLE DES INTENDANTS
Le correspondant de guerre anglais Sir H. W. Russell, attaché au quartier général du prince royal de Prusse, signale le contraste que présenta la conduite de celui-ci et de « l'intendant, l'homme de fer 1 ».
Le prince royal déplorait assez volontiers les souffrances de la guerre; il traitait avec bienveillance les autorités civiles des localités qu'il traversait, et se signala par quelques actes d'humanité.
Lui parti, l'intendant arrivait ; alori la dure réalité s'imposait.
... Il amène avec lui la rage,le désespoir, les pleurs et les grincements de dents : « Vous paierez, avant six heures, une contribution de deux millions de francs ; vous fournirez 500.000 cigares, 10.000 paires de souliers, 20.000 bouteilles de Bourgogne et de Bordeaux, G. 000 bouteilles de Cliampagne, 2.000 bœufs, 10.000 moutonSj etc., etc ! » Et l'intendant se pose comme la statue du commandeur, une main sur la garde de son sabre.
L'intendant tient deux réponses toutes prêtes à toutes les objections; la première est un sec : « Cela doit être fait, et dans six heures ! » La seconde est un argument irrésistible : « Votre ville compte 5.000 habitants. Je me base, en vous demandant cette contribution, sur l'exemple de Napoléon Bonaparte, qui a prélevé précisément la même somme, miitalis mutandis,snT\si ville de Donnersberg... Il est neuf heures du matin, donc à trois heures du soir... Vous comprenez! Bonjour! Quelle belle ville! Bonjour, monsieur le maire. A trois heures... vous comprenez ?
Il n'y avait pas à badiner avec l'intendant...
I. John Black Atkwns, la Vie de sir William Howard RusseLl, le premier correspondant spécial.
L'historien de la bataille de Bapaume a traduit la même impression :
De tous les officiers de l'armée allemande, les inleudants sont ceux qui ont montré dans leurs ra[)ports avec les municipalités une raideur qui allait parfois jusqu'à la brutalité, toujours jusqu'à la menace, menace de l'exécution militaire... '.