Histoire de l'Italie 1789-1863
Mon royaume n'est pas de ce monde, a dit Jésus- Christ en conseillant le détachement des biens de la terre. Le Sauveur n'eut eu effet ni propriétés, ni argent, ni titres, ni serviteurs, ni soldats. Ne possédant rien, il n'avait rien à défendre; n'ambitionnant rien, il n'avait rien à prendre. Les hommes allaient à lui sans défiance : ceux qui souffraient, le voyant gaider une glorieuse sérénité dame au sein des plus vives douleurs ; ceux qui n'avaient pas de
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Liens, le voyant déployer dans la pins profonde misère une majesté supérieure à celle dos rois; ceux qui haïssaient, le voyant témoigner une mansuétude sans bornes pour ses plus cruels ennemis; tous, faibles, déshérités ou victimes, vivement frappés du triomphe remporté par cette âme divine sur la souffrance, les besoins et les passions terrestres, rougissaient de leurs plaintes et s'en allaient consolés. — Je suis le fils de l'homme ! leur avait dit le Christ. — N'élaicnt-ils pas fils de l'homme aussi ceux-là qui venaient écouter ses paroles, et lorsqu'ils le saluaient du nom de Fils de Dieu, ne saluaient-ils pas leur propre divinité et la toute-puissance de l'esprit que le Sauveur venait de révéler?
El quand l'âme du Christ, laissant sur la croix son corps en pâture aux représailles des intérêts et des passions que sa doctrine avait condamnés, poursuivit son œuvre par l'intermédiaire des apôtres, elle voulut que, comme leur maître, ils fussent pauvres, errants et persécutés. S'ils avaient participé aux jouissances de la matière, de quel droit eussentils prêché au monde le renoncement, l'amour, la confiance, la charité, le pardon des injures ? Ces hommes qui allaient par tous pays annoncer la grande nouvelle, la toute-puissance de 1 ame quand elle se détache de la matière, restaient étrangers aux appétits et aux douleurs d'ici-bas. Ils cherchaient à faire germer dans tous les cœurs cet héroïsme patient qui se nourrit de confiance ; ils préparaient ce
LE PAPE
champ merveilleux où fleurit la vertu, et où mûrissent les jouissances les plus pures qu'il nous soit donne de goûter ici-bas.
L'humanité d'aujourd'hui est-elle donc si différente de l'humanité d'autrefois, pour qu'on la soumette à des principes essentiellement contraires? À-t elle trop de charité, de paix et de confiance pour qu'on lui présente la Divinité en danger quand ses apôtres ont à craindre pour leurs biens terrestres? Les vertus sans tache ne peuvent- elles s'éprouver que par l'excès des jouissances? et le Christ, après deux mille hivers, ne veut -il [se manifester aux hommes que ceint de- la couronne et armé du glaive?
Mais ce n'est pas à ce point de vue que les partisans du pouvoir temporel défondent ce qu'ils nomment le patrimoine de saint Pierre. Pour eux, la réforme est passée du domaine de la théorie dans le domaine des faits; si lame est immatérielle le corps a ses exigences ; il faut aux ministres du ciel une indépendance complète, afin de mieux agir sur les hommes, et celle indépendance doit être sauvegardée autant qu'on le peut. N'est-ce pas en définitive un progrès social d'avoir soustrait les apôlics