CHAPITRE PREMIER
à l'oppression des gouvernements? N'est-ce pas un progrès individuel d'avoir déterminé les hommes à gralificr les minières de la vérité des trésors qu'ils prodiguaient aux ministres de l'erreur? A ceux qui blâment les splendeurs de la cour pontificale, on repondra qu'aux liqueurs précieuses il faut des vases de prix ; la religion doit rayonner dans le monde matériel, comme elle rayonne dans le monde intellectuel.
Rien de plus juste, si le Pape s'en remettait pour ce soin à tout autre qu'à son aîter ego, s'il laissait aux laïques le maniement des affaires civiles, aux diplomates le maniement des affaires politiques, aux chefs d'armée la défense des territoires et le pouvoir exécutif. En est-il ainsi dans les États Romains? Le Pape, en poursuivant la voie dans laquelle il* s'est engagé depuis douze ans, cesse d'être le souverain spirituel du monde, pour ne devenir que l'administrateur de ses propres domaines. La religion universelle se réduit à n'être plus qu'une religion d'Etat, exclusive à Rome et à ses environs. Des scissions s'y introduisent partout; chaque nation catholique se constitue à l'écart par des concordats, et depuis longtemps déjà la croyance qui règne dans la Ville Éternelle a reçu un nom différent des croyances qui régnent à Paris, à Vienne ou à Madrid ; elle s'appelle l'ultramontanisme.
Une autre cause de décadence doit être signalée dans le catholicisme : le divorce de la science et de
LE PAPE
la foi. La religion, qui couronnait jusqu'au dixhuitième siècle toutes les branches de renseignement supérieur, s'épouvanta des progrès réalisés dans les sciences naturelles: elle les condamna sans examen, sur les assenions prématurées de quelques faiseurs de synthèses qui prétendaient nier l'esprit, et constituer le monde avec les éléments les plus grossiers de la matière. Celte condamnation doit être rapportée, parce qu'elle n'a pas fait l'objet d'un procès régulier. L'étude des sciences naturelles, en établissant l'immortalité de la matière, a donné gain de cause à la doctrine théosophique qui établit la résurrection des corps. Le dogme moral de l'éternité des êtres a donc prévalu dans la matière aussi bien que dans l'esprit, et l'on doit s'étonner que des laïques seuls aient encore signalé cette merveilleuse concordance. Quelle tâche sublime ne serait-elle pas réservée au prêtre qui établirait la loi commune aux intérêts matériels et aux intérêts spirituels ! La religion redeviendrait ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être: le couronnement de l'humanité. Malheureusement le clergé, de plus en plus hostile aux spéculations de l'esprit moderne, semble se retrancher exclusivement dans les traditions du passé. Encore quelques années, et la religion aura persisté dans son divorce avec l'humanité. La science est humble ; elle s'est développée dans les ateliers, parmi les déshérités; comme la religion, elle a eu ses martyrs; comme la religion, elle a révélé à