IX
D'après le peu que nous avons dit, on doit sans crainle affirmer qu'avant quelques années le nouveau royaume italien se trouvera à la hauteur des Puissances les plus actives et les plus industrieuses de la civilisation moderne. Si tous les peuples qui se sont ralliés autour du drapeau de l'unité italienne, arboré par Victor-Emmanuel, persistent avec énergie dans leur entente et repoussent toutes les sollicitations qui pourraient les entraîner à de nouvelles luttes intestines, ils seront désormais unis et inattaquables. Si, au contraire, l'esprit de désordre prévaut, nous repasserons par les phases douloureuses que nous avons traversées déjà. La civilisation et le progrès, au lieu de marcher droit à leur but, se perdront dans les efforts partiels, et il n'y aura pas d'école, c'est-à-dire pas de portes ouvertes sur les horizons supérieurs de l'humanité. L'anarchie, en théorie ou en pratique, est le pire des gouvernements; c'est la suppression de la volonté, et, par suite, de la décision, dans le corps social. Qu'il y ait des acéphales dans l'ordre des mollusques, c'est-à-dire dans les milieux infinis et stagnants, rien de plus simple; mais rien n'est plus absurde flans les milieux actifs et progressistes. Le gouver-
SITUATION GKNÉRALK.
nement est le cerveau des sociétés puissantes, et c'est au développement cérébral que se mesure la force des individus.
L'ère qui s'ouvre aujourd'hui pour l'Italie n'est plus celle des révolutions violentes, mais des conquêtes pacifiques. Ce sont des victoires morales que son peuple doit remporter aujourd'hui. Certes, que la possession de Rome et de Venise est l'ardent désir de tout cœur véritablement italien, mais, pour le moment, le plus pressé, c'est la constitution de l'autonomie et de l'unité italienne.
On sait que Venise et Rome doivent être unies à la même famille, on sait que l'Italie doit avoir Rome pour sa capitale naturelle, comme Paris est celle de la France, et comme toutes les capitales le sont pour chaque nation ; mais que l'Italie, en attendant, sache se former, et toutes les difficultés qui se rattachent à son unité définitive disparaîtront sous l'influence, à l'intérieur,. d'une forte et sage administration, et, à l'extérieur, par une loyale et ferme discussion que les hommes éminents du Parlement italien, sauront convaincre de la nécessité d'adhérer aux vœux d'une nation telle que l'Italie a été et doit être pour la paix du monde. Tant que la guerre n'aura pas fait place à Injustice, tant que les intérêts généraux et communs à loule l'humanité n'auront pas dominé les orgueils et les vantardises nationales, tant enfin que le catholicisme ne sera pas reconstitué tel que le Christ l'a fait, si éminemment t. v. 19
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beau, si grand, si influent et si vénérable dans sa simplicité et dans son abnégation de toutes grandeurs terrestres, nul ne pourra espérer que les nationalités se forment en paix ; c'est donc à la raison qui est Dieu, et à la persuasion que l'homme érudit doit amener dans les niasses pour les convaincre du bon qui nous doit guider, à tout changer dans ce monde sans cette force brutale qui s'appelle la guerre.
Paix donc et patience. Que le bruit du canon et le cliqueits des baïonnettes retentisse désormais sur les confins extrêmes de la civilisation. Que tous les hommes de progrès soient unis, et la barbarie sera vaincue.
Les intérêts modernes sont d'ailleurs évidents par eux-mêmes. Ils consistent moins dans le fracas des triomphes violents que dans la persuasion lente. Le commerce est un missionnaire plus efficace que les armes. Ce que les armes détruisent est anéanti, ce que le commerce convertit constitue une force nouvelle. La prospérité des peuples latins est attachée à leur union ; leur puissance résultera de l'empire qu'ils reconquerront sur la Méditerranée ; le percement de l'isthme de Suez, qui ouvre une porte sur les mers orientales, va les mettre en contact avec le monde entier. Nous allons le démontrer dans un ouvrage spécial. 1
i. Le canal de Suez, son influence sur l'Italie, sur la prospérité îles peuples de race latine cl sur la civilisation occidenlale. {Sous presse.)