‹ Histoire de l'Italie 1789-1863Chapitre 31 sur 32 · SI · texte numérisé non relu

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«L'étendue du tunnel doit être de 12 200 mètres. Jusqu'ici les prévisions des géologues sur la nature des couches à traverser ont été justifiées ; on rencontre des grès, des quartzites en petite quantité, des calcaires, des gypses et des schistes. Toutes ces roches, excepté les quartites, sont faciles à perforer.

« Si Ton avait dû employer les moyens ordinaires, il aurait fallu cinquante ans pour terminer les travaux ; force était donc de recourir aux machines. On reconnut bientôt qu'avec les difficultés d'aérage qui résultaient de l'absence de puits, il fallait trouver une machine qui, sans vicier l'air, pût transmettre la force motrice, faire arriver aux ouvriers de l'air respirablc et chasser complètement les gaz développés par l'explosion des mines. On ne pouvait employer la vapeur; on résolut de recourir à l'air comprimé.

« Le travail d'excavation se fait toujours à la poudre; mais les fleurets qui percent les trous de mine sont sollicités par de petites machines perforatrices. Celles-ci reçoivent leurs mouvements de l'air que compriment des appareils recevant leur force motrice du torrent de l'Arc.

« L'air est comprimé à la pression de six atmosphères. Chaque perforatrice peut donner deux cents coups par minute et avance en moyenne de deux centimètres dans le môme temps. Outre l'air frais qu'on fait arriver en quantité indéfinie sur un

point quelconque du tunnel, l'échappement de chaque perforatrice fournit pendant le travail un mètre cube d'air par minute.

« L'aérage se trouve complété par une cloison horizontale qui sépare en deux parties le tunnel dans sa hauteur : à l'orifice extérieur du compartiment supérieur est établi un ventilateur à piston, qui appelle l'air vicié du compartiment inférieur dans lequel vivent et travaillent les mineurs.

« L'orifice du tunnel, sur le versant italien, est situé à|i330 mètres au-dessus du niveau de la mer, et à 1202 mètres sur le versant français.

a A la fin de juillet 1863, on avait percé sur le versant italien environ 1500 mètres, dont moitié en-

viron par les moyens ordinaires et moitié par les nouveaux procédés. Sur le versant français, on a percé 925 mèlres par les moyens ordinaires et environ 175 par les moyens nouveaux, en tout 1100 mèlres.

« En résumé, on avait percé du côté de l'Italie 1500 mètres et du côté de la France 1100 mètres, en tout 2600 mètres, c'est-à-dire plus de la cinquième partie de la distance totale. On peut raisonnablement espérer que grâce aux perfectionnements que réalise chaque jour l'ingénieur en chef, M. Sommelier, grâce aussi aux progrès des ouvriers, on arrivera bientôt à pouvoir exécuter sur chaque versant 2 mèlres par jour, soit en tout 1400 mèlres par an, ce qui permet de fixer * sep* <*os seulement, c'est-

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à-dire au i er juillet 1870, la terminaison de cette œuvre gigantesque. »

A la fin de 1863, les chemins de fer dont était dotée l'Italie s'étaient considérablement multipliés. La principale ligne, de création nouvelle, était celle qui doit desservir la Péninsule dans toute sa longueur et raviver le commerce des ports de l'Adriatique, moins florissant que celui des ports de la mer • Tyrrhénienne. Celle ligne, partant de Turin et passant par Asti, Alexandrie, Tortone et Voghcra, se relie à Plaisance avec le chemin de fer de Turin à Venise, par un embranchement qui aboutit à Milan. De là, elle, incline un peu à l'est en réunissant Parme, Reggio, Modène, Bologne, Faenza, Forli, Rimini, Pesaro et Ancône. A partir d'Ancône, elle se dirige vers le sud et tout le long du littoral de l'Adriatique jusqu'à Chieti. Elle ne doit pas tarder à être ouverte jusqu'à l'extrémité sud-est de l'Italie, à Drindisi.

Cette grande arlère, destinée à transporter les marchandises de la Méditerranée par le trajet le plus court jusqu'en France, est réservée au plus brillant avenir, car elle aura certainement le privilège de transporter les objets précieux, les voyageurs et les

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dépêches venant de la partie orientale de la Méditerranée. Elle est assurée déjà des services des Indes, et il est difficile de prévoir à quel degré de prospérité elle atteindra lorsque l'isthme de Suez sera percé. On peut dire dés aujourd'hui qu'elle sera la plus active et la plus importante de l'Europe.

Des embranchements, dirigés vers l'ouest et coupant transversalement l'Italie dans sa largeur, la relieront à Naples, à Rome et à Florence. À Naples on compte déjà plusieurs lignes ferrées qui relient l'ancienne capitale des Deux-S'iciles à San-Severino par Cancello et Nola; à Eboli, par Castellamare, Pompéi et Viélri.

A Rome le gouvernement du Saint-Siège a relié . la ligne de Naples à Isoletta à celle qu'il avait établie jusqu'à Ceprano; cette ligne dessert en parlant de Rome les villes de Velletri, Frosinone, Gapoue et Caserte. Une autre ligne conduisait depuis longtemps à Givita-Vecchia.

La Toscane se trouve reliée aux Etats Romains par un chemin de fer, encore inachevé, qui part actuellement do Sienne et s'embranche sur la ligne depuis longtemps établie entre Florence, Pise et Livourne. La ligne de Florence à Pistoie devra rejoindre la grande voie ferrée de Turin à Brindisi, à la hauteur de Bologne. Tout le long du littoral supérieur de la mer Tyrrhénienne, on projette un chemin de fer qui desservirait les différents points de la côte, relierait les villes de Livourne, Massa, Ghia-

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vari, Gênes et Nice pour aller de là rejoindre les embranchements des lignes de Paris à la Méditerranée. Celle seconde voie de communication avec la France ne peut nuire en rien à celle qui passe par le mont Cenis; elle est beaucoup plus longue, elle ne desservira en réalité que les villes du littoral.

Nous mentionnerons pour mémoire les lignes d'Alexandrie à Acqui, à Arona et à Plaisance, dans les États Sardes; enfin le chemin de fer de Palerme à Bagherra en Sicile.

Telle est la part prise par le gouvernement italien dans le développement de l'activité du pays. Nous ne parlerons que pour mémoire des travaux exécutés dans tous les ports, des nouvelles écoles instituées par l'État, de l'entretien des roules, des mesures de tout genre qui sont destinées à relever l'Italie, et à la placer au rang des nations les plus riches et les plus prospères. Ce n'est ni le génie, ni la pratique qui manquent aux Italiens, et il a été facile de s'en assurer lors de l'exposition ouverte pour la première fois à Florence, en 1861, et à laquelle ont été conviés tous les producteurs de la Péninsule. On remarquera que les fabricants et les industriels de Rome ont voulu y prendre part, et, malgré la sur-

veillance de la police pontificale, ils sont parvenus à s'y faire représenter.

On constata tout d'abord quo l'Italie n'avait rien perdu dans les beaux-arts. Si la peinture est aujourd'hui moins cultivée, et cela se comprend, dans un pays peuplé de chefs-d'œuvre, où les tableaux modernes no sor t pas prises à leur valeur, la sculpture, en revanche, y figure avec honneur, et les artistes de la Lombardie et de la Toscane s'y disputèrent le premier rang. Naples resta en privilège de produire les meilleurs tableaux.

Les professions industrielles envoyèrent des produits d'autant plus remarquables qu'ils avaient été plus calomniés jusque-là. Le Comité romain fit parvenir des mosaïques, où les artistes de la Ville Éternelle excellent toujours; des statues inspirées par les chefs-d'œuvre de la plus pure école italienne ; de smeubles et particulièrement des lits en fer trèsélégants.

Outre leurs tableaux, les provinces napolitaines avaient expédié des tissus et des étoffes qui attestaient d'une fabrication très-avancée. La Sicile fut représentée par des briques et des pierres coloriées pour l'ornement intérieur des maisons. Florence se signala par ses cristaux et ses porcelaines, Milan par ses machines.

On pouvait constater que cette exposition était très-brillante, surtout en ce qui constitue les ustensiles employés à l'intérieur, les ornements desli-

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nés aux maisons particulières, enfin tout ce qui tient au bien-être individuel. C'était un enseignement profond. Le génie italien n'était pas mort. Entravé dans ses manifestations extérieures, exclu du soleil et de la vie publique, il s'était, en quelque sorte, replié sur lui-môme, pour se consacrer à la vio privée. On pouvait donc espérer que sous le régime des libertés constitutionnelles, affranchi des frontières, des égoïsmes et des rivalités stériles de province à province, sollicité par la suppression des douanes, la création des routes, la facilité des relations avec l'étranger, il ne larderait pas à prendre un nouvel et puissant essor.

Les peuples, en effet, ne sont véritablement soumis à l'ordre que par le travail spontané et rémunéré. Il faut donc que toutes les individualités puissent s'abandonner à leurs aspirations et à leurs vocations particulières.

C'est au gouvernement qu'il appartient de veiller à ce que les différents produits de cette activité trouvent des débouchés et des rémunérations suffisantes; c'est à lui de préparer, par une instruction aussi générale et aussi complète que possible, toutes les jeunes générations au rôle social qu'elles doivent remplir; c'est à lui, enfin, de tenir la main à ce qu'aucune des fonctions humaines ne tombe ni dans l'inertie ni dans l'excès : tâche difficile, sans doute, dont les révolutionnaires se débarrassent en laissant tout faire, et dont les despotes s'affranchissent en ne permettant rien.

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