AVANT-PROPOS
La révolution italienne n'est pas un fait fortuit; elle a un peint commun avec toutes les révolutions qui ont agité l'Europe. Comme elles, elle est le contre-coup d'un mouvement antérieur. —Ce qu'il y a de frappant, en effet, dans les soulèvements modernes, c'est la simultanéité avec laquelle ils se produisent sur les points les plus éloignés, et dans les nations les plus différentes par le climat, le langage et les coutumes.
Ce phénomène est acquis à l'expérience. On l'a constaté d'une façon si évidente, que chacun sait aujourd'hui qu'il suffit de pousser un cri sur un point du vieux continent, pour qu'aussitôt ce cri soit répété de toutes parts comme par un écho.
C'est que, malgré les séparations de convention qui la divisent, l'Europe a toujours formé un corps à peu près homogène; c'est qu'elle a suivi presque également la marche que le progrès a imprimée aux sociétés modernes.
Il serait difficile, en effet, de se figurer que les luttes et les al liances nombreuses qui ont relié les nations européennes par le sang ou par des intérêts, aient pu aboutir à un autre résultat. Chacune d'elles s'est trouvée trop souvent en contact avec toutes
il AVANT-PROPOS.
les autres pour ne pas y avoir reconnu les mômes sentiments, les mêmes tendances et les mômes besoins.
A l'époque à laquelle nous sommes arrivés, on ne peut plus dire : c'est tel pays qui est révolutionnaire ; il faut dire : c'est l'Europe tout entière qui est complice des révolutions.
Le monde civilisé est aujourd'hui constitué de telle sorte, que les gouvernements, quelque distincts qu'ils soient les uns des autres, sont soumis fatalement aux mômes impulsions, et entraînés invariablement sur la môme route. Ils ne sauraient détruire un pareil état de choses sans se détruire eux-mêmes. Leur intérêt, leur honneur, leur sûreté, leur vie, tout en résulte, tout en dépend.
Nous sommes donc à une heure où, plus que jamais, il est nécessaire d'étudier la loi qui régit la situation actuelle, aÛn de ne pas nous trouver en désaccord avec elle, de sauvegarder nos intérêts, d'éviter des catastrophes. Cette loi ne nous gouverne, pas d'hier. Elle a régné le jour où une société s'est formée sur un des points du globe ; seulement, elle est restée inconnue jus* qu'à l'heure où, précipitant sa marche selon le cours naturel des choses, elle s'est relevée dans toute sa puissance et dans tout son éclat par des cataclysmes régénérateurs.
Cette loi est le progrès.
61 Ton pouvait assigner une image physique au progrès, ce serait à coup sûr celle de la surface unie d'une immense plaine liquide au milieu de laquelle on laisserait tomber un projectile. Le phénomène qui se produit alors consiste dans le mouvement successif d'une série de circonférences qui s'éloignent graduelle* ment du centre en étendant leur diamètre à l'infini.
L'humanité serait cette mer. Le projectile lancé serait l'émission unique de la volonté divine, et le mouvement de ces circonférences, le progrès résultant de cette impulsion première.
Cette image a frappé plus d'un philosophe. Elle nous a ténu
AVANT-PROPOS. lit dIus d'une fois nous-mêmes, enfants, dans une instinctive contemplalion ; — c'est que ce fait tout matériel était la traduction d'un fait moral, sur lequel ont disputé tant de profondes intelligences. Plus d'une fois, l'humanité a été comparée à une mer, plus d'une fois on a cherché quelle était l'origine unique des moumultiples qui agitaient sa surface ; plus d'un penseur luise trompant sur la nature du progrès et subissant l'influence du moment, a comparé le mouvement de la société à un cercle fatal qui reproduirait sans cesse les mêmes phénomènes : despotisme qui appelle l'émancipation ; émancipation qui appelle la liberté ; liberté qui appelle l'excès et, par suite, le despotisme : m voilà, ont-ils dit, la circonférence fatale dans laquelle nous sommes emprisonné s. —Seulement, ils n'avaient pas constaté une chose, c'est qu'à chaque fois le cercle s'agrandissait en suivant un mouvement d'autant plus rapide qu'il étendait d'autant plus son diamètre»
Pour peu que l'on étudie attentivement l'histoire du monde, on trouvera la confirmation de cette vérité. Chacun des cercles dans lesquels semble s'être renfermée la civilisation se transforme par des secousses inexplicables en un cercle plus été ndu, et nous voyons les espaces primitifs qui ont donné l'impulsion se reposer
Les nations ont changé, affectant des noms divers aux phases d'un mouvement toujours uniforme; le progrès seul est resté le
à l'inflol.
Si l'on veut suivre ce phénomène en dehors de l'ordre métaphysique dans lequel nous l'avons signalé, si Ton veut le cous-* tater dans les faits, on trouvera que le centre terrestre d'où part le mouvement s'est déplacé plusieurs fois dans l'histoire. Il fut d'abord dans l'Inde, puis dans l'Asie occidentale, puis e nfln dans
nr AVANT-PROPOg.
1e midi de l'Europe. Il semble que la circonférence progressive, arrêtée toujours du côté de l'Orient, ait cherché à S'asseoir au «entre réel de la civilisation.
Ce centre, c'est l'Italie.
Rome, dès le jour où elle a vu une nation se former autour de ses murailles, a toujours été le point le plus influent sur les destinées humaines. Elle s'est appropriée dans sa première période les institutions de tous les peuples pour les fondre dans une puissante unité avec les peuples eux-mêmes.
Le jour où ce travail a été accompli, a vu commencer sa seconde période ; le despotisme a refoulé violemment le progrès qu'elle contenait dans son sein, pour le faire rejaillir sur tous les points du globe. De toutes parts, les peuples exclus se sont précipités vers cette source divine. Après avoir infructueusement tenté de la transporter ailleurs, ils se sont inclinés devant la ville éternelle, et, comme le progrès s'appelait alors le christianisme, ils ont salué dans l'évéque romain le prince du globe.
C'est à ce point de vue que nous pouvons nous expliquer à la fois et l'influence de la papauté au moyen âge et sa décadence dans les temps modernes. Placée à la tête d'un mouvement qu'elle n'a voulu comprendre que dans son intérêt, elle a oublié qu'elle était la clef de voûte de l'intérêt de l'humanité tout entière. Elle s'est attribué à elle-même les résultats dont elle n'était que le moyen. Au lieu de suivre la politique de l'humanité, elle a voulu suivre sa politique personnelle. Les faits nous ont montré qu'elle avait tort. Elle a oublié bien réellement sa mission divine pour ne plus songer qu'à l'égoïsme de sa vie humaine.
Despotique avec les princes du moyen âge, elle a été puissante aussi longtemps que ce despotisme a été nécessaire pour constituer les nationalités de l'Europe. Elle a déchu du jour où cesdespotismes ont achevé leur œuvre; — elle n'eût pas dû les suivre; car son intérêt n'était pas attaché à l'existence des monarchies, mais bien au mouvement social de l'humanité.
Avant donc de dire quel pouvait être le rôle de Rome dans la
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moderne régénération de l'humanité, nous devons examiner la nature et l'état actuel du mouvement social.
Nous n'insisterons pas sur l'importance de ces considérations générales : nous avons dit tout-à-l'hcurc que la révolution dans un pays n'est pas un fait isolé ; ce qui intéresse une nation doit donc les intéresser toutes. Si nous faisons cette remarque, c'est que nous ne voulons pas que le lecteur nous accuse de déployer inutilement des aperçus généraux ; nous ne voulons pas qu'il nous accuse non plus de manifester l'expression d'un parti ou d'une opinion arrêtée. Aussi, nous le prions de ne pas nous considérer comme juge dans les lignes qui suivent, mais seulement comme observateur aussi Adèle et aussi désintéressé qu'il est possible de l'être dans l'histoire.
Le mouvement social a toujours eu pour mobile l'affranchissement et pour but la liberté des peuples.
Les peuples ont de tout temps été esclaves ; car l'esclavage ne consiste pas seulement dans l'oppression d'un ou de plusieurs sur tous, il consiste avant tout dans l'ignorance et dans la paresse. Le despotisme, chez un peuple ignorant et apathique, est moins la cause de ses vices qu'il n'en est le résultat.
Chez un peuple sans instruction et sans initiative, l'autocratie est un progrès; elle s'y manifeste comme l'élément actif et intelligent. Il serait impossible de concevoir son origine si l'on admettait l'hypothèse contraire.
Aussi l'histoire nous montre en beaucoup d'endroits l'autocratie comme un instrument du progrès. Il ne faudrait pour cela citer que Pierre-Ie-Grand dans les temps modernes. Loin donc d'être la pégation de la marche des peuples vers la liberté, elle en est le premier symptôme. Nécessaire à la préparation des masses, elle a un rôle utile à accomplir. Jamais les peuples barbares du moyen-age n'eussent formé des nations sans la conslitu-
vi AVANT-PROPOS.
Uon des monarchies qui les ont contraints d'entrer dans là vie
sociale.
Cette considération n ou s explique la formation des Etats libres dans ] 'histoire : elle est la lumière qui nous donne la raison du moyen âge tout entier ; elle éclaire à la fois les côtés faux de la croyance des partisans de la monarchie en même temps que des partisans de la liberté excessive. Les premiers ont vu dans le despotisme l'instrument d'une amélioration incontestable, et leur erreur a été de croire que le rôle de cet Instrument pouvait être autre chose que momentané ; les seconds, arrivés à une époque où l'autocratie avait terminé son rôle, n'en ont plus senti que l'inutilité, et ils ont contesté l'efficacité de son action antérieure.
Si l'on veut être de bonne foi dans l'étude de l'histoire, on ne tombera ni dans l'une ni dans l'autre de ces erreurs ; on reconnaîtra que le despotisme représente à son origine la partie active et intelligente d'une nation j on sera forcé d'avouer qu'U est le noyau autour duquel rayonne la civilisation des sociétés.
Mais on reconnaîtra aussi qu'à mesure que de ce point centrai partent les lumières et l'activité, le despotisme se transforme peu à peu, mais de plus en plus rapidement. Il devient alors le partage de quelques-uns, puis celui de plusieurs, jusqu'à ce qu'enfin il tombe entre les mains d'une minorité intelligente qui décide du sort de la majorité inintelligente de la nation.
La marche constante du progrès se signale par l'accession constante d'un plus grand nombre d'individus au pouvoir. Le but, c'est l'accession de tous. La liberté complète se traduit admirablement par le gouvernement de tous sur chacun et de chacun sur tous. Somme toute, on pourrait presque dire que la liberté absolue ne serait autre chose que l'égale répartition de l'autocratie de chaque individu sur l'humanité tout entière»
Le progrès n'est donc point contradictoire dans sa marche, et celte théorie, tout imparfaite qu'elle soit, doit suffire à démontrer comment on est parti du despotisme pour arriver à la liberté.
AVANT-PKOPOS.
La question est simplifiée. Il ne s'agit plus que d'évaluer le nombre des hommes actifs et intelligents qui comptent dans une nation, et d'apprécier l'extension des lumières qui rayonnent sur le globe.
Aujourd'hui, le nombre des individualités intelligentes et actives a pris des proportions effrayantes. Deux faits généraux nous le démontrent dans les derniers temps. Le premier, c'est la formation en république d'un grand pays à sa naissance et au sortir d'une guerre d'indépendance : nous voulons parler des Etats-Unis. Cet exemple est unique dans l'histoire.
Cette formation est le résultat des lumières élaborées en secret dans le quinzième et le seizième siècles, divulguées au dix-septième, et répandues à profusion par le dix-huitième. Depuis lors, le nombre de ces individualités s'est tellement accru, que l'Amérique n'a pu absorber tous les hommes actifs du vieux continent. L'Europe monarchique a été alors ébranlée jusqu'en ses fondements.
Pour retrouver les causes de cette secousse, il faut remonter de quelques pas dans l'histoire.
Tant qu'il y a eu un nombre restreint d'hommes capables de gouverner, le despotisme autocratique a eu, sinon le droit, du moins la confiance de pouvoir se maintenir ; et il est arrivé à ce but par deux méthodes différentes.
Ainsi il a appelé autour de lui, jusqu'au dix-huitième siècle, les hommes intelligents en France, en Angleterre, en Allemagne et dans toutes les nations que le langage, les mœurs et les coutumes constituaient en quelque sorte dans une puissante unité.
Mais il ne pouvait en être de môme des nations qui agissaient continuellement sur leurs voisins, comme la Grèce dans l'antiquité et l'Italie au moyen âge. Ces contrées, devenues en quelque sorte le rendez-vous des hommes avides de s'éclairer et de s'instruire, éu ient composées d'éJémeuts hétérogènes et ne pouvaient subir
vin AVANT-PROPOS.
une direction unique. L'autocratie y devenait impossible ; il fallait que le pouvoir s'y fractionnât en quelque sorte et y format plusieurs puissances rivales.
Chacun sait que les faits ont donné gain de cause à la vérité de cette théorie.
Il est donc juste de dire que là où les individualités intelligentes et actives deviennent plus nombreuses, le pouvoir se fractionne en vertu de la loi inévitable du progrès. Ce fractionnement ne se produit pas sans luttes, car les favorisés ne veulent céder aucun de leurs privilèges ; mais, l'histoire est là pour l'attester, il a toujours obtenu un triomphe définitif.
Au sortir du moyen âge, le nombre des hommes intelligents s'est accru rapidement en Europe ; les guerres et la formation des nouveaux royaumes nous attestent cette vérité. Mais, quel que fût ce fractionnement, il ne pouvait être égal à l'accroissement des individualités.
Une crise devait en surgir, et cette crise devait se produire au sein de la nation dont l'influence était la plus grande sur le vieux continent. La révolution de 89 était donc inévitable, et avec elle un cataclysme européen.
Si nous descendons maintenant du domaine général dans lequel nous nous sommes tenus jusqu'ici, si nous abordons notre sujet pour ne plus le quitter, nous reconnaîtrons qu'en Italie, comme partout ailleurs, et plus manifestement que partoulailleurs, les mêmes causes ont appelé les mêmes résultats.
La révolution de 1789 fut, non point une révolution partielle, mais une révolution européenne. Les révolutions sociales diffèrent toujours des révolutions nationales, en cela quelles ne con* naissent pas de frontières. L'Italie en a ressenti le contre- coup aussi bien que toutes les nations de l'Europe civilisée.
Beaucoup d'entraves qui s'opposaient à l'extension des lu-
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mières furent anéanties par ce cataclysme. Aussi est-il remarquable d'observer avec quelle progression rapide le nombre des individualités s'est accru dans la Péninsule. Cet accroissement devait produire deux phénomènes bien distincts : le premier vague et confus, — la tendance vers la liberté ; le second précis et mieux déterminé, l'aspiration vers l'unité italienne.
La première de ces tendances, toute informe qu'elle fût, lutta dès lors contre le despotisme qui écrasait une péninsule démembrée et tombée au pouvoir de tant de princes et de gouvernements variés. Elle en est arrivée aujourd'hui à ce point, que l'antagonisme entre la monarchie et la liberté est nettement posé, et que désormais les petites autocraties qui fractionnent la péninsule italienne, au lieu d'être un gage de stabilité, sont devenues en quelque sorte les préludes de bouleversements de plus en plus rapprochés.
Aujourd'hui, que chacun mette la main sur sa conscience, qu'il interroge franchement la raison, et il reconnaîtra que les monarchies dans la Péninsule ont terminé leur rôle ; il reconnaîtra que, partout où elles existent en fait, elles sont battues en brèche ouvertement ou sourdement, non-seulement par leurs ennemis, mais par leurs partisans et par leurs représentants euxmêmes. Le progrès est tel, qu'il fait de ses adversaires les plus acharnés ses complices les plus efficaces.
Résister aujourd'hui à la marche de l'humanité, ce n'est pas l'interrompre, mais c'est amasser contre soi des forces toujours nouvelles ; c'est vouloir arrêter par une digue le cours d'un fleuve puissant jusqu'à ce que ce fleuve noie la digue et ceux qui la construisent. En vain l'on pense effrayer les peuples par des exemples terribles. Les peuples sont insensibles, car ils se renouvellent sans cesse ; — vouloir les corriger, c'est battre la mer de verges comme le fit Xerxès.
Aujourd'hui, tout ce qu'il y a d'intelligent et d'actif est complice du progrès sciemment ou insciemment. Les nations se composent, à cette heure, non plus de masses aveugles, mais d'in-
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dividualités ardentes, ambitieuses, indisciplinées. Chaque homme grandit avec le désir de se faire quelque chose ; et, comme lê fractionnement du pouvoir dans une monarchie est restreint autant que peu variable, il se constituera toujours à côté de cette monarchie une puissance latente, destinée à réunir les mécontents devenus de jour en Jour plus nombreux, jusqu'à ce que cette puissance se sente assez forte pour écraser la puissance rivale.
En pareil cas, les révolutions seront périodiques, et les intervalles qui les séparent seront de plus en plus rapprochés.
Comment veut-on que la monarchie italienne se soutienne? Elle a moins pour ennemis le peuple que l'accroissement des individualités. Elle n'a qu'un moyen d'y parvenir, ce serait d'arrêter cet accroissement et d'étouffer les résultats qu'il a produits jusqu'à ce jour.
Mais quels instruments emploiera-t-elle pour atteindre ce but?
Le développement des intérêts matériels? — Mais ce développement ne fera qu'accroître le nombre des hommes désireux de réaliser leurs besoins, et l'ardeur de tous à se constituer à part dans le bien-être et dans l'indépendance.— Le développement des idées morales?... Mais les idées morales ne sont autre chose que la source de l'intelligence et le fondement de l'activité.
Ainsi donc, les monarchies, constituées civilement sur les intérêts ou sur les aspirations de l'Italie, ne peuvent être que des transitions, et des transitions fort courtes. Les événements contemporains nous l'ont démontré.
L'Italie monarchique invoquera-t-elle alors les traditions du vieux temps? Elle doit savoir que les despotismes n'ont eu leur raison d'être que parce qu'ils marchaient en tête du progrès ; il faut donc que, pour exister, elle marche en avant comme les gouvernements qui l'ont précédée. — Mais, agir ainsi, n'est-ce pas établir la négation delà monarchie elle-même?
Gvilement, les monarchies italiennes ne peuvent se constituer d'une façon stable. La persuasion leur est devenue impossible;
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U faut alors qii'ellêè risquent le tout pour le tout, et qu'elles cessent de cherchèr une issue fbcile pour se Jeter les yeux fermés dans la violence, c'est-à-dire pour se constituer sur un régime d'Oppression entièrement militaire.
Lé progrés est fatal, son cours est foneste aux gouvernements qui le contrarient, il est favorable aux gouvernements qui savent lui creuser Son lit ; mais, pour le faire, il faut que les gouverne- • ments soient des gouvernements libres, et non plus des autocraties.
Il résulte de tout ceci , qu'on peut affirmer hardiment, sûrement, que, si les monarchies divisent et gouvernent la Péninsule, elles touchent à leur agonie, et cette affirmation peut être faite avec la même sincérité et la même puissance qu'on mettrait à attester la Vérité d'une proposition mathématique. Elles n'auraient qu'un moyen d'étoufTer le progrès, seulement nous ne les croyons pas Capables de l'employer : ce serait de trouver assez de poudre pour foire sauterie globe.
La conclusion fatale à laquelle nous venons d'aboutir ne présente qu'une des solutions du grand problème de l'Italie actuelle. U en est une autre non moins certaine, c'est le nivellement des frontières et la constitution future de toutes les populations italiennes dans une puissante unité.
Cet événement est la conséquence de la diffusion des lumières et du développement des intérêt de chaque peuple de la Péninsule. La question prise de plus haut, en cela qu'elle fait étudier non plus lés membres qui composent les sociétés séparées, mais les sociétés elles-mêmes prises en corps, présente les deux mêmes points de départ : l'intelligence et l'activité.
t Cette nouvelle affirmation est contradictoire avec la précédente, dira-t-onj — comment l'unité des sociétés italiennes peutelle résulter de l'Individualisme qui morcelle chacune d'éllea en, particulier?!
Xll AVANT-PROPOS.
. L'individualisme et l'unité ne sont cependant pas plus contradictoires que le despotisme et la liberté ne l'ont été dans la marche du progrès à travers les siècles.
Le développement de l'individualisme est la destruction du patriotisme et de la nationalité. Nul ne le contestera : les homme?, en ne connaissant de lois que leur intérêt particulier, ne connaîtront plus les limites imposées aux intérêts généraux. Si les intérêts généraux étaient le point de départ des intérêts particuliers, notre conclusion serait évidemment fausse ; mais ils en sont le résultat. Celte distinction entre le point de départ et Je résultat est capitale ; pour peu qu'on la néglige, on risque de tomber dans les deux affirmations contraires. Or, il est certain qu'aujourd'hui les intérêts particuliers étant la base des intérêts généraux, ceux-ci ne sont, en quelque sorte, que la somme des premiers. A mesure que l'individualisme s'étend, les milieux qu'il se constitue s'étendent avec lui, et les limites des nationalités, devenues trop étroites, doivent disparaître sous son action envahissante.
Nous allons rendre notre pensée plus saisissable par un exemple.
Prenons un industriel quelconque. Cet industriel est à la tête d'une fabrique considérable ; il sait que son commerce croîtra en raison de l'étendue des débouchés. S'il demeure à Rome, il cherchera donc tout d'abord des consommateurs dans la capitale. Il fera ce qu'on appelle, dans l'argot du métier, la place de Rome. Mais il arrivera un moment où la population à laquelle il a affaire étant limitée, le nombre des consommateurs le sera de même, et, pour développer son entreprise, il sera contraint alors d'aller chercher de nouveaux débouchés dans les provinces, puis dans toute la Péninsule, enfin à l'étranger : s'il le pouvait, il enfermerait l'univers entier dans le cercle d'écoulement de ses produits. Si aujourd'hui il ne peut que l'étendre à l'Italie, demaiu il l'étendra aux nations civilisées ; après demain, enfin, il essaiera de , façonner le reste du monde aux usages du progrès, afin d'élargir encore le cercle de son commerce ; en sorte que <Je nos jours ce
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n'est plus la barbarie, mais bien la civilisation qui est devenue la puissance envahissante.
Or, qui n'est pas industriel aujourd'hui ? Qui ne désire point avoir affaire au plus grand nombre d'hommes possible ? Nous ne connaissons personne qui ne soit possédé de ce besoin à différents degrés. Depuis le colporteur qui ne trouve pas la terre assez grande, jusqu'au négociant qui voudrait la voir couverte de chemins de fer; depuis l'écrivain qui aspire à ce que l'univers entier soit appelé à lire ses ouvrages, jusqu'à l'homme d'État qui voudrait accaparer le globe au proÛt de son ambition, tous ont la pensée, les efforts tendus vers le môme but. Que signifieraient sans cela, dans le grand mouvement européen, la conquête d'Afrique par la France, celle des îndespar l'Angleterre, celle de l'Amérique septentrionale par les Etats-Unis; en un mot, l'envahissement universel du monde sauvage par le monde civilisé !.... Que signifieraient tous ces canaux, ces chemins de fer, enfants des intérêts individuels, qui déjà enjambent irrévérencieusement les frontières de l'Europe? Que signifieraient les perfectionnements apportés chaque jour dans les moyens de transport, les efforts gigantesques tentés pour s'emparer de la voie des airs, après s'être emparé des voies maritimes et terrestres? Que signifierait cette nécessité reconnue de parler plusieurs langues? Que signifierait, enfin, l'influence que les moindres symptômes de bouleversement ont sur les points les plus éloignés ?
Assurément, quand on compte les complices du progrès, on doit compter tout ce qui vit, tout ce qui agit, tout ce qui respire. Le moyen d'arrêter un pareil élan ? le moyen de conserver l'intégrité des frontières sous celte pression constante de toutes les individualités qui s'agitent sur le globe?... Certes, un homme a bien compris, au commencement de ce siècle, la civilisation moderne lorsqu'il a prophétisé que, dans cinquante ans, le monde serait républicain ou cosaque. Aujourd'hui, l'on pourrait dire même : dans cent ans, le monde sera libre ou sauvage. Toutefois, nous sommes cpnvaincus que la solution n'est pas incertaine.