‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 14 sur 50 · LES · texte numérisé non relu

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JOUHS.

ils savaient qu'ils ne devaient en attendre aucun quartier. Leur caserne devait donc être le théâtre de la lutte la plus sanglante, et terminer le combat d'une façon décisive, soit en faveur des Autrichiens, soit en faveur des insurgés. Néanmoins, on hésitait encore à attaquer le dernier retranchement des poliziotti, lorsque le peuple lut sur les murs des maisons adjacentes ces mots écrits au charbon : Tous les citoyens armés à Saint- Simon !

Saint-Simon est le nom de la rue qui fait face à la

caserne.

Eq un clin d'oeil, ces mots étaient dans toutes les bouches. Une foule immense afflua de la Corsia deiSan- Giorgof de la rue de Médici, du Carrobio et des autres passages, à l'endroit indiqué.

L attaque commença par une fusillade bien nourrie, dirigée sur les fenêtres de la caserne et sur celles de la circonscription IV qui en dépendait.

Les poliziotti répondirent au feu des assaillants comme on devait s'y attendre; ils tentèrent même, à plusieurs reprises, de refouler, par des sorties vigoureuses, les insurgés dont le nombre augmentait sans c^sse. Des barricades qui s'élevaient comme par enchantement rendirent ces tentatives impuissantes. Derrière ces abris improvisés, les Milanais ripostaient avec furie à la fusillade des assiégés.

Les poliziotti essayèrent alors une nouvelle sortie en formant un détachement assez fort. Mais cette nouvelle tentative ne leur réussit pas plus que la première. A

lii RÉVEIL.

mesure qu'ils étaient repoussés, le peuple gagnait du terrain et élevait ses retranchements plus près de la caserne.

Tout-à-coup, la fusillade des assiégés est suspendue: quelques coups de feu, tirés à des intervalles de plus en plus éloignés, annoncent que les poliziotti semblent vouloir renoncer à la résistance. Chacun se regarde et s'interroge au milieu d'une profonde stupeur, lorsqu'un drapeau blanc, hissé sur le faîte de la caserne, flotte dans les airs.

A cette vuè, la fureur du peuple disparaît subitement: les poliziotti se rendent! Des milliers de mouchoirs blancs sont agités, les cris enthousiastes de : La paix I Vive l'Italie ! sortent de toutes les bouches. Les poliziotti ne sont plus des ennemis, mais des frères.

La foule, confiante dans le signe arboré par les gardes, se presse autour de la caserne, et les curieux affluent de toutes parts pour assister à cette réconciliation, quand un éclair sillonne toutes les façades du bâtiment, et une détonation effroyable vient jeter le désordre et la mort au milieu des Milanais.

Un cri, un cri terrible répond à cet acte de perfidie. Les morts et les blessés sont relevés immédiatement et transportés loin du théâtre du meurtre. Les rues avoisinantes sont vidées en un clin d'œil par la foule désarmée, et remplies aussitôt par les citoyens en armes. La vengeance est montée au cœur des assiégeants, elle vient les étreindre à la gorge. Plus de merci ! la lutte est implacable. Ni cris, ni menaces, ni signes de colère ;

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mais la fusillade, le canon, le sifflement des balles, le bruit des vitres qui tombent une à une avec un tintement lugubre sur le pavé. La caserne était entourée d'un don d'hommes déterminés à ne laisser sortir vivant aucun poliziotti. Le combat dura jusqu'à la nuit noire.

Le lendemain 21, la caserne n'était pas encore prise, mais deux canons amenés par les insurgés furent pointés sur les portes, qui s'écroulèrent avec fracas.

Le peuple se rua alors dans l'immense bâtiment, tout frémissant de vengeance; mais son attente fut trompée : les poliziotti , à part quelques hommes, s'étaient enfuis par une issue secrète dans la caserne San-Francisco, et de là s'étaient dirigés, avec la troupe [qui l'occupait, sur la citadelle.

L'hôtel du général commandant militaire fut envahi. La circonscription I et la place de Mercanti furent dégagées : la maison de Radetzki, emportée d'assaut, laissa à la foule l'entrée de ses appartements ; on y trouva une épée qu'on emporta en signe de triomphe.

L'intérieur de la ville était libre.

Du haut des clochers respectés à dessein parles bombes autrichiennes, on put apercevoir alors les campagnards qui tentaient d'escalader en plusieurs endroits les murs extérieurs; mais ils étaient repoussés par les ennemis. La famine commençait à se faire sentir. Les bombes et les boulets partis des remparts pleuvaient sur

la ville, déchirant la façade des monuments, mais presque toujours perdus. Le tocsin sonnait encore. Il ne restait plus qu'une chose à faire, c'était d opérer la jonction entre les insurgés de la ville et les insurgés du dehors: la porte Tosa devint alors le théâtre de la lutte.

Pendant que les montagnards cherchaient à détruire la poudrière située au-delà de la porte, les Milanais élevaient des barricades pour se mettre à l'abri du feu des Autrichiens : un brasseur de la ville avait introduit ces derniers dans les maisons voisines qui dominent la place.

Les barricades étaient mobiles ; elles gagnaient lentement du terrain, mais elles permettaient de ne plu» lâcher prise. Les Autrichiens sentaient que leur position devenait de plus en plus périlleuse.

Radetzki, du haut des murailles de la citadelle, contemplait avec une stupeur profonde les progrès de la révolution. Les Milanais, qu'il croyait des êtres efféminés, 6e révélaient à lui sous un aspect terrible : ses troupes hachées, toutes les places emportées, la citadelle et les remparts cernés, la sonnerie des cloches révolutionnaires (1) que le bruit du canon n'avait pu étouffer; toutes ces pensées se pressaient en foule à son imagination et lui faisaient entrevoir l'incommensurable puissance d'un peuple révolté. Son artillerie

(1) Cette sonnerie tintait comme un glas lugubre aux oreilles des Autrichiens. De tous les bruits qui régnèrent dans la ville insurgée, ce fut celui qui contribua le plus à jeter le désordre dans les rangs ennemis.

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avait été maltraitée à ce point, qu'il n'avait plus que cinq canonniers, et qu'il avait fait desservir les pièces par des chasseurs tyroliens.

11 demanda une seconde fois l'armistice.

Au moment où ses propositions parvenaient à la municipalité et au conseil de guerre, des nouvelles arrivèrent en même temps aux comités. Si quelques familles milanaises commençaient à souffrir de la faim, les Autrichiens en souffraient davantage encore; ils ne pouvaient ni s'emparer des provisions de la ville, ni faire parvenir des vivres du dehors, bloqués qu'ils étaient à la fois par le peuple milanais et la population Jes campagnes.

Aussi les parlementaires du feld-maréchai furent-ils renvoyés comme ils étaient venus, et le conseil de guerre fit aussitôt publier une proclamation pour annoncer à la ville que la révolution n'allait pas tarder à obtenir une victoire définitive.

Elle était conçue en ces termes :

• Nos avant-postes du côté de la porte Tosa occupent déjà les potagers délia Passione, d'où nos tirailleurs commencent à démanteler les bastions.

« Du côté de la porte Vercelline, nos amis ont été rejoints victorieusement jusqu'àcelle des Grazie. Quelques acqueducs qui passent sous les bastions sont déjà séchés, et nou3 mettent en communication avec l'extérieur.

« Le local du génie militaire a été pris à la baïonnette par nos valeureux citoyens, qui en trois jours ont appris à se battre comme de vrais vétérans.

les portaient en triomphe dans les rues, après en avoir arraché la mèche.

Le 21, dans la soirée, les fourgons furent chargés dans l'armée autrichienne, mais pas si secrètement que le bruit de la retraite des troupes ne parvînt à l'oreille du peuple. Le lendemain, à cinq heures de l'aprèsmidi, Radetzki mit son armée en mouvement pour aller se concentrer vers l'Adda. 11 la fit défiler à lac dérobée par les allées des bastions ; mais les Milanais, prévenus, ^'étaient postés sur son passage et harcelaient ses troupes à coups de fusil. Pendant huit heures, un cordon de feu et de fumée ceignit la ville. Les Autrichiens emmenaient avec eux quelques milliers de soldats italiens, plus de trois cents familles d'officiers, une artillerie démantelée et une vingtaine d'ôtages.

Parmi ceux-ci on comptait Bellati, les deux frères Porro, élèves de Silvio Pellico, le fils du célèbre Manzoni, Belgiojoso et Hercule Durini. Ce dernier fut passé par les armes pendant la route. Un autre de ces malheureux, Alexandre Porro, fut assassiné par le fameux de Betta, ancien commissaire de police.

Cette retraite ne s'effectua pas sans de terribles obstacles pour les Autrichiens : ils ne pouvaient riposter qu'à de rares intervalles, pour ne point retarder la retraite. Les soldats italiens qui avaient servi la domination étrangère faisaient mine de vouloir déserter ; mais on braqua sur eux des pièces de canon, et les officiers leur crièrent : — « Il faut marcher ou mourir ! »

Les troupes avaient à traverser la place d'armes et à

gagner la porte de la Paix par le Cours de l'Arène. Ce ttajet leur fut le plus pénible : douze heures durant, le feu des Milanais porta ses ravages dans leurs rangs. La nuit n'interrompit point ces terribles représailles.

Le lendemain 23, au point du jour, Milan était évacuée, et les murs étaient couverts de proclamations. Le conseil municipal s'était organisé depuis le 20 mars en gouvernement provisoire.

Le conseil de guerre comprenait, de son côté, que sa mission ne pouvait être terminée par la simple disparition des troupes ennemies; il lui restait à organiser une défense vigoureuse. Milan libre, il fallait que l'Italie tout entière le fût; et déjà, à travers la fumée de la pou* dre et le fracas de la lutte, s'était dressée l'image de l'Italie une et indépendante. Cataneo institua donc un comité de guerre à côté du gouvernement provisoire. Deux proclamations se succédèrent à cet effet; elles démontrent trop bien la nature du soulèvement italien à son origine pour que nous négligions de les mettre sous les yeux de nos lecteurs. Les voici :

« Milan, le *3 mars 1848.

c Citoyens,

« Le maréchal Radetzki, qui avait juré de réduire en cendres notre ville, n'a pu se maintenir lui-même davantage. Sans armes, vous avez mis en déroute une armée qui jouissait d'une vieille réputation d'habitudes guerrières et de discipline militaire. Le gouvernement

ISO RÉVEIL.

autrichien a disparu à jamais de notre magnifique cité ; mais il faut prendre une résolution énergique de vaincre à fond, de conquérir l'émancipation de l'Italie entière, sans laquelle il n'y a pas d'indépendance possible pour vous-mêmes.

« Vous vous êtes servi avec trop de gloire des armes, pour désirer les déposer de sitôt.

« Conservez donc les barricades; accourez joyeux vous inscrire sur les rôles des troupes régulières que le comité de guerre va ouvrir incessamment.

« Finissons une bonne fois et pour toujours avec toute domination étrangère en Italie. Etreignez dans vos bras vigoureux ce drapeau tricolore qui flotte, grâce à votre valeur, sur le pays, et jurez de le défendre jusqu'à la mort !

« Vive l'Italie ! »

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