‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 13 sur 50 · ITALIE LIBRE · texte numérisé non relu

ITALIE LIBRE

« Désormais la lutte dans l'intérieur de la ville est finie. 11 est temps que les villes voisines se réveillent, et, à l'exemple de la capitale, secouent le joug odieux de l'étranger. Nous les invitons toutes, et chacune sépa-

LES CLNQ JOUKS. »07

rr

le gouvernail de l'administration aux corps municipaux constitués en gouvernement.

« Pour nous, il n'y a qu'une seule et unique tâche, celle de la guerre, pour expulser de l'Italie l'ennemi étranger, et avec lui les restes de l'esclavage. Nous invitons donc tous les conseils de guerre à se renfermer rigoureusement dans ce rôle unique. Nous serons heureux de recevoir leurs nouvelles immédiates, directes, et leurs plans d'opérations respectives, par la voie des commissions dont le courage et le bon vouloir seront au niveau de l'entreprise. Nous demandons à chaque ville, à chaque point de l'Italie, une députation de baïonnettes, qui, guidée par quelque bon capitaine, vienne former une assemblée générale pour livrer bataille définitive aux barbares au pied des Alpes. Il faut les rejeter au-delà des monts, et puisse Dieu les y rendre aussi libres et aussi heureux que nous le serons!

Vive Pie IX!

t Du conseil de guerre, dans la maison Taverna, le 21 mars 1848.

• Cattaneo, Tkrzaghi. Clerici, « Cernuschi.

Pendant que le conseil de guerre repoussait l'armis-

tice proposé par le feld-maréchal, le peuple continuait détendre à l'intérieur l'offensive de l'insurrection .

La position la plus importante, après celles qui étaient tombées successivement au pouvoir des insurgés, était la caserne des gardes de police.

C'était un immense bâtiment qui avait trois issues sur des rues opposées, et qu'on appelait San-Bernardino deMonaci.

Une députation leur fut envoyée, afin qu'ils eussent à déposer les armes. Mais, sûrs de leur force, et croyant la position inexpugnable, ils renvoyèrent les parlementaires avec des insultes.

La position était appuyée sur des avant-postes considérables, connus sous le nom de circonscriptions. Il était impossible d'attaquer la caserne sans se placer entre son feu et celui de ses avant-postes.

A la nouvelle des insultes faites aux parlementaires, le peuple, furieux, se précipita à l'attaque des circonscriptions. Elles étaient toutes défendues par de forts détachements de poliziotti (1), et solidement fortifiées dans la prévoyance d'une insurrection. Ce fut néanmoins la circonscription II, rue degli Andegarï, qu'on attaqua la première.

L'impétuosité des assaillants fut telle, que les gardes surpris ne purent, après une courte résistance, que chercher leur salut dans la fuite ou en se rendant à discrétion. La furie des insurgés leur fit démolir tout

(1) Gardes de police.

ce qu'ils trouvèrent dans ce bâtiment. Le destin voulut que cette colère, d'abord irraisonnée, devînt efficace; on découvrit des armes et des munitions pour pouvoir procéder à l'assaut du palais du génie, d'où les Autrichiens décimaient la ville.

Le palais du génie était occupé par cent soixante soldats sous les ordres d'officiers expérimentés. C'était une place redoutable; sa position permettait au canon de la citadelle de balayer d'un côté les assaillants, repoussés de l'autre par le feu des soldats renfermés dans la place.

On essaya vainement d'établir des barricades pour se prémunir contre l'ennemi, mais les boulets pleuvaient sans interruption sur la place ; il fallut y renoncer. De part et d'autre on échangea alors une fusillade très-vive qui n'amenait aucun résultat. La lutte pouvait être fort longue.

Tout-à- coup, un homme du peuple, boiteux et contrefait, Pasquale Sottocorno, délivré la veille des cachots, s'avance audacieusement jusqu'à la porte du palais, appuyé sur une béquille. Sa marche était lente, et la fusillade meurtrière ! 11 s'abritait contre les balles avec un matelas en guise de bouclier. Sans sourciller, sans presser le pas, la tête haute, une torche et des matières inflammables à la main, il s'avance jusqu'au pied du palais, inonde d'eau forte les deux battants de chêne, y met le feu, et, sûr que son œuvre portera ses fruits, il revient avec la même impassibilité rejoindre le» combattants.

Jl était sain et saut*.

Un pareil trait d'audace était de nature à faire tressaillir les soldats autrichiens. Le feu dévorait la porte, et s'alimentait encore des poutres et des autres objets accumulés derrière pour la barricader plus solidement. La fusillade bien nourrie des assiégeants venait aider les progrès de l'incendie, et, au bout de deux heures, tous ces obstacles tombaient en gémissant les uns sur les autres, ouvrant à la foule une immense brèche.

Sans attendre que le brasier encore incandescent fût refroidi, les insurgés se précipitèrent dans le palais aux cris de : Vive l'Italie! Tous les Autrichiens furent désarmés et faits prisonniers ; le palais, fouillé dans tous les sens, permit de découvrir de nouvelles armes.

L'exaltation milanaise était à son comble; les insurgés ne respiraient plus que le combat. Après le palais du génie, la caserne Saint-Apollinaire, défendue par des Croates, fut emportée. Après cette caserne, ce fut la circonscription III, et enfin la Préture urbaine (1).

L'intérieur de la ville était dégagé. Le peuple était maître de toutes les positions, une seule exceptée : 1* caserne des poliziotti, défendue par huit cents hommes. Quant à l'enceinte et aux fortifications extérieures, Radetzki les occupait toujours.

Les poliziotti connaissaient la colère des Milanais; (1) Hôtel de la justice-de-paix.

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