‹ Histoire de l'Italie en 1848-49Chapitre 29 sur 50 · CHAPITRE Ht · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ht

Au* premières nouvelles des désastres de Somma- Compagna, les Milanais avaient été frappé* de stupeur. 0)mme il arrive lors des grandes crises, les nouvelles les plus contradictoires circulaient dans le public. On parlait même d'une grande victoire remportée par l'armée sarde. Le due de Gênes aurait pu, dit-on, s'introduire ♦lans Vérone, et l'ennemi aurait dft laisser un nombre considérable de canons et trois généraux prisonniers.

Mais cette illusion ne fut pas longue. Les tristes nouvelles de la guerre arrivèrent le 28 juillet dans toute leur

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effrayante réalité. On n'avait plus de doutes, Tannée sarde battait en retraite sur Milan, poursuivie par un ennemi trois fois supérieur en nombre. Quand le danger de la patrie révéla toute son immensité aux citoyens, le désespoir fit place à la fièvre de la résistance, et le gouvernement provisoire institua dans la soirée un comité de défense publique.

Le général Fanti, l'avocat Restelli et le docteur Pierre Maestri furent les trois membres nommés.

Le comité d'armement de la garde nationale ordonna la mobilisation de cent hommes par chaque paroisse (1 ), lesquels, joints aux autres deux mille hommes, furent envoyés de suite à Brescia en une seule colonne. Brescia était considérée comme le point le plus menacé. Le commandement de cette petite armée fut confié à Zucchi, nommé général de la garde nationale après la reddition de Palmanuova.

En même temps, le comité de défense publique envoyait le général Garibaldi avec ses soldats du côté de Bergame, et l'autorisait à faire des levées de troupes et ù organiser les guerriglies. En moins de deux jours, (iaribaldi eut plus de trois mille hommes sous ses ordres.

Charles-Albert, interrogé à son quartier-général, près de Crémone, sur la tournure qu'il voulait donner à la guerre, avait répondu aux envoyés du comité de défense publique, qu'il était prêt à garnir la ligne inférieure

(1)11 y en a vingt à Milan.

CHUTE DE MILAN. VJô

de l'Adda, soit en étendant des troupes de Crémone à Pizzighetone, ou en fortifiant la rivière jusqu'à Lecco.

Il engageait les Milanais à garnir la ligne supérieure.

On ignorait encore la construction du pont que les Autrichiens avaient établi sur la rivière. Le comité de défense expédia aussitôt des ingénieurs de la ville sur la ligne indiquée pour organiser les travaux de défense, et fortifier les retranchements. La levée en masse avait été faite dès le 1er août, et tous les hommes de dix-huit à quarante ans partirent avec des fusils, des pioches, des faulx, des haches, soit pour défendre les travaux, soit pour y participer; Garibaldi et Zucchi étaient déjà en route pour Brescia afin de protéger les travaux. La ville et les corps saints (circonscription de Milan) furent seuls exemptés de la levée en masse : on ne pouvait dégarnir Milan de ses défenseurs.

Mais les Autrichiens passaient pendant ce temps à Grotta d'Adda, et l'armée piémontaise se replia brusquement sur Lodi. Là, Charles-Albert apprit que Fanti et Restelli, assistés de Gaetano Strigelli, venaient lui demander comment il entendait la situation. 11 leur envoya le général Bava, qui affirma que la volonté du roi était de voler au secours des Milanais... Confiant dans l'assurance donnée par le général Bava au nom du roi, le comité prit toutes les mesures pour garnir et fortifier les points faibles, entre la porte Tenaglia et la porte Vercelline. Les jours précédents, on avait éprouvé une certaine difficulté à trouver des bras. Mais le 3 et le K

toi TOMBAIS.

laiflueuee des travailleurs a accrut eo raison de i imminence du péril (1).

Le conseil de guerre, réuni le 3 août par le QOiïrité, détermina non-seulement les fortifications à élever, mais régla aussi le service de la défense par quartier. Des commandants furent nommés partout, afin de pourvoir les différents points de toutes les choses nécessaires i la lutte.

La population accueillit avec enthousiasme toutes les dispositions de résistance, et si, à la retraite de l'armée sarde, elle avait cédé à un moment de stupeur, une exaltation magique croissait à l'approche du danger et au spectacle des efforts destinés à le repousser.

De leur côté, les habitants élevaient de fortes barricades dans toutes les rues et s'apprêtaient à soutenir une lutte acharnée.

Charles-Albert arrivait à grands pas vers Milan.

Les Autrichiens, formés en colonnes serrées, suivaient l'armée piémontaise, et s'approchaient de plus en plus de la ville. Le comité de défense crut utile de pourvoir au poste de maire ou podestat, resté vacant depuis l'élévation de Casati au gouvernement provisoire, et y nomma l'avocat Agostino Soprauzi; mais la garde na-

(1 ) Récit de la capitulation de Milan, brochure publiée par les membres du comité de défense publique.

tionale et plusieurs citoyens, instruits que Sopranzi

était le beau-frère du général autrichien Welden, refu* sèrent énergiquement de reconnaître une pareille nomi«» nation. Sopranzi déclina la charge entre les mains de Strigelli, et on nomma à sa place Paul Barri.

Le 2 août, Charles-Albert destitua le gouvernement provisoire, et nomma le général Olivieri commissaire militaire. Le marquis Montizzermolo fut préposé aux finances, et Strigelli à l'intérieur. La présidence de ee triumvirat était confiée au général Olivieri,

Ces commissaires royaux, concentrèrent dans leurs mains, à dater de ce moment, tous les pouvoirs du gouvernement provisoire, qui, à la suite de la fusion, était resté attaché au gouvernement sarde sous le titre de . consulte.

Avec la cessation de ces pouvoirs devaient aussi disparaître les charges du comité de défense publique ; mais les commissaires royaux l'invitèrent à continuer ses fonctions, en le priant toutefois de soumettre à l'avance les dispositions qu'il voudrait prendre. Le seul juge de ses actes devait être le général Olivieri, qui exerçait alors, sous les ordres du roi, une dictature absolue à

Dès la matinée du 4 août, le canon se lit entendre du côté de la porte Romaine. L'ennemi atteignait déjà les faubourgs. La garde nationale prit les armes. Les nouvelles qui arrivaient du camp étaient de plus en plus tristes. Le peuple descendit dans la rue pour faire des barricades, mais il ne savait pas que leur opportunité

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devait résulter des mouvements militaires, et qu'il fallait coordonner la défense des troupes avec la défense qui se préparait dans l'intérieur de la ville.

Fanti et Restelli se rendirent donc auprès du général Olivieri. Ils venaient lui faire connaître le désir du peuple.

Au tableau qu'ils firent de la nécessité dune prompte organisation dans la défense des rues de Milan, le général secoua la tête, et répondit par ces paroles :

— Vous voulez faire des barricades ? mais à quoi bon? elles sont inutiles. Elles ne serviraient qu'à accroître les alarmes du peuple.

Et, voyant que cette raison ne paraissait pas fort spécieuse aux deux membres du comité, il reprit brusquement:

— D'ailleurs, élever des barricades dans une ville défendue par quarante-cinq mille soldats, c'est faire in' jure à la troupe et à ses chefs. Néanmoins, ajouta-t-il, comme j'ai l'honneur detre invité ce soir à dîner chez Sa Majesté, je saurai ses intentions à cet égard.

Malgré la déplorable obstination du général Olivieri, les citoyens se préparèrent à élever leurs barricades. Le danger d'ailleurs était pressant ; la nuit arrivait, et Ton vovait au loin des flammes rouges s'élever vers le ciel ; c'étaient les avant-postes des faubourgs qui brûlaient. Chaque nouvel incendie était salué par les cris de Vive V Italie ! A bas l'étranger !

[/enthousiasme se communiquait visiblement aux troupes piémontaises : fatigues, privations, désastres, tout fut oublié. Le comité avait nommé des commissaires vérificateurs ; les troupes, retranchées sous les murs, reçurent une double ration de viande rôtie avec plusieurs centaines de pièces de vin et d'eau-de-vie ; chaque boulanger devait tenir prêtes cent livres de pain en petits pains de vingt-huit onces chacun, et la municipalité, ayant appris que Tannée avait besoin de chemises, en fit faire tout de suite quarante mille.

Dans cette même journée du 4 août, le roi combattit sous les murs de Milan, en dehors de la porte Romaine; mais la lutte ne fut pas longue. Il se retira avec quelques pertes. Peu de troupes prirent part à la lutte. La majorité, les armes en faisceaux, resta spectatrice de ce combat sinistre. Charles-Albert établit alors son quartier général dans l'intérieur de la ville même, au palais Greppi. A peine y fut-il installé, qu'il envoya secrètement un émissaire à Hadetzki pour traiter de ja capitulation ,

Atroisheuresde l'après-midi arrivala nouvelle qu'une batterie était au pouvoir des Autrichiens, et que l'ennemi marchait vers les portes de la ville.

Le comité de défense publique, sans attendre les ordres du roi, fit sonner le tocsin; c'était le signal convenu pour commencer les barricades en dépit du refus d'Olivieri. Hommes, femmes, vieillards et enfants, de tout âge et de toute classe, accoururent joyeux sur le champ de bataille. Toute la population était dans la rue ; les

Olivieri parlait de la capitulation comme d'une chose déjà faite; les généraux Salasco et Bava ajoutèrent même que l'ordre de partir venait d'être donné à l'armée piémontaise. On leur demanda alors par quel motif l'armée lombarde n'avait pas été comprise dans la capitulation, car il n'en avait été fait aucune mention. Le général Bava répondit que les soldats lombards pourraient suivre l'armée piémontaise en qualité de citoyens. — « Encore, ajoutait-il, c'est là mon opinion personnelle, et je ne garantis pas que telle soit l'interprétation des conditions réciproques de la capitulation. »

Voici donc comment furent sacrifiés quatorze mille volontaires et vingt-huit mille soldats de ligne qui avaient versé ensemble, de concert avec les Piémontais, leur sang pour la défense d'une terre devenue commune par suite de la fusion. Comme ils étaient alors disséminés, parle fait de la guerre, depuis le Tyrol jusqu'au Pô, ils ne pouvaient, avec la meilleure volonté, profiter du seul moyen de salut qui leur fût ouvert.

Si, en effet, ces malheureux purent se sauver par la suite, ils le durent bien plus à la générosité du maréchal qu'aux soins de ceux à qui incombait le devoir de les protéger.

A peine la nouvelle de la capitulation fut-elle répandue, qu'elle souleva par toute la ville un cri d'indignation. 11 y eut des incrédules qui s'obstinaient dans la

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ifiance due à la parole royale; on traita les porteurs de cette nouvelle comme des agents provocateurs. Dans la Corsia di Servi, à la porte Romaine, et en divers autres endroits, le peuple en fureur tua plusieurs personnes qui venaient annoncer la capitulation.

Mais, quand la vérité eut dominé ces premières indécisions, on vit de tous côtés la foule affluer comme une vague furieuse au palais Greppi. La rue fut barricadée avec les propres carrosses de Charles-Albert. Les entrées du palais furent immédiatement occupées par le peuple armé et frémissant de rage. Plusieurs balles tombèrent

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roi avec son état-major et ses conseillers. On vit alors beaucoup de soldats, les larmes aux yeux, assurer les citoyens qu'ils n'abandonneraient jamais la ville, et exhorter les Milanais à plus de calme. Ils jurèrent qu'ils étaient déterminés à répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang. D'autres, justement indignés contre leurs chefs , s'arrachaient les épaulettes, craignant que ces insignes ne les fissent accuser de complicité avec les officiers supérieurs.

Pompeo Litta, l'abbé Anelli et César Cantu publièrent aussitôt une protestation contre la capitulation, et la présentèrent au roi, qui, « tout en admirant l'ardeur des citoyens, promettait d'être prêt à verser son sang et celui de ses fils. De plus, pour tranquilliser la ville, il allait publier, de son côté, une proclamation dans laquelle il voulait faire savoir que, se fiant à la valeur des Milanais, il romprait la capitulation. »

301 OOMBATS.

Rassuré par ces paroles, le peuple courut aux barri* cades. Une nouvelle série de maisons fut brûlée par ordre de Charles- Albert; les cloches recommencèrent à sonner le tocsin.

Pendant toutes ces indécisions, les consuls étrangers, mieux informés de la situation, parlementaient avec Kadetzki pour leurs co- nationaux.

La nuit vint enfin, et, avec elle, le moment de soustraire l'armée piémontaise à l'indignation populaire. Sous le prétexte d'une sortie, les troupes défilèrent par la porte Vercelline, emmenant les canons dispersés entre les régiments de ligne.

11 n'y avait plus, cette fois, à douter. Chacun comprit qu'il ne s'agissait plus de combattre seulement les Autrichiens, mais qu'il aurait encore fallu se battre contre les Piémontais, qui, obligés par les conventions, auraient ouvert les portes à l'ennemi.

Le désespoir devint général. Plusieurs citoyens, ne pouvant résister à la douleur de retomber sous le joug étranger, se firent sauter la cervelle avec les fusils qu'ils avaient pris pour combattre l'ennemi; d'autres se précipitèrent par les fenêtres, et trouvèrent la mo rt sur le pavé, pur encore des pas des Autrichiens. Il y en eut qui se pendirent dans leurs maisons ; d'autres enfin, rendus fous par la rage et le désespoir, furent enchaînés et traînés à l'hospice ; le nombre de ces derniers s'élevait à plus de cent.

Charles-Albert reprit la route de Turin, précédé des bruits qu'il avait été trahi par les Milanais.

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On lut alors sur touâ les murs de la ville la proclamation suivante :

* Citoyens,

« L'enthousiasme incomparable avec lequel la population a protesté ce matin contre la capitulation consentie par le roi, a été digne des héros des cinq journées. L'honneur est sauf; mais les choses sont déjà arrivées à un tel point, que nous sommes réduits à couvrir encore une fois d'un voile de deuil le drapeau tricolore, à baisser tristement la tête devant le sort, en nous écriant, nous aussi : // est trop tard !

« Concitoyens, au milieu de la désorganisation des administrations, de la fuite des employés, les soussignés seuls sont restés pour remplir la tache douloureuse de vous adresser les paroles suprêmes au nom de la patrie. Concitoyens, le cœur nous saigne en vous annonçant la capitulation suivante :

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