TOMMASEO
Zennari, secrétaire. »
La prise de Vicence entraînait malheureusement la perte des provinces vénitiennes; elle les privait du meilleur corps d armée parla capitulation de Durando ; aussi les différentes villes du territoire étaient-elles incapables de résister à l'ennemi.
A Trévise, les habitants, après une lutte acharnée, obtinrent une capitulation semblable à celle de Vicence. A Fadoue, les Autrichiens, malgré le bulletin du comité provisoire, entrèrent sans coup férir. Rovigo avait été réduite de même.
Seule sur la terre ferme, Palmanuova tepait toujours, ftfais, bloquée pendant trois mois par les troupes autrichiennes, elle dut enfin capituler avec des conditions honorables. Le 27 juin, le vieux général Zucchi sortit pour se rendre à Iteggio, sa ville natale, et les volontaires (jui défendaient la forteresse purent rentrer à Venise.
Ainsi, sur la fin de juin, toute la terre ferme de la Vénétie était au pouvoir de l'Autriche; Venise seule restait encore à la cause italienne, défendue par les forts
avancés dOsopo et de Malghera, qui la protégeaient du côté de la terre.
Les chances qui, jusque-là, semblaient assurer le succès de la cause italienne, s'évanouissaient donc une à une : la Vénétie reconquise, l'armée ennemie renforcée par Nugent, la liberté des communications avec l'empire rétablie, le blocus de Trieste rendu impossible, l'inaction de Charles -Albert, et, par-dessus tout cela, le désordre qui régnait dans l'administration de l'armée piémontaise, tel est le résumé de la situation de l'Italie septentrionale au mois de juillet 1848.
Radetzki n'avait négligé aucun des avantages que lui offrait la tournure de la guerre. Son armée, d'abord à l'étroit et tourmentée par la faim à Mantoue et à Vérone, vit ses premières souffrances faire place à un bien-être excessif, pendant que les Piémontais, à peine nourris et mal campés, subissaient toutes les rigueurs de l'intempérie et de la faim.
Malgré l'éclatante victoire de Goïto, Charles-Albert avait repris sa fatale inaction. Au lieu de poursuivre ses avantages, il était resté quinze jours sans sortir de l'expectative. Ce fut pendant ces quinze jours que Radetzki, dégarnissant insoucieusement Vérone et Mantoue de ses meilleures troupes, alla réduire Vicence.
Certes, il fallait que le vieux feld-maréchal fût bien assuré (Je l'incapacité de son ennemi pour mépriser
à ce point la tactique militaire. Charles-Albert pouvait surprendre ses derrières pendant qu'il assiégeait Vicence, et l'armée autrichienne aurait été prise entre deux feux.
Radetzki avait raison, Charles-Albert ne passa même pas l'Adige.
A la Corona, à quelque distance du lac de Garde et près de Rivoli, le général San Vitale rencontra le 1 8 juin un corps de trois mille Autrichiens ; il commandait la brigade de Pignerol et les étudiants de Turin partis comme volontaires. Le combat s'engagea. Quoique les forces italiennes s'élevassent à un millier d'hommes seulement, les ennemis, attaqués à la baïonnette, durent se retirer en laissant trente des leurs sur le champ de bataille.
Ce fut là le seul fait d'armes qui signala le mois dfe juin, à moins que Ton ne veuille compter quelques engagements insignifiants.
Sur ces entrefaites, l'Autriche, troublée par la révolution qui grondait dans son sein, tout en faisant parvenir des renforts à Radetzki, proposa à Charles-Albert un traité favorable. Le cabinet impérial accordait à la Sardaigne toute la Lombardie jusqu'à l'Adige. Cette proposition était d'autant plus acceptable, que l'armée piémontaise était réduite à ses seules forces.
Charles-Albert crut devoir refuser; il avait l'intention de reconquérir la Vénétie. Certes, on ne pouvait lui faire un crime de tenter l'affranchissement nouveau d'une contrée perdue par sa faute ; mais, pour opérer
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cet affranchissement, il fallait entrer dans les provinces vénitiennes, et c'est ce qu'il ne lit pas. Loin de là, après avoir laissé écouler le mois de juin sans prendre l'offensive, il resta complètement inactif pendant les quinze premiers jours de juillet.
Et pourtant, c'était pendant ce temps que des troupes fraîches parvenaient àRadetzki.
Cette longue série de jours perdus se passa à préparer les blocus tardifs de Vérone et de Mantoue. Cette conduite, bonne tout au plus un mois auparavant, était une maladresse à cette heure. 11 fallait bloquer Mantoue et Vérone pendant que la Vénétie était au pouvoir des Italiens. Cette occasion perdue, on ne pouvait le tenter qu'en s'exposant au double feu de Radetzki et des renforts venus de l'Autriche.
11 semble que Charles-Albert ne suivait les lois d'une habile tactique qu'après avoir reconnu que les occasions lui étaient échappées. Quoique poussé avant dans la lutte par une force supérieure, il n'y était qu'en apparence seulement. Sa pensée était en quelque sorle incapable d'aller aussi vite que les événements. A rencontre des règles ordinaires, elle était toujours à une distance éloignée des faits. En guerre, où toutes les fautes sont irréparables, c'est un énorme malheur de ne pouvoir juger que les situations accomplies sans pouvoir se rendre compte des situations présentes et les dominer à son profit.
m COMBATS.
Dans le Tyrol, les choses étaient à peu près perdues. Les passages du Stelvio et du Tonale, de plus en plus menacés, allaient tôt ou tard tomber au pouvoir des Autrichiens.
Le gouvernement provisoire de Milan était aux abois. Une partie des volontaires qu'il avait d'abord organisés pour les envoyer à Venise fut précipitamment dirigée sur plusieurs points de laLombardie. L'administration qui présida à leur équipement était déplorable. La plupart de ces champions de la cause italienne n'avaient que des blouses en toile de Russie; beaucoup n'avaient même point de fusils.
À Milan, le parti républicain, qui fit taire ses opinions lors de la jonction avec le Piémont, voyant le gouvernement agir avec nonchalance, cédait aux actes que lui avait inspirés son énergie. Cette contradiction entre l'apathie aristocratique et le parti libéral devait amener des bouleversements inévitables. Ils arrivèrent en effet.
Vers les derniers jours de mai surtout, une agitation profonde régnait dans la ville. Les Milanais, incertains des libertés qui leur seraient accordées (1),
(I) C'était, on doit se le rappeler, au moment du vote pour Ja fusion. Le parti libéral jugeait à ce moment que le gouvernement provisoire trahissait la cause lombarde, pour ne servir que ' la cause de la Sardaignc.
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commençaient à faire une violente opposition au gouvernement provisoire, lorsqu'un incident, qui aurait dû bâter sa chute, vint produire par hasard la diversion dans les esprits.
Le 29, une proclamation avait été affichée pour apaiser la colère qui grondait dans la capitale. Cette proclamation renfermait de vagues promesses de liberté. Le gouvernement se contentait d'affirmer qu'il assurait un régime libre aux citoyens.
Les termes insaisissables de cette proclamation, loin de calmer la mauvaise humeur, n'avaient fait que la redoubler. Le 30 mai, le peuple envahit la place San Fidèle, vis-à-vis du palais Marino* demandant que Casati vînt rendre compte de sa conduite. Quelques heu-* res se passèrent sans qu'aucun des membres du gouvernement parût sur le balcon. De l'agitation, la foule passa à la fureur, et plusieurs individus, parmi lesquels se trouvait un étranger nommé Urbino, envahi* rent le palais.
Quelques instants après cette scène, Casati apparut sur le balcon qui donnait sur la place ; Urbino était derrière lui un papier à la main.
Le silence s'établit aussitôt, et Casati, très-pâle, prononça quelques mots de justification.
A peine avait-il achevé, qu'Urbino, déployant le papier qu'il tenait, s'écria brusquement :
« Le gouvernement provisoire donne sa démission en masse. »
A ces paroles, des clameurs confuses partirent de
tous les points. Les uns approuvaient l'audace d'Urbino, les autres la condamnaient. Le président voulait en vain prendre la parole; le tumulte était tel, qu'il ne pouvait le surmonter.
Tout-à-coup, il se tourne vers llrbino, lui arrache le papier, le déchire en morceaux, et le jette au vent.
Cette action fit ce quen'avaient pu faire les injonctions les plus vives. Le peuple se tut.
— Le gouvernement provisoire reste, s écria alors Casati.
C était jouer gros jeu. Néanmoins, la hardiesse avec laquelle ces paroles furent prononcées opéra un revirement complet. Le peuple se dispersa après avoir obtenu l'assurance que ses libertés et ses droits lui seraient conservés en toute intégrité, et que le gouvernement provisoire n'abandonnerait son poste que pour remettre ses pouvoirs à la vraie représentation du peuple, l'Assemblée constituante.
Ce fut d'ailleurs le seul trouble qu'on puisse signaler à Milan; il faut dire aussi que les préoccupations de la guerre vinrent détourner le peuple des manifestations politiques.
Le gouvernement provisoire dirigea alors toutes ses pensées sur l'organisation des corps francs, et, lorsque la nouvelle des revers de la Vénétie lui parvint , il prit une mesure qu'il aurait dû prendre trois mois auparavant : la levée en masse.
Cependant les finances manquaient. L'adhésion à la fameuse jonction n'avait rien produit de ce côté. 11 fal-
lut avoir recours à d'autres moyens et lever une taxe sur les provinces lombardes : aussi le gouvernement provisoire décréta un impôt de i 5 millions de lires.
Si le gouvernement lombard était sorti de son apathie, Charles-Albert, comme nous l'avons vu, ne sortait pas de son inactive mobilité. Le siège de Mantoue était très-difficile pour l'armée sarde. Réduite à ses seules forces et ne recevant aucune force fraîche du Piémont, elle ne pouvait bloquer à la fois la ville et le lac qui s'étend à sa droite qu'en disséminant ses forces sur tous les points environnants, et cela d'autant plus qu'elle avait été forcée par les événements d'étendre sa ligne de Rivoli jusqu'à Curtatone, au-dessous de Mantoue.
Agir ainsi, c'était exposer tous ces faibles détachements à être détruits les uns après les autres, et l'armée autrichienne n'y manqua pas. S'il était permis à Radetzki de ne pas observer les règles de la tactique en face de Charles-Albert, il n'était pas permis à Charles- Albert d'être maladroit en face de Radetzki.
Quelques actions brillantes vinrent toutefois retarder la catastrophe inévitable.
Le 15 juillet, Radetzki avait fait faire une sortie contre les Modénais qui occupaient un territoire voisin de l'embouchure du Mincio. Le général Bava, envoyé à leur secours, apprit, chemin faisant, que l'ennemi bat-
tSÎ COMBATS.
tait en retraite vers Governolo, village qui s'élève sur le Mineio. 11 était à ce moment à Borgoforte sur le Pô. Laissant les bersaglieri s'emparer de barques pour descendre le Pô jusqu'à son confluent, et remonter sur les derrières de Governolo, il revint sur ses pas pour attaquer la village. Les Autrichiens, pris entre deux feux, furent frappés de panique et se dispersèrent après quelques heures d'une vive résistance, laissant aux Italiens deux pièces de canon. Cette afTaire fut très-brillante, et l'on doit citer entre autres la vigueur avec laquelle le régiment de Gênes attaqua et rompit trois carrés de Croates qui s'étaient formés dans la plaine voisine.
Six jours après, les Autrichiens tentaient une nouvelle attaque sur l'autre extrémité de la ligne italienne, à la Corona, près du lac de Garde. Cette position était défendue par une batterie et un bataillon du 14e. San- Vitale, qui commandait cette colonne, dut se rejeter sur Rivoli après deux heures d'une résistance acharnée. 11 opérait cette retraite en bon ordre, lorsque le bataillon le plus rapproché vint à son secours. Les Piémontais reprirent alors l'offensive, et soutinrent la lutte jusqu'à l'arrivée du général deSonnaz et d'une division d'infanterie. Ce renfort permit aux Piémontais de refouler l'ennemi jusqu'au-delà de Caprino, malgré la supériorité de ses forces. Les Autrichiens y perdirent un général et un officier supérieur; les Italiens n'eurent à regretter que la perte de deux officiers subalternes.
Toutefois, le général de Sonnaz ne voulut pas poursuivre cet avantage; il ordonna, le 23 juillet, la retraite
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sur Affi et CasUglione. Ce mouvement suscita une nouvelle attaque des Autrichiens. « Durant l'action (\), le comte d'Aviernoz, major-général commandant la brigade de Savoie, n'ayant auprès de lui aucun officier delat-major à envoyer en reconnaissance, se dirigea lui-même, avec quelques bersaglieri, sur une hauteur dite Monte del Pino, située entre Sona et la Madonna del Monte. Il aperçut aussitôt une colonne autrichienne qui se présentait au débouché du vallon, drapeau blanc en tête, et aux cris de Vive l'Italie ! Vivent nos frères ! Le général éprouva un instant d'hésitation; mais, voyant le chef de cette troupe s'avancer et embrasser l'officier du 2e régiment qui gardait le poste avec soixante hommes, il ne douta plus de la loyauté de cette démonstration, et s'avança à la rencontre des Impériaux. Ceux-ci fraternisèrent avec nos soldats; mais cet accord ne fut pas de longue durée : bientôt les traîtres, changeant tout-àeoup d'attitude, armèrent leurs fusils, et, au commandement de leur chef, firent feu sur les nôtres. Alors se renouvela une scène digne des combats héroïques diunoyen âge. Le comte d'Aviernoz ordonna une charge à la baïonnette; la mêlée devint sanglante, et bientôt il ne resta plus au général qu'une trentaine d'hommes à opposer à deux cents Autrichiens. Toutefois, il ne perdit pas courage; trois de ses ennemis tombèrent sous son bras; mais enfin , assailli de toutes parts, frappé d'un coup de baïonnette dans le bas ventre, et atteint d'une balle au
(1) Journal de Feîrere, déjà cité,
genou, il fut fait prisonnier. Comme on lui demandait son épée, transporté d'une noble indignation, il la jeta à terre en disant : — Je ne rends pas mon épée à des traîtres ! — Malgré l'héroïsme que déployèrent également les autres soldats, la position fut tournée par les ennemis, et les Piémontais durent battre en retraite. »
Au moment où les troupes autrichiennes réparaient leur premier échec de la Corona par une sanglante victoire, un autre corps d'armée, parti comme le précédent de Vérone, s'avançait vers le centre de la ligne italienne sur Monzambano, village situé sur le Mincio, au-dessous de Peschiera.
L'intention de ce corps d'armée était de jeter un pont sur la rivière, afin de prendre l'armée piémontaise par le flanc et de la mettre en déroute. Charles- Albert voulut empêcher cette opération, mais il ne put que forcer l'ennemi à établir son pont de bateaux à Salionze. Il était clair que Radetzki dirigeait tous ses efforts vers Somma-Compagna, qu'il voulait surprendre de tous les côtés.
La bataille s'engagea le 24 juillet, à quatre heures du soir. Les Piémontais, malgré le nombre, reconquirent leurs positions avant le coucher du soleil; mais le combat n'était pas terminé : de nombreux renforts arrivèrent de Vérone pendant la nuit, et le lendemain les Autrichiens recommencèrent la bataille.
A six heures du matin, ils attaquèrent les positions italiennes de front. Le général Bava, s'étant dirigé sur Vallegio, dut reporter la plus grande partie de ses troupes sur l'aile droite, que les Autrichiens faisaient plier. Le général de Sonnaz, qui commandait la dernière division, ne voulut pas revenir sur le champ de bataille; il prétexta de l'épuisement de ses troupes, qui avaient combattu depuis deux jours. « On attendait (1) avec impatience la division du duc de Savoie, qui ne put envoyer qu'un régiment. Le duc de Gênes, attaqué aussi par des forces supérieures, fut retenu toute la journée dans sa position de la Berettara, où, avec quatre bataillons de la brigade de Piémont, il résista à dix-neuf bataillons autrichiens. Le colonel du quatrième régiment, au lieu de rejoindre, suivant les ordres qu'il avait reçus, le prince à la Berettara avec les deux autres bataillons, s'égara et se retira à Villa-Franca. A Custoza, la brigade Cuneo tint pendant six heures contre quinze mille hommes. La brigade aux gardes s'empara de vive force de la colline qui domine la route de Villa-Franca à Vallegio- L'artillerie se distingua dans cette journée par la rapidité et la hardiesse de ses manœuvres, et son feu habilement dirigé fit beaucoup de ravages dans les colonnes ennemies. Les forces du maréchal Radetzki montaient à cinquante-cinq mille hommes ; les nôtres à vingt mille. Le manque d'ensemble dans les opérations rendait impossible la prise de Vallegio et la réali-
(1) M. FerrerOé
iHC COMBATS.
sation du plan du général Bava. Aussi, vers les cinq heures de l'après-midi, le roi, voyant que les troupes étaient exténuées par la faim, la fatigue et la chaleur, tandis que l'ennemi avait sans cesse à nous opposer des troupes fraîches (I), donna l'ordre de la retraite 6ur Yilla-Franca, après onze heures d'un combat acharné. Ce mouvement rétrograde en face d'un ennemi presque trois fois supérieur en nombre s'exécuta avec la plus grande précision des trois points de Vallegio, Custoza <ît Somma-Compagna, sous la protection de notre cavalerie, qui fit quelques charges brillantes. Le comte de Sommât (iraneri s'y distingua à la tête de son escadron. »
Cette retraite, quoique bien exécutée, rentrait admirablement dans le plan de Hadetzki. L'armée piémontaise, coupée en deux sur la ligne du Mincio, laissait sou corps principal, sous le commandement du roi, à peu près cerné par l'ennemi. Aussi, dès ce moment, la bataille de Somma-Compagna dut être regardée comme perdue et décisive.
Le lendemain, 26 juillet, malgré quarante -hnit heures de lutte, Charles- Albert ayant appris que Voila avait été occupé par les Autrichiens, envoya la troisième division avec la brigade Cuneo pour reprendre la position. Ce fut au commencement de la nuit que s'engagea la lutte. Les rues, les jardins, les places, les maisons devinrent le théâtre d'un combat corps à corps au
(1 ) 11 avait deux lignes de réserve.
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milieu de l'obscurité. Mais tout l'héroïsme déplojé par les Piémontais ne servit qu a rendre leur défaite plus glorieuse. Après sept heures de combat, ils durent abandonner l'attaque, emmenant avec eux leurs blessés et plusieurs Autrichiens prisonnier. Volta occupée par l'ennemi qui avait toujours des troupes reposées à sa disposition, la ligne italienne rompue, quatre jours le lutte avec les mêmes soldats, la faim, le dénuement, les privations, les fatigues, tout cela commandait une prompte retraite. 11 ne s'agissait plus de conquérir la iigne de l'Adige si longtemps disputée ; il fallait sauver les champions de la cause italienne; Charles-Albert se dirigea sur Crémone. Ce mouvement rétrograde fit le ;>lus grand honneur aux deux fils de Charles -Albert, las ducs dç Cènes et de Savoie, qui s'y conduisirept en héros. Le roi lui-même prit sa part du combat, et l'on ne sait, en pensant à l'affaire de Somma-Compagna, si cm doit admirer des princes si vainement intrépides, ou plaindre des généraux si courageusement malhabiles.
Les souffrances de l'armée piémontaise dans cette malheureuse retraite furent telles, qu'on vit plusieurs soldats expirer sur la route de fatigue et de faim. Charles-Albert demanda alors une suspension d'armes à Radetzki.
Le feld-maréchal voulut bien y consentir, mais à
condition que, en abandonnant les duchés de Parme et de Plaisance, les troupes piémontaises évacueraient toute la partie de la Lombardie qui s'étendait de l'Adige à l'Adda. Charles-Albert aurait dû accepter pour reposer son armée et attendre des renforts ; il refusa.
Les Italiens, malgré la mauvaise administration des fournisseurs et l'impéritie de leurs chefs, soutinrent admirablement cette retraite : ils furent harcelés depuis Volta jusqu'à Crémone. Ce ne fut qu a cet endroit que les Autrichiens revinrent sur leurs pas. Charles- Albert, contemplant alors son armée désorganisée, reconnut sa faute et chargea le consul anglais, M. Abercromby, d'aller intercéder auprès du feld-maréchal. La ligne do l'Adda avait été rompue par l'ennemi, qui occupait déjà l'autre côté du territoire.
Au moment où M. Abercromby parvenait au quartier-général de Radetzki, un envoyé piémontais, M. Ricci, entrait à Paris, et sollicitait de M. Bastide, alors ministre des affaires étrangères, l'intervention française tant de fois refusée.
Cette démarche, restée ignorée par la plupart des historiens, dépeint admirablement le caractère que Charles-Albert avait imprimé à la guerre. M. Ricci réclamait un secours de cinquante mille hommes. Sa demande fut un moment accueillie avec faveur; mais, abusant alors de ce premier avantage, l'envoyé piémontais posa deux conditions à cette intervention :
La première, que les cinquante mille hommes se-
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raient entretenus dans l'Italie aux frais de la France ;
La seconde, qu'aucun général français n'aurait la direction en chef de cette armée, qui devait être placée immédiatement sous les ordres de Charles-Albert.
On conviendra qu'il était impossible d'accéder à une demande appuyée sur de pareilles conditions. Une république ne pouvait donner cinquante mille hommes à un roi pour servir obscurément son ambition . M. Ricci partit avec un refus. Ce fut pendant toute l'année 1848, d'après la déclaration de M. Bastide lui-même, la seule demande sérieuse d'intervention que l'Italie ait adressée à la France (I).
(1) Si nous ajoutons cette observation, c'est que beaucoup d'Italiens ont cru que la France, dès la première année de sa république, s'était systématiquement refusée à toute demande d'intervention. Le fameux mot : VItalia farada se fut pendant longtemps, et surtout au début des affaires de la Péninsule, dans presque toutes les bouches. Il faut môme se rappeler à ce sujet la réponse du ministre des affaires étrangères de Turin à un député de Savoie, aux premiers jours de l'ouverture de la chambre du Piémont, à la fin de mai 1848. Aux craintes que ce député manifestait vis-à-vis l'altitude du gouvernement français, le ministre répondit ces fameuses paroles : — « La France n'interviendra que si nous l'appelons, et, comme nous ne l'appellerons pas, elle n'interviendra point. •
Certes, ce n'est pas à nous de blâmer ce senliment des Italiens. En avril et en mai 18'»8, l'Italie pouvait se tirer elJe-m£me d'affaire ; mais ce n'était ni avec un roi ni avec une monarchie ; de pareils soutiens, de nos jours, ne peuvent que compromettre les causes les mieux assurées.
De son côté, M. Abercromby revint du quartier-général autrichien avec une réponse désespérante :
— Il est trop tard, avait dit Radetzki ; le roi Charles- Albert aurait dû accepter le premier armistice. Il a refusé, il en subira les conséquences. Vous pouvez lui faire savoir que dès ce moment je me dispose à marcher sur Milan.
Pour démasquer ainsi le but de toute sa conduite depuis le mois de mai.il fallait que Radetzki fût bien sûr du succès.