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temporel, il était venu prêter main-forte à Piê IX contre des populations insurgées. 11 ajoutait que le pape ayant eu la main forcée, les habitants de Ferrare et de Bologne devaient être traités comme des rebelles, et terminait cette déclaration en rappelant aux populations qu'il avait déjà mis Sermide à feu et à sang, parce que cette ville avait pris parti contre l'Autriche.
Cette proclamation n'était pas de nature à lui conquérir l'affection des habitants. Le prolégat Lovatelli ne voulut pas retirer sa protestation, et les Bolonais s'apprêtèrent à recevoir les Autrichiens comme des en nemis.
Le père Gavazzi, à cette nouvelle, voulut se rendre à Bologne pour exciter les habitants à défendre leur indépendance contre les Autrichiens : quoiqu'un ordre des autorités toscanes l'eût empêché de mettre ce dessein à exécution, les Bolonais n'en firent pas avec moins d'activité leurs préparatifs de défense.
L'agitation qui régnait dans la ville fut indescrip tible, lorsque, dans la matinée du 8 août, on apprit l'arrivée des Autrichiens. Le nouveau prolégat, Bianchetti, voulut comprimer l'ardeur des habitants; malgré tous ses efforts, le peuple reçut avec hostilité quelques soldats autrichiens envoyés dans la ville. Une rixe s'engagea immédiatement; les soldats battus furent forcés de regagner honteusement le camp de Weiden. Rien ne saurait décrire alors la fureur du général autrichien ; il frappa immédiatement la ville d'un impôt de ce nt mille piastres, en réclamant comme garantie de l'exé-
cution, liuit notable» de la ville comme ôtages; mais, avant que les porteurs de ces ordres fussent arrivés devant le prolégat Bianchetti, le peuple les avait massacrés. Le prolégat, effrayé des conséquences de cet acte, voulut, le 9 août, se remettre de lui-même entre les mains de Welden. Toutefois, il ne put sortir de la ville; le combat était déjà engagé. Au bruit du tocsin, les Bolonais, aidés des troupes pontificales, et même des douaniers, étaient accourus en armes. Bien que l'ennemi eût fait tonner ses canons contre la ville, il fut repoussé à deux reprises, d'abord de la porte San-» Felice, puis de la porte Galliera, et forcé de battre en retraite, en laissant une quarantaine de morts et autant de prisonniers sur le champ de bataille. Deux jours après, un corps d'armée, composé de soldats pontificaux et de volontaires, vint forcer le général Welden à quitter les provinces envahies, aveo ses 3,600 hommes et les deux batteries qu'il commandait,
A Rome, au ministère Mamiami avait succédé le ministère Fabbri. La Chambre des Députés fut gravement affectée de la démission donnée par le ministre libéral ; mais elle ne tarda pas à apprendre que si Mamiani avait quitté son poste, c'est parce que le mauvais vouloir de la cour de Rome l'avait empêché de mettre à exécution un décret voté par la consulte et le parlement quelques jours auparavant (1),
(t) Ce décret ordonnait la formation d'ijn corps de 2fc,000
Le comte Fabbri, qui prit le ministère au milieu de l'agitation profonde qui régnait dans la ville, était un I homme fort âgé déjà, et par conséquent peu capable de diriger les affaires dans un moment aussi critique . pour l'indépendance italienne; mais, comme on savait qu'il avait consacré sa vie à la cause patriotique, son i apparition au pouvoir empêcha le mécontentement du | peuple d'être poussé jusqu'à la révolte. !
Nous devons dire que les concessions faites au parti rétrograde, concessions bien excusables si l'on considère j le grand âge du ministre, eurent une certaine limite; car au bout d'un mois, le comte Fabbri, fatigué des luttes souterraines qu'il avait à soutenir contre la camarilla, crut de sa propre dignité de se retirer des affaires. |
Cette retraite, opérée le 1 6 septembre, mit la cour de Rome dans un grand embarras; elle avait compté reconquérir, grâce à la faiblesse du ministère Fabbri, tout le terrain perdu ; mais, après de nombreuses hésitations et des délibérations fort longues, le pape résolut d'ap- j peler au cabinet l'économiste Rossi. Pour donner à la formation du ministère une couleur libérale, on confia de nouveau la présidence du conseil au cardinal Soglia.
hommes, composés pour une moitié de gardes nationaux, et pour l'autre de troupes régulières. Ce corps, sous les ordres d'un bon général italien, devait être envoyé au secours des Milanais, menacés par la marche victorieuse de Radetzki. On avait volé un subside de 4,000,000 de piastres pour les frais de la guerre.
Pellegrino Rossi s'était acquis une grande réputation par ses ouvrages scientifiques. Économiste de l'école anglaise, il s'était montré l'un des plus ardents défenseurs de cette science contre les premières formules des économistes sociaux. Il personnifiait ce système ingénieux, mais coupable, qui, faisant de l'économie politique une science constituée à l'écart de la philosophie, n'y admet la justice et la morale qu'au rang secondaire. C'était lui qui avait donné cette fameuse définition dans laquelle il résumait toute sa doctrine : « L'économie politique est la science des richesses. » Cependant, quoique élevé à l'école doctrinaire de M. Guizot, il s'était montré assez favorable à la cause italienne. En 1815 déjà, zélé promoteur de l'indépendance à Bologne, il s'était attiré l'honneur de l'exil; il passa quinze années à Genève, où il composa un ouvrage sur le droit criminel qui attestait son génie et ses vastes connaissances. Cet ouvrage lui avait valu la mission de rédiger une constitution nouvelle pour la Suisse ; mais cette constitution, quoique approuvée, ne fut jamais mise à exécution.
Après l'avènement de Louis-Philippe, appelé à Paris par les hommes de l'école doctrinaire, il obtint, grâce à l'influence de MM. Guizot et de Broglie, les chaires d'économie politique et de droit constitutionnel; le tablent qu'il y déploya l'avait aussi fait élever à la pairie.
Comme il avait été chargé du rapport sur la question de l'expulsion des jésuites, le Gouvernement français Tenvoya à Rome, afin qu'il pût s'entendre avec le pape. Dès lors, il resta aux côtés du Saint-Siège en qualité d'ambassadeur.
L'avènement de Pie IX augmenta son influence. 11 fut, auprès du souverain pontife, le conseiller le plus chaud des réformes pontificales.
La chute du gouvernement constitutionnel français l'avait fait rentrer dans la vie privée; néanmoins, lorsque la guerre de l'indépendance éclâtâ en Lombardo- Vênétie, il envoya ses deux fils prendre part à la lutte contre l'Autriche.
Cependant, il ne faut pas juger Rossi d'après les nombreux témoignages qu'il donnait à la cause italienne. Son cœur suivait moins, en cela, les inspirations de la générosité que la politique dictée par ses doctrines économiques.
Le panégyriste de Rossi, M. Mignet, crut de son devoir de déclarer, malgré les nombreux éloges qu'il lui prodigua, que le célèbre économiste se montrait /omjours froid, s'il cessait d'être intéressé.
Sa nomination au ministère pontifical représentait admirablement la ligne de conduite que le pape voulait suivre dans le gouvernement des États de l'Église. Rossi était l'homme qu'il fallait à Pie IX pour mener à bien le
LE MINISTÈRE HOSSI. 339
système qui dirigeait tous ses actes. Si le choix eût été bon dans les circonstances ordinaires, il fut malheureux au moment où l'Italie tout entière était profondément remuée par les dernières commotions politiques. La nomination de Rossi devait déplaire également aux progressistes et aux réactionnaires. L'opinion publique le tenait pour un homme disposé à servir tous les partis qui pouvaient lui fournir le gain ou l'honneur. Les radicaux ne voyaient en lui que la personnification de l'idée doctrinaire de M. Guizot; les modérés s'en méfiaient comme d'un ami bien tiède de l'indépendance ; les rétrogrades, enfin , redoutaient le libéralisme de sa doctrine et le traitaient même d'hérétique et d'apostat.
La conduite que Rossi tint au ministère fut loin de rassurer les trois grands partis qui se disputaient la direction du gouvernement. Quelques jours après sa
ni
la responsabilité des actes politiques allait donc retomber sur le ministre.
Nous allons tracer en quelques mots le système politique que Rossi suivit depuis son arrivée au pouvoir jusqu'au jour où il fut assassiné par une main inconnue- Ce système mérite à juste titre la qualification de système à bascule qu'on avait donnée au gouvernement constitutionnel.
Rossi débuta par un programme inséré dans la Gazette officielle de Rome. Ce programme parlait peu de la question qui remuait alors tous les esprits : la guerre de l'indépendance. C'était plutôt le programme d'un
;>ti<> RÉACTIONS.
économiste que celui d'un homme politique. 11 s'appliquait surtout à promettre aux sujets romains le bienêtre matériel, et s'attachait à détourner le peuple de tous les sentiments politiques, pour concentrer son attention égoïste sur les intérêts du pays.
Rossi montra le plus grand mépris pour le conseil d'État; il refusa de faire imprimer les projets que celuici avait conçus sur les municipalités de la Romagne, et, pour que les discussions de l'assemblée eussent moins d'influence sur l'esprit public, il profita des vacances des Députés pour rétrécir de moitié la tribune publique.
Si ces mesures étaient de nature à justifier la colère des libéraux , il s'attira celle des rétrogrades par des actes qui devaient leur déplaire souverainement.
Il alloua des pensions aux blessés et aux familles des citoyens morts dans la guerre de l'indépendance, et il leva à cet effet une somme de quatre millions hypothéquée sur les. biens du clergé. Il réitéra plusieurs fois l'assurance de conserver le régime constitutionnel de l'État. Il ouvrit à Rome et à Bologne des chaires d'économie politique et de droit commercial. Il établit des écoles d'agriculture, de physique, de mécanique et de chimie. Enfin, il organisa sur toute l'étendue de l'Etat des offices de statistique, ayant leur office central à
Ces mesures, qui satisfaisaient à moitié les libéraux, n'étaient pas de nature à rassurer les rétrogrades. On peut dire que tous étaient mécontents.
Cependant le peuple de Rome patientait ;
la réouvertufe des Chambres, qui devait se faire le 1 5 novembre, et il espérait généralement que l'attitude des députés engagerait le ministère à dépouiller toute restriction dans la voie libérale. La camarilla rétrograde, de son côté, s'effrayait beaucoup de cette circonstance, et cherchait tous les moyens d'engager Rossi dans la voie réactionnaire. L'influence que le ministre avait sur Pie IX le leur faisait considérer comme un homme bien autrement redoutable que
Le 14 novembre, dans la matinée, les Romains apprirent que le ministère n'avait pas voulu tolérer l'hospitalité donnée à quelques réfugiés napolitains. Il fut bientôt avéré que, par l'ordre de Rossi, trois d'entre eux avaient quitté les États de l'Église. On allait même jusqu'à dire qu'il les avait fait arrêter pour les livrer au gouvernement de Naples. Cette dernière rumeur était évidemment calomnieuse.
Le 15 novembre, Rossi, en se levant, reçut plusieurs avis dans lesquels on lui conseillait de ne pas assister à l'ouverture des Chambres. Un prêtre s'était présenté chez lui pour l'engager à garder la maison. Pie IX luimême le pria de suivre ces avis. Le valet-de-chambre du ministre se jeta, dit-on, à ses genoux, en le suppliant de ne pas paraître en public.
cations patronées de près ou de loin par la camarilla.
Des écrivains en ont conclu que le parti rétrograde connaissait le complot, et que, puisqu'il n'a rien fait pour sauver Rossi, c'est qu'il avait lui-même armé le bras de l'assassin.
D'autres, qui y avaient intérêt, ont voulu rejeter sur le parti libéral l'odieux de ce meurtre, enveloppé aujourd'hui encore d'un profond mystère. Mon devoir d'historien impartial me porte à déclarer que, dans ma pensée, Rossi est mort victime d'une coterie peu nombreuse, et particulièrement de la conjuration de quelques jeunes gens, ardents et enthousiastes comme on l'est à cet âge, et qui, sans peser l'iniquité de l'action en elle-même, ont cru la mort de Rossi nécessaire au salut de la patrie.
Quoi qu'il en soit, une foule considérable était réunie au palais de la Chancellerie; on se plaignait généralement du peu d'espace réservé aux tribunes publiques. De dix heures du matin à midi, la foule s'accrut dans des proportions énormes. A midi, Rossi parut en voiture, accompagné d'un de ses collègues. Au moment où il traversait la foule pour entrer par la grande porte du palais, des sifflets et des huées se firent entendre. Le ministre se retourna, et fit avec son fouet un geste que la foule interpréta comme un signe de mépris. Les huées redoublèrent alors ; l'émotion devint générale, chacun pressentait un crime. Rossi, également ému, descendit de voiture et se dirigea vers l'escalier de gauche qui mène à la Chambre. Au moment où il inclinait à gauche, il tomba mortellement frappé d'un coup de stylet. , bruit de sa mort ne fit point d'effet sur la popu-
lation romaine; elle n'excita, en général, ni plaintes, ni cris ce joie, quoi qu'en aient ditles feuilles réactionnaires. Loin de là, quelques sifflets étant partis d'un groupe qui stationnait en face de la maison du ministre, où plusieurs personnages se pressaient pour lui rendre les derniers devoirs, la foule entière exprima hautement son indignation.
Il y eut bien dans la soirée, parmi quelques hommes de la lie du peuple, des scènes de sauvagerie et de férocité ; et l'on ne saurait trop les déplorer, quoiqu'elles fussent en petit nombre et commises par quelques misérables.
Dans la nuit du 15 au 16, plusieurs membres influents du cercle populaire se réunirent, et, après une mûre délibération, résolurent une démonstration pour le lendemain.
On voulait prier le pape de mettre fin à une politique hostile au pays, et le conjurer de nommer un ministère démocratique. On s'assura pour cela de l'adhésion des militaires de toutes armes, dont les chefs promirent de se joindre au peuple.
Ce projet émut le pape. La nuit entière fut employée par lui à lire les messages où on le tenait au courant des phases de cette délibération. Plusieurs personnes le conjurèrent alors, soit de la prévenir, soit de s'y opposer; mais à toutes leurs observations il répondit : Nous verrons.
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Cependant, le jour commençait à poindre. Avec le moment solennel approcha la crainte. Il chercha, mais vàinement, des protecteurs dans les rangs des militaires. II voulut convoquer alors les chefs de la garde nationale et les présidents des Chambres, pour s'entendre avec eux sur les moyens de prévenir la manifestation.
Pendant qu'il faisait ces efforts tardifs, des attroupements s'étaient formés dans les rues, et la place du Peuple voyait le mouvement se grossir des carabiniers et des soldats de ligne eux-mêmes.
A ce moment, le cardinal secrétaire d'État conseilla au pape de nommer un ministère démocratique ; mais, ainsi que monseigneur Pentini, qui avait appuyé ce conseil, il ne reçut pour toute réponse que des reproches d'une extrême violence.
Les deux prêtres coururent chez Galetti, arrivé la veille à Rome, et, le sachant encore bien vu par Pie IX, le supplièrent de se rendre de suite au Quirinal. Mais Galetti n'eut pas plus d'influence.
A dix heures, la manifestation, ayant à sa tête le Cercle populaire, se dirigea d'un pas grave et silencieux vers la Chambre des Députés. Arrivée sur la place, la foule trouva les représentants réunis, et reprit avec eux le chemin du Quirinal.
Une députation de cinq membres fut nommée. Elle devait présenter au pape une adresse qui comprenait les clauses suivantes :
1° Proclamation de la nationalité italienne;
2° Covocation d'une assemblée constituante, destinée
à former une confédération entre tous les peuples de la Péninsule ;
3° Mise à exécution des mesures décrétées par la Chambre des Députés et le conseil d'État pour la guerre de l'indépendance ;
4° Confirmation pleine et entière du programme proclamé le 5 juin par le ministère Mamiani ;
5° Nomination d'un nouveau ministère, composé des membres suivants : Mamiani, Sterbini, Campello, Salicetti, Rusconi, Lunati, Sereni et Galetti.
Le corps diplomatique se trouvait, en ce moment, chez le pape. La députation ne fut point reçue; elle attendit. Au bout de quelques minâtes, le cardinal Soglia vint déclarer que Sa Sainteté était décidée à ne souffrir aucune violence.
Galetti, qui faisait partie des Députés, se sépara de ses collègues, et, profitant de ses droits d'entrée , se fit introduire auprès de Pie IX.
H était alors deux heures de l'après-midi. Après quelques instants d'entrevue, Galetti se présenta devant la foule et l'invita à se disperser, en l'assurant que le pape s'occupait du peuple et en l'engageant à avoir confiance dans le souverain.
Pour toute réponse, la foule entière s'écria qu'on abusait de sa patience, et réclama avec violence un ministère démocratique. On voulait qu'il fût constitué sur-le-champ.
Galetti, pris entre deux obstinations, celle du pape «t celle du peuple, ne savait que faire. Les portes du
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Quirinal avaient été fermée» et confiées aux troupes suisses. Galetti, malgré de nouvelles instances, ne recevait d'autre réponse de Pie IX, sinon que celui-ci se confiait à la volonté de Dieu.
La colère de la foule éclatait de plus en plus; un garde-suisse crut bien faiçe en tirant un coup de fusil sur le peuple.
11 faut dire que plusieurs de ses collègues avaient été désarmés et forcés de s'enfuir dans le palais.