VU
Le cri : Aux armes! retentit de toutes parts. Un instant après, une troupe armée et accompagnée d'un détachement de soldats qui traînaient plusieurs pièces de canon, vint engager la fusillade contre les Suisses. Mgr Palma, secrétaire des lettres latines, voulant se rendre compte du tumulte, s'approcha d'une fenêtre; mais sa curiosité lui fut fatale. Une balle partie du haut d'un clocher lui traversa la poitrine.
L'engagement dura jusqu'à la nuit; enfin, Pie IX, effrayé, lit venir Galetti, et le pria d'annoncer à ses cher$ fils qu'il consentait à la nomination du ministère désiré. Ce dernier demanda un écrit qui confirmât la parole pontificale. Cet écrit, rédigé par le cardinal Soglia, et signé par Pie IX, fut lu au peuple par Galetti.
Rome tout entière accueillit la nomination du ministère avec un enthousiasme frénétique. Quelques instants après, la foule se dispersa paisiblement, et la
tranquillité la plus complète régna dans toute la ville.
11 semblait qu'aussitôt la colère du peuple apaisée, la colère pontificale devait reprendre son cours. Quelques heures après , en présence du corps diplomatique, Pie IX protestait avec des expressions amères contre les violences qu'il avait dû subir, et traitait de scélérats et de traîtres les soldats, les gardes nationaux et les Romains.
Cependant les demandes que le peuple avait faites étaient raisonnables. Le programme du ministère Mamiani n'était autre que celui de la grande cause italienne. Ce n'était point un sentiment d'égoïsme révolutionnaire qui avait poussé les Romains à la grande manifestation du 16 novembre. La question politique n'avait point changé depuis le 5 juin, et l'on doit tenir compte de la sagesse avec laquelle une population tout entière s'abstenait de la moindre exagération. Pendant toute la journée, au moment même où la lutte était la plus vive entre les soldats et le peuple, les libéraux les plus exaltés n'avaient cessé de crier ces mots répétés par toutes les bouches : « Respect à la personne du souverain pontife ! » Ce fait nous démontre que la population romaine, tant calomniée à l'étranger, se montra dans toutes ses manifestations la plus sage et la plus raisonnable de toutes les populations de la Péninsule. Le mauvais vouloir de Pie IX était venu se briser, à diverses reprises, contre l'unanimité d'une telle modération.