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SEANCES DE L*ACADÉ1IIE ET VISITES PRINGIÈRES

observatoire et à par les pères jésuites envoyez par Je roy en

qualité de mathématiciens à la Chine.

» Sa Majesté témoigna que cette grande différence avoit esté aussy remarquée par les astronomes anglois et reconnut l'utilité de réformer les cartes géographiques et de la navigation par les observations.

» On représenta à S. M. que dans cet Observatoire on avoit entrepris ce grand ouvrage et que sur ce projet on avoit fait une carte aussi correcte qu'on avoit pu dans le plancher de la tour occidentale^ qu'on alla reconnoistre. En passant d'une tour à l'autre on fit voir à Sa Majesté un essais de la méthode de se servir de verres sans lunettes tant sur terre qu'au ciel que nous avons pratiquée dans les découvertes des satellites de Saturne. On avoit mis à la fenestre septemtrionale un objectif de loo pieds de la façon de M*^ Harsoucker (Hartsoecker)et par un oculaire placé sur un pied à la porte méridionale, on regarda quelque objet éloigné dans la Ville. Il n'est point nécessaire que le rayon visuel tiré d'un verre à l'autre soit perpendiculaire à l'objectir, il y peut estre incliné de plusieurs degrez sans qu'on y trouve une différence sensible dans la clarté et dans la distinction, de sorte que dans cette longueur on peut promener l'oculaire par toute la largeur de la galerie de l'observatoire, pour voir divers objets fort éloignés à droite et à gauche sans changer la situation de 1 objectif. On fit remarquer à Sa Majesté l'usage que l'on fait de cette méthode dans les observations du ciel par le moyen d'une tour de bois de l'Jo pieds de hauteur que le Roy a fait transporter de Marly où elle avoit servi à élever les eaux qui vont à Versailles, et la fit dresser sur la terrasse de l'Observatoire elle soutient à ses angles des soliveaux sur lesquels coule une machine qui porte l'objectif dressé à l'astre pendant que l'on lient l'oculaire à la main sur un pied où il coule à la distance du foyer de l'objectif.

» La Carte géographique de l'Observatoire qui avoit esté faite premièrement par Messieurs Sedileau et Chazelles sur les corrections et les mémoires que je leur avois donnés, avoit esté nouvellement rétablie par M*^ de la Faye. On montra à S. M. les endroits qu'on avoit établis par les observations immédiates de Messieurs de l'Académie par l'ordre du Roy, par Messieurs Picard, de la Hire, Richer, Varin, du Glos et des Hayes ; en Dannemarq, sur les côtes de France, en Cayenne, au Cap Vert, aux Antilles, et par les Pères Jésuites mathématiciens du Roy au Cap de bonne espérance et à Siam, d'où l'on avoit appris que les vrayes différences de longitudes sont ordinairement plus petites que celles qui sont marquées dans les cartes. Sa Majesté dit que l'on avoit aussi observé en Angleterre, où Ton avoit mesuré un degré de la circumférence de la Terre qu'on avoit trouvé estre de 72 milles angloises, au lieu qu'auparavant il y avoit de ceux qui les supposoient de 60 milles; que les milles d'Angleterre sont de différente grandeur, mais que celles dont il s'agit ici sont de 5 000 p. de Londres.

» On dit à Sa Majesté qu'une des premières opérations de l'Académie

Royale des Sciences avoit esté de mesurer avec un grand soin aux environs de Paris par des grands triangles un degré de la circumférence de la Terre que l'on avoit trouvé de 57060 toises de Paris

Le texte de Cassinî est ici complètement illisible sous les ratures du correcteur, qui écrit :

« Et Sa Majesté britannique ayant souhaitté que Ton en fit la comparaison avec la mesure trouvée en Angleterre, on promit à Sa Majesté de l'en informer. »

Cassini, au contraire, donnait immédiatement la réponse à la question du Roi ; le correcteur Ta bilTée.

« Ayant donc supposé le mil d'Angleterre dont il s'agit est de 5 mille pieds de Londres (dont 16) font i5 pieds de Paris, il s'ensuit qu'un de ces milles d'Angleterre ë de 4687 p. 1/2 de Paris, qui font 781 toises et un quart. Ainsi 72 milles d'Angleterre font 5625o T. qui seront dans un degré de la circumférence de la terre selon les modernes géographes anglois, mais suivant la mesure de l'Académie Royale des Sciences elle ê de 57060 T. La différence entre une mesure et l'autre dans un degré ê donc de 810 T. de Paris.

» On représenta à S. M. que pour avoir la mesure de la circumférence de la Terre avec plus d'évidence et d'exactitude, l'Académie des Sciences s'estoit proposé de mesurer les degrés et minutes et le nombre de toises qui sont dans le travers du Royaume de France du septemtrion au midi ; qu'à cet effet l'on avoit prolongé la méridienne de l'Observatoire d'un côté jusque dans Flandres et de l'autre côté jusqu'au Bourbonnois et que l'on l'avoit mesuré par des grands triangles liez ensemble, dont le premier e fondé sur une base mesurée actuellement et que par celte manière l'on auroit huit degrez de la circumférence de la Terre dans lesquels il n'y auroit pas plus d'erreur que dans un degré. S. M. convint que c'esloit d'une grande importance d'avoir une mesure la plus exacte qu'il fût possible pour servir à la Géographie et à la Navigation dans la réduction de degrez en lieues et en milles et de milles en degrez.

» Sa Majesté dit qu'elle avoit fait mesurer la distance qui est entre la montagne des Trois-Roches en Irlande prés de Dublin et la montagne du Cap Saint en Angleterre, par un triangle dont la base et ses angles furent mesurées aux Trois-Roches qui donnèrent la distance de 46 milles et demie d'Angleterre. [Selon le calcul que nous avons fait depuis, ce sont 363i7 toises de Paris, un peu plus de 12 lieues à 3 000 toises par lieue. Et S. M. eut la bonté d'offrir les Mémoires de cette observation qu'elle avoit apportées d'Irlande, et deux jours après elle m'en envoya une carte de cette opération par le sieur Buterfierd (Butterfield) et ensuite elle en envoya une autre par le principal du Collège d'Ecosse, dans laquelle il semble que l'on a visé à un autre terme plus proche parce que

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la base estant la mesme, les angles à la base sont un peu difTérens et la distance calculée n'est que de 4^ milles, c'est-à-dire 4 milles et demie plus courte que la précédente (i).]

» On dit à S. M. que M'' de la Hire avoit mesuré par un triangle dont la base est assez grande la distance qui est entre le port de Calais et le château de Douvres. Cette distance fut trouvée de ii 36o toises, un peu plus de 7 lieues à 3ooo toises par lieue, qui est l'estime ordinaire de cette distance quoique les Cartes la fassent ordinairement plus grande.

» S. M. marqua sur la Carte les endroits où des pilotes anglois ont tenté le passage aux Indes Orientales (par le Nord-Ouest) et dit que les plus grands obstacles qu'ils avoient eu avoient esté les brouillards qui en ces endroits eropechoient de jour de voir le ciel et la terre, de sorte que l'on ne pouvoit naviguer (que) la nuit par l'observation des étoiles fixes, et que M. Vossius avoit jugé que la saison la plus propre pour tenter ce passage seroit Thyver quand ces brouillards seraient tombez. Elle parla aussi des passages faits par les Anglois par le détroit de Magellan dont on avoit fait des cartes exactes, et de quelque autre route qu'ils avoient trouvé plus vers le midy pour passer à la mer Pacifique; que l'on avoit trouvé que dans ces parties méridionales à pareille distance de l'équinoxial et du Soleil, le froid est plus grand à proportion que dans nos climats, et on remarqua aussi que dans notre climat le froid est plus grand dans le Canada qu'en France, quoy qu'elle soit sous le mesme parallèle.

>i On parla de l'Isle Taprobane connue aux Anciens, que quelques Géographes modernes supposent estre l'Isle de Ceilam, quelques autres l'isle de Sumatra. On dit que la situation que Ptolomée luy donne s'accorde mieux à celle de l'amas des isles Maldives qu'on dit estrc au nombre de iiooo dont les Anciens n'ont point parlé; que Ptolomée place Taprobane vis-à-vis du promontoire Cori qui est le plus avancé dans la mer entre l'Inde et le Gange, et plus proche de l'Inde que du Gange ; que ce promontoire ne sçaurait estre que celuy qu'on appelle présentement Commori ou Commorin qui est dans la mesme situation entre l'Inde et le Gange : que ce Géographe place Taprobane sous l'equinoctial qui la divise en deux parties inégales à peu près en la mesme proportion de sorte que la plus petite partie est du costé du midy, la plus grande du costé du septentrion, ces isles estant etandues à peu près du midy au septentrion comme la Taprobane de Ptolomée.

» Que les Maldives, suivant la relation de Pirard, sont exposées à un courant furieux qui heurte contre les rochers qui les environnent et en porte souvent quelques-unes qui ne sont la plus part séparées des autres que par des canaux qui dans la basse mer n'ont que deux ou trois pieds

(» j En marge de ce paragraphe qu'il place entre crochets, J.-D. Cassini a écrit : A mettre à la marge. Malgré cette indication, V Histoire de l'Académie l'a mis dans le texte. Les Procès- verbaux de l'Académie l'ont supprimé.

d'eau, quoy qu*il y ait douze canaux larges et profonds qui distinguent ces isles en douze amas qu'on appelle Attolons.

Que les Malabares, suivant Linscot raportent que ces Isles ont esté autre fois unies à un continent d'où elles ont esté séparées par les courants. Qu'elles ont donc pu former l'isle Taprobane et particulièrement si elles ont esté unies à l'isle de Ceilam qui estant éloignée de plus de 6 degrez de l'equinoctial ne peut pas toute seule former cett' isle divisée par l'equinoctial.

» Ensuitte Sa Majesté considéra le planisphère d'argent que j 'a vois fait faire au S*" Buterfield pour le Roy et la facilité des opérations astronomiques que l'on fait par son moyen. Elle considéra aussy la machine des trois systèmes faits à la manière de Copernic de Tycho et de Ptolomée, qui est au dos de ce planisphère pour faire voir le rapport d'un système à l'autre; ces systèmes y estant disposez en manière qu'ils s'accordent à monstrer précisément les mesnies apparences. Les cercles des planettes y estant dans la juste proportion et dans la véritable situation, on y trouve en tout temps leurs véritables longitudes vues du Soleil et de la Terre et leurs véritables distances en diamètres de la terre et en millions de lieues par le moyen d'une alidade divisée à cet effet, dont Sa Majesté vit l'usage et admira le rapport exact de ces trois systèmes dont les hypothèses semblent estre si différentes.

» Ayant vu un Anneau Astronomique d'un pied de diamètre qui marque distinctement et avec justesse toutes les minutes des heures et monstre en mesme temps la déclinaison de l'Aimant, Sa Majesté dit qu'elle en avoit un à peu près de cette grandeur et qu'elle trouvoit que c'estoit l'instrument (le plus propre) pour trouver exactement et promptement l'heure dans les voyages. Et à l'occasion de la déclinaison de l'Aymant que l'on trouve par ces anneaux, on parla des observations que l'on en avoit faites à Paris et ailleurs et de celles de sa variation. Sa Majesté dit que l'on avoit observé en Angleterre la variation des variations de l'Ayman et que l'on en avoit trouvé des Règles qui respondoient aux observations et que l'on avoit fait une Ephemeride de cette variation pour dix ans qui s'estoit trouvée conforme aux observations. Que ces observations avoient esté faites par le moyen d'un grand hémisphère concave de pierre placé à Witheal (Whitehall) dans lequel on avait tracé la ligne méridienne avec un soin extraordinaire, ce qui avait este fait sous le règne de Jacques premier, Ayeul de Sa Majesté. Que par cet hémisphère on s'estoit apperceu, en le comparant à la pendule, qu'il y avoit quelque petite différence «ntre les heures du matin et les heures du soir, Ce que l'on dit pouvoir estre attribué aux refractions qui peuvent estre un peu plus grandes le matin que le soir. On proposa à Sa Maj*^ la difficulté qu'il y a d'établir ces règles de variation de l'Aymant vu les irregularitèz de différences que l'on a observées a Paris ces années dernières; et la longueur de temps qu'il serait requis pour le vérifier, quoy que l'entreprise de le tenter soit fort louable.

SÉANCES DE LACADBMIE BT VISITES PRINCIBRES. I29

» Sa Maj'* ayant rapporté la pensée de M** Neuton et de quelques autres qui jugeoient que la figure de la Terre n'est pas parfaitement ronde. On repondit que cette pensée estoit venue à quelques uns à l'occasion des observations de Jupiter qui a paru quelques fois n'estre point parfaitement spbérique, mais que la partie de l'ombre de la Terre qui tombe sur la Lune dans les Eclipses de Lune paroissoit assez circulaire pour persuader que la figure de la Terre ne s'éloigne pas fort sensiblement de la spherique; que cette conjecture avoit aussy esté fortifiée parles observations de la longueur du pendule faites par des personnes envoyées par l'Académie Royale des Sciences à la Cayenne au Gap Vert et aux. Antilles, où le pendule à secondes s'est trouvé constamment et sensiblement plus court que dans notre climat, mais que cette différence pouvoit estre attribuée au tempérament de l'air puisque dans le mesme lieu nous trouvons un peu de différence entre l'Été et l'byver. Qu'il faudroit pouvoir régler cette différence pour corriger les pendules. Sa Majesté dit que les pendules pou voient estre d'un grand usage dans la navigation, qu'un pilote Anglois en avoit fait l'expérience se servant de deux pendules qu'il conferoit ensemble, que par ce moyen il avoit réussi ayant trouvé son point avec assez de justesse. On respondit qu'on en avoit aussy fait l'expérience en France suivant la proposition de M' Huygens et que nonobstant les difficultés qui s'y trouvent il faut avouer qu'employant plusieurs pendules et les comparant ensemble et corrigeant les unes par les autres on en peut faire un bon usage.

» Sa Majesté monta ensuitte à la Sale des machines où elle admira principalement celle des Eclipses inventée par M^* Romer et exécutée par le S*" Thuret d'une manière toute particulière. Elle vit aussy celle des planètes suivant le système de Copernic qu'un seul mouvement fait tourner toutes différemment autour du Soleil. Sa Majesté ayant vu divers modelles des cabestans parla des conditions qu'ils doivent avoir a fin que la force des hommes y soit bien appliquée et de quelle manière elle les avoit fait faire dans les flottes qu'elle avoit commandées, où il y avoit eu souvent des hommes tuez parla mauvaise construction de ces instruments. Elle considéra les machines hydrauliques pour élever les eaux, parla de celles que le Chevalier Morland avoit inventées et d'autres d'une meilleure construction qui avoient été inventées par un autre Ingénieur Anglois (nommé Gourdon).

• Elle vit aussy diverses machines pour élever les fardeaux et une en particulier (de M'' Perrault) qui les eleve en se balançant, et celle qui sert présentement à l'église des Invalides où la force est apliquée fort loin du fardeau que l'on veut élever, et elle considéra le modèle d'un pont portatif que M' Couplet a inventé dont chaque soldat transporte une pièce et l'acroche en un instant pourvu que l'apuy au bord de la rivière soit inébranlable.

9 A l'occasion des machines du Chevalier Morland, Sa Majesté fit voir deux plaques d'argent en forme de médaille dont une servoit pour trouver C. W. 9

l30 CHAPITRE IX.

pendant plusieurs siècles à chaque jour de l'année proposée le jour de la semaine, dont l'une estoit selon le calendrier Julien, l'autre suivant le calendrier Grégorien, mais elle dit que celte dernière estoit fautive et ne pouvoit servir que jusqu'à la fin de ce siècle parce que on n'avoit pas pris garde au jour qu'il faut oster à l'année 1700, ce qui me donna occasion de parler d'une (table) exacte et perpétuelle que j'ay faite pour le calendrier, que j'ay depuis eu l'honneur de présenter à Sa Majesté.

» L'heure de midy s'approchant on passa à la tour occidentale du second appartement 011 il y avoit le miroir ardent fait par le sieur Villete dont on fit l'expérience de faire (fondre) une pièce d'argent. S. M. vit les instruments que M"* Sedileau avoit apresté pour observer, par lesquesl on prit la hauteur méridienne, qui fut de 5i(?). Elle régla en mesme temps ses montres dans lesquelles il y avoit des inventions nouvelles qui servent à faire repeter les heures et les quarts sans bruit toutes les fois qu'on les touche en certain endroit, une de ces montres luy a esté envoyée par un trembleur (un quaker) après son départ d'Angleterre. Elle vit par occasion le niveau de l'invention de M»" Picard qui perfectiona l'art du nivellement en y appliquant la lunete.

» Estant montée sur la Terrasse, S. M. observa les environs de Paris qu'elle reconnut jusqu'à l'horizon. Elle vit les bassins quarrez où depuis longtemps M*" Sedileau fait par ordre de M. de Louvois les observations de la quantité de l'eau qui tombe du ciel et de celle qui s'évapore, et fit voir la plus grande hauteur que la pluye a faitte en un jour et en une année depuis qu'il observe.

» Nous fumes tous pleins d'admiration des vastes connoysances de Sa Majesté, qui eut la bonté de témoigner qu'elle estoit fort contente de tout ce qu'elle avoit vu et entendu. Elle l'a aussy témoigné à toute sa Cour à S^ Germain et n'a pas oublié de le témoigner au Roy dans la visite que Sa M(ajesté lui rendit le jour de S* Louis à S^ Germain, Sa Majesté en retournant à Versailles ayant eu la bonté de me le dire. »

Lorsque Pierre le Grand vint à Paris en 1717, il ne manqua pas de visiter l'Observatoire; il y vint même deux fois. Mais nous n'avons aucun détail sur ce qu'il y vit. Ni les procès-verbaux des séances, ni V Histoire de r Académie ne font mention de cet événement. Le Journal des observations astronomiques faites à l'Observatoire de Paris {Arch, de rObs., D. 3.3o) ne nous fait connaître que les dates de ces deux visites, le i?. et le 17 mai 1717. A ces jours, Maraldi I écrit simplement : « Le Czar de Moscovie a esté à l'Observatoire (* ) ».

(') Saint-Simon qui, dans ses Mémoires, suit presque jour par jour Pierre le Grand dans ses excursions à Paris et aux environs, indique aussi deux visites du

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Le 20 septembre de celle même année 1717, le Duc et la Duchesse du Maine, accompagnés du Prince de Dombes et de plusieurs Académiciens, vinrent à l'Observatoire à l'occasion d'une éclipse de lune. C'est la dernière visite princière que nous ajons à noter.

Ni Louis XV, ni Louis XVI ne vinrent jamais à l'Observatoire. Louis XV était pourtant fort amateur d'observations astronomiques, au moins pendant la première partie de son règne.

« Nous avions l'avantage, mon père et moi, écrit Gassini de Thury {Description géométrique de la France^ 1/83, p. 12) d'avoir contribué au goût particulier que le feu Roi avait pour l'Astronomie; il n'arrivait aucun événement remarquable dans le ciel dont Sa Majesté ne voulut être spectatrice, elle en faisait son amusement dans sa jeunesse. On avait élevé sur la terrasse de Gompiègne un mât, pour porter d'assez grandes lunettes, pour pouvoir observer les satellites de Jupiter : ce goût pour l'Astronomie, fortifié par des connaissances, a produit de grandes révolutions dans TAstronomie et la Géographie, les entreprises sous le règne de Louis XV peuvent être mises en parallèle avec celles de Louis le Grand. »

J. BernouUi, dans ses Nouvelles littéraires^ a rendu le même témoignage du goût de Louis XV pour l'Astronomie :

« Louis XV, roi de France et de Navarre, décédé le 10 mai 1774» a été oublié bien à tort dans les notices nécrologiques précédentes; depuis longtemps aucun souverain n'avait été aussi adonné à l'Astronomie*, il n'arrivait aucun phénomène important qu'il n'observât ou ne fit observer sous ses yeuii. 11 avait, outre les Astronomes de son observatoire royal, son Astronome particulier, M. Le Monnier, qu'il avait mis en possession d'instruments superbes. II ne se faisait point de livre, de carte céleste, de dessin, etc., un peu considérable, en Astronomie, que leurs Auteurs n'obtinssent la permission de lui présenter en personne, et qu'il n'accueillit favorablement; qu'on ajoute à cela ce qui au fond mérite encore plus notre reconnaissance, les grandes opérations astronomiques et géographiques qui se sont faites sous ses auspices et à ses frais, non seulement en France, en Allemagne, en Flandre, en Ecosse, etc., mais en Laponie, sous l'Equateur et au Gap; en Sibérie et en Galifornie; dans les mers des quatre parties du Monde; — on conviendra que peu de Princes ont jamais

Czar à TObservatoire, mais il doone pour la seconde la date du jeudi 17 juin. {Mémoires de Saint-Simon, édition de Cheruel et Ad. Régnier, Hachette, 1874; t. XIV, p. 25 et 33.) Ce jour-là, le journal de Maraldi n'indique rien, ni observations, ni visites.

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aussi bien mérité de l'Asironomie que Louis XV. » (J. Bbrnoulli, Nouvelles littéraires, Berlin, 1776, i'^ cahier, p. 59.)

Toutes les fois que devait se produire un phénomène intéressant, éclipse de soleil ou de lune, passage de Mercure ou de Vénus sur le soleil, quelques-uns des astronomes de l'Observatoire ou l'astronome particulier du Roi, Le Monnier, installaient des lunettes et des pendules dans la résidence où se trouvait alors la Cour, à Versailles, à Bagatelle, à Saint-Cloud, et observaient en présence du Roi, à qui ils faisaient suivre les phases du phénomène. C'est ainsi que le passage de Mercure du 6 mai 1753 fut observé au château de Meudon, que les passages de Vénus du 6 juin 1 761 et du 3 juin 1769 furent observés au château de Saint-Hubert, près de Rambouillet. (Voir Chap. XIV.)

L'Observatoire à cette époque était bien déchu de son ancienne splendeur et peu digne de recevoir des visites rojales. Les quelques rares instruments dont il était pourvu étaient installés dans de petits cabinets, assez bien appropriés sans doute aux observations, mais peu faits pour attirer l'attention d'un prince. Les belles salles du bâtiment de Perrault avaient été envahies au premier étage par les logements des astronomes et, au second, menaçaient ruine par suite du dépérissement des voûtes qui supportaient la plate-forme. Cet état de délabrement était tel que, lorsque l'Empereur Joseph II vint à Paris en 1777, Cassini IV, prévenu par M. de Breteuil du désir qu'avait S. M. Impériale de venir à l'Observatoire, dut prier le Ministre de le détourner de cette intention : il y avait danger à parcourir les grandes galeries, de la voûte desquelles des pierres se détachaient fréquemment (voir Chap. XIX). Il en fut probablement de même en 1782, lors du fameux voyage à Paris du Comte et de la Comtesse du Nord.

La relation que nous a laissée Jean BernouUi, dans ses Lettres Astronomiques, de sa visite aux Observatoires de Paris au mois de mai 1769, ne fait que trop ressortir ce déplorable état de l'Observatoire royal, qui semble n'avoir attiré que fort peu son attention. Il n'y trouva que deux astronomes, des instruments anciens et assez mal disposés et des bâtiments en ruine.

SÉANCES BB l'ACADBMIB BT VISITES PRINClàRBS. l33

« J'ai déjà fait un tour à TObservatoire de l'Académie Royale des Sciences ou, comme on dit par excellence, à V Observatoire ; il faudrait pour en parler pertinemment pouvoir y retourner, mais je crains bien que le grand éloignement où il est du logement que j'ai pris ne m'en

empêche M. Maraldi ne loge pas dans l'Observatoire même, mais il

habite cependant une maison qui n'en est distante que de quelques pas et qui se trouve par conséquent dans l'enceinte du terrain assez étendu qui appartient à l'Observatoire (i). Ce célèbre Astronome se sert de ses propres instruments pour la plupart de ses observations, il a un quart de cercle et différentes lunettes.

» M. Cassini de Thury au contraire demeure dans l'Observatoire et c'est aussi où loge M. l'abbé Ghappe quand il n'est pas en Sibérie ou dans la mer Pacifique, et M. Le Geotil quand il n'est pas aux Indes Orientaies. 9

J. Bernoulli décrit ensuite les principaux instruments, les deux quarts de cercle muraux, le quart de cercle mobile et le petit instrument du Duc de Chaulnes {voir Chap. XII). Il termine en disant :

« 11 faut vous confirmer encore à mon grand regret ce que bien des voyageurs vous auront déjà dit, que ce bâtiment majestueux tombe en ruine et qu'on ne parait pas même songer à prévenir la destruction de ce monument superbe de la magnificence avec laquelle Louis XIV protégeait les sciences. » (J. Bernoulli, Lettres Astronomiques, Berlin, 1771, Lettre dixième, p. i35 à i4iO

Tout autre est l'impression que fait sur Bernoulli la visite des autres Observatoires que les astronomes de l'Académie s'étaient créés dans Paris. Il s'arrête avec complaisance à décrire les nouveaux et nombreux instruments de Le Monnier à son Observatoire des Capucins de la rue Saint-Honoré, ceux de Lalande au Collège Mazarin, de Jeaurat à l'Observatoire de l'École militaire tout nouvellement construit, celui de Messier à l'hôtel de Quny. Et lui qui n'avait pas trouvé le temps de retourner une seconde fois à l'Observatoire Royal, revient à plusieurs reprises à Colombes visiter l'Observatoire du Marquis de Courtanvaux, le plus joli qu^on puisse voir. C'est là qu'il fait, le 3 juin, l'observation du passage de Vénus.

Lorsque Piazzi vint à son tour à Paris en septembre 1787, le

(*) Fo/r Chapitre ÏV, Les Concierges de l'Observatoire, p. 45.

l34 CHAPITRE IX.— SÉANCES DE l'ACADÉMIE, ETC.

Minisire, M. de Breleiiil, invita Cassini IV à raccueillir et à lui faire visiter l'Observatoire (*). Mais l'astronome italien ne put être logé dans cet édifice, que Cassini, Jeaurat et Le Gentil avaient dû abandonner. La démolition des grandes voûtes du second étage avait, en efl'et, été commencée Tannée précédente et, à ce moment, la présence des ouvriers entravait grandement les observations de Cassini et de ses élèves. Encore une fois, l'Observatoire Royal dut céder le pas à un observatoire particulier. Ce fut chez Lalande que Piazzi trouva l'hospitalité et ce fut au Collège de France qu'il s'exerça pendant un an aux observations astronomiques.

Devic, dans son Histoire de la vie et des travaux de J.-D, Cassini IV [in-8°, Qermont (Oise), i85i] raconte, p. ii8, que le 7 août 1788, Cassini reçut à l'Observatoire les Ambassadeurs de Tippoo Saïb.

« Ces bons Indiens, dit-il, furent enchantés de la complaisance du Directeur à leur montrer en détail ce bel établissement auquel on faisait alors de grandes réparations. Le célèbre Blagden vint l'y voir aussi cette même année. »

A l'époque de la Révolution, de 1789 à 1793, l'Observatoire eut à recevoir des visiteurs bien différents de ceux qu'il avait eus jusque-là. Par trois fois au moins, il fut envahi par des bandes de patriotes armés, qui soupçonnaient le Directeur de receler dans les souterrains des munitions de guerre et des farines et d'y cacher des aristocrates. Il fallut le sang-froid et la présence d'esprit de Cassini pour éviter que ces perquisitions ne tournassent au tragique. Elles ne nous apprendraient rien sur la disposition et l'état des lieux; j'en remettrai le récit à la place que lui assigne la date de ces tristes événements. {Voir Chap. XX.)

(*) Cassini \W^ Fastes de l'Astronomie, registre in-folio, Archives de l'Observatoire, D. I, 28.

LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE

Les inslruments de Picard et de Ph. de la Hire. — La mire de Montmartre. — Première installation d'un Quart de cercle fixé dans le méridien. — Instruments de Cassini et de ses élèves. — Expédition de Richer à Cayenne; difficulté historique à ce sujet. — Voyage de Varin, Des Hayes et De Glos. — J.-D. Cassini et son fils continuent la mesure de la Méridienne de France commencée par Picard. — L'équatorial et le cercle azimutal de Cassini. — L'appareil de Picard pour Tétude des mouvements de la Polaire. — Les planisphères et les planétaires de Cassini, de Rœmer et de Ph. de la Hire.

Il ne faudrait pas que le lecteur s'attendît à trouver dans ce Chapitre une description des instruments des astronomes des xvii® et XVIII* siècles; pourresterfidèle à mon programme, je doismebormeft* adonner ici l'inventaire des instruments successivement employés. Pour dresser cet inventaire, nous n'avons, dans les premières années, que les indications données par les astronomes eux-mêmes dans leurs Mémoires, indications le plus souvent fort incomplètes et qui ne permettraient guère de suivre l'histoire de chacun de ces instruments, si, par une heureuse circonstance, l'un d'eux. Le Monnier, n'avait pris soin dans son Histoire céleste de nous fournir à ce sujet des renseignements précieux; les Comptes des Bâtiments du Roi nous donneront aussi les dates de construction de plusieurs instruments jusqu'en 1690. Plus tard, nous avons un État de dépenses de Jacques Cassini de 1729 à i743; puis surtout les Catalogues dressés à des époques successives par son petit-fils Cassini IV, à qui nous devons ici, comme pour toute Y Histoire de V Observatoire y les documents les plus riches. Cassini IV avait même, vers 1790, commencé un travail qui, s'il eût été poursuKi

l36 CHAPITRE X.

par ses successeurs, serait aujourd'hui du plus grand intérêt. C'est un registre intitulé : Description des instruments de l'Observatoire royal {Arch. de VObs.y D. 5. 8), dans lequel il donne pour chaque instrument son histoire complète, le nom du constructeur, ses caractères essentiels, ses usages et les modifications successives qu'il a reçues. Il serait à désirer qu'à l'Observatoire, chaque instrument eût ainsi son dossier, tenu à jour depuis son installation; une pareille institution épargnerait, j'en puis parler en connaissance de cause, bien du travail et des recherches à ceux qui plus tard voudront écrire l'Histoire de l'Observatoire.

Avant la construction de l'Observatoire, les astronomes de l'Académie employaient, au jardin de la Bibliothèque du Roi ('), un grand quart de cercle, tout en fer, de 9 pieds 7 pouces de rajon, et un sextant de 6 pieds également en fer, mais avec limbe en cuivre. Ces deux instruments portaient des alidades à pinnules.

C'est avec ce sextant, et un autre instrument semblable qui appartenait à Picard, qu'ils déterminèrent, le 21 juin 1667, la latitude du futur Observatoire et la direction de la méridienne en ce lieu (t'OïV Chapitre I, page 10).

Les premiers essais d'adaptation des lunettes aux cercles divisés furent faits cette même année, pendant les mois de juillet, août et septembre (Delisle, Notices manuscrites sur Picard et Roberval, Arch, de l'Obs., A. i. i-io).

Dans la Mesure de la Terre (1669-70), l'abbé Picard fit usage d'un quart de cercle de 38 pouces de rayon, dont la carcasse était en fer et toutes les pièces renforcées en dessous par des arêtes mises sur champ. Les alidades à pinnules étaient remplacées par des lunettes, le limbe était divisé en minutes par des transversales. C'est ce même quart de cercle qu'il emporta en Danemark. Picard avait aussi un secteur zénithal enfer et cuivre, de 18** environ d'amplitude, qui portait une lunette de 10 pieds de longueur et qui donnait le tiers de minute par des transversales. Aces instruments étaient associées deux pendules, l'une à secondes, l'autre à demi-secondes. Pour l'observation des astres et en particulier pour

(*) Le Monnier, Hist. ce/., p. vj.

LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE . 187

celle des éclipses des satellites de Jupiter, Picard avait emporté en outre en Danemark une lunette de 5 pieds et deux grandes lunettes de i4 et 18 pieds.

Les noms des constructeurs de la fin du xvii* siècle nous sont donnés par les Comptes des Bâtiments du Roi, Ce sont, pour les instruments de mathématiques, Sevin, puis Gosselin, à qui sont associés un peu plus tard Guerne et Tanguy, puis Lagny; ces artistes étaient en réalité d'habiles armuriers, c'est même sous ce nom qu'ils sont ordinairement désignés, qui fabriquaient par occasion des instruments astronomiques; il faut leur adjoindre Ph. Le Bas, Migon et Chapotot. Pour Thorlogerie, nous ne trouvons que le nom de Thuret. Enfin les verres de lunettes étaient taillés tantôt par les astronomes eux-mêmes et les académiciens, comme Huyghens, Auzout, Borel, tantôt par des artistes qui avaient nom Pasquin, Ph. Le Bas, Hartsoëker en France, et en Italie Campani et Eustachio de Divinis. Deux de ces artistes, Gosselin et Thuret, étaient appointés régulièrement (200 et 3oo livres) comme « officiers ayant gages pour entretenir les instruments et horloges de l'Académie à l'Observatoire » ; Le Bas « le plus habile homme de l'Europe pour les lunettes d'approche », était logé aux Galeries du' Louvre.

Dans ses voyages en France avec Ph. de la Hire, Picard fit usage d'un autre quart de cercle de 3 pieds, semblable à celui dont il s'était servi en Danemark ; ils avaient emporté aussi la lunette de i4 pieds et une nouvelle de 20 pieds, la grande pendule et des aiguilles aimantées de 6 et 8 pouces de long.

Quant au baromètre, instrument peu transportable, l'usage était alors de le faire sur place suivant la méthode de Torricelli.

A l'Observatoire même, de 1678 à 1677, Picard se servit de trois quarts de cercle différents, que Le Monnier désigne par les lettres C, D et P, D est le quart du cercle de la mesure de la Terre et du voyage en Danemark; il avait été gâté pendant le retour et fut restauré et divisé de nouveau, par Gosselin probablement. C est un instrument que Cassini avait fait construire par le même ouvrier pour faire à Paris les observations correspondantes à celles d'Uranibourg; il avait 3 pieds de rayon. Cassini IV dans V Histoire céleste le désigne par la lettre N\ c'est, dit-il, celui que Jean-

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Dominique appelait parliculièrement le nôtre. Enfin P est un quart de cercle de 3a pouces de rayon appartenant à Picard; c'était le plus parfait des trois et celui que Picard préférait pour la mesure des hauteurs. Après la mort de cet astronome, il fut acheté par le Roi avec les autres instruments de Picard à une dame Lefebvre, sa légataire, pour le prix de 4oo liyres {Comptes des Bâtiments, i683, col. 377) (*). Ph. de la Hire en fit usage pour ses observations de 1681 à 1719.

Ces observations consistaient en hauteurs observées pour régler la pendule et déterminer les réfractions, et en hauteurs méridiennes. Picard observait aussi les passages dans une lunette murale munie de trois fils.

(') Dans le registre des Procès- Verbaux de l^ Académie des Sciences pour l'année i683, à la suite de la séance du samedi 16 mars, est inséré un « Mémoire des papiers et instrumens qui se sont trouvez après la mort de M' Picard el qui ont été mis entre les mains de Mons' De la Hire ». En voici les principaui articles :

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