‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 12 sur 61 · EN.PASSANT.NE.TOVBLIE.DE.LVI.DIRE.VN.AVE.H · texte numérisé non relu

EN.PASSANT.NE.TOVBLIE.DE.LVI.DIRE.VN.AVE.H

( ' ) M. Tisserand Ta fait murer depuis peu.

L'air des caves est toujours saturé d'humidité. Il y a cependant beaucoup d'exagération dans ce qu'en dit G. Marinier : « Les lumières mêmes ne peuvent pas résister à l'humide fraîcheur qui y règne; on ne peut y aller qu'avec des (lambeaux. » (Lettres de Colbert, t. V, p. 576.) Le sol des galeries principales est ordinairement bien sec; il n'y a en général de l'eau que dans le bas de la galerie et dans les couloirs non bâtis qui vont vers la grille. En 18 17, le 2 avril, Ârago signala au Bureau des longitudes comme un phénomène jusque-là sans exemple, que les souterrains étaient couverts d'eau; il y en avait une couche de 6 pouces dans le cabinet des thermomètres où la température avait monté de o°,oi3. D'où venait cette eau? Arago affirme que ce n'était pas de l'eau d'infiltration, mais n'en donne pas de preuves. Il y a quelques années, nous avons vu l'eau venir plus abondante dans les caves, à la suite du curage des puits perdus de la cour où se rendaient les eaux pluviales de la plate-forme. Aujourd'hui, ces eaux sont emmenées directement dans les égouts et le sol des caves paraît se dessécher peu à peu.

Les caves de l'Observatoire sont surtout célèbres par la constance de la température qui y règne, 1 1®,86; c'est dans la chambre marquée B qu'ont toujours été placés les thermomètres destinés à vérifier cette constance. On y avait disposé pour les recevoir une table en pierre qui s'y trouve encore aujourd'hui. En 1783, Cassini et Lavoisier y établirent, sur un pilastre scellé dans le sol et surmonté d'une dalle horizontale, le fameux thermomètre que l'on n'a pas cessé d'observer depuis cette époque. L'histoire de ce thermomètre et des diverses observations de température qui ont été faites à différentes époques dans ces caves a été écrite dans tous ses détails par Arago (tome VIII des Œuvres, p. 636 et suivantes; vo/r aussi Œuvres de Lavoisier, tome III, p. 421, et Cassini, Mém, de VAcad, pour 1786).

Je crois donc inutile de m'y arrêter autrement que pour préciser, d'après le Journal de Cassini, quelques dates relatives à l'installation du thermomètre de Lavoisier, que Cassini appelle le thermomètre de la température.

Le 4 juillet 1783, le sieur Mossy apporte à l'Observatoire ce thermomètre, ainsi que le thermomètre étalon qui a servi à le

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRB. 59

graduer. Ce dernier fut d'abord placé dans l'embrasure de la fenêtre nord du cabinet du grand quart de cercle mobile {voir Chapitre XV).

Le 7, à lo** du matin, Cassini et Lavoisier descendent les thermomètres dans les caves. Le thermomètre de la température avec son bocal est déposé sur la table des thermomètres.

Le lo, on remplit le bocal avec du grès pilé. Le cabinet est fermé d'une bonne porte avec cadenas.

Les observations commencent le 25 juillet.

Le a août, le piédestal du thermomètre est mis en place.

a Je n'avais vu qu'avec peine en 1781, dit Cassini IV [Mémoire sur la température des souterrains de l'Observatoire {Mémoires de l'Acad., p. 5o7i 1786)], une ouverture et une communication des souterrains de rObservatoire avec les nouvelles carrières de Paris, présumant bien que l'introduction du nouveau courant d'air changerait la température.... Je pris le parti de faire boucher en maçonnerie épaisse toutes les avenues qui aboutissaient à la table des thermomètres, excepté une entièrement opposée à la nouvelle ouverture, et que je fis fermer d'une bonne porte; ce qui me procura un vaste cabinet souterrain en galerie de 100 pieds de longueur, 6 pieds de largeur et 8 pieds de hauteur, à laquelle communiquent encore 3 autres caveaux en culs-de-sac^ creusés dans la pierre, d'environ 10 pieds carrés (i) sur 8 d'élévation, destinés à recevoir des boussoles et divers autres instruments propres à des observations de plusieurs genres que je me proposais de faire depuis longtemps. 9

Les boussoles de Cassini, enfermées dans des boîtes en plomb, furent placées dans les deux cabinets A qui s'ouvrent à gauche et à droite, quand on entre dans la salle des thermomètres. La porte était enp, au bout de la galerie qui vient directement de l'escalier. On mura les trois couloirs a, b et c.

A l'époque de la Révolution, les caves de l'Observatoire furent, à plusieurs reprises, envahies par des hordes armées, qui soupçonnaient le directeur d'y receler des poudres et des farines et d'y cacher des aristocrates. La porte du cabinet des thermomètres fut brisée, les instruments de Cassini saccagés : le thermomètre de Lavoisier échappa heureusement à la destruction {voir Chapitre XX).

(') Gela veut dire 10 pieds de côté et non pas i mètre carré, comme le dit Ara go.

6o CHAPITRE V. — DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE.

Arago fit rétablir la porte en i84i. En 1862, il n'en restait que le chambranle entièrement pourri; la porte n'a point été restaurée.

En 1893, Tarchitecte de l'Observatoire fit ouvrir le mur du fond de la salle des thermomètres pour accéder sous l'emplacement où l'on allait élever la statue de Le Verrier et consolider la voûte des carrières. Le mur a été ensuite rebâti, mais à une distance moindre du thermomètre.

La même année, l'oxydation de la tige de fer qui relie la tablette au sol en traversant tout le pilier monolithe, avait fait éclater celui-ci à sa partie supérieure. On a consolidé le support en bâtissant autour du pilier un petit mur de briques sur lequel repose maintenant la tablette du thermomètre. Ce sont là les seuls changements qu'aient subis les caves depuis l'époque de Cassini et de Lavoisier.

DESCRIPTION DE l'oBSER VATOIRE

(SUITE

Le premier étage. — Transformations qu*il a subies de la fondation à 1786. Planisphère de la Tour de l'Ouest. — Logement des Cassini. — Histoire des Cassini. — La Chapelle de l'Observatoire.

J'emprunte le plan du premier étage et sa légende aux Mémoires de Cassini IV pour sentir à l'Histoire des Sciences et de V Observatoire (voir PI. VII).

Du rez-de-chaussée on monte au premier étage par le grand escalier E, qui mène ensuite au second étage et à la plate-forme. La porte qui s'ouvre aujourd'hui devant cet escalier était murée, on entrait à gauche dans le vestibule A et de là dans la galerie S.

Sur le pavé de cette salle, J.-D. Cassini avait tracé une méridienne qui lui servait « à observer les midis ou heures du passage du Soleil par le méridien Il paraît que cette ligne n'était qu'ébauchée, car M' Cassini la vérifiait souvent par des hauteurs correspondantes et la rectifiait de temps en temps. » (Cassini IV, Hist. cél. de VObs, royal, Arch. de rObs,, D. 5.23-32, janvier 1684). Jacques Cassini la traça de nouveau en 1 712. La plaque formant gnomon était placée au-dessus de la porte donnant sur la terrasse. En outre de la ligne méridienne, Cassini avait tracé des lignes horaires, distantes de cinq minutes, qu'il désigne dans son Journal d'obervations par les lettres A, B, . . ., H, L. Il s'en servait dans le cas où le Soleil au méridien était voilé par les nuages.

En r on voit l'ouverture circulaire percée dans l'axe de l'escalier des caves; celle ouverture est aujourd'hui recouverte par le parquet.

Le pavé de la Tour du Nord était aussi percé d'une grande ouverture octogone G entourée d'une balustrade en pierre {voir aussi PL JV), par laquelle le visiteur entrant au rez-de-chaussée pouvait admirer la belle voûte qui recouvre le salon du premier. Celle ouverture a été bouchée en 1793. A quoi devait-elle servir? Je ne crois pas qu'elle ait eu une destination astronomique; d'après ce qu'en dit Blondel dans V Architecture française, il semble que ce fut une fantaisie architecturale de Perrault destinée à mettre en évidence la belle ordonnance de son monument.

La Tour du Nord est carrée à l'extérieur; à l'intérieur, à tous les étages, elle est octogone; dans les angles ainsi retranchés on a pratiqué au Nord des cheminées ou de simples armoires; dans l'angle Sud-Est est bâti un escalier en limaçon qui part du rez-dechaussée et desserl lous les étages et la plate-forme; le palier du premier s'ouvrait d'une part dans la Tour octogone, de l'autre dans la Salle B, il n'y a plus aujourd'hui qu'une porle dans l'angle de la Tour; dans l'angle Sud-Ouest est un petit cabinet de forme elliptique.

Le premier étage de la Tour de l'Est T a toujours été destiné aux observations, nous aurons donc à y revenir en parlant des instruments. L'aménagement de cette Tour était loin d'être terminé lorsque J.-D. Cassini y commença ses observations en seplembre 1671. Nous lisons dans son Journal: « 1672, die 1 februarii. Hodic primura feneslraî Turris orientalis Observatorii valvis tandem munitic vilris etiam muniri ceptie sunl. » Au deuxième étage, les vitres ne furent posées que beaucoup plus lard, vers 16-9 {voir au Chapitre suivant).

La Tour de l'Ouest T' à ce même étage fut aussi d'abord consacrée aux observations; mais elle reçut bientôt une destinalion spéciale. L'un des principaux objets des travaux de l'Académie fut, dès l'origine, la correction des caries géographiques, dans les meilleures desquelles les astronomes et les navigateurs signalaient <les erreurs énormes. J.-D. Cassini ayant monlré que l'observation (les éclipses des satellites de Jupiter donnait un moyen de déterminer les longitudes terrestres avec une précision inconnue jusqu'alors, l'Académie obtint du roi Louis XI V^ et de Colbert les

DESCRIPTION DE l'oBSERV ATOIRE . 63

fonds nécessaires pour envoyer dans tous les lieux de la terre des observateurs qui en détermineraient les coordonnées géographiques exactes. Les voj-ages de Picard en Danemark, de Picard et de de La Hire sur les côtes de France, de Richer en Tile de Cayenne, de Chazelles en Egypte, de Variii, de Glos et des Hayes au Cap- Vert, à Gorée et aux Antilles, enfin ceux des Pères Jésuites mathématiciens du Roi au Gap de Bonne-Espérance, à Madagascar et à Siam, apprirent que les vraies différences de longitudes sont ordinairement plus petites que celles qui sont marquées dans les cartes. {Voir au Chapitre IX la Relation de la Visite du Roi d* Angleterre à V Observatoire, le 20 août 1690, écrite par J.-D. Cassini.) J.-D. Cassini eul l'idée de rassembler tous ces documents, à mesure qu'ils élaient obtenus, sur une carte ou planisphère terrestre à grande échelle, qui permettrait d'embrasser les résultats d'un coup d'œil et en ferait ressortir l'importance. Cette carte fut tracée à l'encre par Sédilcau et de Chazelles, sur le pavé de la Tour occidentale. Un manuscrit de J.-D. Cassini nous en a conservé la description sous le titre : Dessein géographique exposé dans V Observatoire {*),

« Dans le Pavé de la lour occidentale de l'Observatoire on a désigné une fîgure de la Terre qui facilite Tintelligence de la Géographie.

» Le centre de cette figure est au milieu de la tour où il représente le pôle septentrional de la Terre.

9 Autour de ce centre on a décrit une circonférence d'un cercle de la grandeur dont la tour est capable.

1 On a tiré de ce centre, à l'angle qui est entre les deux fencsires du côté du midy, une ligne droite qui représente le premier méridien géographique (*), et on a pris le point où elle coupe la circonférence du cercle pour le commencement des Longitudes. C'est de ce point qu'on a commencé de diviser Ja circonférence du grand cercle en 36o degrez en allant \ors l'Orient. Ces degrez marquez par le nombre sont les degrez de longitudes des lieux de la Terre qui se rencontrent dans la ligne droite tirée du centre à la circonférence du grand cercle. Cette ligne se peut tirer par un fil attaché à une épingle fichée au centre qui, étant bandé, passe par tous les lieux qui ont la même longitude. La longitude de Paris est marquée par ce fil dans la circonférence du cercle à '2*2 degrez et demy.

» Pour marquer les latitudes il y a dans la carte la circonférence d'un

(') Ai leurs il l'appelle Parterre géographique {voir Chsipïlrc l\ la visite du Hoi Louis XIV).

(^) Méridien de l'Ile de Fer.

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cercle qui représente TÉquinoxial dont Ja distance an pôle a été divisée en 90 degrez égaux entre eun qui sont marquez sur une ligne droite qui va du pôle au commencement des longitudes. Si Ton veut sçavoir la latitude d'un de ces lieux décrits dans la Ogure, on bandera le fil, qui partant du centre, passe par ces lieux et aura une petite perle coulante qui, étant arrêtée au point où ce fil passe par le lieu de la carte, en tournant le fil autour du centre jusqu'à ce que la perle arrive à la ligne de Longitude, elle marquera la latitude du lieu décrit dans la Carte. Ce que je dis de la perle peut estre fait par un neud coulans de fil arrêté à l'endroit où l'on arréteroit la perle.

» Par cette manière on peut trouver aisément la latitude du lieu décrit sur le pavé. Si on a d'ailleur en quelque livre la longitude d'un lieu de la terre on trouvera le point où il faudroit marquer ce lieu suivant ce livre.

» Latitude qui commence de l'Equinoxial et va vers le pôle Boréal est latitude Boréalle ou Septentrionale, et celle qui commence de l'Equinoxial et va vers la fenestre est latitude méridionalle ou Australie. »

Toutes les descriptions de l'Observatoire ont parlé avec de grands éloges de ce planisphère, premier fruit des travaux des Académiciens. Quels ne durent pas être la satisfaction de Louis XIV et le légitime orgueil de Cassini, de Picard et de La Hire lorsque, le i*''mai de l'an 1682, le Grand Roi étant venu pour la première fois visiler son Observatoire, ils lui firent voir ce planisphère, cette mappemonde, où était enfin tracée une carte exacte de plus de la moitié de la Terre! Et les corrections n'étaient pas pelilcs que nos astronomes avaient dû apporter aux cartes géographiques les plus estimées à celte époque. Pour en donner un exemple, dans la carte de France du célèbre géographe Sanson, présentée au Dauphin en 1679, Marseille était placé à plusieurs lieues trop au Sud et Brest à trente lieues en pleine mer(*). Si Louis XI\ , à la vue du résultat de tant d'efforts, put répéter aux astronomes ce qu'il avait dit quelques mois auparavant aux Académiciens : (( Messieurs, je n'ai pas besoin de vous engager à travailler, je vois que vous vous y portez assez de vous-mêmes », il put aussi se plaindre plaisamment de ce que les travaux de ses astronomes lui réduisaient considérablement l'étendue de ses États.

Ce planisphère avait été simplement dessiné à l'encre, aussi ne

(*) Sur les côtes de l'Océan et de la Manche, les latitudes sont assez exactes, les erreurs des longitudes élargissent beaucoup la France; sur les côtes de la Méditerranée, ce sont les latitudes qui présentent de fortes erreurs. Sur la cause de cette différence, lire au Chapitre IX un entretien de Louis XIV avec J.-D. Cassini.

durà*t-il pas bien longtemps ; de la Faje le rétablit un peu avant 1690, mais d'une manière aussi peu durable. Il avait disparu complètement lorsque l'on divisa cet étage de la tour en chambres pour le logement de Cassini et de sa famille, comme le montre le plan de Cassini IV. Je ne sais pas à quelle époque eut lieu cette transforro ation .

Lorsque J.-D. Cassini arriva à Paris en 1669, les murs de l'Observatoire n'étaient encore montés que jusqu'au premier étage, (c Monsieur Perrault ('), contrôleur des Bâtiments, fut chargé par M. de Colbert de lui apprêter un logement aux galeries du Louvre jusqu'à ce que l'Observatoire fut en état d'être habité, de lui procurer tout ce qui lui serait nécessaire et de lui faire voir tout ce qu'il y avait de plus curieux à Paris. » [Vie de J.-D. Cassini (Mémoires pour servir, etc., p. 290).] Peu après, Cassini, je l'ai déjà dit, alla habiter une maison et un jardin qu'il loua à la Villel'Évêque, tout proche de la porte occidentale de Paris (Ibid.,

A cette époque, Cassini observa aussi dans les jardins de l'Abbaye de Saint-Martin-des-Champs (aujourd'hui le Conservatoire des Arts et Métiers). En tête du volume de V Histoire céleste de Cassini I y pour 1671 (Arch. de l'Obs,,!), 5. 10) se trouve une feuille volante, de la main de Cassini I, intitulée : « Hauteurs méridiennes de plusieurs étoiles observées en 1671 avec un octant de 6 pieds de Raïon dans l'Abbaiie de Saint-Martin-des-Champs à Paris, au pied du Clocher. » Ces observations furent faites dans les mois d'août et septembre.

Cependant Colbert pressait Perrault de lui préparer un appartement à l'Observatoire. Mais, dans ce monument, rien n'avait été prévu pour le logement des astronomes; ce n'étaient que grandes salles voûtées impossibles à chauffer puisqu'on n'y avait pas ménagé de cheminées (^). On se proposait sans doute de bâtir,

(') Charles Perrault, premier Commis de la Surintendance des bâtiments du Roi.

(^) a Des cheminées avaient été avec raison jugées inutiles dans des salles immenses destinées aux observations pour lesquelles il faut tenir sans cesse ouvertes des croisées fort élevées et fort larges; aussi n'y avait-il dans tout l'édifice que quatre tuyaux de cheminées pratiqués dans l'épaisseur des murs (dans les C. W. 5

lout autour du jardin où l'Observatoire est situé, des logements pour les astronomes de rÂcadémie, et même pour les autres savants attachés à rétablissement projeté.

Sur les instances pressantes de Golbert, Perrault dut se résoudre à sacrifier quelques-unes de ces belles salles voûtées, à y établir des cloisons, à les diviser même en deux dans la hauteur et à y pratiquer des cheminées. Les salles B, G, D furent ainsi aménagées pour le logement de Cassini, qui vint s'y établir le i4 septembre 1671, avant même que le gros-oeuvre du reste du bâtiment fût entièrement terminé. En tête de son journal d'observations qu'il intitule : Commentarii Observationum cœlestium in Observa torio Regio a die i4 septembris 1671 (Archives de r Observatoire, D. 1.1, in-folio), Cassini écrit :

A Anno 1671 die i4 septembris Deo auspice in regium Observatorium veni, ubi mihi parabantur cubicula, quac plena adhuc erant fabris, portas fenestrasque munîentibus. 1»

Le soir du même jour, il commença ses observations. Couplet \int l'y rejoindre quelques jours après dans l'appartement du rezde-chaussée.

L'appartement de Cassini était formé des trois pièces qui so trouvent à l'est de la galerie S, et qui sont aujourd'hui la Salle d<; lecture, le Secrétariat et le Cabinet du Directeur.

Mais, à part le logement de Cassini et celui du !4" étage, où nous verrons Picard s'installer avec Rœmer en 1678, l'Observatoire semble être resté assez longtemps fort mal meublé. Les observateurs qui venaient y travailler la nuit n'avaient aucun <»ndroit pour s'y reposer. Les fenêtres, nous venons de le dire, n'étaient même pas vitrées. Lorsque Sédileau vint en 1681 pour aider Cassini dans ses observations faites en correspondance aver celles de La Hire et des astronomes voyageurs pour la détermination des longitudes, Cassini ne trouva aucune pièce où le loger. Il exhale ses plaintes à ce sujet, dans une lettre fort curieuse dont un fragment se trouve dans nos Archives (D. 1 . i3). Le commencement de celle lettre manque, par suite nous ne savons ni

angles N.-E. et N.-O. du bâtiment central et de la tour du nord). On a trouvé depuis le moyen d'en faire monter quelques autres dans deux puisards destinés à récoulement des eaux de la plate-forme. » (Cassini IV, Manuscrit des Mémoires pour servir, etc, p. 4^» note 40

DB8CBIPTI0N DE L'oBSERV ATOl RE. 0;

à qui elle était adressée, ni quelle en est la date. Je chercherai tout à rheure à fixer ces deux points. Voici ce fragment de lettre :

« avec beaucoup d'application, il sera juste de soutenir leur courage en ce qui leur sera nécessaire.

» Ils (les astronomes missionnaires de l'Académie) ont fait desobser\'alîons de la lune par une méthode que je leur avais donnée, auxquelles j'ai grand regret de ne pas avoir les correspondantes, car nous aurions par ce moyen un essay d'une autre méthode des longitudes au\ temps qu'on ne ▼oit point Jupiter. Mais après que j'ay passé une partie de la nuit à observer et respirer l'air nocturne, il me faut un peu de repos. Si M' Sédileau avait icy une commodité pour y mettre un lit, comme j'ay proposé depuis longtemps, il me relèverait quand je n'en peux plus. Je vous ay dit, Monsieur, qu'il luy suffit le petit cabinet ovale qui est à l'entrée dans la tour septentrionale de la grande sale du costé d'occident. Je viens de le mesurer, il a lo pieds et demy de long et 7 pieds de large, justement capable d'un petit lit et ne sert à rien du tout (*).

» Je n'attribue qu'à ma crainte d'estre importun qui est comme Gicéron l'appelle pudor pêne subrusticus la difficulté que j'ay d'obtenir les choses qui sont absolument nécessaires qui diminue beaucoup mon ouvrage. Je vous prie de soutenir en cela ma faiblesse, puisque Monseigneur (Colbert) a la bonté de vouloir que rien ne nous manque de ce qui est nécessaire à nos fonctions. Je dis cela aussi à propos des instrumens et des ouvriers. Quand je proposay de meubler la chambre du eo/n/nu/t (*) à l'occident de la grande sale, pour l'usage de ceux qui voudraient venir passer icy la nuit à observer, Monseigneur eut la bonté d'ordonnner que cela fut fait. On la meubla d'une tapisserie à fleurs de lis et de sièges, mais non pas de lits ni de tables, qui étaient les choses les plus nécessaires. » Vous (verez?) ce que peut faire une personne et même deux pour maintenir tant des correspondances d'observations. Je ferai tout mon possible jusqu'à l'extrémité, mais je vous prie de me soustenir par votre faveur comme vous avez toujours eu la bonté de faire pour vostrc très humble et très obéissant serviteur. » Cassim. »

En marge :

a Si Monseigneur a la bonté d'écrire aux Isles, je vous prie de luy représenter l'occasion qu'il y a présentement d'un vaisseau. »

A quelle date celte lettre fut-elle écrite? A qui ôlait-elh* adressée ?

Il semble au premier abord qu'elle a du être écrite peu <!<* temps après l'entrée de Cassini à l'Observatoire. Mais les faits

(^) Ce petit cabinet est celui qui est en communication avec la tour du Nord, dans l'angle sud-ouest. On voit que Sédileau était étroitement logé. (') Aujourd'hui la salle des Archives.

qu^elle signale forcent à en reporter la date aux premiers mois de 1682.

Sédileau n^apparaît à l'Observatoire qu'en 1681. D'autre part, dans les comptes des bâtiments du Roi, je trouve, à la date du i3 juillet 1681, cette mention : <c à Boult (probablement Boule), tapissier, pour une tenture de tapisserie et des chaises qu'il a livrées pour la salle de l'Observatoire... SgS*. » Ce sont là bien évidemment les sièges et la tapisserie à fleurs de Ijs que Cassini trouve si peu à leur place dans la salle de repos des astronomes. La lettre en question ne peut donc être antérieure à la deuxième moitié de 1681.

Mais ce que dit Cassini des missionnaires de l'Académie nous force à reculer encore la date cherchée. « Ils ont fait, dit-il, des observations de la Lune par une méthode que je leur avais donnée. » Or, dans les instructions pour les voyages, qu'il leur avait remises à leur départ, en octobre 1681, cette méthode pour déterminer les longitudes est à peine indiquée. C'est pendant leur séjour à Dieppe, où les retenaient les vents contraires, qu'il la leur -développe : « Le 10 janvier, j'écrivis à MM. Varin et Des Hayes, à Dieppe, la méthode d'observer les longitudes par les hauteurs correspondantes de la Lune. » {Journal des Observations de J.-D, Cassini.) Ces [astronomes ont fait les observations; or, ils ne sont arrivés à Corée que le 23 mars {voir, au Chap. X, les dates relatives à ce voyage). C'est donc au plus tôt en avril que la lettre a pu être écrite. Et, cette date concorde bien avec ce que dit Cassini dans le post-scriptum de sa lettre : <( Il y a présentement un vaisseau en partance pour les îles » . C'est le vaisseau sur lequel s'embarqua le troisième observateur. De Glos, qui n'arriva à Corée que le 21 mai.

Quant au destinataire de la lettre, ce ne peut être que l'abbé Gallois, intermédiaire habituel de Cassini auprès de Colbert. Le Journal de Cassini nous le montre à cette époque en relation continuelle avec Gallois; le 3 janvier, en particulier, il lui écrit au sujet du voyage de Varin et Des Hayes. (Sur les relations de l'abbé Gallois avec Colbert, "voir son Éloge dans les CEuvres de Fontenellej édition de 17^7, t. V.)

Il faut dire que, personnellement, Cassini n'avait pas à souffrir de l'état de dénûment de l'Observatoire qu'il signale dans cette

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE. 69

lettre. Il avait un appartement assez vaste et, nous le verrons, richement meublé. Il jouissait d'une belle fortune, puisqu'en outre des biens qu'il possédait en Italie et de la pension de 9000 livres que lui faisait Louis XIV, il avait conservé, du moins pendant les premières années de son séjour en France, les émoluments des charges qu'il avait occupées avant de s'expatrier. Le Sénat de Bologne lui avait conservé sa chaire d'Astronomie; le Pape Clément X continuait à lui pajer ses appointements de la place d'Intendant des fortifications, qu'il reçut jusqu'en 1677, où Innocent XI supprima cette charge.

Honoré de la faveur toute particulière du Roi, de la famille royale et de Colbert, accueilli avec estime et amitié par ses Confrères de l'Académie des Sciences (*), Cassini abandonna bien vite toute idée de retour en Italie. Et lorsque, au bout de quelque temps de son séjour en France, le Nonce du Pape, M. Bargellini, le redemanda au Roi de la part du Souverain Pontife, Cassini déclara ses intentions en sollicitant des lettres de naturalisation. Elles lui furent octroyées au mois d'avril lô^S et enregistrées le i4 juin en la Chambre des Comptes. J'en reproduis ci-dessous le texte d'après la copie conservée aux Archives Nationales. On remarquera que, comme j'ai déjà eu occasion de le dire, il n'y est nullement question du titre de Directeur de l'Observatoire qui aurait été attribué à J.-D. Cassini.

ADX CHARTES li jDin 1673.

Lettres de nataralité da molf d'Avril 167? pour JeaD-DooitnlqaeCaMtny, Gentilbomoae du llea de Perlnaldo dépendant du dncké de SaToye danii la prorlnce de Gennes de l'Académie royalle des Sciences.

iv S.

a Loijis PAR LA grAcb DE DiEU, Roy de France et de Navarre, A tous présens et avenir, salut. Notre cher et bienaimé Jean- Dominique Gassiny, gentilhomme du lieu de Perinaldo dépendant du Duché de Savoye dans la province de Gennes, faisant profession de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, Nous a fait remontrer que nous Taurions fait venir en France pour estre

(*) Voir dans Mémoires pour servir, etc., Vie de J.-D, Cassini, p. 289 à aga.

de rAcadémie Royalle des Sciences établie en nôtre bonne ville de Paris, où ayant passé quelques années et désirant y continuer sa demeure et s'habituer en France, Il Nous a très humblement fait supplier luy vouloir accorder nos Lettres à ce nécessaires. A ces causes désirant favorablement traiter le d. exposant et lui donner les marques de Testime que Nous faisons de sa personne, et de la joie que Nous avons qu'il veuille continuer sa résidence en nostre Royaume et y finir ses jours, Nous lui avons permis, accordé et octroyé et de nôtre grâce spécialle pleine puissance et autorité Royalle permettons, accordons et octroyons voulons et nous plaist que le d. Gassiny puisse et Luy soit loisible de demeurer résider et habiter en nostre d. Ville de Paris et autres villes et lieux de nôtre Royaume, pays, terres et seigneureries de nôtre obéissance que bon luy semblera et comme nôtre sujet jouïr des honneurs privilèges franchises, Libertez, jmmunitez et droits dont y joQissent nos vrays sujets et naturels françois, y succéder avoir et posséder tous et chacuns les biens qu'il a ou pourra par cy après avoir et dyceux disposer comme naturel et originaire françois. Voulant aussi que ceux en faveur desquels jl en aura disposé lui puissent succédder prendre et apréhender tous les d. biens, pourvu toutefois qu'ils soient françois et Régnicoles sans qu'à cause de sa naissance hors de notre Royaume, jl soit fait au d. Gassiny ses hoirs ou autres en faveur desquels il aura légitimement disposé de ses biens, aucun empêchement ny que nos officiers puissent prétendre les d. biens nous appartenir par droit d'Aubeine ou autrement L'ayant qu'ant à ce ensemble ses d. hoirs successeurs ou aïans cause habilitez et dispensez habilitons et dispensons sans que pour raison de nôtre présente grâce jl soit tenu Nous payer ny à nos successeurs Roys aucune finance ou Indemnité de laquelle à quelque somme qu'elle se puisse monter Nous luy avons fait et faisons don par ces présentes signées de nôtre main pourvu qu'jcelui exposant ne soit facteur ny négociateur d'aucuns eslrangers et qu'il finisse ses jours en ce Royaume, Sy donnons en Mandement à nos amez et féaux Conseiller les Gens de nos Gomptes à Paris, Trésorier généraux de France establys en la d. Ville, bdillifs et sénéchaux ou leurs Lieutenants et à tous nos justiciers et officiers qiiil appartiendra que ces présentes jls ayens à entheriner et faire registrer et du contenu en jcelles jls fassent souffrent et laissent joUir et user le d. Gassiny, ses d. héritiers ou autres plainementet paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchement au contraire nonobstant quelconques Edits ordonnances règlements deffences et Lettres à ce contraires. Gar tel est notre plaisir. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours. Nous avons fait mettre notre Scel à ces d. présentes Donné a S' Germain en Laye au mois d'Avril, L'an de grâce Mil six cens soixante treize et de notre règne le trentième signé LoUis et sur le réply

par le Roy, Golbert, Visa d'Alîgre pour Lettres de naturalité de Jean Dominique Gassigny^ signées Colbert, Et scellées En lacs de soye rouge et verte du grand Sceau de cire verte et sur le d. reply est écrit : Expédiées et Registrées en la Chambre des Comptes du Roy, notre Sire au registre de Chartres de ce tems, ouy le procureur général du Roy et jnformation préalablement faite de la naissance vie et mœurs, religion biens et facukez de Tlmpétrant par Tun des Conseillers maître ordinaire en la d. Chambre à ce Commis pour joQir par le d. Impétrant de l'effet et contenu en jcelles moyennant la somme de vingt livres parluy payée, laquelle a été convertie et employée en aumosnes, le quatorzième jour de Juin Mil six cens soixante treize, signé Lavocat Cons*" m*'* rapporteur et accosté registrées avec paraphe.

» CoUationné par nous Conseiller maître à ce commis.

» Cassini ( 0. »

Cette même année 1674; Cassini se rattacha à la France par de nouveaux liens, en épousant Geneviève de Laistre, fille de Pierre de Laistre, lieutenant général au bailliage de Clermont en Beauvoisis. Il avait alors quarante-huit ans.

C'est à ce moment qu'il abandonna définitivement la chaire d'Astronomie de l'Université de Bologne, en cessant d'en toucher les appointements.

C'est probablement aussi vers cette époque qu'il loua ou acheta un terrain avec maison d'habitation situé entre le mur de l'Observatoire et la rue Maillet, que le plan de 1694 {PL 1) désigne comme maison de M. Cassini (^).

(') Trois membres de la famille des Cfassioi ont porté le titre de Conseiller maître des Comptes (voir page 80). Celui dont il est ici question est probablement Jean-Domioique, fils aloé de Jacques Cassini (1713-1779).

(') Cette maison de la rue Maillet parait être restée entre les mains des Cassini jusqu'en 1789 et peut-être même plus tard. Dans son Mémoire sur Texécution de la Carte de France {Mémoires pour servir, etc., p. i33). Cassini IV écrit : « Depuis qu'on restaurait l'Observatoire, j'avais fait transporter le dépôt de la Carte dans une maison que j'occupais derrière les murs », et Devic, à la page io4 : « L'Observatoire fut évacué dés le mois de mars 1787; le Directeur en sortit lui-même pour aller habiter une maison de la petite rue voisine appelée aujourd'hui du nom de Cassini ». Dans le quartier Saint-Jacques, où le souvenir des Cassini et de leur bienfaisance s'est conservé très vivant, cette maison s'appelait encore maison des Cassini; elle vient d'être démolie. Il semble donc, d'après la tradition, qu'elle appartenait en propre aux Cassini; cependant une lettre de M. de Viiledeuil à Cassini IV, du 21 novembre 1788 {Archives de l* Observatoire, D. 5. 10)^ nous

7a CHAPITRE VI.

Il se fit aussi construire à rextrémité Sud du jardin de Couplet une écurie avec remise qui est indiquée sur le même plan. Une note manuscrite de Cassini IV nous apprend qu'elle avait été louée plus tard à M. le marquis Duperré. Elle fut démolie vers 1740 et les matériaux paraissent en avoir été employés à la construction des nouveaux cabinets d'observation.

La famille des Cassini s'est toujours distinguée par sa piété et par son attachement à l'église Saint-Jacques du Haut-Pas, paroisse de l'Observatoire. Jean-Dominique y avait en 1702 la concession d'un banc; son (ils Jacques était élu en 179.8 et réélu en 1780 par l'Assemblée paroissiale, marguillier d'honneur, charge à laquelle n'étaient appelés que les personnages les plus considérables de la noblesse et delà magistrature ('). Parmi les marguilliers d'honneur de Saint-Jacques figure Charles de Sévigné, fils de la célèbre marquise.

La même année, l'aînée des filles de J. Cassini, Françoise- Suzanne, fut marraine d'une des nouvelles cloches de l'église avec Messire Joseph-Joachim-François Douzat, chevalier, conseiller au Châtelet. (Abbé G rente. Une Paroisse de Paris sous l* ancien régime, Saint-Jacques du Haut-Pas, i vol. in- 12, p. 142, i45 et 146; Paris, 1897.)

En 1710, Jean-Dominique Cassini devenu aveugle obtint du cardinal de Noailles, archevêque de Paris, la permission de faire dire la messe dans ses appartements. Ce privilège cessa à sa mort en 171 2. Il fut rétabli en 1786 à la demande de son arrière-petilfils en faveur de la mère de celui-ci, à qui son grand âge et le mauvais état des chemins aux alentours de l'Observatoire ne permet-

apprend que ce même Cassini, obligé de quitter l'Observatoire lors de sa restauration en 1787, reçut une indemnité de 85o livres pour 6 mois de loyer. Il ne toucha cette indemnité que jusqu'au i" juillet 1789. (Lettre de M. de Villedeuil du 19 janvier 1790. Archives de l'Observatoire, D. 5. 4o.) C'est probablement encore dans cette maison que Cassini IV vint se réfugier lorsqu'il fut expulsé de TObser^ vatoire en 1798; Devic dit en effet qu'il prit un logement au numéro 280 de la rue Saint-Jacques, numéro qui parait concorder avec la position de l'ancienne rue Maillet.

(^) Le nom de J. Cassini est inscrit en cette qualité sur un pilier de soutènement de la chapelle de la Vierge, bâti en 1731 dans les caveaux.

taîent plus de se rendre dans les églises voisines. Le i3 juin de celte année, le comte d'Angiviller fit délivrer à Dom Nouetle (ou Nouet), religieux de Cîteaux, une commission pour résider sous la licence de ses supérieurs dans l'Observatoire et y exister en titre et fonctions de chapelain sous Fautorité de l'Ordinaire. {Archives de V Observatoire, D. 5. 4o : Demande de Cassini dans sa Correspondance du 3 janvier 1786. Nomination de Dom Nouet du 1 3 juin.) Dom Nouet était en même temps un des trois élèves astronomes de Cassini. Comme chapelain il recevait un traitement de 200 livres.

Telle fut l'origine de ce qu'on a appelé, bien à tort, la Chapelle de V Observatoire , La réponse du comte d'Angiviller à la demande de Cassini, en date du 25 janvier 1786, précise les conditions dans lesquelles fut établie cette fondation :

« J'ai examiné, Monsieur, les papiers que vous m'avez produits comme faisant les titres d'une chapelle spécialement constituée peur le service de l'Observatoire. Ils ont confirmé le sentiment que j'avais pris, d'après des recherches dans les anciens titres et registres de mon département, que jamais il n'y avait eu de chapellerie ni d'aumonerie attachées à l'Observatoire. En effet, vous voyez par vos pièces mêmes que ce n'est qu'en faveur de M' de Cassini votre ayeul et par égard pour ses infirmités que M. le Cardinal de Noailles, alors Archevêque de Paris, a permis qu'un Prêtre fût appelé pour célébrer la Messe sur une simple pierre sacrée et portative, en sorte qu'il dépendait de M. de Cassini d'appeler le célébrant dans sa chambre même : et il faut que tel ait été l'usage le plus commun, puisqu'il n'existe dans l'Observatoire aucun vestige de chapelle. Dans cet état je ne vois point de raison de former aujourd'hui un établissement que la très faible population de l'Observatoire n'exige pas et auquel je ne pourrais faire attacher un titre authentique ni un traitement équivalent à subsistance, comme il existe dans les Gobelins et la Savonnerie, par la raison que dans ces deux Manufactures les Chapelains sont chargés de l'instruction de la jeunesse sur le fait de la religion. ■

« Cependant je ne me refuserai point à favoriser, autant qu'il peut dépendre de moi, les vues qui vous occupent, Monsieur, pour l'intérêt des Sciences et le désir que vous avez d'attacher aux travaux de l'Observatoire dom Nouet Religieux de Citaux {sic) dont les Supérieurs consentent la résidence hors de son Monastère, pourvu que ce soit à la faveur d'un titre convenable à son état. Ce titre sera, quant à moi, celui de Chapelain de l'Observatoire. Je le constaterai par une Commission émanée de moi; j'y attacherai un émolument annuel de i5o^, même de 200 si vous le désirez; mais je n'entrerai pour rien dans tout ce qui pourra avoir rapport à la célébration du service Divin, mon intention n'étant pas d'établir de Cha-

pelle et m'en remettant absolument à la sagesse de M. TArchevéque d'accorder ou refuser une permission de la même espèce que celle donnée par M. le Cardinal en 1710. J'ajouterai ici une observation que vraisemblablement vous avez combiné les moyens de loger dom Nouet ou en tout cas de l'établir au rang des Élèves de l'Observatoire, car je ne connais rien que je puisse lui assigner particulièrement, je ne dois priver ni déplacer personne, et je ne puis me déterminer à faire de la dépense pour un établissement qui n'étant relatif qu'à dom Nouet peut aisément ne pas subsister par le résultat de beaucoup de circonstances.

» J'ai l'honneur, etc. . . .

» Signé : d'Angiviller. »

Jean-Dominique Cassini mourut le i4 septembre 1712 et fut enterré dans l'église de Saint-Jacques du Haut-Pas, où reposa plus lard, en 17 18, le corps de son collaborateur Philippe de la Hire, mort à l'Observatoire le 21 avril. (Abbé Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, I754-) Gel auteur ne donne pas les épitaphes de ces deux Astronomes. Je les ai vainement recherchées aux Archives Nationales ; il eût été intéressant de savoir comment y était qualifié Jean-Dominique Cassini.

Bien que les Cassini aient toujours occupé de père en fils le même appartement du i^*" étage pendant quatre générations, de 1671 à 1793, il ne faudrait pas croire que ce fut la conséquence d'un droit héréditaire. Pour eux, comme pour les autres académiciens astronomes, ce droit résultait d'un brevet personnel, renouvelé à chaque nouveau titulaire; c'est ainsi qu'à la mort de Jacques Cassini, survenue le 18 avril 1766, son fils François Cassini de Thurj dut adresser à M. de Marigny une demande pour être autorisé à conserver l'appartement de son père à l'Observatoire. Les Archives Nationales possèdent la lettre de Cassini III, une lettre de recommandation du duc de Bouillon à l'appui de cette demande, et les deux réponses du ministre datées du 28 avril. Nous n'avons pas, il est vrai, de document semblable pour Jacques Cassini, mais les pièces relatives à ces premiers temps de l'Observatoire (1712) sont, nous le savons, extrêmement rares. Le droit héréditaire d'être logé à l'Observatoire ne date que de la nomination de Cassini de Thury à la place de Directeur général de l'Observatoire royal en 1771, avec survivance pour ses héritiers.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE. yS

L'accroissement de la famille des Cassini, la venue en France, en 1687, du neveu de Jean-Dominique, Jacques-Philippe Maraldi, puis du neveu de celui-ci, Jean-Dominique Maraldi, en 1727, rentrée de La Caille, à qui Jacques Cassini donna asile à l'Observatoire en 1786, nécessitèrent, à des époques que je ne puis préciser, la construction de nouveaux logements dans la salle F et au premier étage de la Tour de l'Ouest. Ces aménagements intérieurs et l'entretien des appartements furent le plus souvent à la charge et aux frais des Cassini, comme le prouvent plusieurs lettres des Directeurs des Bâtiments rojaux, conservées aux Archives Nationales et à l'Observatoire. Ainsi en 1764, à une demande de Cassini II de faire établir dans la Tour de l'Ouest un logement pour sa famille, dont le devis s'élève à 2i65 livres, M. de Vandières répond qu'il est impossible d'accorder aucun fonds pour cet objet, mais qu'il permet à Cassini de faire les changements à ses frais en se servant des ouvriers des Bâtiments royaux. Ainsi encore, lorsque, après la mort de Cassini III, eut lieu le partage de ses biens, son successeur dut racheter les boiseries et six glaces qui ornaient le salon du Directeur et qui étaient la propriété de son père ; il est vrai que le comte d'Angiviller, voulant conserver à ce salon « le caractère et le ton de décence qui y conviennent », fit immédiatement subroger le Roi au marché de Cassini IV, en payant à l'héritage la somme de 2880 livres, et fit constater officiellement l'état des choses, « pour que désormais la propriété du Roy ne laisse aucune équivoque ». (Archives de l'Observatoire, D. 5.40. Lettres du 3 novembre 1784 et du 8 février 1785.) Ces boiseries existent encore à l'Observatoire; elles ornaient la chambre à coucher d'Arago; Le Verrier, en i854, lors de la restauration de l'Observatoire et de la démolition des logements intérieurs, les fit transporter dans le salon du Directeur.

C'est à la même époque, en 1785, que se place un incident, assez insignifiant par lui-même et dont je ne parlerais pas, s'il ne me donnait occasion de mettre sous les yeux du lecteur deux lettres du comte d'Angiviller, où se révèlent, d'une part, la noble délicatesse des sentiments d'un administrateur qui veut concilier son devoir avec les égards dus à un confrère et un ami, et, de

l'autre, la tendresse filiale de Cassini. Après la mort de François Cassini de Thury, sa veuve n'avait plus aucun droit à être logée à l'Observatoire et cependant « une habitude vieille de trente-sept ans, l'air salubre qu'elle y respirait, l'impossibilité de trouver dans Paris, avec ses revenus fort modestes, un appartement convenable pour sa haute situation, tout lui faisait désirer d'y finir ses jours ». Son frère, M. de Vaudeuil, à l'insu de Cassini, adressa pour elle à M. d'Angiviller la demande d'un brevet de logement à l'Observatoire; cette demande fut mise officieusement par Montucla sous les yeux de Cassini qui l'appuya avec chaleur. Le comte d'Angiviller lui écrit de sa main, le 1 1 septembre 1784 -

« J'ai reçu, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m'écrirç pour m'apprendre la mort de Monsieur votre père. J'espère que je n'ai pas besoin de vous dire combien je prends de part à cet événement ; je connais trop votre cœur pour n'être pas sûr de la peine que vous avez éprouvée malgré les peines et les chagrins que vous avez éprouvés (^ ). Une âme comme la vôtre oublie facilement ce qui lui est personnel. Je crains bien que ses affaires ne vous donnent de nouveaux embarras. Cepen> dant, j'espère que vous retrouverez des ressources dans l'ordre, l'intelligence et la noblesse qui a toujours caractérisé votre conduite.

» A l'égard du logement demandé par M*" de Vaudeuil pour Madame votre mère, je lui ai répondu qu'il était impossible de diviser un appartement qui appartenait au directeur de l'Observatoire, qu'il y aurait le plus grand inconvénient à donner un pareil exemple. Mais, que M"»® de Thury trouveroit un dédomagement bien certain en devant à la tendresse et à la piété filiale un bienfait qui ne pouvoit luy être accordé par le Roi sans un inconvénient par-dessus lequel il était impossible de passer. Je crois, Monsieur, que vous le sentez vous-même et que vous ne soupçonerez pas mon amitié, si je vous laisse le soin si doux pour un cœur comme le vôtre, de donner un asile à une mère qui vous est aussi chère et à tant de titres. Pardonnez-moi si, malgré le vœu de votre tendresse, je me renferme dans la règle sur ce point, c'est sûrement de tous les cas le seul où je fusse sans inquiétude; mais cet exemple une fois donné, je regarde l'Observatoire comme détruit, et voilà précisément le vrai moment de le relever.

» Recevez les assurances bien sincères de la part que je prends à tout ce

qui vous touche, comme une suite de la véritable amitié que je vous ai

vouée, et de l'inviolable attachement avec lequel j'ai l'honneur d'être,

Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

» Ce II septembre 1784.

» d'Angiviller. »

(*) Cette phrase semble indiquer l'existence de querelles intestines dans la famille de Cassini. Il m'a été impossible de trouver aucun document à ce sujet.

DESCRIPTION DE l'oBSBRVATOIRE. 77

Cassini insiste, et voici ce que lui répond le Ministre et Tami :

« A Versailles, le septembre 1784.

« D'après les instances, Monsieur, que vous m'avez faites de faire assurer à Madame votre mère, de la manière qu'elle le désire, la jouissance du logement qu'elle occupe à l'Observatoire, j'ai mis cet objet sous les yeux de Sa Majesté, qui a bien voulu la lui accorder, en y mettant toutefois une condition nécessaire pour ne point gêner le service de l'Observatoire, c'est que cette jouissance n'aura lieu que pendant votre vie, et que, dans le cas de prédécès de votre part, elle sera caduque ; mais ce cas malheureux est si éloigné dans l'ordre de la probabilité, que je ne crois pas qu'il soit à redouter pour elle, quoiqu'il fut nécessaire de le prévoir; je ne laisse point ignorer à M">« de Gassini que vos instances pour lui donner cette marque d'attachement et de tendresse m'ont principalement déterminé à présenter au Roi cet arrangement.

» J'ai l'honneur d'être avec les sentiments les plus sincères, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

» Signé : d'Angiviller. >

» Vous l'avez voulu, Monsieur, et j'ai cru devoir servir votre cœur, comme j'ai cru devoir deffendre vos droits; je n'ai pas laissé ignorer au Roi tout ce que vous vouliez par le cœur et par la tête. Je vous prie de croire qu'il n'y a pas d'attachement plus tendre et plus vrai que celui dont vous avez douté et que je vous ai voué pour la vie. Je joins icy l'ampliation du Bon du Roi. Madame votre mère aura beau faire, c'est de votre tendresse qu'elle tiendra ce qu'elle désire. »

Le 22 septembre 1798 Gassini recevait, de ses élèves, le billet que voici :

Extrait du Registre des Assemblées des quatre astronomes en activité de service à l* Observatoire de la République.

a II est enjoint au citoyen Gassini et à sa mère de déménager d'ici à huitaine des logements qu'ils occupent dans le bâtiment de l'Observatoire, et faute par eux de se conformer à cette invitation, ils y seront contraints par tous les moyens indiqués d'après le règlement de l'Observatoire.

» A Paris, ce 22 septembre. L'an deux de la République française, une

et indivisible.

» Signé : J. Pernv, Président;

NocET, Secrétaire. »

Après le départ de Gassini, les logements du premier étage sont restés dans le même état jusqu'en i854, époque de la restauration de l'Observatoire par Le Verrier; car nous les retrouvons

conformes à ce qu'ils sont dans le plan deCassini IV et de Blonde!, sur le plan dressé en 1812 par Vaudoyer, et nous savons qu'après cette époque il n'y fut pas fait de changements notables.

C'est donc dans ces appartements que sont nés et se sont succédé les Cassini, jusqu'à l'époque de 1793. La généalogie des Cassini est établie comme il suit dans un rapport dressé en 1776 (19 février), par les généalogistes des Ordres du Roi. (^Archives Nationales^ vol. MM. 810.)

Gassim, à Paris,

Originaire du Comté de Nice^ Seigneur de Thury, de Fillerval, d'Ambeli etc.

D'or a une faace d'azur, accompagnée de 6 étoiles aussi d'azur, posées 3 en chef et 3 en pointe.

« La famille de Cassini a pour auteur certaio Jean-Dominique Cassini, né à Pen'naldo, au Comté de Nice, le 8 juin 1625, de Monsieur (dominus) Jacques Cassini et de Julie Trégali ou Crovesi, son épouse, lequel s'adonna dès sa jeunesse à l'étude de l'astronomie, devint professeur de cette science à Bologne en Italie, fut attiré en France en 1669, sur la réputation de son grand sçavoir et s'y fixa en 1673. Il n'avait aucuns titres de sa famille, comme on le dira cy après. M" de Cassini ont avoué, il y a quelques années, qu'ils n'en avaient non plus aucun au-dessus de l'Extrait baptistaire du même Jean-Dominique, de l'année 1626. Sur cet aveu, on leur a conseillé (s'ils étoient persuadés qu'ils eussent une origine noble) de s'en procurer la preuve par des recherches au Comté de Nice. Il parait qu'ils n'y ont pas réussi. Au lieu de compulser les dépôts de ce Pais, où ils disent leur famille domiciliée depuis environ i5oo, ils se sont transportés à Sienne en Toscane, qui en est éloigné de plus de 60 lieues, et se sont bornés à se faire inscrire au Catalogue des Nobles de cette ville où il a existé, dit-on, dès le xiu" siècle une Famille de leur nom, comme s'ils en étoient issus, mais sans qu'on en voie aucune preuve ( * ). Le Mémoire que M** de Cassini a présenté au Roy est dirigé sur le même plan. Quelques observations sur les principales assertions qu'il énonce vont fîxer le degré de confiance qu'on doit lui accorder.

» Il y est dit « qu'Antoine Cassini, Archevêque de Sienne, créé Cardinal en 1426, était neveu du Pape Martin V, et que le père de ce Cardinal, dont le comte de Cassini descend, avait épousé une Colonne, nièce de ce Pape,

que François Cassini, cousin de lui comte de Cassini, fut créé

Cardinal en 171 2. »

(^) Au sujet de cette prétention des Cassini et du voyage en Italie du marquis de Cassini et de son neveu, voir Devig, Histoire de Cassini IV, Chap. III.

DESCRIPTION DE L OBSERVATOIRE. 7g

» L'auteur de ce Mémoire n'avoit nulle notion de la Famille de ce Cardinal, ni de la Maison Colonne. Le Cardinal A^ntoine Cassini ou Cassino, éloit, il est vrai, de Sienne ou du moins de Toscane, mais né d'une Famille du peuple (Aubery, Histoire des Cardinaux, t. II, p. 129); son pérc était médecin (Uguetti, Italia Sacra, in-folio, t. III, p. 646: i643). On a une généalogie de la Maison Colonne, dont était le Pape Martin V, élu en i4i7- Mais elle ne donne point de nièce à ce pontife, et d'ailleurs les dignités, possessions et les alliances de cette maison à cette époque ne permettent pas de croire qu'elle ait donné une fille à un médecin sans naissance. A l'égard du Cardinal Cassini créé en 171a, que M' de Cassini dit son cousin, on sçait seulement qu'il étoit d'Arezzo en Toscane, et qu'avant sa promotion il étoit capucin.

9 On doit remarquer icy que les armes de M^ de Cassini d'aujourd'hui sont à peu près les mêmes qu'on attribue au Cardinal Antoine Cassini vivant en 1426. (Ughbtti^ loco supra citato.) Mais on ne peut former de ce fait d'induction ni pour ni contre eux, puisqu'il n'y a point de preuves qu'ils les aient portées avant 1705 ou même 1716.

» D'après ces observations, on voit qu'on ne peut rien assurer sur l'origine de la Famille de Cassini et que pour ne rien bazarder on doit commencer sa Généalogie par celui qui passa le premier d'Italie en France.

» Jean Dominique Cassini, auteur de cette émigration, comme on l'a déjà dit, fut reçu à l'Académie des Sciences en 1669. Il obtint en 1678 des lettres de Naturalité dans lesquelles il est qualifié de gentilhomme, suivant l'Extrait informe que sa famille en a communiqué. Il épousa l'année suivante Gene- ^nève de Laistre, fille de Pierre de Laistre, Lieutenant Général au Bailliage de Clermont en Beauvoisis, issu d'une famille de Marchands Bourgeois de Paris. Un extrait informe de son contrat de mariage, aussi communiqué par M** Cassini, lui donne ainsi qu'à son père la qualité d'Ecuyer. Ayant été assigné en 1704 à la Requête du Traitant de la Recherche de la Noblesse, pour prouver la sienne devant les Commissaires du Conseil, il présenta une Requête au Roy dans laquelle il exposa que, depuis son établissement en France, il avoit toujours pris la qualité d'Écuyer, que lui et ses ancêtres avoient toujours joui en Italie des titres privilèges et qualités de nobles, il appuya son allégation d'un certificat du Prince Doria seulement, et conclut à demander ou une defTense au Traitant de le poursuivre ou des lettres de Confirmation de Noblesse. Il obtint la première de ses demandes mais on luy refusa la a* et cela étoit juste. On ne pouvoit le confirmer dans la Noblesse puisqu'il ne prouvoit point qu'il fut noble. Il mourut en 1712, âgé de 87 ans avec la réputation de premier Astronome de l'Europe. Il avoit eu deux fils, sçavoir Philippe, Garde-Marine qui fut blessé dans un Combat contre un vaisseau Anglais en 169^ et qu'on dit tué au service (> ); et :

(*) Devic, dans la Généalogie des Cassini, le désigne comme il suit : « Jean Baptiste Cassini, lieutenant des vaisseaux du roi, tué au combat de la Hogue, en 1692. {Histoire de la vie et des travaux de Cassini IV, in-8% Clermont, i85i.)

8o CHAPITRE VI.

» Jacques Gassini, Seigneur de Thury, de Fillerval, etc. (* ), né en 1677, reçu à TAcadémie des Sciences en 1694 et depuis à celles d'Angleterre et de Prusse et de l'Institut de Bologne. Maître en la Chambre des Comptes de Paris en 1706, l'un des 20 officiers décorés de la qualité de Conseiller d'État en 1722 et mort en 1756 dans sa 79* année. Il avait épousé en 1710 Suzanne Françoise Charpentier fille de Joseph Charpentier du Charmoy, Capitaine des Gardes de la Porte de M' le duc d'Orléans et d'Elisabeth Godefroy, laquelle était alors remariée à François César de Roncy, Comte de Sissonne, issu d'un fils naturel de la maison de Sarrebruche ; de cette alliance étaient nés :

» i** Jean-Dominique Cassini (<), Seigneur de Thury, reçu Maître des Comptes en 1789 qui de Bonne-Marie Murard, fille d'un Conseillerau Parlement, a eu Marie-Bonne Cassini née en 1746. Ce peut être celle qui a épousé en 1763 M** le marquis de Tana;

» 20 César-François qui suit;

» 3<> Dominique-Joseph Cassini (*) appelle depuis peu Marquis de Cassini, Seigneur d'Ambel, les Blaches, etc., Maréchal des Camps et armées du Roy, Chevalier de l'Ordre de Saint-Louis, cy devant Exempt des Gardes du corps de Sa Majesté, lequel a été inscrit au Catalogue des Nobles de Sienne en 1 774 ;

9 4** Suzanne Cassini, mariée en 1729 à Philippes Breget, Conseiller au Grand Conseil, Trésorier et depuis Prévôt Maître des Cérémonies de l'ordre de Saint-Lazare ;

» 5^ N. Cassini, femme de M''de Forceville, gentilhomme de Picardie (^).

» César-François Cassini de Thury né en 17 16 (>), reçu Maître des Comptes en 174B, Pensionnaire de l'Académie des Sciences à Paris, Membre de celle de Berlin, de la Société Royale de Londres et de l'Institut de Bologne, Directeur de l'Observatoire, a épousé en 1747 Charlotte Drouin fille de Louis-François, Seigneur de Vaudeuil, Président des Trésoriers de France à Soissons et sœur de M^* de Vaudeuil cy-devant i*** Président du Parlement de Toulouse; de ce mariage est né (le 3o juin 1748):

» Jean-Dominique Cassini (^) qui s'est intitulé, depuis peu de temps, Comte de Cassini^ Membre de l'Académie des Sciences, directeur de l'Observatoire en survivance, capitaine de cavalerie au Régiment de Mgr le Comte de la Marche, — s'est fait inscrire au Livre des Nobles de Sienne et a siégé au Sénat de cette ville en 1774* H est marié depuis peu (^) et on

( ') Ces terres avaient été apportées aux Cassini par Geoeviève de Laistre.

(^) Né à rObservatoire le 4 juillet i7i3, mort le 19 mai 1779 (Devic).

(') Né le 37 septembre 1715, mort le 17 avril 1790 à Thury (Devic).

{*) Devic l'appelle Elisabelh-Geneviéve.

(^) Né à rObservatuiru le 17 juin i^i^, mort à Paris le 4 septembre 1784 (Devic).

(*) Plusieurs auteurs lui donnent pour prénoms Jacques-Dominique. C'est une erreur.

(') Le 7 avril 1778 (Devic).

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOIRE. 8i

croit que son épouse est M"" de la Mire de Mory, fille de M' le Comte de Mory, attaché à M*"* la Comtesse de la Marche et de M"* de Ghamborant, c'est pour elle qu'il demande à Sa Majesté l'honneur de la présentation (*) ».

Ce Mémoire a été dressé et composé sur les Manuscrits et Imprimés du Cabinet de l'Ordre de Saint-Esprit et sur quelques Notes communiquées par la Famille.

\J Histoire de Cassini I V par Devic complète comme il suit celle généalogie :

« Jean-Dominique Cassini IV de son mariage avec Claude-Marie-Louise de la Mire-Mory née le ii Janvier 1773 ('), morte le 24 Avril 1791, eut 6 enfants :

» 1" Anne-Cécile ('), née le 25 Février 1777;

» 2' Angélique Dorothée, née le 28 Mars 1779, morte le 10 Février 1806;

» 3" Alexandre-Henri- Gabriel (Cassini V), né à l'Observatoire le 9 Mai 1781; marié à sa cousine Catherine-Elisabeth-Agathe de Riencourt (fille de Françoise-Elisabeth Cassini,. sœur de Cassini IV), pair de France, membre de l'Académie des Sciences, Section de Botanique, mort le 16 Avril i832 sans postérité;

» 4° Aglaé-Élisabeth, née le 20 Septembre 17841 morte en bas-âge;

» 5° Aline-Françoise, née le 28 Mars 1787, mariée à M' de Vuillefroy de

Silly;

» ô*" Alexis-Jean-Dominique, né le 10 Novembre 1788, tué à la bataille de Braga en 1809.

Avec Cassini V s'est éteinte la branche française de la famille des Cassini. Ils n'appartenaient donc pas à la noblesse de France; on peut même, d'après les généalogistes du roi, leur contester leurs titres de noblesse en Italie. Mais ils peuvent répondre avec fierté ce que disait Cassini IV en 1820 a une Société de généalogistes qui

( ' ) Lorsque J.-D. Cassini devint Directeur en titre de l'Observatoire par la mort de son père, il renouvela cette demande de présentation à la Cour. Le comte d'Angiviller, à la fin de sa lettre du 11 septembre 1784 que j*ai citée plus haut (p. 76), lui écrivait : « Je pense en effet qu'il n'y aurait pas de mal à vous faire présenter au Roi. » Mais le baron de Breteuil ne fut pas du môme avis : « Il n'est pas d'usage, dit-il, de présenter au Roi le Directeur de l'Observatoire et je crois convenable de ne rieo innover à cet égard. » [Lettre de M. de Breteuil à Cassini, da 7 novembre 1784 {Archives de r Observatoire y D. 5. ^o)].

( ^ ) Date évidemment erronée.

(^) Elle fut religieuse du Couvent de la Trinilc des Monts, à Rome.

8a CHAPITRE VI. — DESCRIPTION DE L*ORSERVATOIRE.

lui avait demande des notes sur ce dernier sujet : « Je suis très peu curieux de la notice généalogique dont vous me parlez; je ne crois pas devoir faire attention à ce qui peut être dit par les généalogistes, ce n'est pas dans leurs cabinets qu'il m'importe de déposer nos titres; ils existent dans un ouvrage plus connu en Europe que tous les dictionnaires de la noblesse, cet ouvrage c'est la collection des Mémoires de la célèbre Académie royale des Sciences de Paris depuis 1666 jusqu'à nos jours. C'est là que vous trouverez l'exacte

filiation de sept membres de ma famille Voilà, Monsieur, les

véritables titres que je m'avoue jaloux de faire valoir. »

DESCRIPTION DE l/OBSER VATOIRE .

(8UITR.)

Le second étage et ses habitants. — La méridienne de l'Observatoire. — La toise de Picard et celle des Cassini. — Le cabinet des machines. — Les miroirs ardents. — Le dépôt de la Carte de France. — Le cabinet des secrets. — L'appartement de Picard. — Les observations météorologiques et magnétiques.

Le deuxième étage de TObservaloire est celui qui a subi depuis l'origine les changements les plus considérables; le plan de sa distribution première a été donné par Cassini IV dans les Mémoires pour servir à V Histoire des Sciences et par Blondeldans V Architecture française. C'est ce plan que reproduit la P/a/icAe VIIL La Planche IV en montre la coupe suivant la méridienne.

Nous avons vu comment J.-D. Cassini, dès son arrivée, fit modifier le projet de Perrault pour cet étage ; quel était ce projet primitif, nous ne pouvons le savoir, puisque les dessins originaux de Cl. Perrault ont été détruits à l'incendie de la Bibliothèque du Louvre en 1871. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que Cassini exigea que la salle M fût laissée entièrement libre et recouverte d'une voûte en plein cintre, ce qui força Perrault à surélever la plate-forme supérieure et rendit plus rude l'escalier E. Le projet de J.-D. Cassini était de faire de cette grande salle un immense cadran solaire analogue à celui qu'il avait établi à Bologne dans l'Lglise de Sainte-Pétrone.

« Une grande salle me paraissait nécessaire pour avoir la commodité d'y faire entrer le soleil par un trou et pouvoir faire sur le plancher la description du chemin journalier de l'image du soleil; ce qui devait servir, non seulement d'un cadran vaste et exact, mais aussi pour observer les varia-

lions que les réfractions peuvent causer aux différentes heures du jour, et celles qui ont lieu dans le mouvement annuel.... Au milieu de la façade méridionale on laissa une petite fenêtre ou ouverture qui donnait au haut de la grande salle, et l'on projeta de tirer sur le pavé, non seulement la ligne méridienne, mais encore les lignes horaires. Gomme l'on craignait que le bâtiment nouveau ne fût sujet à quelques changements, ce qui avait déjà eu lieu dans la partie orientale, et qui avait obligé à reprendre les fondements plus bas, on différa de paver la grande salle jusqu'à ce que tout effet pût être passé. » ( Vie de J.-D. Cassini^ p. 294.)

C'est aussi ce que dit Ch. Perrault dans ses Mémoires^ mais en de tout autres termes :

a M' de Gassini a eu encore l'entêtement de ne vouloir point qu'on représentât au naturel les douzes signes du zodiaque, en marbre et par pièces de rapport, quoique M^ Golbert y eut consenti. Gelte résistance qu'on a jamais comprise, a empêché que toute cette pièce n'ait été pavée de marbre, car les guerres qui sont venues depuis ont fait abandonner ces sortes de dépenses. » {Mémoires de Ch. Perrault^ p. 55.)

Quoi qu'en dise Perrault, Cassini avait raison de ne point vouloir qu'on fît le dallage en marbre, avant que les tassements des murs aient cessé, ni qu'on y traçât immédiatement le grand cadran qu'il avait projeté. On se contenta de tirer une méridienne provisoire et de percer le trou du gnomon. Mais, par une erreur singulière, on le perça un peu trop liaut, comme nous l'apprennent les Procès-verbaux de l* Académie des Sciences :

u Le Samedi, 10* de Février 1680, la Compagnie étant assemblée, on a parlé d'abaisser le gnomon de la grande sale de l'Observatoire, qui est trop haut. »

jNéanmoîns, la méridienne provisoire servit à régler les pendules et à d'autres observations intéressantes.

(( Le 4 juillet 1681, on a fait une observation correspondante à celle du 7 juin, pour délerminer le solstice d'Été parla méthode de M^ Rœmer, qui consiste à observer le lieu de l'image du Soleil transmise par un grand verre objectif sur la ligne méridienne. Le verre qui a été employé pour cet effet avait 34 pieds de foyer; et l'on a trouvé à midi au gnomon que l'image était revenue précisément au même lieu où elle avait été observée le 7 juin, ce qui donne le temps vrai du solstice d'Été le 20 juin 1681 à 11 heures 45 minutes du soir. » (Le Monniek, Histoire céleste, p. ■j>-52.)

D'après Delambre, cette observation du solstice serait la dernière que Rœmer ait faite à Paris.

DESCRIPTION DE l'OBSERV ATOIRE . 85

La salle resta inachevée pendant deux ans encore. Ce n'est qu'en 1682, le 2 janvier, que Cassini donna à l'abbé Gallois, son intermédiaire habituel auprès de Colbert, un Mémoire « de la manière de carreler la grande sale de l'Observatoire », en le priant de le présenter au Ministre. A ce Mémoire était jointe la liste des instruments nécessaires à l'Observatoire, que Cassini, l'abbé Picard et La Hire avaient dressée la veille; j'y reviendrai au Chapitre X.

Quelques jours après, Cassini rappelait l'attention de l'Académie sur la question du gnomon.

c Le samedy dernier de février, la Compagnie étant assemblée sur ce qu'on étoit obligé d*abaisser le gnomon de l'Observatoire, par ce que, en hyver, la longueur de la méridienne n'auroit pas été assez grande, on a arresté qu'au lieu de 3i pieds 3 pouces qu'il a, on luy donnera seulement 3o pieds 7 pouces une ligne, ce qui luy donnera dix fois la hauteur du pendule à secondes, et chaque carreau de la salle sera la... (*) partie de la hauteur du gnomon. A costé du trou du gnomon, on ajustera des verres objectifs de diverses longueurs pour servir à diverses saisons de l'année. On essayera une manière que M*" Rœmer avoit proposée pour recevoir avec plus de précision l'image du Soleil. » {Procès-verbaux de V Académie des Sciences. )

Cette décision était la sanction d'une promesse faite par l'abbé Picard dans la Mesure de la Terre :

« La longueur de la Toise de Paris, et celle du pendule à secondes, telle que nous l'avons établie, seront soigneusement conservées dans le magnifique Observatoire que sa Majesté fait bâtir pour l'avancement de l'Astronomie. » {Mémoires de V Académie, t. Vïl, p. if\i.)

Cassini mit immédiatement à exécution la décision de l'Académie et fit abaisser l'ouverture du gnomon.

« Le 12 de mars 1682 (douze jours après la séance de TAcadémie), nous mesurâmes exactement avec M" Picard et de la Hire la hauteur de la fenestre méridionale de la grande sale que j'avois fait abaisser afin que le rayon du bord supérieur du soleil passant par le bas de cette fenestre dans le solstice d'hiver puisse arriver à l'extrémité du pavé et nous la trouvâmes exactement de 3o pieds 7 pouces et une ligne qui fait dix fois la longueur de la pendule qui fait une vibration simple en une seconde d'heure et ayant porté cette mesure entière sur le pavé commençant de la pierre qui termine la muraille méridionale en dedans pour mesurer la longueur de la sale

(') Cette lacune existe dans le manuscrit.

jusqu'à l'appuy de la fenestre septentrionale au dedans nous trouvâmes qu'il y avoit trois de ces mesures qui font 91 pieds 9 pouces et 3 lignes et de plus 5 pieds 9 pouces et i ligne qui font en tout 97 pieds 6 pouces et 4 lignes. » {Journal des observations de J.-D. Gassini, Arch, de VObservatoirCf D. i. 8.)

L'Académie avait décidé de plus que chaque carreau de la salle serait une fraction de la hauteur du gnomon. Cassini choisit des dalles carrées dont le côté serait de 1 1 pouces, dimension qui représente, en eflet, à un centième de pouce près, les trois centièmes de la hauteur totale 44^5 lignes. Le fascicule D. i. i3 des Arcliwes de l'Observatoire contient plusieurs feuilles des calculs effectués par Cassini pour déterminer la hauteur du gnomon et les dimensions des carreaux. J'en extrais les détails qui suivent :

« Toute la sale de l'Observatoire sera carrelée de carreaux de 1 1 pouces et chacun sera divisé par deux lignes droites et deux transversales en 9 carreaux et le costé de chacun sera égal à la centième partie de la hauteur de la fenestre. Un des costés des carreaux sera parallèle l'autre perpendiculaire à la méridienne et dans les costés de la sale seront marquées les files comme les longitudes et latitudes dans les Caries. Estant marquées les extrémités de l'image du Soleil on aura d'abord l'azimut du Soleil la hauteur de l'un et l'autre bord et la distance au méridien.

« On pourra dessiner facilement par ce moyen les cercles horaires et les parallèles ainsi l'image du Soleil marquera toujours non seulement l'heure mais aussi le lieu du zodiaque où le Soleil se trouve.

« La longueur de la méridienne sera d'une seconde et tierce de la circonférence delà terre ( *). »

Le projet de carrelage de J.-D. Cassini ne fut exécuté qu'en partie. Son fils Jacques nous apprend qu'en 1729, la tour du Nord seule « était pavée de pieri'es de liais, d'un pied de côté (environ), avec une bande de pierre de la même largeur du Midi vers le Nord, qui était assés exactement sur la méridienne ». Il semble d'après cette phrase que la bande méridienne s'étendait d'un bout à l'autre de la salle.

C'est à cette époque de 1729 que furent exécutés par Jacques Cassini le tracé définitif et la décoration de la méridienne, telle que

(>) D'après la longueur du degré de Picard, 67060 toises.

DESCRIPTION DE l'oBSERVATOI RE. 87

nous la possédons aujourd'hui. La description des procédés employés dans celte opération a été donnée par lui, 'en grands détails, dans le Mémoire intitulé : De la Méridienne de V Observatoire. {Mémoires de V Académie royale des Sciences pour 1^32, p. 452 à 470-)

Il commença par mesurer très exactement la hauteur au-dessus du pavé de la salle de la partie inférieure du trou du gnomon tel que l'avait fait percer son père, et la trouva de 3o pieds 6 pouces 8 lignes ou 44^^ lignes de la toise qu'il employa à cette mesure.

A la partie inférieure de l'ouverture, J. Gassini fixa contre le mur :

« Une plaque de cuivre horizontale de 2 pieds de longueur sur i8 pouces de largeur et une ligne et demie d'épaisseur, que Ton plia par la moitié en équerre, afin qu'une partie de cette plaque étant placée horizontalement, l'autre partie fût verticale et relevée vers le haut, ce qui doit former une ombre beaucoup plus grande que si on l'avait laissée horizontale.

» L'on fil sur la partie horizontale de cette plaque, prés de l'endroit où elle est repliée, un trou exactement rond dans la partie supérieure de la plaque, taillé en biseau vers la partie inférieure, pour laisser passer librement les rayons du Soleil vers les temps où ils sont les plus obliques. Le centre de ce trou est au milieu de la face méridionale de la grande salle, et en même temps sur le plan de la surface intérieure du mur. Son diamètre a 4 lignes ^/jo d'ouverture. »

En donnant à la plaque du gnomon cette position horizontale, J. Gassini obtenait ce résultat que l'image du soleil sur le pavé de la salle était toujours circulaire. En même temps, il assurait la précision de la mesure de la hauteur du gnomon.

Pour faire cette mesure, il fit construire une règle en fer, composée de morceaux articulés l'un à l'autre, dont l'un des bouts traversait le trou du gnomon et était maintenu par une clavette carrée qui s'appliquait exactement sur la plaque de cuivre. L'autre bout de la règle ainsi suspendue fut usé jusqu'à ce qu'il affleurât exactement le pavé de la salle. C'est avec cette règle qu'il gradua la ligne méridienne elle-même.

A cet eflet, il fit faire par Langlois 82 règles de laiton d'environ 3 pieds 9 pouces 8 lignes chacune, et il les ajusta de façon que ces règles, toutes égales entre elles, étant prises par dix et placées bout à bout, fissent exactement la longueur de la règle de fer, ou la hauteur du centre du gnomon. Sur chacune de ces règles, Langlois

traça deux divisions, l'une en i/io et i/ioo de leur longueur, par conséquent en i/ioo et i/iooo de la hauteur du gnomon, l'autre en degrés et minutes de la distance du soleil au zénith. Ces règles furent alors scellées contre autant de pirces de marbre blanc bien dressées, de même longueur qu'elles et de 6 pouces de large; et on les fixa bout à bout sur le sol de la galerie, suivant une ligne parfaitement droite et horizontale, de façon que le zéro des graduations fût exactement sur le pied de la verticale du centre du trou du gnomon et que la direction de la ligne fût celle de la méridienne. On obtint celle-ci par des observations de hauteurs correspondantes du Soleil faites aux deux solstices, et on la vérifia par des comparaisons avec la position d'un poteau que Picard avait fixé sur la Butte Montmartre sur la direction prolongée de la méridienne de France. Le Mémoire de Cassini décrit, avec abondance de détails, les opérations de scellement et de vérification de cette ligne.

D'autres bandes de marbre de même largeur, mais de longueur différente, furent fixées de l'autre côté de la bande de cuivre pour la contretenir. Enfin, on dalla toute la pièce avec des pierres de liais de largeur égale alternativement au dixième et au demi-dixième de la hauteur du gnomon, ce qui formait sur tout le sol une véritable graduation utilisée pour marquer les positions de l'image du soleil, avant et après son passage au méridien. Les douze signes du zodiaque, gravés sur marbre blanc, furent aussi posés aux distances correspondantes à l'entrée du Soleil dans chacun de ces signes.

J. Cassini plaça encore dans cette salle une a grande pendule à secondes et sonnante », que l'on réglait chaque jour par l'observation méridienne du Soleil; elle fut construite par Plefle en i^3o et payée 260 livres. Enfin, il prit la précaution de faille garnir les fenêtres de rideaux de coutil pour qu'il n'entrât dins la salle d'autres rayons du Soleil que ceux qui pouvaient passer )arle trou du gnomon.

D'après l'état très détaillé qu'en donne Jacques Cassin^ la dépense pour la construction de la méridienne, y compri la pendule, s'éleva à 63o7*io*. (Arch, de l*Obs,, D. 5. 89. l'iat des dépenses faites pour les anciens instruments de l'Obsei)atoire royal et l^ établissement de la grande méridienne, par Jacques Cassini IL )

Ce Mémoire de J. Cassînl présente des singularités sur lesquelles il est nécessaire d'arrêter notre attention. C'est d'abord le silence complet que garde l'auteur sur la décision prise par l'Académie en 1682, de donner au gnomon une hauteur égale à dix fois la longueur du pendule de Picard, et sur l'opération exécutée quelques jours après par son père. C'est, en second lieu, la divergence des mesures prises de cette hauteur et de la longueur de la salle en 1682 et en 1729.

En 1682, J.-D. Cassini donne :

Hauteur du gnomon 3o P. 7 po. i 1. = 44^5 lignes.

Longueur de la salle 97 P. 6 po. 4 1 = i4o44 lignes.

En 1729, Jacques Cassini trouve :

Hauteur du gnomon 3o P. 6 po. 8 1. = 44^0 lignes.

Longueur de la salle 97 P. 5 po. o I. = 14028 lignes.

J. Cassini ignorait certainement et la décision de l'Académie et les mesures prises par son père ; s'il eût connu ces dernières, il n'eût pas manqué de remarquer la divergence que je signale et d'en rechercher l'origine. On ne peut d'ailleurs lui faire un crime de cette ignorance : il avait cinq ans en 1682. Les anciens académiciens qui avaient pris part à la délibération et aux mesures, ou qui avaient pu s'y intéresser, avaient tous disparu : J.-D. Cassini, l'abbé Picard, Ph. delaHire, Couplet, Sédileau, l'abbé Gallois, Duhamel, étaient morts, et c'est ce qui explique comment l'Académie, en 1729, ail approuvé, sans observation, le nouveau projet que lui présentait J. Cassini.

D'où provient la divergence des mesures? En 1682, elles furent nécessairement prises avec la toise de Picard : c'était cette toise et la longueur du pendule rapportée à cette unité qu'il s'agissait de conserver; il ne peut y avoir doute à ce sujet.

En 1729, J. Cassini mesure la longueur de la salle entre les mêmes murs dont son père avait mesuré la dislance.

Il faut donc qu'il se soit servi d'une autre toise, dont l'équation, par rapport à celle de Picard, serait :

Une toise de Picard = une toise de Cassini (i — 0,0011892).

Or, si Ton cherche l'équation de sa loise d'après la hauteur du gnomon, on trouve :

Une toise de Picard = une toise de Cassini (i — o,ooii35i).

La différence ne porte que sur les millièmes de ligne.

La divergence des mesures vient donc uniquement de ce que J. Cassini a employé une toise différente de celle de Picard. D'où cette conclusion importante, que c'est bien au bas de l'ouverture du gnomon, telle que l'avait établie son père, donc à une hauteur égale à dix fois la longueur du pendule de Picard, que J. Cassini a fixé l'ouverture du gnomon. Or, il a gradué la méridienne en dixièmes de cette hauteur. Donc, sans le savoir, il nous a conservé, dans chacune des trente et une règles de Lenoir, la reproduction exacte de la longueur du pendule de Picard,

Quelle était la toise dont se servit J. Cassini? La J/eVtrf/e/î ne vérifiée nous apprend (p. 33) qu'il possédait plusieurs toises en fer, qui avaient été ajustées, à une époque inconnue d'ailleurs, sur l'étalon fixé au pied de l'escalier du Grand-Châtelet. Nous devons les considérer comme égales entre elles ; c'est leur longueur qui constitue ce que l'on a appelé la toise des Cassini, Il est infiniment probable que c'est cette toise qui fut employée à la mesure du gnomon; pour le prouver, il faudrait connaître l'équation de cette toise par rapport à celle de Picard.

Malheureusement, la toise de Picard était déjà perdue à cette époque; nous n'avons donc pas de comparaison directe de ces deux toises, et nous ne pouvons, pour établir l'équation des deux toises, que recourir au procédé indirect dont se sont servis les Commissaires de l'Académie en 1^56.

On sait comment la mesure de la méridienne par Cassini de Thury et La Caille ayant mis en évidence une divergence avec le degré de Picard, l'Académie résolut de mesurer à nouveau la base de Villejuif. Mais les termes extrêmes de cette base ne subsistaient plus; les Commissaires de l'Académie durent se contenter d'en mesurer une nouvelle, et de la rattacher à l'un des côtés d'un triangle de Picard. La distance du clocher de Brie-Comtç-Robert à la tour de Montlhéry était, d'après Picard, de 1 3 1 2 1 toises 3 pieds ;

DESCRIPTION DE l'OBSER V ATOIRE . 9I

les Commissaires (Bouguer, Camus, Cassini de Thury et Pingre) trouvèrent i3io8 toises 82/100, la base étant mesurée avec des perches étalonnées sur la toise du Nord; Cassini de Thurj et La Caille avaient trouvé i3io8 toises exactement. Ces nombres donnent pour Téquation de la toise de Picard :

Toise (le Picard = toise du Nord (1 — o,ooioo45). Toise de Picard = toise des Cassiai (1 — 0,0010289).

Cassini de Thurj avait aussi mesuré avec sa toise plusieurs portions de l'ancienne base de Picard, portions dont les extrémités étaient assez bien reconnaissables. Les difTérences suivaient assez exactement le rapport d'une toise sur mille.

La concordance de ces nombres avec ceux que nous avons trouvés plus haut permet, ce me semble, d'affirmer que la toise employée par Jacques Cassini dans les mesures du gnomon était la toise dite des Cassini.

Les Commissaires de i^36 ne purent établir plus exactement le rapport de celle Voxsg à celle de Picard. Ce qui leur manquait, ce qui a manqué jusqu'à ces derniers temps pour fixer ce rapport, c'est la connaissance de l'opération exécutée le 12 mars 1682 par J.-D. Cassini, l'abbé Picard et de La Hire. Il est assez curieux que le document où elle est consignée ait échappé à Cassini IV quand il fit, pour son Histoire céleste, le dépouillement des papiers de son bisaïeul; on peut croire que, s'il le vit, il n'en soupçonna pas l'importance, n'ayant pas en même temps sous les yeux les mesures prises par son grand-père en 1729.

Ce document, que j'ai eu la bonne fortune de retrouver en 1897 (*), rapproché du Mémoire de J. Cassini sur la méridienne de l'Observatoire, permet d'affirmer que nous possédons encore auJQurd* hui trente et un exemplaires authentiques de la longueur du pendule de Picard, représentant chacun 44o>5 lignes de la toise de Picard et ^\o^o lignes de celle de Cassini. La hauteur du gnomon peut avoir été altérée lors de la restauration des voûtes de 1786 a 1793; la dislance des murs ou la longueur de la salle peut avoir changé; et elle a changé, en efTet, d'abord par

(») Comptes rendus de r Académie des Sciences, t. CXXV, p. 199.

suite d'un déversement du mur méridional signalé par La Condamine etCassini, puis très probablement par un ravalement de l'embrasure de la fenêtre du Nord ; la longueur de chaque règle, protégée comme elle l'est par les plaques de marbre qui V encastrent , n'a pas varié.

La longueur du pendule de Picard, d'après la méridienne de l'Observatoire, est o", 9927. Borda et Cassini ont trouvé o"*, 9925.

Enfin, la différence de la toise de Picard avec toutes les autres, qui sont plus longues qu'elle d'une ligne presque entière, est la conséquence nécessaire de la manière dont ces toises ont été étalonnées. L'étalon du Grand-Châtelet, dont elles dérivent toutes, fut établi en 1668; il consistait en une barre de fer, terminée par deux talons en saillie, entre lesquels une toise devait entrer exactement. Picard y ajusta sa toise immédiatement après la mise en place de l'étalon; toutes les autres ne furent présentées à ce tjpe que soixante ans plus tard, lorsque des opérations répétées, et le plue souvent faites sans soin, en avaient usé les faces terminales et, par suite, en avaient accru la distance.

La méridienne de l'Observatoire, ainsi reconnue étalon des anciennes toises et du pendule de Picard, prend une importance telle qu'il importe de constater qu'elle est encore aujourd'hui exactement conforme 5 la description qu'en donne J. Cassini. Les différences ne portent que sur des détails qui n'en intéressent nullement la longueur. Les deux graduations des règles de cuivre ont été reproduites de part et d'autre sur les plaques de marbre ; au bout de la bande, du côté du Sud, est une plaque de marbre qui porte les deux inscriptions : Degrés et minutes de la distance zénithale du Soleil, — Tangentes de la distance zénithale du SoleiL J. Cassini ne parle pas de ces additions; sont-elles de son temps, ont-elles été ajoutées depuis? Je n'ai pu le savoir. Quant au dallage, il a été nécessairement changé lors de la grande restauration de rObservatoirc en 1786.

Dans cette même salle de la méridienne, J. Cassini fit, en l'j^o^ une opération qui aurait pu conserver, au moins pendant de longues

années, la longueur de sa loise. Nous lisons dans la Méridienne vérifiée par Cassini de Thurj, à la page 33 :

« Mon père fit d'abord construire quatre règles de fer, de i5 pieds chacune, bien dressées, et rendues inflexibles par une règle posée de champ dans presque toute leur longueur. Il s'appliqua particulièrement à les assujettir à une mesure juste. Pour cet effet, il vérifia les toises de fer, dont nous nous étions déjà servi pour d'autres mesures, sur l'étalon qui est fixé au pied de l'escalier du Grand-Ghâtelet, et les y ayant trouvées parfaitement conformes, il détermina sur le pavé de la grande salle de la méridienne de l'Observatoire un espace de dix toises auquel il ajusta ses régies de fer mises bout à bout. »

Cette opération fut exécutée en 17^0, avec l'aide de La Caille. En 1758

ff le trait qui terminait les dix toises subsistait encore sur le carreau; mais l'autre terme de la mesure, un mur de 7 pieds d'épaisseur qui paraissait inébranlable, s'était séparé du pavé, et laissait un vide de plus d'une ligne. » [La Gondamine, Remarques sur la Toise du Châtelet et sur les diverses toises.... {Mémoires de V Académie, p. 499; 1772). — Le Mémoire avait été lu à l'Académie le !i9 juillet 1758.]

Le 7 août 1778, Cassini IV constata de nouveau ce déversement du mur méridional de l'Observatoire. Il écrit à cette date, dans le Journal de ses observations {Arch. de VObs,, D. 5. i, registre nM) :

« Gomme il a été cette année fort question des dégradations de la platteforme de l'Observatoire, et que l'on s'accorde à penser que fort peu de temps après la construction de cet édifice, il y a eu un mouvement dans les murs qui a occasionné cette crevasse qui règne dans toute la longueur de la voûte de la méridienne de l'est à l'ouest, j'ai voulu vérifier cette assertion. En conséquence je suis monté ce matin sur la platteforme et j'ay tendu un fil de soye verte avec un plomb du centre du trou de la plaque du gnomon, pour reconnaître si le centre répondroit toujours au point de zéro. M*" l'abbé Tondu était en bas à marquer le point d'applomb,. M** Jeaurat est venu se joindre à nous et nous avons trouvé que le fil à plomb était parfaitement dans le plan du méridien mais qu'il répondait ou plutôt qu'il s'écartait vers le sud de 3 | lignes. »

C'est la quantité dont le haut du mur s^était déversé vers le sud en 49 ans, de 1729 à 1778.

La salle C, qui est devenue par la suite la salle des séances du Bureau des Longitudes et est aujourd'hui occupée par le Bureau

des Calculs, fut à Toriglne affectée au dépôt des machines de l'Académie, dont le Concierge de l'Observatoire avait la garde. (Blondel, a rchilect lire française, t. II, p. S'y.)

a Cette salle était autrefois employée à contenir un grand nombre de pièces de mécanique et d'inventions curieuses, mais depuis environ douze ans elles ont été transportées au Cabinet du Jardin du Roi. »

Blondel écrivait ceci en 1 752, c'est donc vers l 'j^o qu'eut lieu le transport du Cabinet des Machines; nous allons voir que cette date concorde bien avec les faits.

Il existe, dans les cartons des Archives de V Académie des Sciences, un grand nombre de reçus des deux Couplet relatifs à l'entrée dans ce Cabinet d'appareils les plus divers. Une partie de ces nombreuses et encombrantes machines devait nécessairement refluer jusque dans la salle de la méridienne, les unes en raison de leur taille, telles les machines avec lesquelles l'Académie, dans une des rares séances qu'elle tinta l'Observatoire, fit sur la terrasse les expériences touchant la force de traction de l'homme et du cheval (3juill. et iojuill.1668); d'autres en raison de leur destination : c'étaient les fameux miroirs ardents que Ton devait exposer aux rajons du soleil, placer par conséquent devant les fenêtres de la façade méridionale. L'un de ces miroirs, qui existe encore à l'Observatoire, avait été fondu et travaillé parVillette de Lyon; il a un peu plus de 3^ pouces (o",93) de diamètre et 0^,98 de fojer. Il est renforcé sur tout son pourtour par un anneau en acier. Louis XIV, voulant en voir les effets, le fil transporter à Saint-Germain, et il en fut si content qu'il fit donner à Villette 100 pisloles de gratification et ordonna que le miroir fût acheté et placé à l'Observatoire (Jaillot, Recherches critiques^ historiques et topographiques sur la Ville de Paris, in-jS, 5 volumes in-8; Article : Obsen^atoire), Ce miroir fut pajé 7000 livres (Comptes des Bâtiments du Roi, 1669, col. 3i4 et 365). — Ce dernier Recueil donne encore l'indication suivantes l'année 1680, col. i349 '-

« Au sieur Villette, ingénieur, en considération du voyage qu'il a fait de Lion en cette ville de Paris et du séjour qu*il a fait en lad. ville pour faire veoir au Roi et à la Cour un miroir ardant d'une grandeur extraordinaire... 1200 livres. »

Ce nouveau miroir avait 43 pouces (i*", 16) de diamètre. Il fut

DESCniPTION DE l'oBSERV ATOIRE. qS

apporté à 1* Académie le mercredi 3 avril 1680, et le samedi suivant 6 avril dans la matinée, on en fit l'essai à TObservatoire.

Les expériences furent reprises comparativement sur les deux miroirs, le samedi 6 juillet {Procès-verbaux manuscrits de l'Acad, R. des Se).

On était à cette époque fort curieux des effets des miroirs ardents. Cassini, étant encore en Italie; en avait fait tailler un en verre dont il fit présent à la reine Christine de Suède ; il en avait aussi un à l'Observatoire {Vie de Cassini, p. îî8o). Hartsoëker en fit plusieurs, également en verre {Comptes des Bâtiments du Roi, 1687, col. 1187), que Louis XIV confia aux Missionnaires mathématiciens pour être offerts en présent au roi de Siam. Mais le plus grand de tous fut construit en i685 par un gentilhomme du Quercy, M. de la Garouste. <( Malgré qu'il ne donna pas tous les effets que l'on devait attendre de sa grande ouverture, parce qu'il était inégalement poli » {Histoire de C Académie, t. I, p. 4''*8), le Roi ne laissa pas de le faire payer 9000 livres; il donna en outre 1 200 livres à M. de la Garouste pour son transport de Saint-Céré à Versailles, et lui fit faire un support qui coûta 189*" lo*. {Comptes des Bâtiments du Roi, 168 5, col. 666; 1686, col. 916 et 1002.)

Il y avait encore dans ce Cabinet d'autres machines beaucoup plus intéressantes pour l'Astronomie; nous en parlerons dans l'énumération des instruments de l'Observatoire.

Le Cabinet des machines avait pour gardiens un huissier et un homme de peine, sous la direction du Concierge de l'Observatoire. Ce fut à leur occasion que Pierre Couplet eut, avec les Commissaires de l'Académie et avec le Maréchal de Tallard, Ministre d'Etat, les difficultés dont j'ai déjà parlé. On reprochait à Couplet d'avoir augmenté outre mesure les gages de ces deux hommes, lorsqu'ils tiraient déjà de très jolis bénéfices des pourboires qu'ils exigeaient des curieux auxquels ils faisaient voir cette Salle des machines et surtout les effets des Miroirs ardents. 11 paraît que l'entretien de ces miroirs était chose délicate, car c'est particulièrement sur ce point que Couplet fait porter sa défense :

« Il n'a point non plus de quittance à présenter ni pour l'huissier, ni pour l'entretien de la Salle des machines, parce que ce sont deux choses qu'on luy a accordées, attendu !<> que l'huissier est un homme à luy, qu'il a uniquement pour le service de l'Académie pour laquelle il

est continuellement occupé tant à TAcadémie qu'à l'Observatoire pour, conformément au Règlement de l'Académie, faire voir au\ Sçavants les curiosités de cette maison, et comme cette occupation demande un homme tout entier, la somme de 5oo livres qui est accordée est modique dans un temps aussi clier que celui-cy, pour gages, nourriture et entretien, de même que celle de 200 livres pour Tentretien de la salle des machines, quoique plus forte que celle qui s'y employoit précédemment attendu qu'il n'y avoit qu'un miroir ardant et qu'il y en a deux, et que l'entretien ne s'en faisoit pas si bien, étant nécessaire de rétablir souvent les machines qui se dérangent aizément par la quantité des personnes que la curiosité y amène continuellement. » (Archives de VAcadémie des Sciences, carton 34, chemise 25.)

Un premier inventaire du Cabinet des machines fut fait en 1 716, comme nous l'apprend un projet de lettre de M. Bignon, Président de TAcadémie, à M. le Comte de Toulouse, Amiral de France :

a 16 mai 1716. Monseigneur, Votre Altesse Sérénissime m'a fait l'honneur de me demander un inventaire général de toutes les machines qui sont à l'Observatoire et j'ai eu Fhonneur de vous l'envoyer. Vos officiers de marine seront plus en état que nos Académiciens de juger qui sont celles dont on peut faire quelqu'usage dans les ports et dans les navigations. » {Archives de V Académie des Sciences, carton 3o.)

J'ai vainement fait chercher cet inventaire dans les Archives du Ministère de la Marine.

M. Maindron {U Académie des Sciences, Paris, chez Alcan, 1888) a signalé deux autres inventaires, l'un de 1782, l'autre de 1745. Ce dernier est certainement celui dont j'ai déjà parlé au Chapitre IV, et qui fut remis par Cassini II à Buffon, lorsque la charge de Trésorier de l'Académie fut séparée de celle de Concierge de l'Observatoire.

Mieux peut-être que ces inventaires arides, la description pittoresque qu'en fait l'auteur anonyme de la Vie de Colberl (voir la Note de la page 56) nous donnera l'idée exacte de ce qu'était le Cabinet des Machines vers 169:3 :

« On trouve dans cet édifice (l'Observatoire) toutes Machines qui concernent les Arts, avec les Machines de Guerre des Anciens; de sorte qu'en peu de lems on y aprend tout ce qui est nécessaire aux Ingénieurs, et à ceux qui dans les Académies enseignent l'Art de fortifier et de naviguer. Il y a un Miroir ardant de cinq pieds de diamètre (c'est le miroir de La Garouste), qui fond le plomb dans le même tems qu'il est exposé sur son

foTer : un planisphère qui comprend toutes les étoiles visibles sur l'Horizon de Paris; il sert à trouver à chaque instant leur situation dans le Ciel : une Machine de cuivre composée des cercles de la Sphère, qui porte un verre objectif de 140 pieds de longueur de foïer Solaire, et qui, par le mouvement d'une Montre ou Horloge à ressort, suit le mouvement de l'astre ( nous reviendrons dans un Chapitre suivant sur la description de cette intéressante machine). On y voit encore un Grand Anneau Astronomique qui sert à trouver par le Soleil, l'heure et la minute, aussi-bien que la déclinaison de l'Aimant pour l'usage de la Navigation. Il y a aussi un niveau à Lunette, qui se met promptement en équilibre, et la figure de la Lune faite avec une grande exactitude, où paraissent les concavités et les éminenccs qu'on remarque dans sa surface. On y voit une Machine pour les Planètes, suivant le système de Copernic; elle peut être nommée Ëphéméride parlante, pour trouver l'état du Ciel en quelque tems qu'on le propose, passé, présent et à venir; la Longitude et la Latitude de chaque Planète, et par conséquent son vrai lieu dans le Ciel quel jour qu'on voudra, en tournant simplement une Manivelle, ainsi que dans la Machine précédente. On y voit la vitesse et la lenteur de chaque Planète, son excentricité; et lorsqu'elle nous parait stationnaireou rétrograde, cette Machine est construite de telle manière, que nécessairement elle suit tantôt la vitesse, et tantôt la lenteur de chaque Planète suivant qu'elle s'aproche ou s'éloigne du Soleil dans son Apogée et son Périgée : il y a encore une Machine Pneumatique pour faire les expériences du vuide (c'était la machine perfectionnée par de la Hire), une pour faire des étoffes, et une autre avec laquelle on dévide cent bobines à la fois; une pour nettoïer les Ports de Mer et la Catapulte des Anciens. On voit par là de quelle utilité est l'Observatoire, et combien on est redevable à Colbert d'avoir fait trouver bon au Roi qu'on y travaillât, et d'avoir donné ses soins pour y faire travailler, suivant les instructions des Grands Hommes qui y ont aujourd'hui leur logement, h

Ces machines restèrent à rObservatolre jusqu'en 1740 environ, époque à laquelle elles furent transportées au Jardin du Roi, d'après le témoignage de Blondel. La Condamine, dans ses Remarques sur la Toise du Châtelet {Mém. de PAc, 177a, 2*°*^ partie, p. 488), signale aussi ce transfert :

« Ces instruments (la toise de l'Académie et les instruments qui avaient servi à la mesure du degré du Pérou), arrivés à bon port à la fin de 1748 ou vers le commencement de 1749, à l'adresse de M. le Comte de Maurepas, furent portés, sans que j'en eusse connaissance, au Cabinet des machines de rAcadémie, transporté depuis quelques années au Jardin royal des Plantes, ...»

Ce transfert, comme nous l'avons vu au Chapitre IV, fut la conséquence de la séparation des fonctions de Concierge de l'Obscr- C. W. 7

g8 CHAPITRE VII.

vatoîre et de Trésorier de l'Académie à la mort de Pierre Couplet, et de la nomination de Buflbn à cette dernière charge.

Aussitôt après avoir été débarrassée des machines de l'Académie, la salle C fut convertie en un appartement composé probablement, comme celui du premier étage qui lui correspond, d'un rez-dechaussée de trois pièces, avec entrée de plain-pied sur la Salle de la Méridienne, et d'un entre-sol auquel on accédait soit par le petit escalier en limaçon dans l'angle de la Tour du Nord, soit par une porte qui se trouve dans le grand escalier. Cet appartement fut occupé d'abord parle troisième fils de Jacques Cassini, Dominique- Joseph, connu sous le nom de marquis de Fillerval (Cassini IV, Etat des logements en i^SS). En 174^, Bouguer, revenu du Pérou depuis trois ans, obtint un brevet de logement à l'Observatoire; il vint occuper cet appartement, qu'il céda en ijS^, lorsque Cassini de Thurj y établit le dépôt de la Carte de France (Cassini IV, Mémoires pour sentir, etc, p. 58). D'après l'ttat des Bâtiments en 1783, le dépôt des Cartes était au rez-de-chaussée, l'entresol servait d'habitation au garde du dépôt (le premier fut Pierre- Charles Capitaine à qui succéda son fils), et enfin l'imprimerie était dans un bâtiment tout au haut de la plate-forme même. Ces indications ne sont pas entièrement d'accord avec celles du procès-verbal d'apposition des scellés, dressé par l'huissier Gillet le 6 juillet 1 778, à la mort de P. Capitaine; suivant cet acte, qui m'a été obligeamment communiqué par M. L. DrapejTon, le rez-de-chaussée était aflTecté au dépôt des Cartes et au logement de Capitaine; l'imprimerie était à l'entresol, ainsi qu'une chambre occupée parla bellemère du garde; il n'est pas question d'un local au haut de la plateforme. Un changement de distribution avait pu se produire entre 1778 et 1788; c'est là d'ailleurs un détail sans importance.

Le Dépôt des Caries resta en ce lieu jusqu'en 1787, où les travaux de reconstruction des voûtes forcèrent Cassini à le transporter dans sa maison de la rue Maillet.

La Tour de l'Ouest T', avec la salle qui la précède, était encore en 1783 entièrement consacrée aux observations à faire du côté du midi et du couchant. C'est là que, lors de la célèbre visite du

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE . 99

roi d'Angleterre, Jacques II, le 22 août 1690, on fit devant Sa Majesté Britannique l'expérience de fondre une pièce d'argent au foyer du miroir de Villette, et que Sédileau détermina le moment exact de midi avec les instruments qu'il avait apprêtés. C'est laque plus tard Le Monnier installa sa lunette des passages.

Cette tour portait, au dire de Blondel, le nom de Cabinet des Secrets,

« Elle est terminée en voûte d*aréte et c'est une des raisons principales qui fait qu'une personne près d*un des murs de ce Cabinet se fait entendre d'une autre personne près d'un des murs opposés, sans que ceux qui sont au milieu en entendent rien. »

Mais, dit Etienne Arago dans Paris chez soi :

« Nous avons tenté Texpérience, et la voix d'un ami place à l'un des angles du Cabinet est arrivée jusqu'à nous sans qu'une troisième personne ait saisi une syllabe des paroles prononcées. Malheureusement c'est nous qui étions placés au milieu de la salle et celui qui n'entendait rien tenait l'oreille collée à l'angle correspondant : les voûtes dégénèrent peut-être ! »

De l'autre côté de la méridienne, à l'est, était un appartement considérable, qu'on avait obtenu en subdivisant les deux grandes salles H et H', comme on l'avait fait au premier étage pour le logement de J.-D. Cassini; il se composait, comme celui-ci, d'un rezde-chaussée et d'un entresol, auquel on montait par l'escalier tournant de la Tour du Nord (* ). Cet appartement fut occupé par l'abbé Picard, après son retour du Danemark; il le partagea avec Rœmer, qu'il avait ramené de ce pays en France. Après le départ de celui-ci, au mois d'août 1681, Philippe de la Hire vint l'habiter à son tour; il y entra le 22 janvier 1682 (^Journal des obsen^ations de },-D, Cassini).

Les habitants de cet appartement avaient pour salle d'observation le deuxième étage de la Tour octogonale T qui, nous le savons, était restée ouverte par le haut, et aussi le cabinet h, dans la fenêtre duquel Ph. de la Hire installa un quart de cercle mural de 5 pieds : cet instrument avait le désavantage de ne pouvoir pointer

(*) Cet entresol ne régnait qu'au-dessus des salles H et H'; ce n'est qu'en 1871 que M. Delaunay l'a fait prolonger au-dessus de la salle h' pour agrandir l'appartement de M. Lœwy.

lOO CHAPITRE VII.

jusqii^au zënilh ('). Picard était le plus souvent assisté dans ses observations par Villard (ou Villiard), qui l'avait accompagné en Danemark ; Villard logeai t-il avec lui à l'Observatoire? C'est fort possible, nous savons que les astronomes de cette époque n'étaient pas exigeants pour leur logement, témoins Sédileau et Maraldi le jeune. Une autre question se pose à propos de Picard lui-même. A partir de janvier 1677, les observations de cet astronome furent faites dans une maison du bas de la rue des Postes ; c'est ce que nous prouvent les manuscrits de ses observations qui sont à l'Observatoire et les relevés qui en ont été faits par Villard et par LeMonnier dans son Histoire céleste. Picard habitait-il alors cette maison? Nous le retrouvons quelques mois plus tard observant à l'Observatoire avec La Hire jusqu'au 11 septembre 1682, presque jusqu'au jour de sa mort, arrivée le 12 octobre de la même année. Cette date est celle que donnent Le Monnier dans son Histoire céleste, p. 267, et Lalande dans sa Bibliographie; Condorcet le fait mourir en 1684 ; M. Maindron le 12 juillet 1682; ce sont des erreurs évidentes. Picard est-il mort à l'Observatoire? est-il mort dans sa maison de la rue des Postes? c'est une question que je n'ai pu résoudre de façon certaine. La mort de cet astronome étant survenue pendant les vacances de l'Académie, il n'est pas fait mention de cet événement dans les procès-verbaux. A la date du 12 octobre, le Journal d^ observations de Cassini ne relate que les observations météorologiques; on peut, ce me semble, conclure de ce silence que Picard n'était pas à l'Observatoire.

Les observations astronomiques de Ph. de la Hire commencent à l'année 1678 et la plupart ont été faites près de la Porte Montmartre jusqu'en 1681. (Le Monnier, Histoire céleste, livre III, p. 233.)

Le 22 janvier 1682, il vint habiter l'Observatoire, où il observa régulièrement jusqu'au 19 avril 1718 (Archiçes de l'Observatoire, D. 2.1-10), sauf les interruptions occasionnées par les nivellements de la rivière d'Eure en 1684 et i685. Il mourut le 21 avril de cette même année 1718 et fut inhume dans l'église de

(*) Il resta en place jusqu'en 1787; Jeaurat s'en servait encore à cette époque.

DESCRIPTION DE l'OBSER VATOIRE . 101

Saint-Jacques du Haut-Pas, à laquelle il avait fait don d'un tableau de son père, représentant le martjTe de saint Barthélémy. Ce tableau fut enlevé à Féglise en 1798 (Abbé Grente, Une paroisse de Paris sous l'ancien régime, p. i46).

Son fils, Gabriel-Philippe de la Hire, né le aS juillet 1677, avait observé avec lui et continua ses travaux à l'Observatoire, mais pendant bien peu de temps, étant mort le 4 juin 1719. Ses observations vont jusqu'au 19 mai de cette même année.

Ici se rencontre une lacune singulière dans la série des astronomes cités parCassini IV comme s'étant succédé dans l'appartement de Picard. Après de la Hire, Cassini indique GrandjeandeFouchy. Or, le brevet du Roi qui concède le logement à cet astronome est du 4 avril 17^4; l'appartement serait resté vacant pendant vingtcinq ans! Hypothèse bien peu probable pour qui sait avec quelle avidité étaient recherchés les logements à l'Observatoire. Une coïncidence de dates assez curieuse va peut-être nous donner l'explication de cette anomalie.

C'est le 1 1 janvier 1 744 q^c Maraldi H est nommé Concierge de l'Observatoire et vient occuper Tappartement du rez-de-chaussée ; c'est le 4 avril que Fouchy devient titulaire de l'appartement du deuxième étage. N'est-il pas naturel d'admettre qu'il succédait à Maraldi dans cet appartement? A la mort de Gabriel de la Hire, Maraldi I", logé très à l'étroit depuis 1687 chez son oncle J.-D. Cassini, dont la famille s'était augmentée de cinq enfants, aurait pris cet appartement, où il aurait logé lui-même plus tard son neveu dans une embrasure de fenêtre, comme on a vu, en 1840, M. Roche logé dans une embrasure de fenêtre du même appartement occupé par M. Faye; et Maraldi H l'aurait occupé ensuite probablement avec ses trois cousins à la mort de son oncle en 1729. La seule objection qu'on puisse opposer à cette supposition est le silence de Cassini IV sur la présence des Maraldi dans cet appartement; mais la vacance d'un logement de cette importance à l'Observatoire pendant vingt-cinq ans n'est-elle pas mille fois plus improbable qu'un oubli de Cassini dans une liste écrite au courant de la plume, sans prétention chronologique, où le nom de Rœmer ne figure d'ailleurs pas non plus?

Grandjean de Fouchy, lorsqu'il vint occuper cet appartement

lOa CHAPITRE VII.

en 1744? le trouva, paraît-il, en assez mauvais état. « En allant prendre, selon l'usage, l'attache de M. Orrj, alors Contrôleur général des finances et Directeur des bâtiments, M. de Fouchjlui proposa d'y faire faire quelques réparations pour s'j loger; le Ministre trouva la proposition raisonnable et envoya des Contrôleurs qui firent monter les réparations à plus de 3oooo livres.» M. de Fouchy de se récrier et d'affirmer au Ministre que les réparations ne monteraient pas à plus de 12000 livres. M. Orry approuve ses devis et promet le remboursement. Sur cette promesse , de Fouchy fait exécuter les travaux à ses frais. Mal lui en prit, car lorsque après avoir vainement sollicité les Contrôleurs généraux qui s'étaient rapidement succédé de M. Orry à Turgot, il put enfin se faire écouter du Comte d'Angiviller en 1776, on lui rappela que les Inspecteurs chargés en 1704 de la vérification des travaux n'avaient trouvé que de mauvaises constructions exécutées dans la Tour de l'Est pour sa commodité personnelle, et il dut se contenter d'une indemnité de 2000 livres ; c'était peu pour de Fouchy. Pour nous, c'est un renseignement précieux qui, rapproché de plusieurs indications trop brèves éparses dans les notes manuscrites de Cassîni IV, nous permet d'affirmer que la Tour orientale elle-même avait été envahie parles logements. Il paraît qu'elle avait été divisée en deux dans sa hauteur, et c'était dans l'entresol ainsi obtenu qu'on avait fait de nouvelles chambres. Ces constructions ont d'ailleurs disparu, c'est Cassini qui nous le dit, lors de la grande restauration de l'Observatoire.

Mais Grandjean de Fouchy avait eu une compensation ; dès 1 737, le mauvais état des voûtes supérieures de l'Observatoire, surtout dans cette partie de l'Est, où des tassements s'étaient produits dès l'origine de la construction, avait amené des infiltrations qui rendirent son appartement presque inhabitable. Il le quitta, mais en recevant de la générosité royale une indemnité annuelle de 1800 livres.

D'autres furent moins difficiles que lui. L'abbé Chappe demanda et obtint l'appartement de de Fouchy ; après Chappe, mort si malheureusement en Californie en 1769, ce fut Jeaurat (Hist, de l'Académie, 1769, p. 147, note) qui occupa la partie encore habitable de ce logement jusqu'en 1787, où il fallut tout démolir. Jeaurat dut alors, comme Cassini, chercher asile hors de l'Obser-

DESCRIPTION DE l'oBSER V ATOI RE. I03

vatoîre, rue Saint-Jacques, 274? d'après M. Maîndron. Le Roi lui accorda pour Vy aider une indemnité annuelle de 5oo livres. Cette indemnité ne lui fut pajée, comme celles de Cassini et de Legentil, que jusqu'au i®'* juillet 1789 (Lettres de M, de Villedeuil à Cassini IV Au 21 novembre 1788 et du 19 janvier 1790, Arch. de l*Obs., D. 5. 4o). Nous le retrouvons en 1793 dans l'appartement du rez-de-chaussée (Décision du Comité de l'Instruction publique) et peu après dans la pelite maison de l'entrepreneur Michaux (Décision du Bureau des Longitudes du 3o frimaire, an IV). C'est là qu'il mourut, en i8o3, à l'âge de 78 ans.

Ce sont les habitants de l'appartement du deuxième étage qui eurenl, jusque \ers 1780, la charge des observations météorologiques et magnétiques qui se sont poursuivies presque sans interruption à l'Observatoire depuis sa fondation. Elles furent faites d'abord à des époques irrégulières par l'abbé Picard et par J.-D. Cassini. On trouve presque chaque jour dans le Journal de Cassini les observations du thermomètre et du baromètre; il notait aussi l'état du ciel et la force du vent, souvent sa direction, d'après l'orientation des nombreux moulins que l'on voyait de l'Observatoire. Comme l'observation du tube de Torricelli ne permettait giière de suivre les petites variations de la pression atmosphérique, il plaça, dans la fenêtre nord de la Tour orientale, le 4 janvier 1673, un nouveau baromètre rectangle, dont une des branches était verticale, l'autre horizontale et ouverte. La branche verticale se terminait par une chambre de grand diamètre par rapport à celui de la branche horizontale, de sorte qu'à une très faible variation de la pression atmosphérique correspondait un déplacement considérable du mercure dans la branche ouverte. Cassini fît aussi pendant quelque temps des observations avec un baromètre à eau qu'il installa le 2 août i683 dans le puits des caves. Enfin, avec Mariotle et Huj^ghens, il observa fréquemment la température au fond de ces caves et la différence de pression en ce lieu et sur la plateforme de l'Observatoire. Mais les observations paraissent peu précises : le 22 janvier 1673, on trouve une variation de 3 ^ lignes, le 10 et le i3 juillet 1700, elle n'est que de 2 lignes.

Les observations météorologiques devinrent continues et régulières à partir de la venue de Ph. de la Hire en 1682. Le thermo-

mètre était placé à l'ombre dans la Tour de l'Est, ouverte par le haut; dans cette tour et dans la salle attenante, étaient plusieurs baromètres qui, bien que construits avec soin et donnant dans la chambre barométrique les lueurs découvertes par Picard quand on agite le mercure, ne s'accordaient guère entre eux; la différence, au dire de la Hire, allait à 3 lignes, et doit être attribuée à la qualité du mercure.

Après lui, son fils, puis les deux Maraldi, Grandjean de Fouchy, l'abbé Chappe et enfin Jeaurat, continuèrent à observer ces instruments. En 1778, il n'y avait pas à l'Observatoire d'autre baromètre que celui de Jeaurat.

Nous verrons au Chapitre suivant à quelle occasion les observations pluviométriques furent inaugurées par Sédileau. Après lui, en 1690, elles furent reprises par Ph. de la Hire, qui installa son pluviomètre au sommet de la Tour de l'Est; c'était un bassin carré en plomb de 2 pieds de côté, d'où l'eau recueillie était conduite par un tuyau jusque dans l'appartement de l'observateur. Ces mesures furent continuées par les astronomes déjà cités jusqu'à l'époque de la grande restauration de l'Observatoire.

La première détermination de la déclinaison de l'aiguille aimantée fut faite à l'Observatoire le jour du solstice d'Été 1667, lorsque les astronomes de l'Académie vinrent déterminer l'orientation du bâtiment qu'on allait construire. L'abbé Picart et Cassini en firent ensuite de loin en loin quelques mesures. Mais ce fut encore Ph. delà Hire qui commença la série régulière des observations en i683. L'aiguille qu'il employait avait 8 pouces de long; elle était renfermée dans une boîte rectangulaire en bois dont il orientait une des faces, parallèle à la ligne du zéro de la graduation, en l'appliquant contre le mur de la terrasse basse à son extrémité sud. Il avait vérifié, dit-il, la position de ce mur par le passage du Soleil au méridien, en y appliquant une grande règle qui portait à ses extrémités deux pinnules par où passaient les rayons du soleil; l'ouverture de la pinnule objective et le trait marqué sur l'autre étaient dans une ligne exactement parallèle au côté de la règle qui s'appuyait sur la face du pilier ( * ).

( ' ) Mémoires de V Académie pour 1702, p. 7. — Dans ses Recherches sur les

DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE. Io5

Plus tard, Ph. de la Hire employa de la même manière une aiguille de i3 -j pouces enfermée dans une boîte en pierre de liais.

Ses successeurs aux observations météorologiques continuèrent de la même façon les déterminations de la déclinaison, jusqu'à Maraldi II, qui trouva plus commode de tracer une ligne méridienne sur le parapet ouest de la grande terrasse; d'après Cassini IV, cette ligne se trouvait sur la onzième pierre à partir de l'angle sud entre le quatrième et le cinquième tilleul {Journal des observations et Histoire céleste pour 1777). Après le départ de cet astronome pour l'Italie en avril 1770 (*), quelques déterminations furent encore faites par Le Monnier et Cassini IV; elles cessèrent en 1773 et ne furent reprises qu'en 1777, après que Cassini eut installé à l'Observatoire la colonne et la boussole de Le Monnier. Je reprendrai dans le Chapitre XV l'histoire de cette nouvelle installation.

observations magnétiques faites à i* Observatoire de Paris {Annales de l'Observatoire, t. XIII des Mémoires, p. A i à p. A ^o), M. G. Rayet, trompé par cette expression de pilier que La Hire emploie à plusieurs reprises, a cru qu^il s'agissait d'un pilier spécialement construit pour les observations magnétiques. Je n'ai trouvé nulle part l'indicalion de l'exi.stence d'un tel pilier. En d'autres endroits, La Hire, qui répèle chaque année que l'observation a été faite au même lieu, dit expressément qu'elle a été faite « contre le mur de la terrasse vers le midy ». {Mémoires de r Académie pour 1704, page 5.) Cassini IV affirme également que les anciens observateurs orientaient leur boussole en l'appliquant contre le mur de la terrasse. L'expression exacte de La Hire est d'ailleurs celle-ci : « J'en fais toujours les observations contre un des piliers de la terrasse basse de l'Observatoire. » Il ne parle donc pas d'un pilier spécial, mais d'un des piliers d'angle du mur de la terrasse. La seule ambiguïté est de savoir s'il se plaçait sur la terrasse inférieure dans le jardin de Cassini, ou dans le fossé au-dessous de cette terrasse.

(^) M. Rayet cite une observation faite en juillet 1770 qu'il attribue à Maraldi; c'est évidemment une erreur.

DESCRIPTION DE l' OB SER VATOIRE

(SUITB. )

La plate-forme ou terrasse supérieure. — Le petit Observatoire. — Les observations pluviométriques. — Les expériences sur la vitesse du son. — Un canon sur l'Observatoire.

Le tableau que nous montrent les anciennes vues de l'Observatoire avec sa terrasse supérieure couverte de quarts de cercle et de lunettes, autour desquels circulent de nombreux observateurs et curieux, a bien pu représenter la réalité en des occasions exceptionnelles, lorsque la Cour venait en grand apparat y observer une éclipse de Soleil, une flamboyante comète, ou quelque autre phénomène accidentel. En réalité, pas plus alors qu'aujourd'hui, les observations qui se font dans un observatoire ne sont celles qui se font sur la place Vendôme ou sur la place du Carrousel. Ni les instruments, ni les astronomes ne peuvent pendant de longues nuits rester exposés en plein air; il faut d'ailleurs un abri aux instruments, sous lequel ils puissent être conservés à demeure, parce que des transports fréquents les exposent à être faussés ou même brisés; il faut aux observateurs un abri qui, tout en leur laissant libre la vue de la région du ciel qu'ils explorent, les protège suffisamment contre le froid et le vent.

Mais tel n'était pas Tidéal de Perrault. Les astronomes qui observaient à la Bibliothèque du Roi ou aux Galeries du Louvre se plaignaient de n' j avoir pas l'horizon découvert de tous côtés ; l'observatoire qu'on bâtissait pour eux devait donc réaliser ce désir. Les grandes salles inférieures seraient consacrées aux séances et aux

DESCRIPTION DE L*0BSE11V ATOIRE. I07

collections de l'Académie ; aux astronomes était réservé le haut du bâtiment. Aussi, malgré qu'un toit en terrasse soit pour ainsi dire un contre-sens architectural sous le climat de Paris, on n^iésila pas à le construire, et on le fit avec un luxe de précautions qui semblaient devoir lui assurer une durée éternelle. Toutes les voûtes furent recouvertes d'une chape épaisse de ciment, sur laquelle fut assis un pavé formé de petits carreaux de pierres à fusil de 5 pouces de côté sur 3 pouces d'épaisseur, nojés eux-mêmes dans du ciment. Les travaux durèrent de 167 1 à 1677 ; on y employa 5o45o pavés qui étaient amenés du Havre par la Seine; le prix total de la construction de la plaie-forme s'éleva à 14089*" 12" a**. Une double pente très légère amenait les eaux de pluie dans des tujaux de dégorgement montés dans deux tourelles elliptiques aux angles du grand bâtiment et des tours octogonales.

« Le ciment île Perrault était si bon que lorsqu'il fallut, cent ans après, démolir les voûtes, on a eu toutes les peines du monde à Tcnlcver et à le détruire partout où l'eau n'avait pas pénétré ; on ne pouvait Tarracher que par gros morceaux, Toutil faisait feu dessus. » (Cassini, Mémoires pour servir, etc., p. 4^, en note.)

Les véritables causes de la détérioration de la terrasse furent les tassements des murs dont nous avons déjà parlé.

Pendant toute l'existence de celte plate-forme, la tête du grand escalier E, par où l'on y accédait, ne fut abritée que par un simple auvent, dont la hauteur n'excédait pas celle de la balustrade. Après la reconstruction de la terrasse supérieure sous sa forme actuelle, il en fut encore de même pendant de longues années, malgré les dégradations que les pluies et la neige produisaient dans l'escalier aussi mal protégé. En 1793, Cassini signalait en vain au Bureau des Longitudes la nécessité de recouvrir définitivement cette entrée; malgré l'urgence du travail, il ne fut pas encore exécuté. Je n'ai pu trouver l'époque à laquelle on se décida enfin à construire en maçonnerie la tète de cet escalier.

La plate-forme au-dessus du bâtiment central (Voir P/. IJC, fig, I, le plan de cette ancienne plate-forme) était entourée de tous côtés par une balustrade en pierre, qui a près d'un mètre de haut ; on pouvait donc s'y promener sans crainte ; mais, sur la Tour du Nord, nous avons vu déjà (Chapitre II) qu'à la demande de Cassini, la plate-forme avait été surélevée au niveau de la balustrade

elle-même. On y montait par les gradins nn. Il n'était pas sans danger de se tenir la nuit sur un espace aussi restreint, où rien ne préservait l'observateur d'une chute de 27™ de haut. Chose singulière, le service des Bâtiments royaux se refusa toujours à l'entourer d'un garde-fou ; en 1 780, Cassini IV, dans un moment de méchante humeur, écrivait à M. d'Angiviller qui n'admettait pas encore ses projets :

« Vous avez vu tout d'un œil si défavorable que vous avez refusé jusqu'à un garde-fou sur une plate-forme élevée de 85 pieds et de i5 toises carrées de surface^ quoique depuis cent ans on ne cesse de réclamer à ce sujet. Vous dites qu'il y a un appui suffisant, je vous en demande mille pardons, mais celte assertion est fausse, on vous a trompé.»

Cassini eut beau dire, la plate-forme fut démolie avant qu'il n'ait obtenu son garde-fou.

Au-dessous de cette partie surélevée de la plate-forme était ce que Jean-Dominique Cassini appelait le petit Observatoire; nous avons vu comment il était construit; on y accédait du bas par l'escalier tournant qui part du rez-de-chaussée de la Tour du Nord, et de la plate-forme on y descendait par les marches N. Dans les projets primitifs de Cassini, on devait y observer particulièrement au zénith par l'ouverture S; des fenêtres avaient été percées pour donner la vue de la région nord du ciel. De plus, de part et d'autre de la porte d'entrée N sur la terrasse, on avait placé deux quarts de cercle muraux. Il ne semble pas cependant qu'il ait été fait beaucoup d'observations dans ce petit observatoire ('). Cassini nous apprend lui-même qu'il fit enlever bientôt les deux quarts de cercle pour les transporter à un étage inférieur dans les deux tours de l'Est et de l'Ouest. Les astronomes ne pouvaient sans grande fatigue monter jusqu'à la partie supérieure de l'Observatoire et y rester à peu près sans abri.

Un autre endroit dangereux était le passage du grand bâtiment central à la tour de l'Est qu'on avait laissé découverte ; là, du moins, une grille dmg fermait l'approche de cette grande ouverture. Mais^

(^) Jacques Cassini y observa en 1718, avec Maraldi et Gabriel de la Hire, au retour du voyage qu'ils avaient fait pour prolonger jusqu'A Dunkerque l'arc de méridien de Picard. Je ne connais pas d'autre observation faite en ce lieu. ( Voir Chapitre X.)

comment la voûte du premier étage de cette tour était-elle protégée contre la pluie et la neige? Je n'ai pu trouver aucun renseignement à ce sujet.

On voit en 6, 6, les escaliers par où Ton descend à l'ouverture du gnomon de la salle de la Méridienne.

Quant à la tour de l'Ouest, le sommet en était de plain-pied avec la grande plate-forme.

« Au milieu on avait laissé, dit J.-D. Cassini, un espace creux propre à recevoir un grand hémisphère concave pour pouvoir y observer le cours journalier du Soleil par le moyen de Tombre d'une boule élevée à son centre ; c'est l'instrument appelé par les Anciens scaphe; on y devait marquer par observation immédiate les traces journalières de l'image du Soleil dans les solstices, comparées à celles des autres jours de l'année, aiïectées des différentes réfractions. Ces traces auraient été divisées par des points horaires, à l'aide d'une pendule, et auraient fait connaître l'inégalité des arcs horaires causés par les réfractions des rayons solaires. En attendant la construction d'un semblable instrument, je fis placer dans ce lieu enfoncé un grand quart de cercle construit par Gosselin, et divisé avec soin par Le Bas. Un coup de vent terrible le renversa dans la nuit du 21 au 22 septembre 1671 et le rendit inutile aux observations. » ( Vie de J,-D, Cassiniy p. 295.) Le sieur Gosselin fut chargé de la réparation de cet instrument. {Journal des obs. de Cassini I et HlU, céL de VObs, de Cassini IV,)

J.-D. Cassini avait bien pu concevoir, à son arrivée à Paris, ce projet rétrograde de ressusciter au xvii*' siècle un instrument des astronomes d'Alexandrie. N'avons-nous pas vu de nos jours un géomètre célèbre proposer sérieusement et essayer de substituer aux objectifs de Secrétan ctde Foucault les antiques lentilles simples de Cassini pour l'observation du Soleil! Cassini, du moins, eut le bon esprit de ne donner aucune suite à son premier dessein, dès qu'il eut vu les merveilleux effets des lunettes appliquées aux quarts de cercle par Picard et qu'il eut constaté la précision des résultats qu'on pouvait obtenir à leur aide. Le trou de la tour de l'Ouest fut laissé vacant, et Sédileau en profita pour y installer ses appareils destinés à la mesure de la pluie et de l'évaporation à la surface du sol.

Les observations pluviométriques à l'Observatoire n'ont pas eu, à l'origine, un but purement scientifique ; elles furent, comme bien d'autres travaux de l'Académie, entreprises pour le service du Roi.

IIO CHAPITRE VllI.

A Toccasion des grands réservoirs que l'on construisait à Versailles pour alimenter les bassins et les jets d'eau, Louvois demanda à TAcadéniie « d'examiner ce que les pluies qui tombent dans les plaines d'alentour pourraient fournir d'eau pour entretenir ces réservoirs, et il chargea spécialement Sédileau de s'j appliquer ». Celui-ci se fit faire deux cuvettes d'étain, l'une longue de 2 pieds, large de i pied et demi et aussi haute que large, pour recevoir l'eau de la pluie et en mesurer la quantité; l'autre longue de 3 pieds, large de 2 pieds et haute d'un peu plus de 2 pieds pour observer la quantité d'évaporation. Il renferma chacune de ces cuvettes dans une caisse en bois de plus grandes dimensions et fit remplir de terre tout l'intervalle vide, afin qu'il n'j eût que l'ouverture du haut qui fût exposée à l'action du soleil et du vent.

Les observations commencèrent le 1" juin 1688 et se terminèrent le 3i décembre 1690, Sédileau étant tombé malade {Mémoires de V Académie, t. X, p. 3i). L'observation de la quantité de pluie se faisait en recueillant l'eau de la cuvette par un robinet dans un vase cubique de 3 pouces de côté, dont la contenance correspondait à une hauteur de pluie de trois quarts de ligne. On mesurait la quantité d'évaporation en déterminant la hauteur dont baissait le niveau de l'eau qu'on avait mise dans la deuxième cuvette, et tenant compte, d'après la première mesure, de la quantité d'eau qu'avait pu apporter la pluie. Les Comptes des Bâtiments du Roi, qui nous donnent le nom du fabricant de ces cuvettes, le sieur Villette, et leur prix, 169 livres, nous apprennent en même temps un détail plus intéressant : Sédileau fut aidé dans ses observations par Cusset, et ils avaient placé auprès de leurs appareils des thermomètres et un baromètre construits par Hubin, émailleur. Nous avons vu, au Chapitre précédent, comment ces observations furent continuées jusqu'en 1787.

La plate-forme de l'Observatoire rappelle le souvenir d'expériences célèbres, qui y furent exécutées par les astronomes de l'ancienne Académie : je veux parler de la détermination de la vitesse du son dans l'air. Les premières expériences sont du 23 juin 1677. On lit dans les Procès-verbaux de V Académie :

« Le samedi 26» de juin 1677, la Compagnie étant assemblée... M' Picard a fait son rapport de l'observation qu'il a faite avec Mrs. Cassini et Rœmer

DESCRIPTION DE l'oBS ERV ATOI RE . III

le 23« de juin, touchant le temps qui est entre la lumière et le bruit. Ayant mesuré exactement Tespace qui est entre l'Observatoire et la Grève qui a esté trouvé de 1280 toises et le son des canons et des fusées (i) s'entendait 7 secondes de temps après qu'on avoit veu le feu. M'Rœmer ayant esté en mesme temps à Ghastillon, dont la distance est environ le triple de celle qui est de l'Observatoire à la Grève, il entendait le son 21 secondes après, et il jup^eoit du bruit des fusées quand elles se dissipaient en estoilles. »

On remanjuera que ces expériences, tout imparfaites qu'elles ont été, donnent exactement la même vitesse du son qui résulte des expériences de 1822, exécutées à la même époque de l'année, 356" par seconde.

En 1738, l'Académie chargea Cassini de Thurj, Maraldi et l'abbé delà Caille de reprendre cette détermination. L'Observatoire fut encore le lieu d'où se donnait le signal du commencement des expériences par la détonation d'une boîte d'artifice. Les canons étaient placés à Montmartre au pied de la pyramide élevée sur la trace de la méridienne de TObservatoire, et à la tour de Montlhéry. Des observateurs étaient encore postés d'abord au moulin de Fontenaj-aux-Roses, puis à l'Hay, presque exactement sur la méridienne. Les mêmes observateurs répétèrent ensuite les expériences entre Montmartre et Dammartin. Ils y consacrèrent presque toutes les soirées et les nuits de la deuxième quinzaine du mois de mars, opérant par tous les temps, sous la pluie ou sous un ciel serein, avec des vents forts ou nuls, souftlant dans des directions variées; ces expériences, relatées en détail par Cassini dans les Mémoires de l'Académie pour 1738, p. 128, présentent, quoi qu'en dise Arago, un ensemble bien plus complet que celles qui furent exécutées par le Bureau des Longitudes en iSaa, les 21 et 22 juin.

En 1784, au mois d'avril, Cassini IV proposa au baron de Breteuil d'établir sur la plate-forme de l'Observatoire un canon dont la détonation annoncerait chaque jour le midi vrai aux habitants de la Capitale. On sait qu'à cette époque, l'heure civile était encore réglée sur le temps vrai, de sorte qu'il fallait chaque jour remettre

(') C'était les bombardes et les fusées du feu d'artifice tiré sur la place de Grève à l'occasion du feu de la Saint-Jean.

112 CHAPITRE VIII.— DESCRIPTION DE l'OBSERVATOIRE.

à l'heure les montres et les horloges, dont la marche théoriquement uniforme ne pouvait suivre le mouvement varié du Soleil (*). Les horlogers s'évertuaient de leur mieux à construire des horloges à équations; les Mémoires de l'Académie et les Traités d^ Horlogerie du temps sont remplis de la description de pareils instruments; mais elles étaient d'un usage peu sûr, et la proposition de Cassini méritait d'arrêter l'attention du Ministre; c'est, je crois, pour la première fois qu'un observatoire proposait de donner l'heure au public. Malheureusement, ce projet ne put être admis.

a J'ai examiné, Monsieur, votre proposition; elle m'a paru digne de votre zèle et de l'attention que vous donnez aux objets qui vous sont confiés ; mais l'exécution de vos vues parait souffrir quelques difficultés. Je craindrais que le séjour habituel d'un canon sur la terrasse de l'Observatoire et l'explosion journalière que vous proposez n'ébranlassent le bâtiment, qui, lorsque je l'ai vu, il y a quelques années, me parut dès lors avoir besoin de beaucoup de réparations, u {^Lettre du baron de Breteuit du 23 avril 1784.)

En 1793, les voûtes supérieures de l'Observatoire avaient été reconstruites avec toute la solidité désirable. Cassini revint alors sur sa proposition. Dans le projet de règlement pour l'Observatoire, présenté en juin 1793 au Comité de l'Instruction publique, il introduisit un article additionnel ainsi conçu : « 11 y aura sur la plateforme de l'Observatoire national un canon de 12 livres de balles, pour annoncer tous les jours à la Capitale l'heure du midi vrai. » Cassini dut donner sa démission le i""" septembre de la même année, son projet ne reçut pas d'exécution.

(^) L'introduction du temps moyen dans l'usage civil ne date que de i8a6.

LES SÉANCES DE L^ACADEMIE ET LES VISITES PRINCIÈRES A l'observatoire.

Séances extraordinaires de l'Académie. — Visites de Colbert, de Halley, du Dauphin. — Louis XIV à l'Observatoire. — Un entretien du Roi avec Cassini. — Visite du Roi d'Angleterre, de Pierre le Grand. — Louis XV Astronome. — J. Bernoulli et Piazzi à Paris.

L'Observatoire, dans le premier projet de Colbert, devait être le lieu de réunion de l'Académie des Sciences. « Mais la tenue des assemblées de ce Corps savant dans un lieu aussi éloigné du centre de la Capitale ne pouvait guère avoir lieu; le mélange des objets d'Astronomie, de Mécanique, de Chimie, n'eût causé que gêne et confusion ; enfm le rassemblement de tous les astronomes observant dans le même lieu, avec les mêmes instrumens, eût peut-être été plus nuisible qu'utile aux progrès de l'Astronomie. » (Cassini IV, Mémoires pour servir.,,^ p. 184.) L'Académie continua à tenir ses séances du mercredi et du samedi à la Bibliothèque du Roi; enfin, en 1699, l'abandon de l'Observatoire comme lieu de réunion fut définitivement consacré par l'installation de l'Académie au Louvre, dans le petit appartement du Roi, que Sa Majesté lui concédait. La première séance eut Heu dans cet appartement le 29 avril 1699. {Voir Maindron, V Académie des Sciences, i vol. in-8, Félix Alcan, p. 26.)

L'Académie ne vint donc à l'Observatoire que dans des circonstances exceptionnelles. La première réunion fut celle des mathématiciens et des astronomes qui, le 21 juin 1667, déterminèrent l'orientation du futur bâtiment; j'en ai rendu compte au Chapitre L C. W. 8

Il4 CHAPITRE IX.

Le 3 el le lo juillet 1668, <( on se réunit à l'Observatoire pour} faire des expériences sur les forces mouvantes ». {Procès-verbaux manuscrits de VAcad, des aSc, t. III, p. ^7.) Dans cette assemblée extraordinaire, on fit, sous la direction de Roberval, différents essais sur la force de traction de Thomme et du cheval. \J Histoire de V Académie , par Duhamel, ne parle que de la séance du 10 juillet.

Le vendredi 12 mai 1678, assemblée extraordinaire à laquelle assiste Colbert. Cassini en a donné le réci t en latin dans son Journal autographe des observations faites à C Observatoire de Paris de 1671 à 1674 (Registre in-folio, Arc/i. de l'Obs., D. i. 5). Malheureusement, l'écriture de cet astronome est parfois presque illisible. Son arrière-petit-fils Cassini IV, dans son Histoire céleste, a essayé de donner une traduction, ou plutôt une paraphrase de ce récit, mais n'a pas pu en déchiffrer tous les mots. Grâce au concours du savant bibliothécaire de l'Institut, M. Rébelliau, je crois pouvoir en donner le texte exact et complet, à l'exception d'un seul mot.

« Die 12 post meridiem venit in observalorium D. Colbert cum D. Duce Cevrose (*) totaque Academia. Vidit îlle primo observationes has et presertim precedentis diei, deinde Itinerarium meuni estatis precedentis (2) tum libcllationis melhodum D. Marioti. Inde experientias chimicas D. de Clos, ElementaD. Roberval, Aritmetica D. Frenicle acdemum Telescopia D. Borelli Divini Gampani. In terra primas dédit (•) Thelescopio Divini peduni 4^ P- q> telescopiis(?) Borelli pedum 5o. idem eventus fuit in Celo inspecto 1^, Thelescopium Campani pedum 35 (sed ut deinde vidimus maie locato obiectivo) in terra cessit telescopio Borelli pedum 36. At in Celo inspecta Venere Telescopium Campani palmam tulit. »

« Yisum quoq.... Académie. Figura; D. Perault tum modulus globi celestis concavi et ratio delineandi circulum magnum ope frustri (*) cilindrici. »

Les essais des miroirs ardents de Villette furent aussi l!occasion de réunions à l'Observatoire. Cet artiste ayant apporté à l'Académie

(*) Charles-IIonoré d'Albert, duc de Chevrcuse, gendre de Colbert, venait souvent à l'Observatoire. Cassini signale sa présence, avec d'autres personnes, aux observations de la soirée du 8 mai. Cassini avait écrit d'abord : Duce de, puis il mit le C en surcharge sur de.

(") Voyage à Cette, Marseille et Toulon.

(') Primas dare, s.-ent. partes, donner lo premier rang.

(^) Frustrum, morceau, pièce de bois ou de métal.

SÉANCES DE l'aCADÉMIE ET VISITES PRINCIÈRES. Il5

le mercredi 3"" d'avril 1680 un miroir de /\i pouces de diamètre et de fojer, on décida de se réunir le samedi suivant à g^ du matin, au lieu de l'après-midi, à l'Observatoire pour en faire l'expérience, concurremment avec l'ancien miroir de 34 pouces. Ces expériences furent renouvelées au même lieu le samedi 6 juillet de la même année (Procès-verbaux manuscrits de r Académie).

Nous ne trouvons plus ensuite que des réunions partielles tenues à l'Observatoire.

« Le 16 avril 1682, il y eut assemblée à l'Observatoire de M'* Mariotte, Picard, De la Hire, Âuzout, Bourdelin, où >r Tschirnhausen exposa son invention des lignes décriptes par les réflexes (construction des caustiques par réflexion). Nous fîmes aussi l'expérience du phosphore, dont un petit morceau lié dans un linge prit feu quand on le développa. » (Journal des observations de Gassini I.)

Quelques autres réunions eurent encore lieu pour l'examen des objectifs de Campani, de Borel et de Lebas. Colbert ne dédaignait pas d'y prendre part. J'aurai occasion d'y revenir dans le Chapitre XI en parlant de ces objectifs.

Après le retour de Varin, Des Hajes et De Glos de leur expédition au Cap-Vert et aux Antilles, on lit dans les Procès-verbaux de r Académie :

« Le samedy 6« de mars i683. On a arresté que l'on ferait une séance à rObservaloire pour vérifier la longueur du pendule à secondes qui estoit moindre à la Gorée au Cap Vert, et proche de la ligne. »

On sait qu'à cette époque plusieurs savants attribuaient encore à la différence des températures les variations de longueur du pendule constatées par Richer et ses successeurs (voir Recueil de Mémoires sur le pendule. Introduction historique, p. 33). Mais il ne paraît pas que l'Académie ait donné suite à son projet de vérification.

Avant même que la construction du grand bâtiment fût terminée, l'Observatoire devint un but de promenade pour les seigneurs et les dames de la Cour, auprès de qui Cassini était en grande faveur (voir Vie de Cassini par lui-même, dans les Mémoires pour servir,,,^ p. 391). Cet astronome a noté souvent dans son Journal les visites qu'il recevait, et il se plaint d'être fréquemment dérangé

Il6 CHAPITRE I\.

(le son travail. Les souterrains surtout attiraient la curiosité des dames; Cassini eut l'honneur d'y conduire la duchesse de Luxembourg le 20 janvier 1672, le 19 mai 1682 le prince et la princesse de Bournonville. Malheureusement les noms sont si mal écrits et parfois tellement défigurés qu'il est impossible de les reconnaître. Je ne puis oublier de noter la visite, le i4 décembre 1672, du Nonce du Pape et du Président de l'Académie de Gênes, à laquelle Cassini était affilié.

Plus intéressante pour lui fut la visite que lui fit Hallej, après son retour de Sainte-Hélène, lorsqu'il se rendait de Dantzig à Rome. Cassini le reçut à l'Observatoire, et l'amena à l'Académie le samedi 10 mai 1681.

(i Cet astronome y fit son rapport de l'observation qu'il a faite dansl'lsle (le Sainte-Hélène de Mercure dans le Soleil et de son Catalogue des principales étoiles australes. » {Procès-verbaux manuscrits de l* Académie Royale des Sciences, ^^rùe mathématique. )

A son retour de Rome, il passa de nouveau à Paris et, le 5 janvier 1682, il donna à Cassini des lettres du savant Jésuite le P. Eschinard.

Quelques jours après, le mercredi i4 niai, ce sont les ambassadeurs moscovites qui viennent visiter l'Observatoire. « Ils admirèrent particulièrement Vénus, quand ils la virent dans son croissant. » {Procès-verbaux de l'Académie, séance du 17 maj 1682.)

Pendant les premières années qui suivirent la fondation de l'Observatoire, nous n'y voyons venir ni le Roi, ni aucun membre de la famille royale. Il faut se rappeler que le bâtiment ne fut complètement terminé que vers 1682, que jusqu'en 1670, les Comptes des bâtiments du Bai font mention d'un Préposé à la construction de l'Observatoire, que par conséquent le gros œuvre ne fut pas terminé avant cette époque. On travaillait encore en 1677 au pavage <le la plate-forme. Il est assez naturel de croire que Colbert ne voulut montrer au Roi qu'un édifice entièrement achevé.

La première visite d'un membre de la famille royale fut celle du Dauphin. On lit dans les Procès-verbaux de V Académie des Sciences, t. VU, p. 96, au verso, la Note suivante :

SEANCES DB LACADEMIB BT VISITES PRINCIERES. II7

Mémoire de ce que Von a fait voir àMs^ le Dauphin à V Observatoire.

« Le 29* de mars 1677, Ms'' le Dauphin accompagné de MlVf les princes de Gonty et autres princes de la suitte alla à l'Observatoire royal, il monta sur la terrasse du haut de la maison d'où il considéra tout le dessein et la situation du b&timent pour les fîns auxquelles il est destiné; et comme on avoit ouvert tous les trous des voûtes jusqu'au fond de la cave dont l'escalier est éclairé, il considéra cette profondeur qui est de a8 toises, dont on lui expliqua tous les usages. Il descendit de là dans la grande sale d'où il entra dans l'appartement de M' Picard, où il y avoit une machine pour faire expérience des jects par le vif-argent, dontM^'Blondel qui estoit présent avoit chargé M** Rœmer à dessein de vérifier si ce que Galilée et Torricelli avaient spéculé là dessus estoit conforme à l'expérience, ce qui fut trouvé tel. Il y avoit aussy des grandes lunettes pointées.

» II descendit ensuite dans l'appartement de M^* Cassini où il vit tous les desseings qui avoient esté faits de la Lune, et les diiïérences qui arrivent à cause de la variété de l'illumination et des diiïê rentes librations. Il vit aussy les desseings des mouvements des planètes, il fit expérience des trompettes à porter la voix. Il ne fut pas possible de luy faire voir rien dans le ciel parce qu'il estoit couvert. »

Enfin^ le i*' mai 1682 eut lieu la visite de Louis XIV. Voici la mention qu'en fait Cassini dans le Journal àe ses observations :

fl Le 28 avril à 4 heures après midy, je reçus un billet de Monseigneur Golbert qui me donnoit advis que le Roy doit venir jeudi prochain à l'Observatoire, mais il écrivit ensuite que cela étoit difi'éré à vendredi.

» Le premier de may. Mons' Dormois vint voir les apprêts qui avoient esté faits pour la venue du Roy et vit prendre l'hauteur méridienne (i).

D Monsi" Golbert vintdisner à l'Observatoire et visita ensuite les apprêts. M. le Duc de Vermandois le Duc du Maine le prince de Gonti et plusieurs grands de la Gour vinrent en suite. Le Roy arriva avec la Reine Monseigneur le Dauphin, Monsieur le Duc d'Orléans, Madame et Mademoiselle de Montpensier la Princesse de Gonti.

» Ils virent les lunettes les desseins de la lune les desseins de poissons et des autres animaux le puis fait par (pour) l'observacion des étoilles verticales le parterre géographique les pendules la grande Sale le globe de la Lune la terrasse qui découvre tout Paris mais une pluie qui survint les obligea à descendre. »

( * ) Les Comptes des bâtiments du Bai donnent le chiffre de la dépense occasionnée par ces apprêts. On y lit au Tome II, col. aig : « i4 juin au S' Couplet, pour remboursement des menues dépenses faites à TObservatoire pour le mettre en état d'y recevoir le Roy. . . . Sa*". »

lia CHAPITRE IX.

Le lendemain, à la séance de rAcadéniie, il fut question de cette visite.

« Le samedi a™^ je may 1682. La C* estant assemblée M'* Cassini Picard et de la Hire ont fait leur rapport de ce que le Roy estant venu hier à rObservatoire, avoit vu les instrumens astronomiques; s'informa des observations que l'on y faisoit, considéra le travail que M*"' Sedileau et Ghazelles y font de la géographie corrigée par les éclipses des satellites de Jupiter et de la Lune. Il vit les descriptions des poissons dessinez par M"" de la Hire, et les figures des animaux qui y sont gravées. Il parut très satisfait de la beauté du bastiment, et particulièrement de l'escalier, a {P,V. deVAcad.)

Duhamel, dans son Historia B. Se, Academiœ, et Fontenelle d'après lui, parlent de la visite du Roi à peu près dans les mêmes termes, sans ajouter aucun détail intéressant. Mais tous deux commettent une erreur assez singulière en plaçant cet événement au 21 mai, qui fut un jeudi ; or le lendemain de la visite du Roi était jour d'Académie, donc un samedi. D'ailleurs, à la date du 21 mai, le Journal d'observations de Cassini ne signale que les observations courantes du thermomètre et du baromètre (* ).

Cette visite du 1"' mai avait été interrompue par la pluie, il fut question de la renouveler. Le lendemain 2 mai, Cassini se rendait à Saint-Cloud en barque, et là, à la table du Roy, M. d'Aumont dit que le Roy serait retourné à l'Observatoire et qu'il aurait fallu choisir le neufvième. «Je le répétais, dit Cassini, à Monseigneur Colbert qui me dit qu'il fallait tenir tout prest. Je le priais d'ordonner à M. Dubois (?) de venir faire travailler pour la réparation des lunettes de la grande terrasse. » {Journal des observations de Cassini. ) Mais ce projet n'eut pas de suite.

La visite du i^*" mai 1682 paraît être la seule que Louis XIV ait faite à l'Observatoire. Il est vrai que Cassini, dans son Autobiographie, semble dire que le Roi j serait venu peu de temps après 166g. Dans les premiers temps après son arrivée en France, Cassini ne parlait qu'en italien au Roi et aux princes, et en latin à l'Aca-

(•) U Histoire de V Académie, à la même époque, contient encore une autre erreur de date. Un tremblement de terre fut ressenti à Paris, à Versailles et à Port-Royal à "i^ après minuit dans la nuit du zi au la mai d'après le Journal de Cassini et les Procès -ver baux manuscrits de V Académie; V Histoire de l'Academie dit qu'il eut lieu le i3 à 2^^ du matin.

SÉANCES DE l'aCAOÉHIE ET VISITES PRINCIÊRES. II9

demie. Mais, pressé par ses confrères, il fit tous ses efforts pour parler en français, et il y réussit si bien qu^au bout de peu de mois, « m'étant trouvé, dit-il, à l'Observatoire avec le Roi, S. M. eut la bonté de me faire compliment des progrès que j'avais faits dans la langue française. » ( Vie de J.-D. Cassini dans Mémoires pour servir,,., p. 292.) Mais il faut remarquer que Cassini écrivait ceci en 17 10, quarante ans après son entrée à l'Observatoire, et que, s'il n'avait pas oublié le compliment du Roi, il n'avait peut-être plus le souvenir bien exact du lieu où il l'avait reçu. D'ailleurs, ni dans son Journal^ où Cassini relate jour par jour ses occupations et les visites de bien moindres personnages, ni dans les Comptes des bâtiments, il n'est question d'aucune autre visite que de celle de 1682.

Il ne faudrait pas conclure de la rareté de ces visites à l'indifférence des souverains pour les choses de l'Astronomie. Louis XIV et surtout Louis XV en étaient au contraire fort curieux. Si la Cour ne venait pas souvent à l'Observatoire, l'Observatoire allait fréquemment à la Cour dans ses diverses résidences, toutes les fois qu'il se présentait dans le ciel quelque phénomène extraordinaire.

ff J'avais l'honneur, dit Cassini, devoir souvent le Boi qui prenait plaisir à entendre parler des observations astronomiques. S. M. avait la bonté de me donner l'heure pour me rendre dans son cabinet, où je restais longtemps à l'entretenir de mes projets pour faire servir l'Astronomie à la perfection de la géographie et de la navigation. »

J'ai trouvé dans les Archives de l'Observatoire la relation, écrite en entier de la main de Cassini, d'un de ces entretiens qu'il eut avec le Roi. La date n'en est pas indiquée ; mais il eut lieu pendant que Varin et Deshayes étaient à Dieppe, se préparant à partir pour le Cap- Vert, donc en novembre ou décembre 1681. Cette conversation me paraît assez intéressante pour que je la transcrive ici tout entière. Elle met bien en relief l'immense service rendu à la Géographie par Cassini et ses collaborateurs, et elle dénoie en même temps chez Louis XIV une intelligence des problèmes de cette science qu'on ne pouvait guère s'attendre à rencontrer chez un prince dont l'éducation, au dire des historiens, avait été fort négligée.

Note manuscrite de J.-D. Cassini sur un entretien qu'il parait avoir

eu avec le Roi.

a Je voudrais faire voir à Vostre Majesté un travail de grande importance que j'ay entrepris de faire de concert avec l'Académie des Sciences sur les Cartes, une méthode de faire les cartes de la Géographie et de la navigation par une méthode juste et qui fait conoitre les grandes erreurs de toutes les Cartes qui ont esté faites jusqu'à présent que nous avons desia (déjà) pratiqué dans les cartes de la France et [en autres pays plus éloignés. (L'expérience) a fait conoitre que les lieux proches de Paris sont placés assez juste mais les lieux éloignés sont placés très mal.

» Les Géographes disposent tous les lieux dans les Cartes par le moyen de la longitude qui est la distance du méridien de chaque lieu au premier méridien en degrés des parallèles, et par la latitude qui est la distance du parallèle du même lieu à l'équinoxial en degrés du méridien. Ils tirent donc le méridien par le moyen de la longitude et le parallèle par le moyen de la latitude, et dans l'intersection de l'un et de l'autre ils placent le lieu proposé. Les latitudes ont été placées dans les cartes par les observations du pôle qui estant fixe dans le ciel a touiours la mesme élévation sur l'horizon qui fait conoitre la latitude mais les longitudes n'ont jamais esté placées que par l'estime des distances des lieux qui sont sujettes à de grandes fautes. La mesme chose se fait dans les navigations, on détermine la latitude du lieu ou on est par l'observation des astres et les longitudes par l'estime du voyage aidée de boussole qui fait conoitre le vent par lequel le navire est poussé Car le mouvement du ciel d'orient en occident n'a pas un terme fixe visible auquel l'on puisse régler les longitudes c'est pourquoi les distances des lieux éloignés prises d'orient en Occident sont fort douteuses. Mais nous déterminons par les observations des astres aussi bien les longitudes que les latitudes, ce que nous faisons par le moyen des éclipses des satellites de Jupiter qui arrivent tous les jours au lieu que celles de la Lune qui peuvent aussi servir à cet usage n'arrivent pas tous les ans ou de six en six mois.

» J'ai réglé le mouvement de ces planètes de sorte que je puis calculer l'heure et la minute qu'il doivent arriver. On se prépare donc à les observer en deux lieux différents dont on cherche la différence de longitude. Si l'observation est faite dans l'un et dans l'autre lieu à mesme instant c'est une marque évidente que ces deux lieux sont dans le mesme méridien. Si au temps de l'observation un compte plus de temps que l'autre celui qui en compte plus est plus oriental car le midi arrive avant à ceux qui sont plus a orient. Chaque minute d'heure de différence donne un quart de degré de différence de méridien.

» Comme cette carte de France qui est la meilleure que j'ay pu trouver met Paris et Dunkerque dans le mesme méridien, Un de l'Académie (^)

(*) La Hire, en 1681.

SÉANCES DE l'aCADÉMIE ET VISITES PRINCIÉRES. 121

est allé cet automne à Dunkerque observer les éclipses des satellites pendant que je les observais à Paris. Les observations des mesmes éclipses se trouve dans Tun et dans Tautre lieu à la mesme heure et la mesme minute ce qui marque qu'ils sont effectivement sur le mesme méridien comme cette carte représente. D'autres matematiciens ont observé à Rouen des éclipses que j'ai observé à- mesme temps à Paris, je les ai observez 6 min. et 20 seconde plus tard donc le méridien de Paris est plus oriental de celuy de Rouen de 1 degré 35 minute. La carte donnait deux degrés et 18 minutes. Au contraire ces années passées l'observa à Montpellier les mesmes éclipses que j'observay à Paris 6™ '20* plus (tard?). Donc Monpelier est plus oriental de Paris d'un degré et 35 minutes. La carte le fait six minutes plus occidental qu'il n'est en effect. Mais la latitude dans la Carte est un demi degré moindre que dans la vérité ce que j'ay observé arriver aussi en toutes les costes de la Provence.

» J'ay observé à Paris les mesmes éclipses i3 minutes et 52 secondes plus tard qu'à Royan qui est à l'embouchure de la Garonne ce qui fait voir que Royan est plus occidental de Paris de 3 degrés 28 minutes. La carte (abonde?) icy plus de 19 minutes.

(Ici une page blanche dans le manuscrit.)

» Le Roy me demanda si les Latitudes qu'on détermine par les hauteurs sont bien marquées dans les cartes. Je répondis que dans les costes de l'Océan les latitudes sont prises autant justement que permet la grandeur et la justesse des instruments dont se servent les pilotes qui sont assez exercé a les prendre à cause du besoin qu'ils en ont dans les navigations de long cours. Mais que les latitudes des costes de la méditerranée sont moins justes comme j'ay trouvé dans celle que j'ay observé a Marseille a Toulon et a Nice et mons. Picard à Sete et a Montpellier parce que les pilotes de la Méditerranée négligent les hauteurs parcequ'ils n'en ont pas trop de besoin a cause du voisinage des costes qu'ils ont a septentrion et a midy. Sa Maj*^ répondit qu'il est vray que les Levantins ne sont point hauturiers, et qu'a cause de cela elle avait fait passer des matelots de l'Océan à la Méditerranée afin d'instruire les autres et les accoutumer à la navigation plus régulière.

» Sa Majesté me dit que M*" Golbert luy avait dit que j'envoiais a observer en des pais éloignés et que les Jésuites faisaient à la Chine des observations de correspondance aux miennes. Elle me demanda s'ils s'acquittaient de cette Commission.

» Je répondis que je le croyais a cause de la grande inclination qu'ils (montrent?) à ces observations et de leur habileté et des correspondances que nous avons ensenble, et parce que avant de se mettre en voyage nous avons observé longtemps ensemble de sorte que nous sommes asseurés de la correspondance juste des observations. Que leurs missions leur donnent commodité d'observer dans les lieux où d'autres matémati-

ciens ne pourraient pas aller comme à la Chine au Japon en Perse et en d'autres lieux de l'Orient.

» S. Majesté demanda aussi information des autres personnes qui travaillent à ces observations. Je luy parlay particulièrement de M** Picard et des observations qu'il a faites non seulement en France mais en Danemarque. De M'' Richer qui en a fait en Amérique, de M*^ de la Hire qui observe depuis trois ans dans les côtes de la France, de M** Varin et des Hayes qui sont allés observer aux Canaries.

» S. M^* demanda si ceux qui sont allés aux Canaries s'acquittent bien de leur commission. Je répondis que je les avois exercés longtemps jusqu'à ce que par les observations que je faisois de concert avec eux ie vis qu'il travailloicnt exactement, et qu'ils en avoient fait des essays a Rouen où ils ont séjourné quelque temps et que présentement ils observent à Dieppe (*).

j> Sa Majesté entra dans le détail de la méthode des observations et après que je l'eus expliqué il dit qu'il voit que le point principal de ces opérations estoit d'avoir l'heure bien juste des observations des éclipses. Je dis que cela est vray et qu'a cet effect on règle les horloges avec beaucoup de subtilité et d'artifice jusqu'à estre asseuré qu'elles ne s'éloignent pas du Ciel d'une seconde.

y> Sa Majesté me demanda comme je fais a correspondre à toutes les observations que les autres font en divers païs. Je lui repondis que a quelle heure de la nuit les observations arrivent je me tiens prest a les observer.

» Sa Majesté me dit qn'il faudra escrire toutes ces observations et les donner au public. Je dis qu'une partie estoit desia imprimée et qu'on continue les autres qu'on donnera a mesure qu'il y en aura un nombre suffisant.

)) Elle me dit que je continuasse de mesme et que quand j'aurois quelque chose de nouveau, j'en fisse le raport. »

La visite du i®'" mai 1682, faite par le Roi accompagné de toute sa cour, ne pouvait être et ne fut que très superficielle; aussi la relation que nous en avons ne nous apprend rien sur l'état de l'Observatoire à cette époque. Tout autre est l'intérêt de celle qu'y fit le Roi d'Angleterre Jacques II le 22 août 1690. Ce Prince y vint incognito, sans apparat; très versé dans les choses de l'Astronomie et dans les applications de cette science à la Géographie et à la navigation, il voulut tout voir, tout discuter, et il étonna les Astronomes par l'universalité de ses connaissances.

(») Nov. et Dec. 1681.

SÉANCES DE l'acADÉMIE ET VISITES PRINCIËRES. 123

Gassini nous a conservé le récit très circonstancié de cette visite et la substance des entretiens qu'il eut avec le Roi ; le manuscrit original existe dans les Archi\'es de V Observatoire (D.i.i3); il porte de nombreuses corrections d'une autre main, probablement celle de Fabbé Gallois, à qui Gassini soumettait d'habitude ses écrits avant de les communiquer à l'Académie (*), et c'est le texte corrigé qui se trouve dans les Procés-verbaux de cette Gompagnie et qui a été publié. La lecture de l'original fait regretter, il faut le dire, l'intervention du correcteur, qui a supprimé plusieurs détails intéressants, essentiels même, et a altéré le sens de quelques phrases." Le tf^xte qui se trouve dans les Procès-verbaux de l'Académie et que M. Maindron a reproduit à la page 8 de son Ouvrage : IJ Académie des Sciences, n'est pas non plus entièrement identique à la version imprimée dans V Histoire de l'Académie, t. II, p. 94. Je crois faire œuvre utile en rétablissant ici le texte primitif de la relation de Gassini.

a M. Gassini le 3o« d'Aoust 1690.

» Le 20* d*aoust de Tannée 1690, le Roy d'Angleterre ayant confié à monseigneur l'evesque d'Autun (') le dessein qu'il avait d'aller à l'Observatoire, M. de Villacerf (») le fist sçavoir à M. de la Chapelle de la part de monseigneur de Louvois qui donna l'ordre que messieurs de raccadémie royalle s'y trouvassent et en mesme temps M^d'Autun m'envoya un exprès à l'Observatoire à dire de la part du Roy a qui ce prélat en avait fait part que sa M. Britannique s'y trouverait incognito entre les 9 et les 10 heures du matin du 22 (^).

)> Sa Majesté s'y trouva à la mesme heure accompagné des Duc de Powis des milords Dumbarton et Melfori et estant conduite dans la tour orientalle de l'appartement inférieur elle considéra les observations que l'on avoit faites la nuit précédente.

» On avoit observé la disposition des satellites de Saturne dont il y a quatre qui ont été descouverts dans cet observatoire, après celuy qui

( ' ) Vie de Cassini, dans Mémoires pour servir, etc., p. 298.

(^) André Colbert, évéque d'Aiitun de 1676 à 1704.

(^) Edouard Colbert, marquis de Viilacerf, surintendant des bâtiments du Roi, dans le Département duquel était TObservaloire.

(^) Ce dernier membre de phrase ayant été supprimé par le correcteur, il en est rcsullé une confusion sur la date de la visite royale : M. Maindron la place le 20 août, VHistoire de l'Académie le 28. Elle eut lieu le 22; à cette date, Cassini écrit dans son Journal d'observations : « Le Roy d'Angleterre estant icy, on na point observé le midy. » (^Archives de l'Observatoire, D.3.io.)

avoit esté découvert longtemps auparavant par M"^ Huguens de TAcadénoie royale des sciences, outre Tanneau qui Tenvironne, de sorte qu'on le voit présentement avec 5 satellites auxquels on a donné le nom d'Astres Ludovices, qui avec les 4 satellites de Jupiter et les 7 planètes connues des anciens font en tout le nombre de 16 planètes au lieu des 7 auquel nombre les anciens supposaient qu'elles estoient bornées. Sa majesté

considéra leur système et la grande variété de leurs mouvements le

premier que nous avons découvert dernièrement fait autour de Saturne une révolution en un jour et 21 heures et le 5' que nous avons découvert le premier fait sa révolution en 80 jours.

» On remarqua la propriété extraordinaire de ce 5* satellite de Saturne qui en chacune de ses révolutions demeure plus d'un mois invisible et particulièrement lorsqu'il parcourt la partie orientale de son cercle. Ce que Ton ne sçaurait attribuer qu'à la conformation de la surface de cette planette dont une partie doit estre plus propre pour réflcschir de toutte part ia lumière du soleil, Tautre obscure et incapable de réfleschir la lumière avec assez de force pour pouvoir estre apperceue d'icy par nos lunettes. Cette propriété n'a point d'exemple en aucune autre planette, mais elle est commune avec une estoile fixe placée dans le col de la Baleine, qui touts les ans demeure invisible pendant 7 mois et se peut voir pendant 4 mois de sorte qu'elle retourne en 11 mois à la mesme clarté.

» Nous avions aussy observé la nuit précédente une ecclipse du second satellite de juppiter qui estoit sorti de son disque à 9 heures et 45 minutes, ce qui donna occasion de parler de l'utilité de ces observations et particulièrement dans la géographie et dans la navigation. On avoit envisagé cet usage dans la première découverte que Galilée fit de ces satellites, mais on ne l'avoit jammais peu réduire en pratique avant la fondation de l'accadémie royale des sciences et avant que nous eussions donné les éphémérides et les tables de ces satellites. Depuis ce temps là on y a travaillé assidûment, et le Roy informé de cet usage, a envoyé en diverses parties du monde des observateurs de celte accadémie et de ses élèves pour faire des observations correspondantes à celles que Ion fait en mesme temps dans cet observatoire.

» Ces observations comparées ensemble servent à trouver les différences des longitudes que Sa Maj. Britannique dit estre la chose la plus difficile à déterminer et la plus nécessaire à la navigation. Elle montra d'estre informée des observations que l'on avoit fait sur ce sujet et de concert avec M*^ Flamsteed directeur de l'Observatoire d'Angleterre et avec d'autres messieurs de la société royale parmy lesquels S. M. loua M. Halley qui avoit esté observer pendant un an entier à l'isle S*' Hélène et avait remarqué de très grandes fautes dans les caries de la navigation. On parla de la différence qui s'est trouvée entre la longitude de Siam marquée dans les cartes et celle qui a esté trouvée par la comparaison des observations et des ecclipses des satelites de Jupiter faites en mesme temps dans cet

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