INSTRUMENTS
» Octans de 3 pieds.
» Quart de cercle mural de 5 pieds. (Est-ce celui qui fut installé dans la fenêtre de la chambre noire actuelle, ou celui que La Hire fixa contre le mur extérieur de la tour Orientale? Il me parait probable qu'il s'agit de ce dernier.)
» Instrument de fer non achevé.
» Instrument de fer de 30 pieds.
n Le quart de cercle de M' Picard.
» Un grand niveau.
» La machine du vuide.
» Règle pour mesurer le pendule simple.
» 3 pendules à secondes avec deux bottes.
» 3 objectifs, un de 20 pieds, un autre de 18 et le 3"* de i3 pieds.
» 5 oculaires.
» Une toise de fer. — Un pied d'Angleterre de fer.
» Un baromètre à demy vuide.
» Plusieurs doubles toises en bois.
» Une lunette de 6 pieds garnie de ses deux verres avec la machine des filets pour la mesure des diamètres (micromètre).
» M' De la Hire a mis entre les mains de M' Cassini la grande] endule de M' Picard. »
LES INSTRUMENTS DE l'OBSERVATOIRE . iSg
Pour régler aisément les quarts de cercle dans le méridien et vérifier ce réglage, il fallait une mire lointaine : ce fut l'origine de la mire de Montmartre. Les premières observations pour déterminer la position de cette mire sont du 3o août 1678; ce ne fut que le i4 août lôyS qu'on fit « planter à Montmartre un gros pilier de bois dans le lieu qu'on avait jugé être le vrai Nord à l'égard du milieu de l'Observatoire ». Mais la détermination de cette direction n'avait pas été très exacte.
Le 18 juillet i683, « MM. Cassini et de la Hîre ont arrêté aujourd'hui que suivant ce qu'on pouvait déduire de leurs observations pour déterminer la ligne méridienne qui doit passer par le milieu de l'Observatoire, cette ligne doit passer par un point à Montmartre, éloigné vers le couchant de a pieds, du milieu du pieu qui y a été planté en 1675, c'est-à-dire a une demi-minute vers le couchant ». (Le Monnier, Histoire céleste.)
Les quarts de cercle étant placés d'ailleurs tantôt dans la tour Orientale, tantôt dans celle de l'Ouest, il fallait une correction pour chaque position ; c'est probablement pour la déterminer que Picard mesura en i6^5 la distance des centres de ces deux tours.
Les difficultés d'installation de ces quarts de cercle mobiles faisaient désirer vivement aux astronomes de pouvoir établir un quart de cercle mural à demeure dans le méridien. Il est parlé quelque part d'un sextant que Picard aurait ainsi fixé ; La Hire avait installé un quart de cercle mural de 5 pieds dans la fenêtre de l'antichambre de son appartement (fenêtre de la chambre noire actuelle); mais cette position avait le désavantage de ne pas permettre de pointer jusqu'au zénith. La PL X montre ce quart de cercle fixé contre le pied droit ouest de la fenêtre. Nous avons déjà vu qu'il y resta jusqu'en 1787.
Picard ajant fait construire un grand quart de cercle mural de 5 pieds de rayon pour observer les ascensions droites des astres, on résolut de le fixer contre le mur extérieur de la tour Orientale (*).
(*) De la Hirk, Préface de la première édition de ses Tabulée Astronomicœ, — Le Monnibr, Hist, céL, p. xlij. — Dans ses Tables, Ph. de la Hire semble s'attribuer tout le mérite de l'installation de ce quart de cercle, ainsi que des déterminations des coordonnées géographiques des côtes de France. Dans deux lettres qu'ils lui adressèrent, Cassini et Maraldi relevèrent assez vertement cette prétention {Arch. de l'Obs., A. 4» a )•
l40 CHAPITRE \.
Comme la corniche du bâtiment forme une grande saillie, il fallut faire porter le quart de cercle par trois grosses barres de fer assez longues, scellées dans le mur et munies à leur extrémité d'écrous et de contre-écrous qui permettaient de faire varier de petites quantités la position du plan de l'instrument. On comprend toute la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité d'un pareil réglage. La Hire crut cependant être parvenu à le réaliser peu après la mort de Picard; le quart de cercle fut arrêté dans le méridien le 25 avril i683, et les observations de passages et de hauteurs y furent continuées jusqu'au mois de mai 17 19; une pendule nouvelle, construite par Thuret, était associée à ce quart de cercle; l'artiste avait essayé de suspendre le balancier par un ressort, mais il paraît que cette tentative ne réussit pas et l'on en revint à la suspension par un filet de soie ; le balancier était muni d'un curseur mobile pour le réglage de la pendule. Comment étaient abrités ces instruments pendant l'intervalle des observations, ni La Hire ni Le Monnier n'en disent rien.
Nous arrivons maintenant aux instruments de Cassini et de son école; je les diviserai en deux classes, les instruments destinés à la détermination des positions des astres et les lunettes pour les observations physiques.
Dès ses premières entrevues avec l'architecte de l'Observatoire, J.-D. Cassini demanda et obtint la construction d'un lieu propre à recevoir des quarts de cercle muraux; ce fut le petit Observatoire au haut de la tour du Nord. De part et d'autre de l'entrée du Cabinet, deux épaulements furent disposés pour recevoir deux quarts de cercle, de 6 pieds de rayon, avec lunettes de cuivre de même longueur, fixés |dans le plan du méridien pour prendre les hauteurs méridiennes de tous les astres, du côté du midi avec l'un des cercles, du côté du septentrion avec l'autre. Deux escaliers tournés à contre-sens l'un de l'autre permettaient de s'élever commodément aux hauteurs différentes correspondantes à celles des astres en les regardant par les lunettes qui servaient de pinnules. M. Couplet prit soin de faire construire ces quarts de cercle; plus tard, on jugea plus commode d'en placer un dans la tour Orientale, l'autre dans la tour Occidentale. ( Voir Chap. II, p. aS.)
A ces quarts de cercle étaient associées trois pendules, deux
LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOI RE . l4l
dans les tours et la troisième dans la grande galerie du milieu, où on la réglait chaque jour d'après l'observation du soleil au gnomon de cette salle. L'une de ces horloges, que Cassini appelle la grande, faisait six oscillations en cinq secondes; l^ petite battait la demi-seconde, et la tardive la seconde. Ces pendules, de Thuret sans doute, marchaient assez mal ; à chaque instant, on lit dans le Journal de Cassini : horologium quievit, la pendule s'est arrêtée; il fallait aller demander l'heure aux horloges de Picard et de La Hire.
Ces instruments étaient assez mal protégés à l'origine. Nous avons vu l'accident arrivé au grand quart de cercle de Gosselin, qu'un ouragan renversa et mit hors d'usage dans la nuit du 21 au 22 septembre 1671 , avant qu'on n'en ait fait aucun emploi. Ce ne fut que cinq mois après l'entrée de Cassini à l'Observatoire que les fenêtres des tours furent munies de leur vitrage :
« nodie (i* die februarii 1672) primum fenestrae turris Observatorii valvis tandem munitx vitris etiam muniri ceptae sunt. » (Journal des obs. de Cassini I»'. )
Pour vérifier ses instruments, J.-D. Cassini, en outre de la mire de Montmartre, avait placé des repères sur le Luxembourg, sur le clocher des Chartreux et sur le toit de la chapelle des Pères de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré. Il observait souvent de la fenêtre nord de sa chambre à coucher.
Au moment du départ de l'abbé Picard pour le Danemark, en 167 I,
«( Cassini ayant fait préparer à l'Observatoire qu'on bâtissait alors, un lieu propre à faire les observations correspondantes à celles d'Uranibourg, on y transporta le nouveau quart de cercle de 3 pieds de rayon (C); et M*^ Picard à son retour commença à se servir de celui qui avait 32 pouces de rayon (P). Dès lors on se prépara à faire les observations correspondantes à celles de M' Richer, qui était allé en Tisle de Cayenne.» (Le Mon- NiEB, Histoire céleste^ p. iixxviij.)
A l'occasion de cette dernière mission, Cassini fit construire à Gosselin
« Deux octans de 6 pieds de rayon dont un devait servir à M*" Richer dans son voyage, l'autre devait rester à l'Ol^servatoire pour faire les obser-
l4*2 CHAPITRE X.
valions correspondantes à celles de Cayenne. L'un et l'autre, aussi bien qu'un quart de cercle de moyenne grandeur, furent conférez ensemble et examinez par les hauteurs méridiennes des astres, et trouvés conformes à quelques secondes près. » (Manuscrits de Gassini, Archives de l'Observatoire. )
Le quart de cercle de Richer avait 28 pouces de rayon. C'était celui dont Picard s'était servi en 1668 près de la porte Montmartre pour vérifier la hauteur du pôle (Le Monnier, Hist. cél., p. vj). Ce même quart de cercle redivisé servit en 1681 et 1682 à Varin et Des Haies dans leur voyage au Cap- Vert et aux Antilles. Richer emportait en outre deux horloges à pendule, l'une à secondes, l'autre à demi-secondes, construites par Thuret, et une verge de fer sur laquelle était marquée la longueur qui s'était trouvée nécessaire à l'Observatoire de Paris pour faire un pendule à secondes de temps.
La résolution d'envoyer Richer à Cayenne fut prise par l'Académie en 16^1 ; il quitta Paris le i5 novembre (*), s'embarqua à La Rochelle le 8 février 16^2, arriva à Cayenne le 22 avril el y resta jusqu'à la fin de mai 16^3 : ce sont les dates données dans son Mémoire {Mémoires de V Académie, t. VII). Il avait pour assistant Meurisse ou Meurice, qui mourut pendant l'expédition. La comparaison de ces dates avec celles de deux lettres de Colbert et avec plusieurs indications des Comptes des Bâtiments, soulève des difficultés que je n'ai pu résoudre. Si l'on s'en tient aux documents postérieurs au commencement de cette année 16^1, tous concordent bien avec ce que nous savons du voyage de Richer. C'est d'abord une lettre de Colbert du -j octobre 1671 , par laquelle il fait savoir aux Directeurs de la Compagnie occidentale que
« L'intention du Roy est qu'ils donnent les ordres nécessaires pour faire embarquer le sieur Richer sur le premier vaisseau qu'ils enverront à l'isle
(') « November i5, 1671. Hodie D. Richer in Observatorium venit cum quo convenimus de observationibus instituendis ab illo in America et a me Parisiis reliqait mibi mandatum procurationis pro rerum suarum cura gerendarum et (hinc?) post prandium Rupellam adiitnavigium ibi cooscensurus. » {Journal des observations de Cassini, Arch. de l'Obs., D. i. i.) Richer était ingénieur du Roi pour les fortifications (Lettre de .Cassini à La Hire; lettres de Colbert). Immédiatement après son retour, il fut envoyé à La Fère, pour travailler aux fortifications, et il y était tellement occupé, qu'il ne trouva pas le loisir de rédiger son Rapport à l'Académie, qui ne fut publié qu'en 1679.
LES INSTRUMENTS DE L OBSER V ATOI RE. l43
de Cayenne ; que de plus ils lui fassent donner un logement en cette isle et toutes les assistances dont il pourra avoir besoin.» {Lettres de Colbert, t. V, p. 294, n» 46.)
Dans les Comptes des Bâtiments en i6ni-^5t-'j3, nous trouvons détaillés les frais d'équipement, de vojage et d'entretien de Richer et de Meurisse; puis le 28 juin i6^4 une somme de I 200 livres « aux héritiers du sieur Meurisse, envoyé en Cayenne pour y faire des observations astronomiques, où il est mort, pour le restant de ce qui luy est deubt et par gratification, en considération des services qu'il a rendus ».
Mais antérieurement, nous trouvons : 1® à la date du 10 mars 16^0 une lettre de Colberl à Colberl du Terron, Intendant à Rochefort, ainsi conçue :
« Le sieur Richer ayant été choisy par l'Académie des Sciences pour aller dans les Indes Orientales afin d'y faire plusieurs observations astronomiques qui peuvent avoir relation à celles qui se font icy, et pour éprouver les horloges et pendules qui ont été fabriquées pour connaître les longitudes sur mer, le Roy a estimé à propos de le faire passer sur l'escadre de ses vaisseaux qui est destinée pour ces pays là.... Comme le dit sieur Richer est une personne de mérite qui doils'appliquer à des choses fort curieuses, je vous prie d'obliger le capitaine du vaisseau sur le bord duquel il s'embarquera à lui donner sa table, et celle du commun à l'homme qu'il mène avec luy, obser>ant surtout de lui faire trouver toutes les commodités dont il pourra avoir besoin, soit pour ajuster les dites horloges^ soit pour transporter son bagage et ses instruments qui sont partis il y a six jours, A quoy je suis persuadé que vous tiendrez exactement la main. »
1'' Dans les Comptes des Bâtiments, Sevin a fourni des 1669 des instruments pour le voyage de Richer aux Indes et Meurisse touche des indemnités pour sa subsistance. Bien mieux, le 2^ décembre 16^0 (Col. 476), il est payé 3oo livres « au sieur Meurisse, académicien, pour les frais de son retour de La Bochelle à Paris et en considération des observations astronomiques qu'il a faites avec le sieur Richer dans VAcadie ». Qu'est-ce que ce voyage aux Indes orientales, puis en Acadie? Je n'en ai trouvé trace nulle part; faut-il admettre que ce sont là des erreurs de copistes et de comptables peu versés dans la géographie, et que le voyage à Cayenne, après avoir été décidé dès 1669 et avoir reçu en 16^0 un commencement d'exécution, fut retardé par quelques
l44 CHAPITRE X.
circonstances imprévues? autant de questions auxquelles je n'ai pu trouver de réponse.
En 1681, sur la proposition de Cassini, l'Académie et Colbert décidèrent Tenvoi en Afrique et en Amérique de nouveaux observateurs chargés de déterminer les coordonnées géographiques de quelques points importants et d'y observer la longueur du pendule à secondes. Les observateurs furent Varin, Des Hayes et De Glos, qui s'étaient exercés depuis quelque temps à l'Observatoire sous la direction de Cassini (* ).
C'est pour eux que cet Astronome rédigea les Instructions générales pour les observations géographiques et astronomiques à faire dans les voyages. {Recueil d^ observations faites en plusieurs voyages, etc., in-folio, Paris, 1698, p. Sa. — Mémoires de ^ Académie, t. VII, 1" partie, p. 432. — Voir aussi : Collection de Mémoires relatifs à la Physique, Gauthier- Villars, 1889, t. IV, p. B-16. — Les observations astronomiques de Varin, Des Hayes et De Glos sont à la suite des Instructions.)
Varin et Des Hayes quittèrent Paris en octobre 1681 ; ils emportaient le quart de cercle de Richer de 2 pieds et demi, restauré et redivisé, une pendule et une lunette de 19 pieds. Ils s'arrêtèrent à Rouen, puis à Dieppe, dont ils déterminèrent la longitude et la latitude. Retenus plus d'un mois dans cette dernière ville par les vents contraires, ils n'arrivèrent à l'île de Gorée qu'au mois de mars 1682.
De Glos les y rejoignit le 21 mai, apportant un sextant de 3 pieds, une lunette de 18, un cercle d'un pied, un anneau astronomique et une pendule.
(*) Varin et Des Hayes étaient Ingénieurs du Roi pour Thydrographie. Plusieurs auteurs leur donnent le titre d'Académiciens; cependant ils ne figurent sur aucune des listes, soit des Membres, soit des Elèves de l'Académie. Au sujet de De Glos, Cassini écrivait le 24 novembre 1681 à La Hire, alors à Calais : « Il y a à Honfleur un jeune homme nommé M' Deglos, qui a beaucoup d'inclination aux observations astronomiques et géographiques. Je lui ai écrit qu'il ne manquât pas de vous voir lorsque vous serez au Havre, pour s'exercer dans la méthode que nous pratiquons. Je vous prie que quand il se présentera vous lui fassiez voir ce qui est nécessaire pour son instruction, afin de l'avoir presi, quand il plaira à M'' de l'employer. » Cassini parle encore, dans son Journal d'observations, de deux autres Ingénieurs, Coubart et Agarat, que Colbert fît venir de Brest et de Hochefort à l'Observatoire pour s'y exercer; mais ils ne prirent point part aux expéditions.
LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE. i45
Les trois observateurs passèrent ensuite à la Guadeloupe, puis à la Martinique, d'où ils ne revinrent qu'au commencement de l'année suivante. Nous trouvons Des Hajes et De Glos à l'Observatoire en mars i683.
En i683, J.-D. Cassini proposa à l'Académie de prolonger à travers tout le royaume la mesure de la Méridienne commencée par Picard. L'exécution du travail lui en fut confiée par Colbert. Aidé de Sédileau, Chazelles, Des Hajes, Pernin et Varin, qui s'étaient exercés longtemps à l'Observatoire, il mesura la portion comprise entre Paris et Bourges, en rattachant sa triangulation à celle de Picard. La mort de Colbert interrompit le travail, qui ne fut reprit qu'en l'joo.
Pendant que Cassini opérait au sud de Paris, Philippe de la Hire, aidé par Pothenot et Lefebvre, devait prolonger au nord la méridienne de Picard. Mais ses opérations, faites avec de petits instruments, ne furent qu'une reconnaissance du terrain et furent d'ailleurs interrompues la même année aux environs de Béthune (*). Les Comptes des Bâtiments du Roi font connaître les sommes dépensées pour ces voyages. Cassini reçut iSoo^'pour son voyage et i5oo* de frais extraordinaires; La Hire reçut 2000*, et chacun des autres observateurs 600*. [Comptes des Bâtiments^ t. II, col. 377, 2 août.) En même temps, l'Ingénieur Loir faisait la reconnaissance du terrain jusqu'à Perpignan et touchait pour son travail d'abord 800* [Ibidem^ col. 497), puis i4oo* et 33o * (col. 1009).
A la colonne 780, le même Recueil indique les noms de Chapotot, Sevin et Butterfield comme ayant construit les instruments employés à la mesure de la méridienne. Il leur fut payé respectivement 344*^) 200* et 129*.
En 1700, Cassini fut accompagné par son fils Jacques, Maraldi, Couplet le fils et de Chazelles. Le voyage dura du 20 avril 1700 à la fin d'avril 1701. J. Cassini en a donné la relation dans son
(') Dans un précédent voyage en 1681, La Hire avait poussé jusqu'à Dunkerque, qu'il avait trouvé être sur le méridien de Paris à quelques, secondes prés. (Lettre de Cassini. Voir au Chap. IX, Entretien du Roi avec Cassini.) C. W. 10
l46 CHAPITRE H,
Traité De la grandeur et de la figure de la Terre (Paris, MDCCXVIII). Les instruments eraplojës furent :
1° Un quart de cercle de Sg pouces de rayon, à deux limbes, formé d'une carcasse de fer et d'un limbe en cuivre, donnant la minute par des transversales (/oc. ctV., p. 4')-
2** Un octant de 36 pouces, divisé comme le précédent et portant trois lunettes (p. 47)-
3° Quatre bois de pique de deux toises chacun qui, étant joints ensemble deux à deux, faisaient deux mesures de quatre toises chacune. Pour en déterminer exactement la longueur, on se servait d'une règle de fer de quatre pieds divisée avec grand soin (p. 99).
4** Un secteur zénithal réversible de 26 degrés (J. Cassini dit ailleurs 3o®) de 10 pieds de rayon, muni d'une lunette de 3 pieds, pour observer les hauteurs méridiennes des étoiles (p. 142).
Ce dernier instrument, après le retour à Paris, fut placé dans la grande salle du premier étage de l'Observatoire, au-dessous de l'ouverture qui est au milieu du bâtiment, et servit à mesurer la distance zénithale de la Chèvre. On y employa aussi un autre secteur de mêmes dimensions (p. i44 et i45).
Dans leur voyage en Italie (1694 à 1696), J.-D. Cassini et son fils avaient emporté ce même octant de 3 pieds dont il vient d'être question, une pendule à secondes et une lunette de 17 pieds. Jacques Cassini se servit des mêmes instruments dans le voyage qu'il fit en Flandre et en Hollande en 1697.
On sait que cette première mesure de la méridienne de France ne fut terminée qu'après la mort de J.-D. Cassini, par son fils Jacques qui, aidé de Maraldi et de Gabriel-Philippe de la Hire, mesura, du 2 juin au mois d'août 17 18, l'arc compris entre Dunkerque et Montdidier, extrémité nord de celui de Picard. Ces astronomes firent visage d'un secteur de 10 pieds, semblable à celui de Picard, de 12 degrés d'amplitude et divisé en tiers de minute par des transversales (').
« Au retour, aiissi-losl après nôtre arrivée à Paris, nous fîmes dresser nôtre grand instrument dans le petit Observatoire, qui est près de la
(') J. Cassini, De la grandeur et de la figure de la Terre, p. 194. Cassini dit ailleurs 9 pieds 8 pouces, p. 2i3. Voir aussi p. 214 et suivantes.
LES INSTRUMENTS DE l'OBSERV ATOIRE . 147
terrasse supérieure. C'est un lieu, destiné pour observer les étoiles fixes qui passent vers le Zénith, percé par le haut d'un trou rond de 4 pieds de diamètre, dont le centre est éloigné de la (méridienne) de l'Observatoire de i4 toises. »
J. Cassini veut dire la face méridionale de TObservatoire ; il corrige lui-même cette erreur un peu plus loin, à la page 286 : « le lieu où nous avons observé à Paris étant plus septentrional que la face méridionale de l'Observatoire de i4 toises (*) ».
En outre de ces quarts de cercle et octants de la construction habituelle, J.-D. Cassini fit encore usage de deux instruments qu'il importe de signaler. C'est d'abord un azimutal construit par Migon en 1678, pour le prix de 887 livres (2). Il se composait de deux cercles, Tun horizontal, l'autre vertical, et pouvait ainsi donner les azimuts et les hauteurs. On pouvait aussi incliner l'axe de manière que l'un des cercles devînt l'équinoxial (Téquateur céleste), l'autre déterminait des méridiens célestes.
Le second instrument était un véritable équatorial; J.-D. Cassini l'a décrit très en détail dans une note manuscrite conservée aux Archives de TObservatoire (D. i.i3).
<c J'y fis transporter (au Jardin de la Bibliothèque du Roi) une machine parallatique que j'avais fait construire sous la direction de M*^ Couplet, semblable à celle dont je me servais en Italie dans les observations des éclipses et de la diiïérence des ascensions droites des Astres qui sont proches du rocsme parallèle. Je crois que les Anciens avaient quelques instruments semblables pour suivre les parallèles des Astres, qu'ils appelaient dioptra; quoique ce nom convienne aux halidades garnies de pinnules qui y sont appliquées. Il ne diffère point en substance de celui dont le P. Scheiner s'est servi quelque fois dans les observations des taches du Soleil, qu'il appelle machine Hélioscopique, parce que tournant sur un axe parallèle à l'axe du monde elle est propre à suivre le soleil dans son mouvement à l'Occident. J'appelle la mienne machine parallatique par l'usage excellent que j'en fais dans l'observation des parallaxes des planètes et des comètes en ascension droite. Je m'en étais aussi servi à Bologne dans la description de cercles horaires en forme de rayons du soleil, que je fis tracer d'or autour de l'ouverture qui introduit les rayons du soleil dans mon grand Gnomon de Sainte-Pétrone dans la voûte d'un
(^) Page 232. Sur ce petit Observatoire, voir Cliap. II et Chap. YIll. (') Comptes des Bâtiments, 3o octobre 1G78, t. I, col. 1023.
édifice d'une construction gothiquCi où sans un instrument semblable il aurait été très difficile de les décrire avec justesse. Nous fismes faire pour les mesmes usages la partie principale de cette machine à appliquer aux fenestres orientales et occidentales par des mains de fer de l'invention de M' Couplet qui s'ouvraient et se fermaient pour la placer quand on voulait observer, et la déplacer quand les observations étaient achevées.
» J'en fis faire une autre de cuivre d'une construction différente composée d'un cercle horizontal, d'un Equinoctial, d'un Horaire qui tourne dans la révolution journalière et d'un arc de méridien pour mettre l'Equinoctial à la hauteur qui convient au lieu où l'on observe. Elle sert de plus à trouver les astres proches de l'horizon dans les crépuscules quand on ne les voit pas à la vue simple, ce qui est très commode pour les observations de Mercure au temps qu'il est trop proche du soleil pour le pouvoir observer autrement que par des lunetes et j'y ai fait adiouter un anneau perpendiculaire à THalidade pour y placer un objectif d'une portée extraordinaire qui s'addresse à l'astre que l'on veut observer et une pièce d'horlogerie qui fait le tour en 24 heures quand elle est en mouvement. On l'arrête quand on observe par cet instrument la différence des ascensions droites des astres.
» La lunete que l'on aplique à l'Halidade de cette machine est garnie au dehors proche de ses extrémités de deux quarrés égaux et parallèles entre eux qui l'embrassent, et par dedans de quatre fils de soie simple, qui se croisent dans le foïer commun, dont deux sont parallèles aux costez des carrés extérieurs et se croisent à angles droits, les autres deux divisent ces angles en deux demi-droits. Pour vérifier cette situation nous plaçons cette lunetc avant que de l'arrêter à la machine, sur une muraille horizontale, en mettant la lunete ainsi soutenue et apuiée nous visons a un obiect éloigné qui se rencontre au centre de la lunete. Après avoir marqué une ligne droite qui rase les deux costés des quarrés, nous la renversons sur les costés opposés et sur les perpendiculaires et nous observons si dans ces renversements l'intersection des fils de la lunete dressée sur la mesme ligne se tient au mesme obiect. Autrement nous tournons le tuiau qui porte les fils, et nous remuons l'objectif s'il le faut, jusqu'à ce que l'ayant arresté nous voyons que dans ces renversements l'intersection des fils répond précisément au même obiect, et que dans leurs exlrcmilés dans ces renversements les fils passent aussi alternati-* vement par les mêmes obiects. Ce qui demande une patience bien grande.... La lunette estant ainsi préparée nous l'applicons à l'Halidade qui est une règle de fer perpendiculaire à l'axe du cercle horaire, et parallèle à son plan, et nous ne laissons pas de vérifier cette position par le passage des étoiles fixes équinoxialcs par le fil perpendiculaire au cercle horaire et parallèle à l'Equinoctial. Une fois qu'on a ainsi centré la lunette et marqué l'endroit où elle s'applique on la peut oster pour s'en servir à d'autres usages et la remettre avec justesse à la mesme machine.... Le Père Chérubin à qui je fis voir cet instrument y adiouta du sien un binocle au lieu