Une pendule
II.— Un compteur de Berthoud, fait pour Tabbé Chappe, en mauvais état. Nombre d'autres instruments sont entre les mains de difTérens particuliers de l'Académie qui seront priés de vouloir bien en donner note et reconnaissance.
(') Jacques Cassini et son fils Cassini III observaient souvent à leur domaine de Thury, où ce dernier habila presque constamment sur la fin de sa vie. Les Archives de l'Observatoire possèdent un petit Registre ( D. 2.4^0» intitulé : « Journal d'observations faites à la tour orientale du château de Thury, dont la hauteur du pôle est 49* 21 'So" et sa distance à la méridienne de Paris de o'' 0^6* vers l'occident, de 1741 ^ >746* » Un y voit qu'il y avait une pendule de Le Roy, un quart de cercle mural fixe, une machine parallactique pouvant porter une lunette de 6 pieds, ou une autre de r4 pieds, enfin une méridienne.
l86 CHAPITRE XII.
lion de l'Observatoire en 1 787. Le Monnier y observa quelques fois ; à la page 21 des Obsen^ations de la Lune, etc, 4** suite, on lit :
a Observations de la Lune, du Soleil et des Étoiles fixes faites à TObservatoire royal au plus ancien des quarts de cercle muraux en [741* >»
et dans la suite du Discours historique, p. iij :
« J'ai employé les années 1741 et 174a à compléter ma Table des étoiles fixes de la première grandeur, ayant placé dans les temps calmes mon quart de cercle mobile dans la tour rfecowi^er/e de l'Observatoire Royal, à portée de Tancien quart de cercle mural de MM. Picard et de La Hire, dont je me suis servi principalement pendant la belle saison d'une automne exceptionnelle en l'année 174 1 . »
La vue de l'Observatoire placée en tête de V Histoire céleste, dessinée en cette même année (voir Pi. A!'), montre ce quart de cercle fixé contre le pied droit occidental de la fenêtre de la salle A. De Fouchy et l'abbé Chappe s'en sont servis. En 1780, le i3 décembre, Jeaurat y observa l'occultation des Pléiades (Histoire de l'Acad,, 1785).
UEtat des instruments de 1778 signale la présence de ce quart de cercle mural dans l'appartement de M. de Fouchy, occupé actuellement par M. Jeaurat. « Mais c'est un instrument presqu'entièrement usé qu'il serait impossible de réparer. 11 avait près de cent ans d'existence. »
Une réflexion se présente à l'esprit i\ la lecture de l'inventaire des instruments astronomiques de l'Observatoire, dressé par Cassini; en 1777. Comment se peut-il que l'Observatoire fut si pauvrement pourvu, on dirait volontiers si dénué d'instruments, après les expéditions géodésiques qui ont si glorieusement marqué cette époque de l'histoire scientifique de la France, après les missions envoyées au loin à l'occasion des passages de Vénus sur le Soleil, en 1761 et 1769, pour lesquelles le Roi et l'Académie avaient dû faire construire de nombreux instruments astronomiques? Il m'a semblé qu'il n'était pas sans intérêt de dresser l'inventaire de ces instruments, de rechercher ce qu'ils étaient devenus et pourquoi on ne les retrouve pas à l'Observatoire à l'époque qui nous occupe.
LES INSTRUMENTS DE l'oBS E R V ATOI RE . 187
En 1735, (jodin, Bouguer et La Condamine partaient pour le Pérou. Sur mer, ils font usage d'un octant de Hadlej, instrument tout nouveau que Godin avait rapporté de Londres au moment même du départ; c'est la première fois peut-être que des astronomes français manient un instrument à réflexion ('). Pour leurs observations géodésiques, ils avaient emporté trois quarts de cercle mobiles; le premier, de 3 pieds, était de construction ancienne, l'Académie l'avait acheté ()oo livres à la vente des instruments du chevalier de Louville; La Condamine, après s'en être servi dans ses opérations, le vendit i5oo livres au profit de l'Académie, à un chanoine de Quito. Bouguer employait un quart de cercle de 3o pouces, un de ceux que J. Gassini avait fait construire en 1730; Godin, un autre de ai pouces; enfin, les officiers espagnols avaient reçu de Paris un quatrième quart de cercle de 'a/\ pouces. Ces trois derniers instruments étaient de la construction de Langlois. Les astronomes avaient aussi apporté un secteur de i'à pieds pour observer l'obliquité de l'Écliptique ; Bouguer en fît construire un autre de 8 pieds, par l'horloger de la mission, Hugot; les officiers espagnols en avaient un de 'lo pieds. A ces instruments étaient nécessairement jointes des horloges, dont une de Graham. Presque tous ces instruments restèrent au Pérou. La Condamine ne rapporta qu'un petit quart de cercle de 12 pouces, qui lui appartenait et qu'il employa à déterminer les latitudes dans son voyage de retour à travers le Brésil.
L'expédition de Laponie fut beaucoup moins richement pourvue :
(( Deux, quarts de cercle, une planchette, une pendule de J. Le Roy, des thermomètres et les outils nécessaires, ce fut là tout notre bagage, » dit l'abbc Outhier. (Voyage au \ordj p. 53.)
L'un des quarts de cercle avait deux pieds de rayon, l'autre 18 pouces, tous deux étaient de Langlois (*'*).
(*) Voir Savérien, Traité des Instruments propres à observer sur mer,
Voir à ce sujet VHistorique des Instruments d*Âstr. nautique, par le Contre- Amiral Fleuriais {Bévue maritime et coloniale, sept. i8g3, p. 21).
(^) Le quart de cercle de Langlois ( 1730), qui se trouve au Musée de l'Observatoire de Paris et qui passe pour avoir servi à la mesure du degré du Nord, a 2 pieds et demi de rayon
l88 CHAPITRE XII.
Plus tard, Mauperluis reçut un secteur de Graham, dont la lunette avait 9 pieds, une pendule et une lunette des passages de i5 pouces, également de Graham, enfin une lunette murale (*). Celsius avait apporté d'Angleterre un petit quart de cercle de nouvelle construction pour prendre hauteur en mer; les astronomes s'en servirent dans le voyage à l'aller, ce devait être un instrument à réflexion; enfin, Maupertuis parle encore d'un quart de cercle de 3 pieds et d'une lunette de 6 pieds et demi (2).
Les observations de vérification de la méridienne de France, faites en 1739 et l'jio par Cassini de Thury, Maraldi et La Caille, furent exécutées à l'aide de deux instruments; le premier pour la mesure des angles des triangles, était un quart de cercle de deux pieds, construit par Langlois en 1739; la lunette était munie d'un micromètre de Louville (^). Pour la détermination des latitudes, les astronomes avaient le secteur de 6 pieds, de Langlois (1738), dont j'ai déjà donné l'histoire à la ])age 177 de ce Chapitre.
(') Nous avions, dit Mauperluis, un secteur d'environ 9 pieds de ra^'on, semblable à celui dont se sert M. Bradley et avec lequel il a fait sa belle découverte sur l'aberration des fixes. L'instrument avait été fait à Londres, sous les yeux de M. Graham, de la Société Royale d'Angleterre. Cet habile méchanicicn... . en avait divisé lui-même le limbe. {La figure de la Terre, in-8*, Paris, 1738, p. 38.) Un des instruments de la mission fut donné à Celsius. (Lettres de Maupertuis, communiquées à l'Académie des Sciences, le 8 novembre 1897.)
(^) Pour les instruments relatifs au pendule, voir l'Introduction historique que j'ai mise en tète du Tome IV de la Collection de Mémoires relatifs à la Physique, publiée par la Société Française de Phj-^sique. Paris, Gaulhier-Villars,
(•'') Pour la description du Micromètre, voir Godin, /)a quart de cercle astronomique fixe {Mémoires de l'Académie^ 173 1, p. 194). La détermination de la valeur angulaire des parties du micromètre se faisaient à l'aide d'une mire lointaine subdivisée en parties d'égale longueur et fixée à une distance connue. Le Monnier avait établi une semblable mire au Jardin du Roi (Jardin des Plantes), qui fut souvent utilisée par les astronomes et en particulier pour l'étude du micromètre de ce secteur. C'était une barre de fer dressée et scellée sur le parapet du mur qui terminait le Jardin du cùté de Ja rivière. On plaçait la lunette à la fenêtre méridionale du Cabinet d'Histoire naturelle, à la distance de 184 toises 8 pouces 5 lignes; les divisions de la barre à cette distance donnaient la minute. 11 y avait aussi deux autres mires semblablrs dans la plaine de Montrouge, à 3oo toises de l'Observatoire. (Le Monnier, Observations de la LunCf I" suite, p. 39, 3« suite, p. 25. — Méridienne vérifiée^ 3« partie.)
LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE. 189
Les observateurs de la méridienne avaient en outre deux excellentes pendules de Julien Le Ro^-.
En 1700, Fabbé de la Caille fut envo;y'é en mission au Cap de Bonne-Espérance pour y faire des observations de la Lune, de Mars et de Vénus qui, combinées avec celles d'Europe, devaient d<mner exactement la parallaxe de ces astres. 11 y mesura en plus un arc de méridien, la longueur du pendule et les positions exactes (le ioo35 étoiles (').
Les instruments astronomiques qu'il emporta furent :
i" Le secteur de 6 pieds qui avait servi aux opérations de vérification de la méridienne de France.
2° Un sextant de 6 pieds de rajon construit par Langlois, en i^So, dont l'arc gradué comprenait 64 degrés; il était muni de •>. lunettes fixes à micromètres; l'une, de 6 pieds et demi, était parallèle au rayon passant par le zéro de la graduation; l'autre, de 5 pieds et demi, était perpendiculaire à la première (-).
3" lin quart de cercle de 3 pieds de rayon construit par Lan-
( ^ ) C'est d'après ces déterminations que La Caille a créé les constellations du ciel austral, telles que les donnent son Ouvrage : Cœlum australe stelliferum cl la carte qui l'accompagne. L'Observatoire possède une peinture circulaire sur (oile, faite en 1755, par Mademoiselle Le Jeuneux. représentant l'hémisphère austral et les constellations de La Caille; cette peinture, qui ornait autrefois la salle des séances de l'Académie des Sciences, est montée dans un beau cadre qui parait être de l'époque et elle a une toise environ de diamètre (i'"92 à l'intérieur du cadre); elle peut être considérée comme le type original des représentations actuelles de rhémisphère austral, car elle est reproduite par la planche qui accompagne le Cœlum australe stelliferum (1763); toutefois, celte planche porte, en plus que la peinture, la voie lactée, les noms des constellations, les lettres qui désignent les étoiles et le cercle divisé qui l'entoure. (Bioourdan, Inventaire général des Manuscrits de l'Observatoire de Paris.)
(^) C'est probablement à ce sextant, el non au quart de cercle qui suit et qu'il possédait depuis 1743» que se rapporte l'anecdote racontée dans le Discours historique que Carlier a placé en tète de l'édition in-ia du Journal du Voyage au Capt p. 90 : Lorsque La Caille dut partir pour sa mission, « il ne parut chez aucun ministre, et ne demanda rien pour sa dépense et celle d'un ouvrier pendant trois ans. II fut dans son pays vendre ce qui lui restait de biens pour servir aux frais de son voyage. Il fallut que le ministre le mandât quelques jours avant son départ, et qu'il le forçât de recevoir aoo louis pour subvenir aux frais de sa route; l'abbé de la Caille employa sur-le-champ cette somme â l'acquisition d'un magniûque quart de cercle dont il avait conduit le travail. Ce quart de cercle, avec quelques autres instruments, avait été commandé par le prési-
igo CHAPITRE XII.
glois en 1743, et dont La Caille se servait depuis cette époque au Collège Mazarin; le limbe en était divisé de 10 en 10 minutes par des points très fins; la lunette avait 5 pieds de long et était pourvue d'un micromètre.
4" Deux pendules, dont une de J. Le Roy.
5** Plusieurs lunettes, dont une excellente de i4 pieds et deux autres de i3 pieds et demi et de 9 pieds. [Mémoires de V Académie^ 'ySi, p. 399.)
Les observations correspondantes en Europe furent faites, à Berlin, par Lalande, élève de Le Monnier, à qui celui-ci, sur la demande de Maupertuis, alors président de TAcadémie de Prusse, consentit à prêter son quart de cercle mural de 5 pieds; Le Monnier en avait commandé un autre à Bird, dont nous aurons à parler plus tard. (Le Monnier, Description et usage des principaux instruments d^ Astronomie^ in-folio, 1774? P- 34-) Celui de 5 pieds était de Jonathas Sisson; il était entièrement en cuivre, sans mélange d'aucun autre métal, pour éviter les déformations engendrées par la diflerence des dilatations. Dans le même but, au lieu de le fixer par 3 points, on le suspendait librement sur deux points d'appui; enfin, la lunette était équilibrée de manière à ne pas frotter sur le limbe. La graduation donnait immédiatement les quinze secondes par le moyen d'un vernier (Mém. de VAcad,^ 1762, p. 80).
Viennent maintenant les instruments des missionnaires envoyés par l'Académie pour l'observation des passages de Vénus sur le Soleil en 1761 et 1769.
dent de rAcadémie de Pétersbourg, dont le décès avait réduit Tartiste à la nécessité de garder l'instrument. Notre savant le paya comptant, et déclara, par un écrit signé de sa main, qu'il appartenait à l'Académie ».
Après son retour d'Afrique, La Caille fit usage de ce sextant au Collège Mazarin, jusqu'à sa mort, en 1762. Lalande l'acheta alors des héritiers de ce savant (J. Bernoulli, Lettres Astronomiques y p. 149) et la Commission des Arts en signale l'existence au même endroit, en i;793. £n l'an II, elle le prêta à Duc la Chapelle, qui s'en servit à son Observatoire de Montauban. Après la mort de cet astronome, en 1814, le sextant de La Caille fut déposé à l'Observatoire de Toulouse, d'où l'Amiral Mouchez le fit revenir en i883, pour le placer dans le musée de la tour de l'Est.
LES INSTRUMENTS DE L OBSERVATOIRE. IQl
Chappe d'Auteroche, dans son vojage en Sibérie, emporta un quart de cercle de 3 pieds avec lunette de même longueur à micromètre, deux pendules dont une de J. Le Roy, une machine parallactique sur laquelle on plaçait une lunette de 6 pieds ou une autre de lo pieds à micromètre, enfin une lunette de 19 pieds, garnie d'un excellent verre de Campani, apporté de Rome par le cardinal de Lujnes {Mém. de l'Acad,, 1761, p. 353).
Envoyé en Californie pour le passage de 1769, nous le voyons observer en mer avec un Mégamètre (*), un octant à réflexion et une lunette de Rochon ; il emportait avec lui une pendule de Berthoud , un quart de cercle de 3 pieds de Canivet, un petit quart de cercle anglais d'un pied et demi, un instrument des passages (^), une machine parallactiquc, une excellente lunette achromatique de 10 pieds, une autre de 3 pieds munie d'un micromètre; toutes deux étaient de Dollond. Il observa le passage avec cette dernière lunette montée sur la machine parallactiquc ( Voyage en Californie, rédigé par Cassini fils, 1772, p. 70).
Le chanoine Pingre, à l'île Rodrigue, avait un quart de cercle de 2 pieds, deux pendules et deux lunettes de 18 et de 9 pieds, cette dernière munie d'un micromètre {Mém, de l'Acad., '7^^'? p. 439). Dans son second voyage à Saint-Domingue, il emporta une pendule, un quart de cercle de 2 pieds appartenant à l'Académie, une lunette achromatique de 5 pieds, un instrument des passages pourvu d'une lunette achromatique de 3 pieds et un mégamètre (Mém. de VAcad,, ^7%» P- 5i3).
Legentil, dans son voyage aux Indes orientales, si fâcheusement contrarié par les tempêtes, par la guerre et par l'inclémence du ciel au moment même du passage de Vénus, avait emporté deux pendules, dont une de Thuret, un instrument ancien par consé-
(') C'est le nom que l'on donnait à riiéliométre de Bouguer.
(') C'est le n° 7 de VÉtat des Instruments de 1777, précédemment cité. Dans VÉtat des Instruments de l' Observatoire , dressé par Cassini IV en 1778, on lit :
«< XV. Une lunette méridienne montée sur un pied de bois. C'est celle qu'avait emportée M' l'abbé Chappe en Californie. Elle est revenue dans le plus mauvais état. J'y ai fait faire de très grandes réparations. C'est actuellement un excellent instrument dont je fais le plus grand usage depuis que je n'ai plus de mural. Cet instrument est actuellement dans le meilleur état possible. »
Nous avons déjà dit que cette lunette, emportée par Lepaute d'Agelet, périt avec lui dans l'expédition de La Pérouse.
quent; trois lunettes, deux à objectifs simples de 3 et i5 pieds et une achromatique à quatre verres de 3 pieds 1/2 ; enfin, un quart de cercle de 3 pieds de rajon : c'était celui dont l'abbé de la Caille s'était servi dans tous ses voyages ; il l'avait fait faire sous ses jeux par Langlois, en l'j/i^j et l'avait cédé à Legentil en échange d'un autre de pareil rajon que cet astronome tenait de feu Bouguer. ( Voyage dans les mers de l'Inde, t. I, p. 387.)
Voilà une collection d'instruments qui, s'ils avaient été réunis à l'Observatoire, en auraient fait l'établissement le plus richement doté de l'Europe. Pourquoi ne les y retrouvons-nous pas ? Que sont-ils devenus? Cassini s'est posé la question dans son Mémoire de 1777, et il y apporte une première réponse :
« Combien d'argent n'a-t-on pas dépensé, à l'occasion des voyages, pour des instruments qui, à leur retour, ont dû être placés à TObservatoire? Oui, sans doule ; mais que l'on vienne jeter les yeux sur ces instruments, ou plutôt sur leurs débris. En quel état ceux de M' l'abbé Chappe sont-ils revenus de Californie ? Un instrument de 3 pieds faussé, décentré, enfin dans un tel état que l'ouvrier demande ^tooo livres pour le réparer. Une pendule rouillée par l'eau de la mer, dont il n'y avait de
bon que la boëie. Un instrument des Passages totalement faussé
L'excellente lunette que cet académicien avait emportée a été perdue, ou \olée en Espagne, ainsi que nombre d'autres choses qui ne nous ont point été rendues. N'est-ce point là effectivement à quoi l'on doit s'attendre? Des instruments qui ont fait plusieurs milliers de lieues, qui ont passé les mers, et essuyé les différents accidents inséparables des longues routes, doivent être regardés comme ayant fait leur service. Ce ne sont plus que des reliques que l'on devrait conserver avec respect en souvenir des astronomes qui s'en sont servi, mais qui ne peuvent plus être utilisés pour les observations. »
Il faut ajouter ce que Cassini ne pouvait pas dire : seuls les astronomes qui habitaient l'Observatoire y rapportaient ce qu'ils avaient emporté, quand ils y revenaient, et de ceux-là on ne peut citer que les Cassini (*) et Le Gentil. Les autres, et c'était justice.
(') Cassini de Thury avait môme laissé à Vienne, entre les mains de M. le comte de Mercy, ambassadeur de France auprès de la Cour d'Autriche, qui le lui avait demandé, un quart de cercle de a pieds et demi de rayon. C'était un des deux que Jacques Cassini avait fait construire par Langlois en 1730. Cet instru-
LES INSTRUMENTS DE l'oBSERVATOIRE. IqS
gardaient pour leurs observatoires particuliers les instruments que TAcadémle leur avait confiés. La Caille conservait au Collège Mazarin son quart de cercle et son sextant, et l'on sait Tutile usage qu'il en fil. Pingre gardait ses lunettes et son quart de cercle à son observatoire de Sainte-Geneviève. Le Monnier, avec ses élèves, garnissait des Inslrumenls de l'Académie, et de bien d'autres qui étaient sa propriété, ses observatoires du Luxembourg, du Collège d'Harcourt, de la rue des Postes et du Jardin des Capucins. 11 venait souvent, sans doute, observer à l'Observatoire, mais il y a])portait ses propres instruments ; nous le trouvons tantôt dans la tour Orientale découverte avec son quart de cercle, tantôt avec sa lunette des passages dans la tour Occidentale; mais il n'y fait que des séjours momentanés, aucune suite un peu longue d'observations. Les seuls observateurs sédentaires, après le dépari deMaraldi, sont les deux Cassini, bientôt un seul, par suite de la maladie de son père, et parfois avec eux Grandjean de Fouchy et Jeaurat. Lorsque Bernoulli visita rObservatoire, en 1769, il n'y vit que Cassini de Thurj et Maraldl, l'Observatoire était presque abandonné, les inslrumenls dispersés ; nous ne les retrouverons que beaucoup plus lard, lorsque le Comité d'Instruction publique, en i7()3, après la destruction de l'Académie, fit faire l'inventaire de tous les instruments qui lui avaient appartenu et qui devenaient propriété de la Nation. Nous aurons alors occasion de retrouver quelques reliques des anciens temps de l'Observatoire, et nous pourrons, mais bien rarement, les suivre jusqu'à l'époque actuelle. Comment TObservatoire, si actif à l'origine, était-il arrivé à Tétai de dénûment et de solitude qu'il nous faut constater? Nous allons en examiner les causes dans les Chapitres suivants, en exposant le régime de l'établissement depuis sa fondation jusqu'à l'an-
née 1771.
ment ne revint en France que le 30 janvier 1778, sur la demande de Cassini IV, qui voulait l'employer à l'observation des hauteurs correspondantes {Journ. des Observ.f 1777-78). Nous le retrouverons, en 1788, sous le petit toit tournant des cabinets d'observation.
LE RÉGIME DE l'oBSER VATOIRE
La mérité sur le rôle de J.-D. Cassini. — Examen des accusations formulées contre lui par Delambre, Arago et Le Verrier. — Opinion de ses contemporains. — Sa statue.
Lorsque rObservaloire de Greenwich fut créé en 167 5, l'Ordonnance du roi Charles II, qui appelait Flamsteed à la direction du nouvel établissement, définissait ainsi les devoirs de sa charge :
« L'astronome royal appliquera imoiédiatetnent tous ses soins et toute son activité à rectifier les tables des mouvements célestes et les positions des étoiles fixes, dans le but de donner les moyens de déterminer les longitudes pour le perfectionnement de l'art de la navigation. i>
L'Observatoire de Greenwich eut ainsi dés sa naissance un directeur, et à celui-ci était imposé un objet d'études bien déterminé, que les successeurs de Flamsteed n'ont jamais oublié. C'est à cette unité de vue persévérante que l'Observatoire anglais a dû sa force et sa fécondité, malgi^ l'exiguïté des ressources mises primitivement à la disposition de l'astronome royal.
Tout autre fut la pensée qui présida à la fondation de l'Observatoire de Paris. En créant cet établissement, Colbert voulut élever à l'astronomie sans doute et à toutes les sciences, mais surtout à la gloire de son Roi, un palais magnifique, dign^ par sa splendeur du prince qui le faisait bâtir, où les membres de la nouvelle Académie rivaliseraient de zèle pour mériter les faveurs du monarque, sans qu'aucun programme général leur fût d'ailleurs imposé, chacun travaillant selon sa convenance et ses goûts, suivant l'inspiration du moment. Perrault construisit des labora-
L£ RÉGIME DE l'oBSE R VATOIRE . 1^5
loires pour les chimisles, des salles d'expériences pour les physiciens et l«s mécaniciens ; on y rassembla un musée d'anatomie et de curiosités pour les naturalistes. Mais TObservatoire était bien loin du centre de Paris; les physiciens, les chimistes et les médecins en oublièrent bientôt le chemin, si même ils le connurent jamais. Les astronomes, durant les premières années, répondirent par leur activité à la munificence avec laquelle le roi et son ministre les fournissaient d'instruments d'observation. Mais ces instvuments appartenaient à l'Académie; personne, surtout après la disparition des deux Couplet, n'en avait la charge et la garde; les astronomes académiciens s'aperçurent, comme les physiciens et les chimistes, que l'Observatoire était bien éloigné, et chacun trouva beaucoup |)lus commode d'emporter son instrument dans sa demeure. Il ne resta à l'Observatoire que les savants qui y étaient logés, quatre ou cinq tout au plus; indépendants d'ailleurs, ceux-ci observaient le plus souvent isolément et sans obéir à aucune direction. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, il y eut donc à Paris beaucoup d'astronomes observateurs; leurs nombreux et brillants travaux remplissaient les volumes des Mémoii'es de l'Académie et étaient cités avec éloge par les astronomes de tous les pays. Mais, en réalité, il n'exista pas, avant les dernières années du dix-huitième siècle, d'Observatoire de Paris, au sens que nous attachons aujourd'hui à ce nom et qu'en Angleterre on y attacha dès le premier jour, un corps d'observateurs travaillant sous une direction unique, dans un même but bien déterminé.
C'est pour avoir oublié ou méconnu cette condition d'existence de l'Observatoire avant 1771, que plusieurs auteurs, tout en rendant hommage à l'activité et au labeur de nos devanciers, se sont crus en droit de leur reprocher de n'avoir pas produit et publié de ces travaux de longue haleine qui sont les fondements de l'astronomie, mais ne peuvent être l'œuvre que d'observatoires régulièrement constitués. Les Cassini ayant toujours habité l'Observatoire, le troisième de cette illustre famille en ayant été nommé directeur en 1771, on s'est persuadé que, dès l'origine, Jean-Dominique Cassini en avait dirigé les travaux; et il a été de mode, pendant près de quatre-vingts ans, d'accabler ce grand homme des accusations les plus imméritées, de le rendre
responsable de la slérilité des travaux astronomiques en France, au point de considérer sa venue à Paris comme un malheur pour l'astronomie française. C'est dans Y Histoire de l* Astronomie moderne de Delambre que nous trouvons les premiers traits lancés à son adresse; cet auteur avait relevé, dans Y Histoire du Ciel de Le Monnier, la phrase suivante :
« Cet instrument (le quart de cercle mural), proposé tant de fois par MiM. Picard et Rœmer, et autant de fois abandonné à cause des difficultés continuelles qui se présentaient dans l'exécution, fut enfin arrêté dans le plan du méridien par M^ de La llire au mois d'avril i683. »
Et à ce sujet, voici les réflexions de Delambre {Astronomie moderne^ p. 6i4o) :
a Quant à ces difficultés d'exécution dont parle l'historien, on ne voit pas en quoi elles pouvaient consister, si ce n'est le défaut d'argent. Puisque Picard insistait si souvent sur la demande, il n'était donc pas persuadé qu'il y eût des difficultés réelle?. Après la construction du secteur de dix pieds dont il se servit en 1O70, on ne voit pas pourquoi il a fallu i3 ans pour obtenir un mural de 5 à 6 pieds. Mais on achevait alors la construction de l'Observatoire, pour lequel on avait fait des dépenses immenses et la plupart inutiles. Cassini en fut déclaré directeur, et vint l'habiter en 1671 ; le logement de Picard ne fut achevé qu'en 1673. On voit que les préférences n'étaient plus pour Picard, il avait cessé d'être l'astronome en crédit. Le public voyait les murs de l'Observatoire, il s'informait peu si cet établissement somptueux était fourni des instruments les plus nécessaires, u
Dans son Histoire de V Astronomie au JCV/II^ siècle, publiée par Mathieu en 182^, Delambre enchérit encore sur ces accusations et se laisse aller à une véritable diatribe des Cassini.
a Les Ëphémérides de Cassini (des satellites de Jupiter) et le soin qu'il prit longtemps de cacher les Tables qui lui servaient à ses annonces, avaient établi en France la réputation de l'auteur, et celle de ce moyen commode, quoique si peu exact. Cassini fut appelé en France, on lui donna la direction de l'Observatoire; on l'a continuée à son fils, à son petit-fils et à son arrière-peiit-fîls, et c'est ce qui a empêché l'exécution des vues qui avaient fait entreprendre la construction de l'Observatoire. Picard l'avait demandé pour y établir de grands muraux, de grands secteurs, les instruments propres à déterminer les ascensions droites et les déclinaisons des astres, les réfractions, les parallaxes et tous les fon- «lements de l'astronomie. D. Cassini, à son arrivée, témoigna le regret
LE REGIME DE L OBSER V ATOl HE . I97
qu'on n'en eût pas fait un vaste cadran solaire, où, mieux qu'à son gnomon de Bologne, on eût pu observer à chaque instant les hauteurs et les angles horaires du Soleil. On ajourna les plans de Picard; on disposa la partie qui restait à bâtir de manière à recevoir de grands objectifs; on poursuivit avec ardeur les recherches de rotation, de formation des taches, de découvertes de satellites, et l'on négligea entièrement l'astronomie véritable, pour courir après des notions, très curieuses sans doute et qu'il ne fallait pas négliger dans un si vaste établissement, mais qui ne seront jamais que des objets très secondaires; ce qui a fait dire et imprimer tout nouvellement, avec beaucoup d'exagération sans doute, mais avec une apparence de raison, que cet Observatoire avait été toujours complètement inutile à l'astronomie. Jl est sûr au moins qu'en i4o ans d'existence, on n'a pas vu sortir de cet Observatoire un seul petit catalogue d'étoiles. » (DELXUBVkE, I/isto ire de r Astronomie au XVIII* siècle, p. 290) (').
Le Verrier, dans son Rapport sur l'Observatoire de Paris et projet crorganisation {Annales de l'Observatoire, Mémoires, t. I, p. 1 1), n'est pas plus tendre pour Gassini et formule une nouvelle accusation :
a Rœmer, à qui TAstronomie doit l'invention de la lunette méridienne, invention remontant à la fin du dix-septième siècle, passa plusieurs années à rObser>atoire de Paris. Très malheureusement, il lui fut impossible de faire accepter ses idées par Gassini; la résistance de cet astronome priva notre pa}s de l'honneur d'inaugurer une grande et longue série d'observations propres à donner de nouveaux fondements à l'Astronomie. Une telle faute devait peser sur l'Observatoire de Paris pendant plus d'un siècle. »
Les accusations sont nettes et formelles. Gassini, déclaré directeur de rObservatoire des son arrivée, n'a usé de son crédit et de l'autorité que lui donnait ce titre que pour écarter les savants qui pouvaient lui porter ombrage et les empêcher de réaliser leurs projets. Picard, faute d'argent, n'a pu établir son cercle mural, Rœmer n'a pu faire construire sa lunette méridienne; au programme d'observations sérieuses que voulaient suivre Picard
(') Ctissini IV a relevé très vertement et très justement ces attaques de Delambre dans une plaquette intitulée : « Héfleiions présentées aux Editeurs des futures éditions de V Histoire de r Astronomie au XVIII* siècle (Ouvrage posthume de Delambre, publié par M. Mathieu). »
IQS chapitre XIII.
et Âuzoïit, Ca^sini a siibslilué les recherches plus brillantes mais bien moins utiles d'astronomie physique. Ni lui, ni ses successeurs n'ont su produire le plus petit catalogue d'étoiles.
Nous savons déjà que le point de départ de ces accusations est inexact. J.-D. Cassini ne fut pas directeur de l'Observatoire ^ son fils Jacques ne le fut pas davantage; c'est en 1771 seulement que François Cassini de Thurj fut nommé directeur. Jusque-là l'Observatoire n'eut d'autre règlement que celui de l'Académie ellemême. Chaque académicien astronome titulaire y observait librement avec l'aide de ses élèves. Toutes les fois qu'il s'agit d'une demande importante d'instruments, c'est l'Académie qui fait cette demande; nous l'avons constaté plusieurs fois, et en particulier pour la Tour de Marlj.
Mais, sans être directeur en titre, Cassini n'a-t-il pas abusé de son crédit et de la situation prépondérante que lui donnait l'éclat de ses découvertes, pour nuire à ses rivaux, pour éloigner Picard de l'Observatoire, pour l'empêcher d'y établir son quart de cercle, pour entraver les travaux de Rœmer?
« Picard, dit Delambre, n^est venu demeurer à l'Observatoire que peu avant le milieu de 1678, vingt et un mois après Cassini qui y habitait depuis ie mois d'octobre 1671. »
C'est vrai, mais Picard était parti pour le Danemark dès le mois de juillet 1671. Il en re\int l'année suivante et, immédiatement, quelques affaires domestiques l'appelèrent en Anjou; il est à Loudun en septembre 1672. Il en part pour son voyage en Languedoc. Nous le trouvons à Montpellier à la fin d'avril 1673, à Cette du 26 mai jusqu'au 7 juin, de nouveau le 1 1 à Montpellier, et enfin à l'Observatoire le 9 juillet. Toutes ces dates sont inscrites dans les Mémoires de V Académie, Delambre les connaissait bien. Comment peut-il voir, dans le fait que Picard ne vint habiter l'Observatoire que vingt et un mois après Cassini, la marque d'une préférence injuste accordée à ce dernier? En 1672, d'ailleurs, les voûtes supérieures de l'Observatoire étaient à peine terminées, et l'appartement que Perrault destinait à Picard était au second éUge, immédiatement sous ces voûtes.
Sur la liste des savants pensionnés par le roi. Picard n'est porté que pour une gratification annuelle de 1200 livres, puis de