LE REGIME DE L OBSERVATOIRE. I
i5oo livres à partir de 1669, comme tous les Académiciens^ ses confrères; Cassini recevait une pension bien plus considérable, 9000 livres. Mais Huyghens aussi avait une pension de 6000 livres et était logé à la Bibliothèque du roi. Faut-il voir dans ces chiffres la mesure du crédit de ces divers savants? Les étrangers attirés en France recevaient des pensions élevées, c'était la coutume et c'était justice, puisqu'ils n'avaient pas d'autres ressources. Picard, en outre de sa pension, avait son prieuré de Bille, en Anjou, et il était professeur au Collège de France. Ses voyages lui étaient largement payés en sus de sa pension : en 1668, il reçoit 1000 livres pour la mesure de la Terre ; en 1670, 1000 livres, et en 1671, 2000 pour le voyage de Danemark; son aide Villiard est payé à part. En 1674 ^^ en 1678, il lui est alloué 2600 livres pour ses vpyages en Languedoc et à la rivière d'Étanipes. Ce n'est pas encore là que nous trouverons trace du discrédit dans lequel il est tombé, d'après Delambre. Bien mieux, les lettres de Colbert nous montrent ce ministre empressé à l'encourager dans ses voyages, à le féliciter des résultats obtenus, à lui faciliter les relations avec le gouvernement et les savants du Danemark. Quand il tombe malade à Copenhague, Colbert lui écrit tout particulièrement pour le réconforter et l'engager à ne pas revenir avant d'avoir terminé sa mission. {Lettres de Colbert, Tome V, p. 3i4, 3i8, 319, 4o3, etc.)
Pourquoi donc Picard, malgré la protection que Colbert ne lui a jamais refusée, n'est-il pas parvenu à établir un cercle mural ? Beprenons la phrase de Le Monnier : a Cet instrument proposé tant de fois par MM. Picard et Bœmer et autant de fois abandonné à cause des difficultés continuelles qui se présentaient dans l'exécution » On a peine à comprendre comment Delambre, un astronome pourtant, a pu attribuer ces difficultés au défaut d'argent, à l'impossibilité où Picard se serait trouvé de payer le prix d'un quart de cercle. Le sens de la phrase de Le Monnier est bien clair et Arago ne s'y est pas trompé : Picard n'a pu installer son cercle mural en raison « des difficultés de faire mouvoir dans le plan du méridien la lunette d'un quart de cercle, c'est-à-dire une lunette pirouettant sur un axe très court et assujettie à s'appliquer sans cesse sur un limbe imparfaitement dressé » (Arago, t. III des Œuvres, p. SSg). Il faut ajouter que de 1669
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à sa mort en 1682, l^abbé Picard fut presque constamment en voyage, pour son expédition en Danemark, pour les travaux de la Carte de France, et enfin pour les nivellements relatifs à l'adduction des eaux à Versailles. Il ne put en réalité travailler à rObservatoire qu'à de rares intervalles et d'une façon discontinue (*).
L'accusation que Le Verrier a portée contre Cassini de s'être opposé à l'exécution de la lunette méridienne de Rœmer ne repose pas sur des fondements plus sérieux. Si Le Verrier avait eu entre les mains les Comptes des Bâtiments du roi Louis XI V, il aurait certainement donné une autre forme à l'expression d'un regret très justifié d'ailleurs. Il y aurait lu en effet que Rœmer, dès son arrivée en France, en 1672, reçoit une gratification annuelle de 1000 livres, qui lui est continuée en 16^3 et prend le nom A^ appointements ou de pension en 1674? 1.675 et 1676; qu'en 1677 il s'y ajoute une gratification de 600 livres; en 1678, sa pension est de 1200 livres avec une gratification de 200. En
(') Je résume ici les voyages de Picard avec les dates, autant que j'ai pu les établir d'après ses Begistres d'Observations et V Histoire céleste de Le Mon-