LES DIRECTEURS DE L OPERA
'administration de l'Opt'ra a traversé bien des phases depuis Louis XIV.
En 1669, l'abbé Perrin ouvrait son théâtre rue des Fossés-de-Nesles avec privilège
royal, et en mars 1672 le privilège révoqué passait dans les mains du florentin Lulli, devenu M. de Lully.
En 1687, Francini, gendre de Lulli^ succédait à son beau-père, sous le nom de M. de Francine.
En 1704, Guyenet succédait à Francine, à la condition de payer pour lui 400,000 livres de dettes.
En 17 12, Francine revenait après le décès de Guyenet, mort ruiné.
En 1728, Destouches prenait la direction, et il la cédait à Gruer en 1730.
L'année suivante, Gruer, destitué, se voyait remplacé par Lecomte. On l'avait révoqué pour avoir donné à ses amis un bal excentrique où se trouvaient mesdemoiselles Pélissier, de Camargo, Petitpas et autres pensionnaires de l'Académie royale dans des costumes plus légers que celui des Nymphes, quoiqu'un peu plus compliqués que celui des Grâces.
En 1733, Lecomte est révoqué à son tour et remplacé par Thuret, ancien capitaine au régiment de Picardie.
En 1744, Berger prend la succession du capitaine. Il se ruine et laisse un déficit considérable.
Tréfontaine succède à Berger, et fait en seize mois un déficit de 25o,ooo livres.
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On le révoque pour essayer une gestion par la ville de Paris, sous la surveillance du marquis d'Argenson.
Rebel et Francœur dirigent d'abord pour la Ville, et en lySy, après deux administrations provisoires de Roger et de Bontemps et Levasseur, ils prennent l'affaire à leur compte à condition que la Ville payera 1,200,000 livres de dettes.
Berton et Trial sont nommés en 1767 directeurs privilégiés, mais ils demandent bientôt à se retirer, et la municipalité reprend l'affaire.
Dix ans plus tard nous voyons l'administration publique entrer, pour la première fois, dans le système des subventions. De Vismes du Valgay, nommé directeur en 1777 avec un privilège de douze ans, obtient de la Ville une somme annuelle de 80,000 livres. De Vismes fit de louables efforts pour relever l'Opéra. Il engagea une troupe italienne qui alternait avec la troupe française de façon à occuper les sept jours de la semaine. Il doubla les recettes, mais la dépense augmenta. Les cabales de Beaumarchais, de mademoiselle Guimard et d'Auguste Vestris rendirent la direc-
tion impossible. Après deux ans d'exercice, de Vismcs renonça à son privilège, et il dirigea au nom de la ville de Paris.
En 1770, l'essai de subvention et le système de direction par la municipalité se trouvent abandonnés tous deux, et Ton arrive à un troisième système, à l'exploitation de l'Opéra par la liste civile du roi.
Berton et Dauvergne dirigent successivement le théâtre pendant cette période qui dure dix années.
En 1790, la Maison du Roi se débarrasse en faveur de la Ville de cette mauvaise affaire qui lui a créé, en deux ans d'exercice, un déficit de plus de deux cent mille livres.
La Commune révolutionnaire de Paris, qui n'a pas d'argent à perdre, s'en débarrasse à son tour et en gratifie Francœur et Cellerier. Une année après, l'un des directeurs déclaré suspect se sauve en Belgique ; on écroue l'autre à la Force.
Un comité de sans-culottes remplace alors les deux administrateurs. Le farouche Lays préside le comité de l'Opéra dont les acteurs ne sont plus
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payés, vu la rareté des fonds. C'était à ce moment que le bourreau venait se promener dans les coulisses de l'Opéra et débiter des lazzis lorsqu'il avait fini sa besogne. C'était alors aussi qu'Henriot, HébertetChaumette se faisaient servir des ra- Iraîchissements dans les loges des artistes, laissant la carte impayée entre les mains du limonadier Mangin.
Sous le Directoire, l'Opéra reçoit deux directeurs, Bonet et Devisme.
En 1801, Cellerier redevient directeur et, en 1802, un arrêté du premier consul place J'Opéra sous la surveillance de M. de Luçay, préfet du Palais, avec Morel-Lemoyne pour directeur.
Enfin, le i^'" novembre 1807, en vertu d'un décret impérial qui vient de supprimer la liberté des théâtres et de réduire à huit le nombre de ces établissements, l'Opéra prend le titre d'Académie impériale de musique et passe dans les attributions du premier chambellan, M. de Rémusat. Picard, Vautour de la Petite Ville, est investi des fonctions de directeur.
En 18 14, le ministre de la Maison du Roi a l'Opéra dans ses attributions, et M. de Pradel de-
2l8 HISTOIRE DE l'OPÉRA
vient surintendant. Picard garde la direction qu'il cède, en i8i5, au baron Papillon de la Ferté, ayant sous ses ordres Choron et Persuis.
En 1819, nous voyons la direction de l'Académie royale passer dans les mains de Viotti, le célèbre violoniste; puis, en 1821, dans celles d'Habeneck, que remplace Duplantys, en 1824,
Lubbert succède à Duplantys, en 1827, sous les ordres du vicomte Sosthènes de la Rochefoucauld.
Le docteur Véron prend TOpéra le 2 mars 1 83 1 , à ses risques et périls. En i835, il cède la direction à Duponchel qui s'associe d'abord Edouard Monnais, puis Léon Pillet.
Duponchel reprend la direction avec Nestor Roqueplan, en 1847, s'engageant à payer un déficit de 400,000 francs.
Nestor Roqueplan ne tarde pas à écarter Duponchel. Il reste seul directeur, en 1849. En 1854, il quitte la place à son tour, laissant un passif de 900,000 francs. L'Etat paie le déficit de Roqueplan et s'empresse de le renommer administrateur pour le compte de la liste civile, qui prend la charge de l'Opéra. Cinq mois après,
M. Fould, minisire d'État, remplaçait Roqueplan par Crosnier.
Le i" juillet i856, on venait me chercher à rOdéon, que je dirigeais depuis trois ans, et on me donnait (bien malgré moi) la succession de Crosnier, tombé en disgrâce à la suite d'une violente altercation avec M. Fould.
En décembre 1862, sous le mmistère de M. de Walew^ski, M. Emile Perrin, directeur de l'Opéra- Gomique, me succédait; en 1866, M. Perrin devenait directeur responsable, et, quatre ans après, il envoyait sa démission après les événements de la Commune.
M. Halanzier prit le poste vacant en juillet 1 871, d'abord comme administrateur provisoire, puis comme directeur-entrepreneur. Le courage de M. Halanzier fut récompensé par le succès dont avait désespéré son prédécesseur.
L'histoire de ces heureux directeurs de l'Opéra, dont on a vu les fréquentes migrations, s'arrête là pour le moment.