‹ Histoire de l'Opéra-Comique: La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

équivalentes, sinon par le mérite, du moins par le caractère et les tendances.

On voit donc quelle variété de points de vue comporte notre sujet et combien il dépasse les dimensions du cadre où il semble enfermé. Mais, pour remplir ce cadre, il a fallu d'abord vérifier avec soin les dates ; suivre les ouvrages depuis l'instant de leur naissance jusqu'à celui de leur mort et les interprètes depuis le jour de leur début jusqu'à celui • de leur départ ; compter le nombre des représentations et le chiffre des recettes ; relire des livrets, et des partitions dont on ne connaît plus guère que le titre ; feuilleter les journaux contemporains ;. compléter ces recherches par des souvenirs personnels ; répéter le moins possible ce que tout le monde savait déjà; interroger au besoin les intéressés, mais avec précaution, car leur mémoire est souvent complaisante à ce qu'ils désirent montrer et rebelle à ce qu'ils voudraient cacher ; recueillir en un mot tout ce qui se rapporte aux hommes et aux choses pendant les quarante-sept années que la seconde salle Favarl a vécues.

A ceux qui entreprendront un travail analogue pour l'histoire de notre temps, la tâche sera relativement aisée : Almanach des spectacles, Annales du théâtre et de la musique, Soirées de l'orchestre et autres recueils diversement nommés, abondent ^^ simplifient les recherches. Mais de 1840 à 1874 * ^ sources de renseignements font presque entiènent défaut. Les documents sont épars et l'on eine à les rassembler pour en contrôler l'exac-

titade, condition essentielle d'un travail comme le nôtre, et que les plus soigneux ne peuvent ja^ mais se flatter d'avoir absolument remplie.

- Une circonstance nous donne pourtant quelque espoir. Notre travail a paru d'abord en feuilletons dans le Ménestrel et y a même reçu de son directeur une trop courtoise hospitalité pour ne pas justifier ici l'expression de notre gratitude. Or, au cours de cette longue publication qui aura peutêtre inspiré et singulièrement facilité des travaux analogues, les intéressés n'auraient pas manqué de signaler les erreurs ; quelques notes complémentaires nous ont été gracieusement adressées ; aucune ou presque aucune rectification ne nous est parvenue .

Il ne suffît pas d'amasser des. matériau^x; il s'agît de les présenter avec ordre, de dissimuler le plus possible des énumérations fastidieuses et pourtant nécessaires, de maintenir Tattention par la variété des transitions et des rapprochements. De là, par exemple, le système que nous avons adopté pour la division des chapitres, sacrifiant parfois l'égalité de la mesure à l'intérêt des groupements, et rappelant dans les sous-titres mêmes, non pas toutes les pièces à succès, mais l'une au moins de celles dont les auteurs ont le plus contribué à la fortune du théâtre.

Un mot nous reste-à dire au sujet des principe^ qui ont guidé notre critique. On n'écrit pas d'or dinaire une histoire détaillée pour amoindrir celu qui en est le héros. Si donc nous paraissons ui

oir pour mieux prévoir.

5 avril 1892,

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'lau-vementpeu ae mine, et représentait ce qiipn it appelé volontiers un personnage de mince qua- .té. Son origine était trop récente, sa naissance trop

2 LES STATIONS DE l'OPÉRA-COMIQUK

obscure pour lui permettre de faire figure ; sa fortune était assez médiocre, son succès assez intermittent pour le réduire aux plus dures nécessités de la lutte pour l'existence. Il ne tendait pas la main ; mais il implorait la faveur des grands et se débattait, à force d'énergie ou d'adresse, entre les privilèges d'une part et les concurrences de l'autre, volé, persécuté, tombant parfois pour se relever toujours plus vigoureux et plus hardi.

Ce n'est pas Thistoire de TOpéra-Comique que nous entreprenons d'écrire ; aussi n'avons-nous point à rechercher dans le passé une filiation possible, quoique incertaine. Certes, il suffit de considérer le mélange du parlé et du chanté comme la caractéristique de ce genre pour trouver sans peine dans le célèbre Jeu de Robin et de Marion un modèle fort ancien et, partant, fort respectable. Mais dans son curieux travail sur VHistoire de la chanson populaire en France^ M. Julien Tiersota remarqué justement que cette alternance « de prose parlée et de vers chantés » distinguait à la même époque les fabliaux comme AucassinetNicolette, et les romans comme le Renard novielf le Batteur en grange, etc. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au temps de la Renaissance, l'opéracomique se laisse deviner dans ces moralités, dans ces farces que jouaient les clercs de la Basoche avec accompagnement de trompettes, hautbois, bassons et timbales. Puis, il apparaît clairement au dix-septième siècle sous la forme de ces comédies de chan-^ sons ou à chansons qui s'exécutaient aux deux célèbres foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent. C'est là, en effet, sur les tréteaux d'une baraque en plein vent, qu'il est venu au monde et qu'il a grandi peu à peu.

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