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Tous comptes faits, il fallait un succès pour remplir cette salle, dont la seule nouveauté n'était pas auprès du public un attrait suffisant. Et d'abord on crut le tenir avec l'œuvre tant attendue de Scribe et d'Auber, Zanetta ou Jouer avec le feu^ qu'on a.vait répétée avec ce premier sous-titre : Il ne faut pas jouer avec le feu. La première représentation de cet opéracomique en trois actes eut lieu le 18 mai, c'est-à-dire
le troisième jour après l'ouverture du théâtre, avec la distribution suivante : MM. Mocker (le Roi), Oouderc (Rodolphe de Montemart), Grignon (le baron), Emon (Ruggieri), Sainte-Foy, début (Dionigi), Haussard, début (Tchircossire) ; M"*" Rossi (Nisida), Oiati- Damoreau (Zanetta).
Bien accueilli à l'origine, Touvrage ne se maintint pas par la suite et disparut après 35 représentations. Il ne compte en effet ni parmi les plus importants ni parnii les plus remarquables de son auteur, et Ton' n'en connaît aujourd'hui que la fine et pimpante ouverture. Le sujet, assez singulier, trouva grâce devant les auditeurs, et Ton ne s'étonna pas de voir le noble seigneur Rodolphe de Montemart oublier auprès d'une fille de concierge, qu'il ne courtisait d'abord que pour déjouer tout soupçon, son amour pour la princesse de Tarente. Quant à la musique, elle était telle qu'Auber avait coutume de l'écrire, plus ou moins réussie suivant le hasard de l'inspiralion, mais toujours vive, spirituelle, élégante, ingénieuse, cachant sous le masque de la frivolité une science véritable et digne de respect.
Auber ! c'est la première fois que nous rencontrons ce nom, et il faut bien le saluer au passage comme celui d'un maître. Il est de mode aujourd'hui de le critiquer, de le diminuer ; il semble qu'on voudrait lui faire payer après sa mort la gloire qu'il a connue de son vivant. Mais si nous avions à défendre sa mémoire contre l'ignorance ou l'envie, nous invoquerions pour seul témoignage l'opinion d'un homme qui vivait en cette année 1840 à Paris, inconnu, besogneux, dont l'idéal à coup sûr était bien différent, qui ne pouvait s'intéresser à cette forme d'art qu'en amateur, en curieux, en philosophe, et dont le juge-
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ment sur ce point n'a pas varié, au début comme à la fin de sa vie : Richard Wagner I On sait quelle admiration il professait pour la Muette de Porticiy tout en reconnaissant que Topera n'était pas le vrai domaine d'Auber ; mais sur le terrain de Topéra-comique, il le proclamait presque sans rival. C'est lui qui, dans la Revue et Gazette musicale de Paris, écrivait : « Sa musique, tout à la fois élégante et populaire, facile et précise, gracieuse et hardie, se laissant aller avec un sans-façon merveilleux à son caprice, avait toutes les qualités nécessaires pour s'emparer du goût du public et lé dominer. Il s'empara de la chanson avec une vivacité spirituelle, en multiplia les rythmes à l'infini, et sut donner aux morceaux d'ensemble un entrain, une fraîcheur caractéristiques, à peu près inconnus avant lui. » Cet article remonte au 27 février 1842; plus tard, malgré les divergences de système, malgré les événements, malgré les haines peut-être, il pensait encore ainsi. Pour s'en convaincre, il suffit de se reporter aux Souvenirs qu'il a consacrés à Auber dans la Musikalisches Wochenblatt, à la date du 31 octobre 1871, c'est-à-dire quelques mois seulement après cette fameuse Capitulation qui lui aliéna tant de sympathies françaises.
D'ailleurs, cette estime, il en donnait la preuve dans son langage comme dans ses écrits. M. Joseph Wieniawski, le pianiste bien connu, nous a raconté qu'en 1860 il s'était rencontré avec lui, un matin, chez Auber, alors directeur du Conservatoire. « Je ne le connaissais point, nous dit-il ; mais durant cette visite, je fus frappé, du ton de déférence, presque d'humilité, avec lequel cet étranger lui parlait I »
Dans Zanetta, deux artistes avaient débuté, dont on ne pouvait guère juger le mérite, tant était mince
Haussard, et n'a pas laissé trace de son passage. L'autre s'appelait Sainte-Foy et appartient plus que personne à l'histoire de la seconde salle Pavart, car, entré à ce théâtre presiju'à l'heure où il s'ouvrait, il □e l'a quitté qu'à l'heure de la retraite, c'est-à-dire après une trentaine d'années de service. Grand, svelte, doué d'une physionomie expressive et mobile, il possédait une voix sufBsante pour son emploi. Elève de Morin, professeur au Conservatoire, il avait développé par l'étude les moyens que la nature lui avait donnés, et, l'expérience aidant, il ne tarda pas à devenir le premier comique de la troupe. Il savait jouer et il pouvait chanter ; à ce double point de vue, on le comparerait volontiers à un excellent artiste mort récemment, et qui avait appartenu, lui aussi, quelque temps à l'Opéra-Comique : Berthelier. Mais, très habile et très intelligent, Berthelier, vers la fin de sa carrière, faisait tailler les rôles à sa mesure; Sainle-Foy les avait toujours pris, bons ou mauvais, tels qu'on les lui avait livrés, et il avait en outre le don si rare de l'émotion communicative. Que de gens n'a-t-il pas lait pleurer dans les Papillotes de M. Benoist ? Aussi peut-on le proclamer un des meilleurs trials qui furent jamais, très probablement égal, sinon même supérieur au fameux acteur du dix-huitième siècle, qui avait donné son nom à l'emploi.
Son talent fut du reste assez vite apprécié pour qu'on comprît le débutant dans la distribution de la première nouveauté qui suivit Zanetta : c'était le