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point découvert dea étoiles de première grandeur, il avait su néaûmoins faire débuter d'excellé ntslartistes, comme M"" Charton, Grimm, Lemercier, Levasseur, MM. Bussiue, Montaubry, Chaix, Jourdan, Nathan et Eugène Ponchard. Il avait pleinement bénéficié des Mousquetaires de la Reine; mais il lui arriva ce qui devait arriver plus tard à M. Pellegrin, laissant à M. Carvalho ta Fanchonnette, puis à M. du Locle montant Carmenpour leplus grand profit du môme M. Carvalho, qui devait un jour y retrouver une fortune ; le malheureui Basset avait entre les mains un joyau de prix qui s'appelait Haydée; c'est son successeur qui eut la chance d'en retirer les bénéfices. Sic vos non vobis l Cela dit sans vouloir diminuer le mérite de ce successeur, l'un des hommes qui ont le mieux connu le théâtre et ses besoins, le public et ses goûts, les auteurs et leur talent, les artistes et leurs caprices. Emile Perrin demeure en quelque sorte le directeurtype, celui qui a pu administrer tour à tour les trois plus grandes scènes de Paris sans faiblir à la tâche, toujours luttant et toujours heureux. On a parlé de sa chance ; elle était moindre que son habileté. Intelligent, plus fin que brillant, toujours correct, il avait cette tenue qui assure au personnage une place dans le foyer d'un théâtre aussi bien que dans le salon d'un miuistre. La froideur apparente sous laquelle il cachait sa timidité naturelle lui donnait une sorte de gravite qui convenait à ses fonctions; sachant parler, mais surtout sachant écouter, il imposait ses volontés par la douceur et la persuasion, aidant tout le monde et ne décourageant personne, merveilleux diplomate sur ce terrain spécial où il faut ménager ensemble tant d'intérêts et d'amours- propres opposés. Les études de peinture qu'il avait faites au début de sa
carrière avaient développé son goût pour les arts, son culte pour le beau, et il est banal aujourd'hui de rappeler à quel degré d'élégance et de soin il avait poussé le luie de la mise en scène. De plus, il ne montrait pas cet entêtement stérile et fâcheux des impuissants qui finissent par décourager autour d'eux les meilleures volontés ; il daignait prendre en considération les raisons qu'on lui présentait, et ne se décidait qu'en connaissance de cause, après enquête minutieuse et mure réflexion. Enfin il possédait, pour un directeur, deux qualités précieuses entre toutes: il savait susciter les œuvres, les faire germer et éclore dans le cerveau de leurs auteurs; il savait, en outre, discerner les artistes à succès et les attirer à lui, ce qui favorisait son entreprise aux dépens des entreprises rivales, et décider les auteurs à lui donner leurs oeuvres nouvelles, ce qui permettait de remettre en scène l'ancien répertoire^et de gagner presque autant avec une vieille pièce qu'avec une nouvelle. Par l'ensemble de ces mérites il triomphait des difficultés et excellait à tourner les obstacles qu'il ne pouvait briser; c'est ainsi qu'entre ses mains le mauvais pouvait devenir bon, et le bon lui-même devenir meilleur. On le vit à l'Opéra-Comique, uù la situation n'était rien moins que prospère lorsqu'il s'y présenta. Succédant à Basset pour les cinq ans qui lui restaient à courir, il acceptait la plus grande partie de ses obligations et charges locatives, et, à peine installé, il allait se heurter à la catastrophe des journées de juin. Un autre aurait succombé; Emile Perrin se mit courageusement à l'œuvre et réussit. Depuis le 30 avril, le théâtre étaitfermé; il rouvrit ses portes le 17 mai, et pour tâcher de compenser la perte de ces seize jours de relâche, trois reprises importantes
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furent coup sur coup offertes au public : les Rendezvous bourgeois, \e%0m3.i; Fiorella, le 9 \\iia, et la Fille du Régiment, le 22 juin.
Depuis longtemps, l'incomparable bouffonnerie de Nicolo semblait oubliée; elle avait disparu du râpertoire, OD ue sait pourquoi; cette reprise eut pour effet de lui rendre la vie, et les Rendez-vous bourgeois se sont donnés depuis avec un succès qui ue s'est plus jamais démenti.
Fiorella, créée le 28 novembre 1826 par Laleuillade, Lemonnier, Valère, Féréol, M"'* Pradher et Boulanger, avait cette fois pour interprètes Âudran, Bussine, Emon, 8ainte-Foy, M°"* Darcier et Lemercier. C'était l'une des premières partitions d'Auber, remplie de morceaux agréables et faciles, dont quelques-uns ont joui d'une vogue populaire. Mais, en Ï84S, la pièce n'eut qu'un succès d'estime et disparut définitivement du répertoire.
La Filla du Régiment faisait au contraire, avec sa nouvelle recrue Battaille, une rentrée triomphale. Nous avons dit qu'elle avait reçu à l'origine un accueil assez froid. Répété sous le nom de Marie, l'ouvrage de Donlzetti avait paru n'avoir tout d'abord d'autre mérite que celui de servir aux débuts d'une jeune cantatrice, M"° Dorghése, sur qui l'on fondait de grandes espérances et qui les tint en partie seulement. A côté d'elle le rôle de Tonio avait été créé par Marié, lequel avait chanté constamment faux ce soir-là. Est-ce à cette ciroonstance que le compositeur dut s'en prendre? Ce qui est certain, c'est que sa musique ne produisît alors aucun effet et qu'on ne trouva à bisser que le trio du second acte ; encore jugea-t-on qu'il était u un calque du trio du Pré aux Clercs ». Les chœurs furent déclarés « d'une corn-
plète nullité V, l'ouverture « médiocre > et le finale < n'offrant rien de saillant ». Un journal, rédigé avec soin et très modéré d'allure, écrivait : < Dans ces deux actes chargés de musique, noua ne saurions guère citer que deux ou trois morceaux, tous les autres sont bruyants. Le tambour, le trombone , la trompette, les timbales y dominent de la manière la plus affligeante pour les oreilles. Une valse sert d'introduction au deuxième acte, mais elle aurait pu être mieux placée. Elle semble avoir été tirée d'un portefeuille où elle attendait l'occasion de se produire. » Et puis c'est tout; à peine trois lignes sont-elles ajoutées à la fin de l'article en manière de coaclusion : « 11 n'y a pas lieu de se féliciter de l'apparition de ta Fille du Régiment. Il faut espérer qu'il siguor Donizetti sera plus heureux dans le second ouvrage qu'il va donner à l'Opéra-Oomique.»
Plusbeureuxilnele fut pas, car ce second ouvrage, entré alors en répétition sous le titre de Joséphine, fut bientôt retiré par suite du non réengagement de M"" Eugénie Gai'cia et ne vît le jour que quatorze années plus tard au Théâtre-Lyrique (le 31 décembre 1853) sous le titre dé&ailil d'Elisabeth. Mais s'il avait eu la satisfaction d'assister au succès croissant, d'année en année, de la Fille du Bégiment en France et à l'étranger, il ne devait pas malheureusement être témoin de son triomphe définitif à Paris. C'est après sa mort seulement qu'on se décida à remonter la Fille du Régiment à l'Opéra-Oomique où, profitant de sympathies posthumes, elle planta définitivement son drapeau.
Le lendemain de cette reprise, le 23 juin, une jeune chanteuse, nommée M"" Ugalde-Beaucé, devait débuter dans le rôle d'Angèle du Domino noir; la poli-
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tique ea avait décidé autrement. Le spectacle se donna non pas dans un théâtre, mais dans la rue : une fornùdalile insurrection était déchaînée et le sang coulait comme il avait coulé trois mois auparavant. M. Ch. Réty nous a rapporté à ce sujet un joli mot du débutant de la veille, Battaille. Tous deux fai' salent partie de la section de la garde nationale de la rue Bergère, qui fut des premières à lutter et très vaillamment contre les insurgés. La journée fut chaude et plusieurs hommes furent mis hors de combat. « Conviens que tu as eu un peu peur, dit le soir en rentrant M. Gb. Réty à Battaille. — Ouï, répondit celui-ci, mais pas tant qu'hier ! »
Les portes fermées ne se rouvrirent plus que le 21 juillet, c'est-à-dire après vingt-huit jours de relâche. Cette foie, du moins, la barque entrait au port; l'orage était calmé, et la fortune de la salle Favart, un instant compromise, allait être rétablie et assurée par l'activité de son directeur.
Tout d'abord une foule de débutants se produisirent, entre lesquels il faut tirer hors de pair M"* Ugalde^ quij à cette époque, ajoutait encore à son nom celui de Beaucé. Élève de M"" Cinti-Damoreau, elle ne a'étaitfait entendre jusqu'alors que dans des concerts; elle ignorait la scène ; mais elle avait l'intelligence, qui tient lieu d'expérience; elle acquit bien vite le talent de comédienne qui lui manquait tout d'abord, et comme elle possédait une voix charmante, souple et légère, elle se plaça presque aussitôt au premier rang. On lui prédit un bel avenir; au cours de cette histoire, nous aurons plus d'une fois à constater qu'elle a tenu, et au delà, tout ce qu'elle promettait, car M*" Ugalde compta parmi les meilleurs artistes dont puisse s'enorgueillir la seconde salle Favart.
Déjà nous avons mentionné Battaille; il faut citer Lemaire et M™* Thibault, qui parurent à ses côtés le même soir que lui, dans la Fille du Régiment, jouant, l'un le rôle de l'intendant, l'autre celui de la marquise ; puis, M. Anthiome, qui débuta le 3 août dans la Dame Blanche, et retrouva à Paris les succès qu'il avait, comme téoor, remportés en province; M, Boulo, qui, lui aussi, venait de province après avoir passé par l'Opéra, et M"' Decroix, jolie femme et médiocre chanteuse, tous deux chargés des rôles de Lorédan et de Kaphaëla dans Saydée, le 14 septembre. Si même nous anticipons sur la fin de l'année, il convient d'ajouter à ces noms celui de M. Bellecour, nn ancien acteur, qui ht apprécier son habitude des planches, le 4 décembre, dans Fortunatus de V Ambassadrice, et M"' Maria Meyer, qui. se produisit le 22 novembre dans Fiamma du Diable à VÉcole, après avoir quitté le Conservatoire, où le concours de 1848 lui avait valu le second prix de chant et le premier prix d'opéra-comique.
Disposant d'une bonne troupe comme celle qu'il possédait alors, M. Emile Perrin pouvait livrer bataille; LL commença la campagne le 24 août avec un ouvrage en trois actes, il Signer Pascariello, paroles de Leuven et Brunswick, musique d'Henri Potier. Le livret n'offrait pas un intérêt palpitant et semblait même un peu long pour initier les spectateurs aux aventures de Pascariello, maître à chanter dans un couvent de religieuses, reconnaissant certaine novice nommée Paula pour sa flUe, bien qu'il □'en soit pas le père, et allant jusqu'à épouser Barbara, sa vieille bonne, ahn de donner une mère à la pauvre enfant qui sans cela ne pourrait se marier avec son amoureux GaËtano, et serait obligée de
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8e faire religieuse par ordre de soq propre père.
< Désaogiers, rapporte un critique, fit dans le temps, pour l'acteur Potier, une pièce intitulée le Petit Enfant prodigue, dans laquelle l'auteur se joue ainsi d'une façon comique et cynique des sentiments de la paternité. Le héros, après avoir été forcé de subir les caresses dérisoires de deux farceurs qui sont venus lui déclarer tour à tour qu'il est leur fils, finit par jeter à la porte son véritable père, qu'il ne veut pas reconnaître, fatigué qu'il est d'être embrassépar tous ces gens qui prétendent à tour de rôle être les auteurs de ses jours. »
Les deux pièces avaient donc une certaine analogie, et le hasard voulut que la musique de la seconde fût composée par le fils de celui pour qui la première avait été écrite. Comme dans ses ouvrages précédents, Henri Potier avait fait preuve d'une certaine gr&ce mélodique, jointe & un sentiment assez juste de la scène et des situations comiques. Il Signor PoBcariello fut joué vingt-six fois, grice au talent surtout qu'y déployèrent les interprètes, M"' Lavoye et Thibault, MM. Jourdan et Mocker, ce dernier surtout, plein de verve et de sensibilité, faisant rire et pleurer tout ensemble, et justifiant, au dire d'un journal, cette bizarre et caractéristique définition donnée par un amateur fort épris des choses du théâtre : « C'est un paquet de ficelles trempé de larmes t »
La pièce nouvelle fut suivie le 38 août d'une pièce ancienne qui n'a pas, il faut le croire, perdu toute sa paveur, car eUe a reparu aux Fantaisies-Parisiennes en 1668. C'est le Muletier, qu'Adolphe Adam, bon connaisseur en la matière, jugeait « un des meilleurs actes de musique qu'il y ait au théâtre. >> Joué pour la première fois la 12 mai 1823, l'ouVrage n'avait pas
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reocoatré tout d'abord la faveur du public ; la morale était alors presque de rigueur au théâtre, et la pudeur s'alarmait aisément. Or, le Muletier abondait eu situations risquées , la- donnée semblait leste et le dialogue, signé Paul de Kock, assez épicé pour le temps. Il avait donc fallu tout le charme de la partilion pour sauver la gaillardise du livret. Herold, cependant, ne trouva pas à la vendre et fut obligé de la faire graver à ses frnîs. De telles misères sont encore bonnes à rappeler; elles servent à consoler les jeunes et les aident à supporter les dif&cultés de l'heure présente, eu leur montrant qu'avant eux les plus illustres ont connu de même les blessures d'amour-propre et les sacriûces d'argent !
La Sournoise suivit de près le Muletier; mais ai Thomas Sauvage et de Lurîeu, les librettistes, pouvaient rivaliser avec Paul de Kock, Thys, le compositeur, n'avait rien de commun avec Herold. L'histoire de cette petite sournoise qui trompe tout le monde, parents et amis, pour arriver à se faire épouser par celui qu'elle aime, avait comme un vague parfum d'ancienne comédie, dont la musique devait tirer parti; il trouva, en effet, quelques mélodies agréables, une valse et un quintette dignes de remarque, mais l'ensemble parut plus cherché que trouvé. Nathan, 9ainte-Poy, sa femme et M"* Lemercier menèrent la pièce avec entrain le 13 septembre et s'y firent applaudir; le succès fut pourtant assez éphémère, et depuis, tout souvenir de l'œuvre a disparu sans retour.
Cependant, peu à peu le théâtre renaissait à la vie, et les recettes se relevaient avec une régularité dont le tableau suivant montre la progression :
..Coo^^le
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Administration Perrin.
Hai (14 représ e a tatio as seulement) Fr. 11,167 2Se.
Juin 16,916 50
Juillet 15,399 »
Août 22,571 95
Septembre 38,343 03
Octobre 34,6«l 20
Novembre 69,293 05
Décembre 76,343 61
Le temps des épreuves était passé; on retrouvait la fortune après la détresse, post nubila lucem! C'est comme une période nouvelle qui commençait, période d'un incomparable éclat, où les succès , par un caprice du sort, allaient surgir retentissants, nombreux et durables. Les quelques années qui suiveot comptent, en effet, parmi les plus belles de l'Opéra- Comique, et l'on peut dire que la seconde salle Favart attint alors son apogée.