‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 26 sur 49 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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Reprise de la Fille du Régiment, {1848).

Par la date de sa première représentatioQ (38 déceittbre), Haydée ou le Secret appartient, en réalité, moins à l'année 1847 qu'à l'année 1848, L'honneur, si l'on veut, fut pour î'uue, mais le profit fui pour l'autre, car l'ouvrage de Scribe et Auber réussit brillamment et s'annonça dès le principe comme un succès d'art et d'argent. On goûta ce poème qu'on disait tiré d'une nouvelle russe traduite par Mérimée; la scène de somnambulisme fut jugée originale et neuve; on y découvrit même une portée morale qui d'ordinaire faisait défaut aux livrets de Scribe, Quant à la musique d'Auber, elle parut charmante de grâce et d'invention mélodique; on retrouvait enfin cette inspiration qui, dans le Duc d'Olonne et la Barcarolle, avait donné quelques preuves de lassitude et se montrait aussi fraîche et plus jeune que jamais. Le moment n'est pas venu d'embrasser en son ensemble la

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carrière du maître, car l'acUvité chez lui ne devait disparaître qu'avec la vie, et il lui restait encore bien des ouvrages à écrire ; mais on ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil sur le chemin parcouru en songeant à toutes les étapes qui avaient marqué cette course triomphale dans le domaine de l'opéra-comique : Emma (1821), la Neige (1823), le Concerl à la Cour (1824), le Maçon [1825), Fiorella [1826), la Fiancée (1839). Fra Diavolo (1830), Lestocq (183'.), le Cheval de bronze (1835), Actéon (1836), l'Ambassadrice (1836), le Domino noir (1837), les Diamants de la Couronne (1841), la Part du Diable (1843), la Sirène (1844) . Presque chaque année se comptait par une victoire, et il est remarquable que toutes les pièces, citées dans cette énumération, ont figuré, depuis l'ouverture de la seconde salle Favart, au répertoire du théâtre; Joutes y ont été l'objet de reprises, sauf le Cheoal de bronze, dont il fut question cependant en 1848 pour les débuts de M'" Meyer, mais qui changea de cadre, et, transformé en opéra-ballet, passade rOpéra-Comique à l'Opéra, en 1857.

Haydée marque à son tour une date dans la vie de l'auteur; car vingt et un ans devaient s'écouler avant qu'il retrouvât un franc succès, avec te Premier Jour de bonheur. Elle avait failli passer au commeacemenl de 1847; mais elle avait cédé le pas à trois actes de Planard et de M. Ambroise Thomas, qui ne sont, croyons-nous, jamais sortis des cartons de leurs auteurs ; le Bouquet de l'Infante avait alors pris la place devenue libre, et Haydée s'était trouvée remise aux derniers jours de l'année. Chose curieuse, on n'avait pas hésité sur le choix du titre, mais sur l'orthographe qu'il convenait de lui attribuer; Haydée avait été tout d'abord Aidé et Aydée ; les deux formes reje-

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tées avaient du 1)od I Quant au succès, il se dessina si clairement, dès le premier soir, qu'en sortant du tlié&tre les musiciens de l'orchestre se rendirent à la demeure d'Auber et lui donnèrent une sérénade; c'est un témoin oculaire qui nous a rapporté ce fait peu connu. On se rappelle que pareille démonstration avait eu lieu en l'iioûneur de Wagner après la première de Tannh&user, et de Rossiai, après la seconde du Barbier de Sàoiile. Comme ces deux ouvrages, Haydée devait avoir une vie longue et prospère, et le 30 août lâ6fi, elle atteignait sa trois centième représentation. Parmi les interprètes de la première heure, il faut citer M""' Lavoye et Grimm, MM. Hermann-Léon, Audraa, Ricquier et surtout Roger, dont le rôle de Lorédan fut à l' Opéra-Comique la dernière création. Il quittait ce théâtre après un service de dix années, pendant lesquelles sa renommée n'avait fait que grandir; lui-même a dressé, dans son Carnet d'un ténor, la liste des dix-neuf pièces qu'il a créées; il y faudrait joindre la longue énumération de toutes celles qu'il a reprises. Mais, depuis longtemps, nous l'avons dit, l'Opéra l'attii-ait ; peut-être aussi n'avait-il plus alors cette sveltesse de taille qui convenait aux amoureux d'opéra-comique. Enfin, Meyerbeer cherchait alors un ténor pour livrer l'un de ses deux grands ouvrages, si impatiemment attendus, et la perspective de créer ie Prophète justifiait l'ambition du chanteur; il passa de la salle Favart à la rue Le Peletier ; le succès l'y suivit.

Vers la même époque se produisait à Paris un événement artistique trop important pour être passé sous silence. Ce troisième théâtre de musique, qui, pendant si longtemps, aurait pu prendre pour devise la phrase ironique que Préault avait inscrite sur le

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socle d'une statue du Silence -■ i Je suis celui dont on parle tant! », ce thëâtre que l'opinion réclamait, en ■effet, par la voie de la presse, par les pétitions signées des noms les plus illustres et renouvelées successivement en 1842, 1844, 1846, il se dressait enfin. Jusqu'alors les ministres luttaient contre cette poussée de l'opinion, disant que depuis 1807, date du décret gui réduisait à deux les théâtres de musique, a toutes les tentatives faites pour sortir d'un cadre si étroit avaient échoué. » Mais, cette fois, les temps étaient venus et, comme l'observe plaisamment Albert de Lasalle, dans son Mémorial du Théâtre-Lyrique, le ministre de l'Intérieur, M, Duchâtel, « malgré sa flère attitude, devait succomber sous la pression du nombre. Il se trouvait serré de près par la foule toujours grossissante des pris de Rome, des lauréats du Conservatoire, des musiciens sans livret, des libret, tistes en quête d'un musicien, des chanteurs en retrait d'emploi, des jeunes de tous les âges, des impatients qui piaffent à la porte des théâtres, des inédits enfin, que l'appétit de la célébrité taquine et rend taquina. — Accorder le Tiiéâtre-Lyrique à ces âmes eu peine, c'était leur ouvrir la porte du purgatoire qui donne directement sur le paradis 1 » Adolphe Adam, le populaire auteur du Chalet, et Achille Mirecour, frère d'un acteur du Théâtre-Français, acteur lui-même et homme expert en matière théâtrale, étaient nommés directeurs, et le Théâtre-Lyrique était inauguré le 15 novembre 1847 dans la salle du Cirque, au boulevard du Temple, sous le nom d'Opéra- National.

Que devait faire en 1847 cet Opéra-National, s'organisant pour lutter contre l'Opéra-Comique ¥ Monter des œuvres nouvelles parmi lesquelles pouvait se ren-

contrer un succès, remettre à la scène de vieiUes pièces, afin d'en ravir le bénéQce à l'adversaire. Ainsi arriva-t-il : le premier ouvrage d'uu nouveau venu, Gastibelza, paroles de MM. d'Ennery et Cormon, musique d'Aimé Maillart, réussit brillamment ; c'était un bénéfice perdu pour la rue Favart. Puis, des trois reprises, Aline, Une Bonne Fortune et Félix ou l'Enfant troitoé, la première surtout fut chaleureusement accueillie. Le plus curieux, c'est qu'il était déjà question de cette Aline avant U mort de son auteur ; od laisait miroiter cette joie suprême aux yeux du pauvre Berton ; puis Crosnier avait oublié l'affaire, et son successeur. Basset, ne s'en souvint que le jour où précisément Adam voulut passer du rêve à la réalité. Alors le directeur prétendit faire retirer ce droit aux directeurs du Théâtre-Lyrique. C'est l'êterDelle histoire du chien du jardinier, qui ne mange pas et ne veut pas que les autres mangent. Pour l'honneur de la musique, Basset perdit son procès ; mais ce résultat n'améliora pas les relations entre les deux plaideurs, et il en résulta un double dommage pour le compositeur, qui perdait un débouché à ses œuvres, et pour le directeur, qui perdait un fournisseur de talent. Adam fait, dans ses Notes biographiques, une allusion à cette situation fâcheuse : « J'eus le malheur, écrit-il, de me fâcher avec Basset pour des affaires entièrement étrangères au théâtre, et j'appris qu'il avait dit que, tant qu'il serait au théâtre, on ne jouerait pas un seul ouvrage de moi. >• Un seul ouvrage « nouveau », avait oublié d'ajouter l'auteur éconduit ; car nous avons vérifié que, sous la direction Basset, le Chalet et le Postillon de Lonjumeau n'avaient jamais disparu do répertoire.

Forcé de subir une concurrence qu'il ne pouvait

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empêcher. Basset fit de son mieux pour lutter. Haydée avait mis une bonne carte dans sou Jeu, et les recettes de janvier atteignirent, en effet, le chiffre assez élevé de 92,788 fr. 15 c. Le 9 février il donna un nouvel ouvrage, la Nuit de Noël, opéra-comique eo trois actes, paroles de Scribe, musique d'Henri Reber. Ce dernier était un nouveau venu au théâtre, et devait s'estimer tout heureui d'avoir obtenu la collaboratioa du grand matlre ou commandeur des librettistes ; on pouvait le nommer ainsi, puisque quelques jours auparavant il avait reçu de l'aTancement dans l'ordre de la Légion d'honneur, et que', suivant l'amusante formule inventée par Gham, « sa croix lui était sautée au cou. » Mais Scribe se trompait quelquefois ; malgré son habileté à faire accepter les invraisemblances, et à jouer avec les difficultés comme un prestidigitateur avec les muscades, il lui arrivait d'écrire des livrets médiocres, et celui de la Nuit de Noël fut du nombre. La partition, au contraire, fut appréciée, sinon du public, au moins des connaisseurs. Souvent les critiques émettent, à la première heure, des jugements qui, plus tard, font sourire ; parfois aussi ils devinent juste, comme le prouve un article paru sous la signature de Henri Blanchard : « Sa mélodie est plus grave, plus sérieuse que légère, et gracieuse comme il le faut aux habitués du théâtre Pavart. Son instrumentation est claire ; son style rappelle celui des maîtres tels que Ilaendel et Mozart, et sa déclamation imitative la manière vraie et bien observée des ouvrages de Grétry. C'est peut-être aussi ce désir, en M. Reber, de bien dire, de bien déclamer, qui Ole à sa mélodie l'inspiration, la franchise, avec laquelle cette partie de l'art doit se développer sur la scène. Cerlainement M. Reber plaira plus aux hommes

sérieux et de goiit qu'aux masses qui, en muBîque, Teulenl être remuées par la puissauce du rythme,

quelque uDiforme qu'il soit. » Toutes ces remarques sont Tort justes, car Reber, dont le talent était, si l'on peut dire, trop intime pour le théâtre, et qui a surtout donné sa mesure dans la musique de chambre, ne connut janaais les succès bruyants. Admirateur passionné des maîtres classiques, il cherchait à reproduire la pureté de leurs lignes, et s'efforçait de cacher sa science sous les dehors de la simplicité. C'était un délicat qui travaillait pour les délicats, un modeste qui avait conscience de sa valeur, mais ne prétendait point l'imposer par les manœuvres de la réclame. Théophile Gautier le connaissait bien, lui qui a tracé de ce maître ce joli croquis ; « Nous nous le figurons volontiers sous l'apparence d'un de ces maîtres de chapelle, vêtus d'un grand habit marron à boutons d'acier, en veste de taffetas gris, en bas de soie de môme couleur, bien tendus sur une jambe fine et nerveuse, et en larges souliers à boucles d'argent, qui, dans une chambre boisée de blanc ou garnie d'une tapisserie de Flandre, exécutent, devant un pupitre de bois de merisier, une partie de contrebasse, ou, les doigts enfoncés dans les touches du clavecin, jouent un morceau de Oouperin. A côlé d'eux sont posés le tricorne bien brossé, la tabatière et le mouchoir à carreaux des Indes ; un léger nuage de poudre s'exhale de la petite perruque à trois rouleaux agitée par le battement de la mesure. Chardin Ou Meiasonier ont fait cent fois ce portrait. »

Pour nous, qui n'avons connu Reber qu'à la fin de sa vie, nous le retrouvons tout entier dans ces quelques lignes. Nous le voyons encore à l'Institut, certain jour oîi l'on exécutait les cantates pour le prix de

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Rome. Avec sa redingote marron foncé, son visage rasé et ses cheveux blancs, que l'&ge seul avait poudrés, il réalisait le type crayonné par Gautier : il semblait un artiste de l'autre siècle égaré dans le nôtre, un homme des jours passés.-

Tout autre était le compositeur dont l'ouvrage vit le jour après la Nuit de Noël, tout autre aussi sa musique. Gilles ravisseur, représenté le 21 février, appartient à la famille du Tableau parlant, de l'Irato, de l'Eau meroeilleuee. Le librettiste Sauvage l'avait qualifié de « parade eu un acte et en vers » et Albert Orisar avait brodé sur ce canevas bouffon qui nous montre Oolombine, Gassandre.Oilleset Léandre, une musique légère, fine, spirituelle, presque digne d'ua Cimarosa ou d'un Paisiello. L'œuvre a survécu, du reste, et, si elle n'4 pas retrouvé des interprètes aussi remarquables que ceux da début, Mocker, Hermann- Léon, Sainte-Foy, M"* Lemercier, du moins elle a été plusieurs fois reprise, et nous l'avons encore entendue en lti69, aus Fantaisies-Parisiennes, avec MM. G. Bonnet, Soto, Barnolt, Davoust, M""" Persini et Chevalier.

Détail assez piquant, le musicien n'avait assisté ni aux répétitions ni à la représentation de son ouvrage. Il se trouvait alors en Italie, et c'est de là qu'il avait envoyé sa partition. Il n'eut point ainsi la surprise que réservait aux Parisiens le lendemain de cette brillante soirée. La révolution éclatait brusquement ; la guerre civile était déchaînée ; les citoyens couraient aux armes et l'Opéra-Gomique en particulier devait, pour huit jours, fermer ses portes.

, Quand il les rouvrit, ce fut pour traverser une crise pécuniaire qui aboutit à la retraite du directeur. Le 20 février on avait réalisé 2,244 fr. 50 de recettes-

avec Fra Diavolo et le Domino noir; le 28, jour de la réouverture, on faisait 974 fraoca avec Haydée, la pièce nouvelle, le succès du moment, qui avait produit 3,599 francs la dernière fois qu'on l'avait jouée I Plus maltraité encore, l'Opéra-National devait tomber peu après, entraînant le malheureux Adam dans sa débâcle. Quant aux artistes, ils étaient invités à endosser l'uniforme ; ils montaient la faction au lieu de suivre les répétitions, et dans les journaux on Usait des avis aussi étrangement rédigés que celui-ci : a ClesL la garde nationale habillée ou non habillée (!) qui fait le service de tous les théâtres de la capitale. »

Au milieu de telles occupations et préoccupations, on conçoit que la curiosité publique ne pouvait guère être excitée par l'éclosion d'un petit acte intitulé le Rêveur éveillé (et non le Dormeur éveillé comme l'indiquent à tort les dictionnaires). Connaissait-on seulement les auteurs, M"' Duval pour les paroles et M. Leprévost pour la musique ? En 1736, une première M"* Duval avait fait représenter à l'Opéra un ballet, les Génies, dont le succès avait été médiocre, bien qu'elle-même n'eût pas craint de se montrer en public et de tenir le clavecin d'accompagnement. à l'orchestre, aventure unique dans les fastes de l'époque. La seconde M"* Duval n'eut pas besoin de s'exhiber en personne, car nul ne la réclama ; sa bluette dramatique n'était point pour provoquer les rappelsd'une salle en délire. Reposant sur la maxime qu'un bienfait n'est jamais perdu, elle a dû, disait un critique, « faire pleurer l'auteur Bouilly dans son tombeau, lui qui consacra toutes ses facultés littéraires à développer en contes, en opéras, en chansons cette maxime cousolaule, mais qui n'est pas neuve- ».

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Quant au compositeur, c'était, s'il faut s'en rapporter à M. Th. Nisard, bou juge en cette matière, a un musicien d'une réelle valeur, mais que son tempérament disposait mieux à écrire de la musique d'église quedes opéras. » La vérité est qu'il n'aborda plus la scène et s'en tint à cet unique essai. Le premier soir, 21 mars, l'assistance avait secoué sa torpeur pour applaudir un couplet patriotique tendant à démontrer que les peuples opprimés en appellent à la liberté. En dépit de cette allusion toute d'actualité, le Rêoeur ^ueiiié s'endormit pour toujours au bout de 7 représentationSj et les recettes continuèrent à poursuivre leur marche descendante.

En janvier, la moyenne avait été de 3,092 fr. 93 ; en mars, elle était tombée à 1 ,03 i fr, 45 ; en avril, elle atteignit le chiffre dérisoire de 677 fr. 30. La situation devenait critique, f Menacé, dit Maillot dans la Musique au Théâtre, de ne pouvoir remplir ses engagements, M. Basset allait se trouver sous le coup d'une révocation si ses commanditaires ne lui venaient en aide ; mais ces derniers, dont la confiance était ébranlée, songèrent à son remplacement. C'est dans ce but qu'un M. Doux, chef du contentieux chez M. Basset, s'entremit auprès du ministre de Tintérieur, qui était alors Ledru-Rollin, pour obtenir la cession jugée nécessaire et qui devait protéger M. Basset, tout en sauvegardant les intérêts des commanditaires. Ledru-Rollin, qui, en présence de la situation fâcheuse de l'Opera-Comique.eùt pu adopter une mesure radicale et nommer un directeur en lui faisant la place nette, préféra prendre en considération la situation de tous les intéressés, et notamment celle de tiers engagés pour 400,000 francs dans l'exploitation. Il esigea le consentement de MM. de

Raigecourt et- de Saint-Maurice à la transmission du privilège de M. Basset à une autre personne. Ce consentement lui ayant été apporté, il conféra le privilège à M. Emile Perrin, homme dont l'habileté encore inconnue ne tarda pas à se révéler. M. Perrin entra à la direction avec un crédit de 400,000 francs ; ses livres en font foi. »

La gestion de Basset avait donc duré trois ans ; gestion malheureuse si l'on considère le résultat final, honorable si l'on tient compte des efforts et du travail de cet homme qui devait sa fortune au hasard, au simple caprice d'une grande dame- Il faisait, ainsi que son frère, ses études au collège de Marseille, lorsqu'un jour M°" Adélaïde, sœur du roi, et, raconte Adolphe Adam, la seule personne de la famille d'Orléans qui eût un goût réel pour la musique, visitait cet établissement. Un des jeunes Basset chanta devant elle une mélodie de circonstance, et, charmée de aa jolie voix, la princesse promit à l'élève qu'elle ne l'oublierait pas. En effet, quelques années plus tard, elle le plaça dans les bureaux de la maison du roi, et attacha son frère au ministère de l'intérieur, où l'on vint le chercher pour lui confier le poste de directeur de l'Opéra-Comique, Il tomba, renversé, lui aussi, par le même coup qui frappait ses protecteurs, mais non sans avoir donné des preuves d'intelligence et d'activité. En trois ans, il avait monté vingt-deux ouvrages, dont neuf en trois actes, sans parier des reprises, dont quelques- unes assez importantes. Ces ouvrages représentaient vingt compositeurs différents, et il pouvait se glorifier d'avoir facilité l'accès de la scène à six d'entre eux, qui s'étaient essayés sous ses auspices : Bazin, Boisselot, Bourges, Doche, Héquet et Leprévost. Enfin, s'il n'avait

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