‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 38 sur 49 · L CONCURRENCE DU THÉÂTRE- LYRIQUE · texte numérisé non relu

L CONCURRENCE DU THÉÂTRE- LYRIQUE

> KiDpnuits

isaa.

Von Juan.

U, joj/mtti £o»-

KéraieWindtor.

Xoméo cl JulietU. •

La Jolie FilU de

PeriA.

isaa.

L'irato.-»

Iphigénie en

Tau-

ride.

RUnzi.

Lt Bal na»quL

Charte» VI.

Dès l'année 1851, la partie s'engageait entre TOpéra-Comique et le Théâtre-Lyrique, partie sérieuse et intéressante où l'avantage devait rester tout d'ahord à ce dernier. En l'espace de trois ans, on «aregistrR comme victoires : d'un .côté la Perle du Brèsil,la Poupée de Nuremberg, Si j'étais Roi, les Amours du Diable, Bonsoir, Voisin et leBijou perdu, c'est-à-dire de grands ouvragea, suif deux, ayant au moias trois actes et formant spectacle; 'At l'autre, seulement Bonsoir, Monsieur Pantalon, le Farfadet, Gaiathée, te Sourd, qui devait d'ailleurs émigrer presque aussitôt aprèsson apparition au Théâtre-Lyrique, les Noces de Jeannette, les Pvpillotesde M. Benoist, c'est-à-dire de petites piè-ccsne pouvant se suffire à elles-mêmes. La salle Favart voyait en outre ses fournisseurs favoris l'abandoaner, ou perdre une partie de leur chance* Auber, attiré par l'Opéra, venait d'y donner l'Enfant prodigue; Ambroise Thomas allait se heurter à une série de livrets médiocres qui pouvaient compro-

mettre le succès de ses partUioae; Adolphe Adam tenait trop au théâtre qu'il avait fondé pour n'y pas rentrer aussitôt qu'on le rouvrirait; pour Halévy enân, l'heure du décllD semblait approcher, et le seul succès durable qui lui fût encore réservé à Paris devait être précédemment obtenu avec une pièce représentée tout d'abord wi Théâtre-Lyrique, Jaguarrita l'Indienne.

Bonsoir, Monsieur Pantalon, le premier ouvrage nouveau monté en 1851 à l'Opéra-Comique, inaugura du reste heureusement l'anniée et devait compter parmi ceux qui se sont maintenus longtemps au ré-

■ pertoire de ce théâtre. Nous avons relevé à cet égard les chiffres suivante : 204 représentations "ie 1851 à

-1861, 131 de 1869 4 1874; en tout 335 i-epréaentations. En outre, ce petit acte a Tait rapidement le tour d« la

■province et de l'étranger; on l'a repris il y a quelques années au Chàteau-d'Eau et, à l'heure actuelle, l'Allemagne s'amuse encore de cette bouffonnerie, d'ailleurs spirituellement traitée par Lockroy et Morvan. La musique d'Albert Grisar n'est pas jugée indigo* des grandes scèues de la Prusse et de la Bavière; on applaudit donc Gute nacht, Herr Pantalon, car le titre a été littéralement traduit; et, bien qu'elle ne soit plus toujours interprétée comme elle le fut à l'origine par Ricquier, Ponchard, Bellecour, M""' Revilly, Decroii et Lemercier, sans oublier les deux

-porteurs du fameux panier, Palianti et Nathan, cette pièce déjà vieille a vraiment gardé de la fraîcheur.

Il faut attendre plus de trois mois avant de rencontrer une nouveauté, et cet intervalle est rempli par une double reprise à la date du 27 avril : le Calife de ■ Bagd<id et le Tabieav parlant. C'est dans une représentation extraordinaire organisée par M" Scribe au

220 Là concurrence du théâtre-lyrique

profit de l'œuvre des secours à domicile, que reparurent ces deux ouvrages, dont le premier remontait au 16 septembre 1800 et le second au 20 septembre J769. Celui de Boieldieu ne compta pas moins de 122 représentations en cinq ans, puis quitta le répertoire pour y revenir huit fois seulement, en 1875. Celui de Grétry ne disparut définitivement qu'en 1865, mais on l'a revu de notre temps, lorsque M. Offenbach tenta de faire revivre le Théâtre - Lyrique à la Gaîté. Comme dernier détail concernant la résurrection de ces deux pièces, ajoutons qu'elles étaient jouées l'une et l'autre par M"" Ugalde, et que le prei mier soir la recette de cette représentation extraordinaire atteignit le chiffre notable de 1 1 ,686 fr, 50 c. De belles recettes ne furent jamais celles de Roymond oit le Secret de la Reine, opéra-comique en trois actes, représentéle 5juin. Ambroise Thomas ne pouvait réussir à donner grande valeur au poème à la fois invraisemblable et banal que lui avaient confectionné i^e Leuven et Rosier. C'est l'histoire du Masque de fer que ces librettistes avaient prétendu faire mettre en musique. Suivant eux, le. paysan Raymond, qui veut épouser la jeune Stella, fille d'une Espagnole nommée Juana, serait le propre frère de Louis XIV et, pour cette cause, verrait sa liberté menacée et ses amours contrariées. Quant au prisonnier célèbre, ce serait tout simplement le chevalier de Rosargues, séducteur de Juana et pète de Stella, un diable incarné qui se ferait ermite au dénouement, en se substituant à Raymond et en prenant son masque de fer pour expier ses péchés de jeunesse. Voilà une version nouvelle et pour le moins inattendue à ce fameux problème historique. Le public y prit un médiocre intérêt, car au bout de trente-

quatre représentations, il renonça au plaisir de goûter une partition qui valait mieux alors qu'un simple

auccèa d'estime. Nous n'en voulons retenir ici que dei^x analogies curieuses, deux points de ressemblance avec une autre pièce du môme auteur : Le premier acte de Raymond se termine par un incendie, comme le deuxième acte de Mignon; l'entr'acte du deuxième acte est pour l'un un menuet et pour l'autre une gavotte.

Au surplus, le compositeur pouvait se consoler d'un demi-succès au théâtre, en songeant au triomphe qu'il avait obtenu quelques mois auparavant, le 22 mars, à l'Institut. Pour occuper le fauteuil de Spontini, décédé le 24 janvier 1851, onze candidats se présentaient, savoir : Batton, Benoist, Berlioz, Clapisson. Collet, Elwart, Martin d'Angers, Niedermeyer, Panseron, A. Thomas, Zimmermann, qui eut la modestie et le bon goût de se désister au dernier moment. Malgré ce nombre exceptionnel de concurrents, il n'y eut qu'un tour de scrutin : Amhroise Thomas obtint 30 voix contre 5 données à Niedermeyer et 3 à Batton I On remarquera que Berlioz n'en eut pas une seule !

Vers le même temps, il semble qu'on ait voulu accorder une sorte de réparation à un autre compositeur, dont la chance n'était pas toujours à la hauteur du talent, Adolphe Adam. Il avait donné le 11 juin 1838, c'est-à-dire immédiatement après son Postillon de Lonjumeau, si bien accueilli, si fêté, un opéracomique en trois actes intitulé le Fidèle Berger, contre lequel se déchaîna une jalouse cabale. Malgré le nom des librettistes, Scribe et de Saint-Georges, malgré la valeur du musicien, la pièce fut silflée. Or, par un phénomène qui n'est pas sans précédents, le Fidèle

SS2 LA CONCURRENCB DU THÉATRE-LVIlIQUE

Berger, qui était mort à Paris, avait retrouvé la vie en province et même à l'étraûger, eo Belgique, en Allemagne. Suivant la formule d'un journaliste, a il n'avait été frappé que d'ua trépas en quelque sorte local, et c'est une maladie dont on revient. » Il en revint, en effet, le 14 juillet 1851 ; les interprètes de la création, ChoUet^ Tilly , Grignon, M*" Jenny Colou, Rossi et Boulanger avaient pour successeur» Couderc, Carvalho, Lemaire, M"" Meyer, RéviUy, Mélotte ; le poème et la musique parurent pleins de gaieté ; le succès de la reprise se chiffra par 3 1 représentations.

Après le maître, l'élève. C'est, en effet, sous la direction d'Adolphe Adam que s'était initié aux difficultés de la composition l'auteur de la Séraphina ou VOceasion fait le larron, opéra-comique en un acte, représenté le 16 août 1851. Doué d'une voix charmante, et fort épris de musique, M. Clemenceau de Saint-Julien comptait quelques succès , même en dehors des salons ; il avait donné eu 1849, à l'Opéra, un ballet, la Filleule des Fées, qu'Adolphe Adam avait signé avec lui; et, depuis, les deux collaborateur» avaient composé une messe qui fut exécutée avec éclat, pour la première fois, le 15 septembre 1850, à Écouen, lors de l'inauguration solennelle d'un orgue en l'église de cette ville. A l'Opéra-Comique, il attendait son tour depuis longtemps; car, dès 1849, on annonçait à ce théâtre les répétitions de ta Séraphina, he précieux co:icours de ses librettistes, de SaÎQl- Georges et Dupin, Soit par avoir raison du directeur, et la Séraphina, chanteuse égarée dans une caverne de faux brigands, comme on l'avait déjà vu dans Picaros et Diego, put égrener, durant 2t représentations, tout le chapelet de ses vocalises.

„■ .....Coo'^lc

■ Parmi les ouvrages de l'uacien répertoire, il en est peu qui aient réuni et réunissent encore plus que Josephles suffrages des artistes et des critiques; que l'on tienne pour la musique du passé ou pour celle de: l'avenir, on s'incline avec respect devant le ctiefd'œuvre de Méhul, et on oublie, en l'écoutant,, le grand âge auquel il est parvenu. Malgré ses beaulé^ l'Opéra- Comique l'avait cependant fort négligé; depuis l'ouverture de la seconde. salle Favan il n'avait plus reparu, et ce fut presque une surprise lorsiju'en r850 on le revit au Conservatoire avec les élèves pour interprètes. Le succès de cette tentative décida M. Perrin à lui rouvrir les portes de son théâtre. Les rôles furent confi^ïs à des artistes pleins de zèle : le jeune Delaunay-Ricquier, récemment engagé (Joseph)-, Bussine (Jacob), Couderc, puis Duvernoy (Siméon), et M"° Lefebvre (Benjamin). De brillants décors furent brossés. Enfin la partition ne reçut aucune des retouches qu'on avait imposées à. Richard Cœur de Lion etàCami7/e; on respectajusqu'audialogue d'Alexandre Duval, et Siméon put continuer à dire sérieusement des phrases comme eelles-ci : «Je me promenais dans une vaste çïa.iae dont l'étendue se perd dans V horizons, ou bien encore : a Mon âme est noyée comme une merlu Mais la richesse des mélodies faisait oublier la bizarrerie de la prose, et l'on vint avec empressement pour assister à cette reprise du tl septembre 1851.

Malgré sa haute valeur, Joseph ne s'est jajnais maintenu longtemps de suite au répertoire; il ne compte que (13 représeulatioas dans la seconde salle Favarl, et elles se décomposent ainsi : En 1851, 37; en 1852-, 16; en 1866, i« ; en 1867,. 1; en 3882, 19; en. 1883, 5; en 1886, 5; en 1887, 4. H est juste d'ajouter qu'entre 1852 et 1866, ce fut te Théâtre-Lyrique qui

224 LA CONCURRENCE DU THÉATRB-LYRIQtJE

s'en empara. Quoi qu'il eu soit, l'œuvre s'impose encore, et il suffira toujours, pour la classer à son juste rang, de rappeler le témoignage fameux rendu par Richard Wagner en sa faveur ; « Je me sentis pendant un certain temps ravi dans un monde supérieur en faisant étudier à une petite compagnie d'opéra ce magnifique opéra de 'Joseph. » Soua la plume d'un juge sévère comme le maître, allemand, ce simple aveu a son importance.

Il se fût exprimé d'autre sorte pour la Vieille, pièce en un acte, vieille déjà de vingt-cing ans, reprise le il octobre, et gratifiée de treize représentations. Sur les paroles de Scribe et Germain Delavigne, Fétis avait écrit une partition dont les petites proportions contrastaient avec l'importance de ses grands travaux de musicologie : Fequies ea certa laborum I Lemon- DÎer, Huet, Firmin et M"" Pradher, créateurs de la pièce le 14 mars 1826, avaient pour successeurs Ch. Ponchard, Carvalho, Lemaire et M"' Meyer, une des meilleures artistes de la troupe, déjà Saucée au baryton Meillet, qu'elle allait épouser le 4 décembre suivant et avec qui elle avait partagé les prix d'opéra et d'opéra- comique aux concours du Conservatoire de 1848.

Chose curieuse, un compositeur comme Fétis ne semblait point, par la nature même de son talent, destiné aux succès populaires, et pourtant quelques roôlodies de la Vieille se sont bien vite envolées de rOpéra-Comique vers les théâtres de vaudeville. On a chanté un peu partout les couplets : France/ et ceux sur les Arts et l'Amitié. C'était le sort, et presque l'honneur alors de petites pièces comme la Vieille ou, par exemple, le Concert à la Cour, qu'on redonna le 17 octobre de cette même année pour le début de

M"* TalmoQ, une jeune élève de M" Damoreau, sortie récemment du Conservatoire où elle avait remporté, S0U3 le nom de Tillemont, un premier prix de chant.

Au contraire, il ne paraît pas que rien soit resté du dernier ouvrage représenté en l'année 1851, le Château de la Barbe-Bleue, opéra-comique en trois actes, paroles de de Saint-Georges, musique de M.Limnander. La partition était compacte, et pouvait s'imposer par la masse, puisque le deuxième acte renfermait à lui . seul douze morceaux, juste le chiffre dont se contentait Auber pour des pièces comme le Duc d'Olonne, Aussi avait-elle coûté au théâtre trois soirées de relâche, c'est-à-dire de répétitions générales, les 20, 27 et 29 novembre. L'inspiration était rare, la gaieté un peu lourde, et déjà l'on y signalait l'ahus des « calculs harmoniques et les bruyants effets d'une foudroyante instrumentation », reproche qui nous fait sourire aujourd'hui, car, depuis, nos oreilles en ont subi bien d'autres. Le titre seul du nouvel ouvrage promettait quelque chose... qu'on ne vit point. Il s'agissait d'une nièce de Jacques II, roi d'Angleterre détrôné, habitant près de Madras un château mystérieux; on lui faisait la triste réputation de traiter ses époux comme Marguerite de Bourgogne ses amoureux; mais elle laissait dire pour mieux préparer dans l'omhre son débarquement en Europe et la restauration de son oncle ! Car depuis longtemps, constatait un critique, « M. Scribe aidant, l'Opéra-Comique vit surtout de restaurations. »

On aurait pu dire pareille chose de la France ellemême, puisque le Château de la Barbe-Bleue fut donné le 1" décembre 1851 , la veille du jour où le coup d'État allait ramener sur le troue une dynastie.

Page 1