‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 39 sur 49 · L4 CONCURRENCE DH THÉÂTRE-LYRIQUE · texte numérisé non relu

L4 CONCURRENCE DH THÉÂTRE-LYRIQUE

- G«tte coïncidence a'était pas pour favoriser le saucés de la nouvelle œuvre qui disparut au bout de 2S rcprésentatioDS interrompues le 3 et le 4 décemlwe par deui jours de relâche. Ou était plus occupé de politique que de musique.

Gr&ce à Tbabileté du directeur, l'année 1831 ne s'en soldait pas moins par une recette totale de 924,613 fr. 90 c. Les nouveautés pourtant n'avaient été ni QOmbreuses, ni heureuses : deux pièces en trois actes, Raymond et le Château de la Barbe-Bleue; deux pièces en un acte, la Séraphina et Bonsoir, Monsieur Parttalon; cette dernière pouvait seule prétendre à la palme du succès. Les reprises l'empMtalent par la qualité et par la quantité : te Calife de Bagdad, le Tableau parlant, le Fidèle Berger, la Vieilla, le Concert à la Cour, et surtout Joseph. En revanche, deux ouvrages anciens avaient disparu déânitivement de l'af&che : l'Amant jaioxtx et Une Heure de mariage. Quant au personnel, il n'avait pas subi encore de très importantes modiâcatioos ; il s'était accru toutefois de six artistes : M"* Anna Lemaire, qui veuait du Conservatoire, où elle avait obtenu en 1849 les prenùei-s prix de chant et d'opéra-comique, en 1850 le premier prix d'opéra, et qui débuta le 7 janvier dans le rôle d'Angèle du Domino noir; M"' Pelit-Brière, qui avait quitté l'Opéra, et débuta le 8 juin dans le rôle d'Anna de la Dame-bloTiche ; Delaunay-Ricquier, ténor qui sortait du Conaervatoire, où il avait obtenueu 1850 le premier prix d'opéra-comlque , et qui débuta dans le rôle d'Isaoun du Calife de Bagdad; Coulou, basse-taille, qui arrivait de Strasbourg, après avoir appartenu au Conservatoire et commencé la carrière de province, et qui débuta dans le rôle d'Atalmuck de la Fée aux Rotes; U."* Talmon, dont bous

avoDS parlé à propos du Concert à la Cour; Dufresne, ténor, qui, en sortant du Conservatoire, était entré à l'Opéra, puia avait chaulé à Lyon, et qui débuta le t" décembre dans le rôle de Giastoo du Château delœ Barbe-Bteue. Celte aimée, comme la précédente, M"' Ugalde restait la grande étoile de la troupe : pièces anciennes on modernes, tout coareuait à sou talent souple et varié. Tandis que M°" Cruvelli s'essayait au Théâtre-Italien dans la Fille du Régrimant, elle aussi abordait ce même rôle de Marie, et s'y montrait particulièrement touchante. Un témoin raconte que « dans les passages de sentiment, la charmante cantatrice ne pouvait retenir ses larmes», et tous les spectateurs alors devaient suivre son exemple.

Quelqae trente ans plus tard, une autre Ugalde paraissait dans l'ouvrage de Dooizetti pour y faire 9es débuts. Qui sait alors si dans quelque coin dei loge la diva n'a pas pleuré en voyant le public applaudir la diuetiei' Une vision légère a dû passer devant ses yeux : te souvenir de sa jeunesse et de son talent !

La prospérité finaneière de l'Opéra- Camique ne pouvait manquer de valoir une ré«ompens« spéciale à celui qui, par son intelligence et son goût,, «u a^ait fait un des théâtres les plus artistiques da Paris. Le 21 janvier 1852, en effet, M. Emile Perrin fut nommé chevalier de la Légion d'honneur; un souper avait réuni sur la scène, après le spectacle, lu personnel, gui s'était cotisé pour offrir une croix au héros de la fête ; MockeF, en qualité de régisseur, porta un toast ; Lemairs lut des vers de circonstance ; le directeur remercia en termes émus, comme il convient en ces sortes de circomstances, et tout finit, suivant l'usage, par un bal soi-disant improvisé. Quelque temps

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avant de recevoir celle dîstinctiOQ, M. Emile Perrin avait obtenu un avantage qui lui assurait, outre l'honneur, le profit. Son privilège d'eiploitation devait expirer le )" mai 1853 ; un décret du ministre de l'intérieur, rendu le 24 avril 1851, sur l'avis unanime de la commission des théâtres, l'avait prolongé pour dix années, à compter du l"" mai 1851.

Assuré d'avoir ainsi du temps devant lui. il continua de pratiquer, avec la même constance, le système qui lui avait réusai jusqu'alors : varier le répertoire en assurant le succès des reprises par le choix des artistes, et renouveler la troupe en y ajoutant l'utile appoint de recrues brillantes.

C'est avec une reprise et un début que s'inaugure justement l'année 1852; Nina ou îa Folle par amour, de Dalayrac, fut donnée le 5 janvier, avec M"° Andréa Favel dans le principal rôle, une nouvelle venue qui se ât bientôt une place distinguée dans la troupe de la aalle Pavart et devait un jour porter le nom d'un artiste de talent, le compositeur Louis Lacombe. On sait que le libretto de MarsoUier des Vivetières séduisit Paisiello, qui en refit la musique ; de sorte qu'à un an de distance, le compositeur français et le compositeur italien purent se mesurer (mai 1786 — mai 1787). Jadis on se prononçait en faveur de l'un ou de l'autre, suivant qu'on tenait pour l'une ou l'autre école; aujourd'hui les deux partitions sont également oubliées. Malgré le succès personnel de la débutante qui avait remporté le second prix d'opéra-comique au concours de 1851, Nina disparut après 18 représentations. Respectueux du passé, le directeur avait joué la pièce telle qu'elle était écrite, et le dialogue avait paru quelque peu suranné. D'autre part, on avait critiqué les rentoilages auxquels précédemment on

s'était livré : ce qui prouve une fois de plus qu'en pareil cas, il est dîfQcile de contenter tout le monde. Le temps était venu d'ailleurs où le charme des mélodies naïves de Dalayrac allait cesser d'agir sur le public parisien. Trois mois plus tard, on remettait à la scène Adolphe et Clara, qu'on négligeait depuis trois ans. Avec un total de 22 représentations, la pièce disparut au bout de deux années, ainsi, d'ailleurs, qu'un autre ouvrage dumôme auteur, Maisonàvendre, et celte fois sans retour. Le nom de Dalayrac n'a plus brillé depuis sur l'affiche de la salle Favart qu'en 1861, avec Deux Mots ou Unn Nuit dans la Forêt, ouvrage en un acte où se rencontrele prototype du personnage de Pénella.

La première nouveauté de L'année fut un opéra-comique en trois actes, ie Carillonneur de Bruges, paroles de Saint-Georges musique de Grisar, représenté le 20 février. Est-ce là que les auteurs de Patrie ont puisé pour créer leur ligure sympathique du sonneur de cloches ? Le fait est qu'on y rencontre sous les iraits de Matheus (c'était le titre provisoire de l'ouvrage), un patriote fiamand, ■ sorte de Quasimodo» qui déteste le joug de l'Espagnol vainqueur, et chante gaiement ses « Cloches gentilles », que sa surdité ne lui permet plus d'entendre. Battaille jouait ce .rôle avec originalité, et ses partenaires, Boulo, Sainte-Foy, Ricquier, M"" Rôvilly, Miolan et Wertheimber, lui donnaient vaillamment la réplique. Celte dernière débutait et s'imposait à l'avance par l'importance de ses succès au Conservatoire : lors des concours de 1851, elle avait obtenu, en effet, les trois premiers prix de chant, d'opéra et d'opéra-comique. A la suite d'une légère indisposition, elle dut se faire remplacer, et l'on ne vit pas sans quelque étonne-

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