‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 42 sur 49 · LA CONCURRENCE DU THÉATRE-LTRIQUE · texte numérisé non relu

LA CONCURRENCE DU THÉATRE-LTRIQUE

l'OB voyait descendre deux autres géniee portant «De ootirsnne impériale et que tous les artistes, qui remplissaient le devant de la «cène, dans les oostunses les plus T-ariés, agitaient des palmes veEB la logt du prince et entonDaleo't le chœur ânai. » Quelques jours plus tard, les gasettes enregistraient la liste curieuse des cadeaux distribués à cette occasion ; MM. Emile Perrin, Méry, Ad. Adam, BaUaUle re*»vaient chacun une tabatière enrichie de diamants, M"" Ugalde une broche montée en diamants et en pierres précieuses. M"* Wertheimber un bracelet en diamants, M"' Lefebvre un bracelet en émeraudes.

La cantate d'Adolphe Adam était venue s'ajouter aux neuf ouvrages nouveaux donnés pendant l'année 1852, dont cinq eu trois actes, deux en deux, et deux en un, soit en tout vingt-un actes, tandis qoe l'année précédente n'avait vu naître que quatre pièces nouvelles comprenant huit actes. Il y avait donc supériorité au point de vue de la production, mais il y eut infériorité au point de vue des recettes. 1851 avait donné 924,613 fr. 90 c. 1852 donna 894,^99 fr. 47 c. C'est que le gros succès de l'année musicale, Si j'étais Roil ne s'était pas produit à l'Opéra-Comique ; à cette différence de 30,000 francs on mesurait donc le tort matériel que pouvait faire à la salle Favart cette rude concurrence du Théâtre-Lyrique.

A la différence de nombreux directeurs, dont les noms importent peu, M. Perrin aimait les jeunes;. il ne craignait pas d'accueillir les débutants, et il le prouva, par exemple, en montant le Miroir (19 janvier 1853), Ce petit acte de Bayard et d'Avrigny ofFraiit au musicien, M. Gastinèl, pi-ix de Rome e>ii 1S46, une suite de scènes plus favorables aux 'Ooupldts qu'aiii «cènes dramatiques ; c'était de la magie, si l'on veut,

mais de la magie à l'eau de rose, où les sorciers n'ont rien d'effrayant, où le miroir n'est ponr ainsi dire qu'un piège à alouettes, destiné à prendre les amoureux. Parmi les morceaux, plusieurs étaient agréablement tournés, quoiqu'un critique du temps y eût relevé « un orchestre trop bruyant et une facture un peu préleDtieose. i Mais quel débutant n'a jamais encouru de tels reproches! Certes M. Gastinel eût dû y être exposé moins qu'un autre I Personne, en tout cas, ne se trouva pour adresser cette critique à Adam quand il donna quinze jours plus tard sa spirituelle bouffonnerie du Sourd ou Vauberge pleine. Peu de pièces ont subi depuis leur origine plus de changements et même plus de déméDagements. Avec ou sans musique, le Sourd a été entendu un peu partout ; partout il s'est fait bien accueillir, parce que le point de départ en était amusant, et que sur cetle donnée carnavalesque chacun, arrangeur ou interprète, pouvait laisser libre cours à sa fantaisie. Tout d'abord en trois actes, la comédie de Deaforgea est représentée au thé&tre Montausier en 1790; le Gymnase se l'approprie en 1824 et la réduit en un acte ; le Palais- Hoyai lui rend un second acte et la joue en V8&2. Arrivent les librettisles de Leuven et Lenglé, qui reconstituent les trois actes primitifs, et la musique d'Adam, fort appropriée aii sujet, est applaudie à rOpéra-Comique le 2 février 1851. Une nouvelle odyssée^eommence, et l'on retrouve le^SouTd au Théâtre- Lyrique en 1856, aux Fantaisies-Parisiennes du boulevard des Italiens en 1869, à la Gaité, sous la direction Vizentini en 1876, jusqu'à ce qu'il revienne à son point de départ, l'Opéra-Comique, en 1885.

Deux jours après la prentière représentation da Sourd avait lieu celle desNoces de Jeimnette, MM. Mï-

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chel Carré et Julea Barbier avaient retrouvé la tradition de JeaD-Jacques Rousseau, de Bedaiue, et transporté à la scène, comme on l'écrivait, « une de ces idées qui sont dans la tête et le cœur de tous et qui, par conséquent, plaisent à tous. » Victor Massé avait su joindre en un heureux mélange la gaieté et la sensibilité. Eafin, Couderc et M'" Miolan avaient, comme interprètes, atteint la perfection, et l'on s'explique que le soir de la première on ait dérogé pour eux à certain vieil usage. D'ordinaire en effet, c'est l'artiste (homme) qui a joué le principal rôle d'une pièce, auquel revient après le spectacle l'honneur d'annoncer au public le nom des auteurs. Cette fois, Jean et Jeannette se présentèrent ensemble, et ensemble ils furent acclamés, a Ils vont se marier tous les soirs une cinquantaine de fois au moins 1 u écrivait Henri Blanchard, qui se croyait généreux sans doute en sa prophétie. C'est par centaines de fois qu'ils se sont mariés et qu'ils semarient encore, à Paris comme en province, au théâtre comme dans les salons, et dans leurs mains se conserve peut-être la meilleure part de la renommée de Victor Massé,

La Tonelli, représentée le 30 mars 1853, n'eut pas et ne pouvait avoir semblable fortune ; non point que le compositeur, Àmbroise Thomas, n'y eût apporté quelques-unes de ses qualités ; il s'était souvenu du Caïd, voire même de la Double Échelle, et la souplesse de sa principale interprète. M"* Ugalde, lui avait permis de broder ses plus unes vocalises pour une série de morceaux dont l'un même a survécu, sau* vant ainsi de l'oubli sinon l'œuvre, du moins son nom. Mais le libretto que Sauvage signa seul, bien qu'il eût un collaborateur, de Forges probablement, offrait un intérêt des plus médiocres. On y voyait

une prima-donna que sa ressemblance avec une paysanne napolitaine exposait aux plus fâcheuses méprises, et la distribution des deux rôles à la même chanteuse n'était pas pour rendre vraisemblable cette histoire de ménechmes dii genre féminin. C'est ainsi qu'à treize ans de distance, Ambroise Thomas se trouva mettre à la scène l'histoire de deui artistes dont le nom est inscrit dans les fastes de la Comédie- Italienne, Carline et la Tonelli I Cette dernière eut même au zvni' siècle son heure de grande célébrité. Anna Tonelli était en effet l'héroïne du parti italien dans cette querelle musicale qui agita la cour et la ville, en mettant aux prises le coin du roi et le coin de ia reine; c'est elle qui interprétait /a SeruaPfldrona, lorsque la troupe des Bouffons vint à Paris en 1752, et par son succès même poussa dans une voie nouvelle l'opéra-comique encore à ses débuts. Voilà pourquoi, au lendemain de la représentation, le critique de la France musicale pouvait dire : « La gloriflcatioD de la Tonelli à la salle Favart est donc avant tout une œuvre de reconnaissance. » Le malheur voulut que cette reconnaissance fût de courte durée, comme la pièce elle-même.

Un mois plus tard, le 28 avril, l'Opéra-Comique donnait une représentation extraordinaire au béni&ce de l'œuvre des secours à domicile, et profitait de la circonstance pour lancer deux nouveautés : fa Lettre au bon Dieu, deux actes de Scribe et de Courcy, musique de M. Duprez, et VOmbre d'Argentine, un acte de Bayard et de Biéville, musique de Moutfort. L'épreuve resta douteuse pour un ouvrage et trop certaine pour l'autre. Non que la partition du chanteurcompositeur fût mauvaise, au sens absolu du mot; elle se ressentait de l'influence italienne, et les vocale

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lÎBCs dont l'excelleot Duprez avait émaiUé le rôle< [niocipal, confié à sa ôlle, ne pouvaient dépJatre en un temps où l'école roasinienae était encoie dans toute sa vogue. MaiS'le pubUc n'était plus assez naïf pour écouter de saug-ftoid l'histoire d'uue paysanne qui, menacée de coiffer sainte Catherine, écrit au boa Dieu afin de lui demander ua mari, dépose la lettre dans le tronc des pauvres et finit par épouser le seigneur du pays, entre les mains duquel est tombée cette singulière missive. On prit la chose gaiement; ot Duprez ne l'entendait pas ainsi, lui qui avait eu l'honneur de faire jouer son premier opéra à Bruxelles en 1851 sous le titre de l'Abîme de la Maladetta, et au Orand-Opéra de Paris, en 1852, sous celui de Joanita. MécoBtent de voir que sa Lettre au Bon Dieu n'allait pas même à l'adresse du public, il envoya une note aux journaux après la quatrième représentation, pour prévenir qu'il retirait sa pièce i et l'on fit aussitôt comme il le désirait.

L'Ombre d'Argentine ent un sort moins désastreux. Cette bouffonnerie, appartenant au genre de ilrato ou de l'Eau merveillevee, ressemblait fort à une contrefaçon de la célèbre comédie de Montfleury, la Femme juge et -partie. On y voyait un marquis de Pierrot, plaisamment représenté par SaintQ-Foy, retrouvant sa femme qu'il croyait morte, et agréablement berné par elle. Pour exciter ses remords et le mieux torturer, la malicieuse Argentine lui apparaissait en effet sous cinq figures et costumes différents, revêtant tour à tour, « la défroque d'une vieille, l'habit noir d'un clerc de tabellion, la jupe écourtée d'une soubrette, te voile blanc d'une ombre échappée au tombeau, et enfin la robe d'une mariée. » La variéLé de ces travestisaemeats, gaiement pturtés pac-

M*° Lemercier, et l'entrain d'une musique aimable, avaient produit d'abord une impression favorable. La presse crut à an long succès: tout se borna poortaat à 27 représentations.

Jusqu'alors, depuis le eommencement de l'année, chaque mois avait apporté ses primeurs: janvier, ie Miroir-; février, le Sourd et ies Noces de Jeannette; niars, la Tonelli ; avril, la Lettre au bon Dieu et l'Ombre d'Argentine; la série des reprises pouvait s'ouvrir et l'on vit se suivre en effet, le 26 mai, l'Épreuve villageoise, le 4 Juin, les Mousquetaires de la Reine, le 5 juillet, Haydée, et le 23 juillet, le Déserteur. De ces ouvrages, un seul, celui de Grétry, présente ici quelque intérêt historique. II n'avait pas été donné depuis 1828, et, pourla circonstance, Auber avait revu e( corrigé l'édition ancienne. Il affectionnait particulièrement l'Épreuve villageoise, et, un jour quil assistait à une répétition, il avait constaté lui-même la pauvreté de certains accompagnements et proposé au directeur un « reotoilage; » nul ne pouvait l'exécuter avec plus de finesse et d'esprit ; aussi M. Perrio a'empressa-t-il d'accepter l'aubaine. Grâce à cette version nouvelle, comme aussi à la qualité des interprètes, Bussine et Ch. Ponchard, M"= Lefebvre et M"' Revilly, qui pour la première fois abordait un rôle de mère, l'Épreuve soutint avec succès « celle » du public, et fut vite acclimatée dans cette salle Favart où jamais encore elle n'avait paru.

Les autres reprises n'offraient qu'un intérêt de distribution, car ces ouvrages ne quittaient jamais longtemps le répertoire. Les Mousquetaires de la Reine et Haydé« servirent aux débuts d'un nouveau ténor, Puget, qui arrivait précédé d'une certaine réputation conquise en proTince, et qu'on espérait voir recueillir

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la succession de Roger, toujours vacante. A côté de lui nous trouvons dans l'ouvrage d'Halévy, Mocker, l'Olivier de la première heure, M'i' Caroline Duprez, qui chantait pour la première fois la partie d'Athénaïa, et M'" Lemercier, celle de Berthe, remplaçant ainsi l'une Ml" Lavoye, l'autre M"" Darcier. Quant au personnage de Roland, il avait été confié à M. Carvalho au lieu et place d'Hermann-Léon, qui, peu après d'ailleurs, reprit le rôle et y retrouva son succès d'autrefois, four l'œuvre d'Auber, l'excellent Ricquier restait seul à son poste sous les traits de Domenico; tous les autres interprètes étaient nouveaux : M""Lefebvre et Bélia, M. Jourdan et M. Paure, qui ne pouvait manquer de réaliser un remarquable Malipieri. Quant au Déserteur, il suffit de rappeler que !e rôle principal était tenu par Delaunay-Ricquer, et qu'au bout de quelques représentations le rôle de Louise, donné d'abord à M'" Révilly, tut confié à . M"* Favel, qui brillait pour le moins autant par son opulence capillaire que par le charme de sa voix, puisque la grave Reoue et Gazette musicale ellemême constatait qu'au déDouement, elle avait « déployé dans toute sa richesse une admirable chevelure, dont la propriété ne saurait lui être contestée. »

Entre toutes ces reprises, un fait important pour l'histoire du théâtre s'était produit ; l'Opéra-Comique avait émigré pour quelque temps, et la salle Pavart fermé ses portes le 20 juin, pour cause de réparations, modifications et décoration nouvelle : interrègne musical assez court d'ailleurs, mais que faillit prolonger un accident, une explosion de gaz survenue au cours des travaux de réfection, le 30 juin. Après cinq jours de clôture, pendant lesquels on répétait sur la petite scène du Conservatoire, on joua du

26 juin au 4 juillet à la salle Ventadour, et le 5 juillet on reprenait, avec Haydée, possession de la salle Favart remise à neuf et embellie.

On sait que M. Perrin se plaisait à ces questions' d'aménagement, et il est curieux de rappeler que sous son administration ont été restaurées les salles des trois théâtres qu'il a successivement dirigés, l'Opéra- Comique, l'Opéra et la Comédie-Française. C'était la première métamorphose que subissait la salle Favart depuis treize ans qu'elle avait été inaugurée. L'aspect général différait un peu : au lieu de la teinte bleutée qui dominait, on avait maintenant, pour les peintures, un mélange de blanc mat, rehaussé d'ornements dorés sur fond vert tendre, et pour les tentures, des rideaux de velours rouge se détachant sur le papier des loges d'un vert un peu plus foncé. Les fresques du plafond avait été nettoyées, et le rideau repeint se trouvait bordé d'un immense cadre doré, entraînant la suppression des avant-scènes du dernier étage, et donnant à la scène l'apparence d'un tableau de colossale dimension ; au sommet, un écusson aux armes impériales, supporté par deux Renommées ; à terre, une toile cirée garnissant le parquet de l'orchestre; pour les sièges, la couleur rouge exclusivement adoptée ; enûn un peu partout rappelés les insignes du nouveau souverain, qui vint d'ailleurs avec l'impératrice consacrer solennellement, par sa présence, la nouvelle inauguration et féliciter le directeur, l'architecte, M. Charpentier, et le tapissier, M. Winter, celui-là même qui avait déjà procédé aux arrangements de 1840.

Dans cette salle remise à neuf, les deux premiers ouvrages montés n'eurent pas un heureux sort : le Nabab (1" septembre 1853), trois actes de Scribe

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et de Saint-Georges', musique d'Halévy, et Colette (20 octobre), trois actes de Planard, musique de Cadaux. Si morale qu'elle fût, l'histoire de ce prince indien [le Nabab], laissant son palais de OaJcuttapour feïenir ourrier en Angleterre, se goêrissant par le travail des soucis de la fortune et troquant l'arenturière à laquelle il est dûment allié contre la jeuoe fille quïl épouse en justes noc«8, toute cette série d'aventures laissa le public indifférent ; il y retrouva, mais sans plaisir, un écho de ces pièces à béros britanniques, fort en honneur à la fin du siècle dernier et au commencement d* celui-ci : VATtglais de Patrat, les Deux Anglaia de Merrille, et tant d'antres dont la fortune a été moins brillante. Un incident puéril contribua à détourner son attention de l'intrigue imaginée par les librettistes. Au milieu d'un© des scènes les plus importantes, le chapeau de Couàere, malencontreusement tombé d'un guéridon, décrivit sur la scène une série de zig-zags capricieux ctont s'amusèrent fort les spectateurs (il n'en faut pas plus quand on s'ennuie) jusqu'au moment où il disparut ou faillit disparaître dans le trou du souffleur. Bref, si honorable que fût la musique, si remarquable que fût l'interprétation, confiée à des artistes comme Conderc,Mocker,Ponchard et Bussiae,M"'Favel, enfin M"*Pélix Miolan, qui depuis quelques semaines s'était mariée et s'appelait désormais M"" Miolan-Carvalho, le Nabab courait à sa perte. Vainement la presse intéressée publiait des entrefilets où Ton ap- ' prenait que la ■ foule continuait à être attirée et charmée, i et que « la salle Favart était devenue trop étroite pour le monde qui s'y pressait » : au bout de 38 représentations, le Nabab tomba pour ne plus se reterer.

Il en fut de même, et pis encore, poar Colette, gijî n'^iait point fille d'auteurs si réputés, et dut, en conséqaaence, se contenter de 13 représentatioua. Cadaux n'avait point retrouvé la veine des Deux Gentilshomrojee et des Deux Jaket, de Planard, celle de Marie ôtduPré aux Ciercî. En cherchant bien, on pourrwt d^i-cber l'idée première du livret dans l'ouvrage bien «onnu 4' Alfred de Vigny, Servitude et Grandeur KiilitaireR. Il y a là, en «âet, certain épisode intituié Histoire de l'adjudant, où l'on reconnaît Colette sous le nom de Pierrette, Pierrot sous celui de Mattiurin, la reine Marie-ÂnioineUe à la place de la mairquise, et ce même Michel Sedaine, ie tailleur de pierres « qai taill« en même temps des pièces, du papier et des plumes », héros d'opéra-comique ressuscité ré- .cemment àlaGaîté d^ns. le Dragon de la Reine. «L'auteur et le compositeur, écrivait un critique, semblaient s'être dit : Payons un large tribut aux idées connues, et nous réussirtuLs. i lie échouèrent, fit le librettiste , qui n'avait pu assister aux répétitions, survécut peu à cet échec : de planard mourut, en effet, le 13 novembre, moins d'un mois après la première. Cependant l'année musicale 18Ei3 finit avec un succès, iùnon très grand, du moîas plus qu'honorable, les Papillotes de M. Benoist (28 décembre). Sous oe titre bizarre, MM. Jules Barbier et Michel Carré

. avaient mis en scène les suites romanesques d'ime déclaration d'amour adressée par écrit à une ingrate -qui s'en était fait prosaïquement des papillotes. Oe petit acte servait de cadre à une action dramatique jpeu compliquée, mais iournissant au compositeur iQuelques situations où la sensibilité, 1a tendresse, la grâce se mélangeaient heureusement ; on y relrou-

. wa.it comme un souvenir de Rodolphe et du Bonhomme

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Jadis. De même, la partition gardait une saveur archaïque, marque distinctive de Reber, ce compositeur fin, délicat, savant sous l'apparence voulue de la simplicité, ennemi du bruit dans la musique, comme il le lut de toute réclame dans sa carrière. Ourieuï rapprochement : le même sujet, ou du moins un sujet très analogue devait être traité l'hiver suivant par un musicien d'un tout autre tempérament, M. Ernest Reyer. Ici, comme là, on voyait l'amour jeune triompher de l'amour plus âgé. Or, Maître Wolfram est revenu quelque vingt ans plus tard à la salle Favart. Pourquoi n'en est-il pas de môme des Papillotes de M. Benoist, qui ont obtenu en somme 60 représenl allons réparties en quatre années? Peutêtre parce qu'on n'a pas trouvé de vrais successeurs à M"" Carvalho, à Couderc et à Saînte-Foy surtout, comédien à qui tous les genres sont accessibles, écrivait un critique, car dans ce rôle « il se tient sur la limite du sentiment et du ridicule avec infiniment de tact ; aussi s'y fait-il aimer, autant qu'il s'y fait applaudir. »

La troupe de l'Opôra-Comique était d'ailleurs, à cette époque, admirablement composée. Sans doute elle avait subi en 1853 quelques pertes; Meillet et sa femme, M'" Meyer, engagés au Théâtre-Lyrique; Boule, engagé à l'Opéra ; de môme Ooulon, qui avait été prêté quelque temps par M. Perrin à M. Seveste, et faisait ainsi double service à l'Opéra-National et à la salle Favart; M°" Ugalde, qui, par un caprice inexplicable, quitta le 19 juin la salle Favart, pour aller jouer les Trois Sultanes aux Variétés, mais qui revint d'ailleurs l'année suivante au bercail, et fit dans Galathée, le 23 décembre 1854, une rentrée triomphale; M"* Wertheimber enfin qui, par la na-

ture de son talent, semblait plus propre à interpréter en. musique le drame que la comédie.

Eq revanche on avait conquis, nous l'avons dit, un ténor, Puget, et une dugazon, M"° Zoé Belliat (dont le nom s'orthographia peu après Bélia). De plus, on pourrait signaler l'utile rentrée de serviteurs fort appréciés, M"" Lemercier, le 2 février, dans Pétronille du Sourd, et Mocker dans la Tonelli, Battaille et M"' Caroline Duprez, le 18 août, dans Marco Spada, Hermann-Léon, le 16 octobre, dans Roland des Mousquetaires de la Reine; sans parler de M"" Oharton- Demeur, qui, de passage à Paris, vint donner quelques représentations, reparut dans le râle d'Angèle du Domino noir le 1°' août, puis dans celui de Virginie du Caïd, et ue tarda pas à reprendre sa course à travers le monde, car, en dépit de sou nom, M"' Oharton-Demeur ne demeurait jamais nulle part.

En somme, la troupe était au grand complet, belle et nombreuse, le jour où Meyerbeer livra sa première bataille à l'Opéra-Comique, le 16 février 1854, date célèbre dans les fastes de la salle Favart,

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