PRÉFACE
Qu*il nous soit permis tout d'abord de constater, dans ce volume comme dans le précédent, que notre travail historique n'a rien perdu de son actualité; car, si Ton parle toujours de rebâtir rOpéra-Comique, on n'est pas encore passé, du moins sur le terrain, de la parole aux actes.
Toutefois, depuis une année, la question se présente sous un autre aspect, et il est permis d'entrevoir une solution définitive. Nous avions signalé certain projet de reconstruction qui, préparé par le Gouvernement, avait alors de sérieuses chances d'être accepté parla Chambre des députés. Il le fut, en efifet; mais, ce premier obstacle surmonté, il dut se heurter à. un autre, qu'il "« put franchir. Ce que la Chambre avait accordé, Sénat le refusa; tout se trouvait donc remis en use une fois de plus. Il a fallu la louable persisice des trois ministres qui se sont succédé
VI PRÉFAGB
à riostruction publique et aux Beaux-Arts, MM. Léon Bourgeois, Charles Dupuy et Poincaré, pour sauver la partie compromise et trouver la solution propre à satisfaire les intérêts des uns, les goûts des autres, les vœux, en un mot, de tout le monde.
Ce but a semblé atteint par l'organisation d'un concours qui écartait jusqu'à l'apparence du favoritisme. Les projets des concurrents ont été exposés en public et examinés par un jury dont le président était M. Jules Comte, directeur des Bâtiments civils ; le prix a été décerné, la combinaison propre h assurer des ressources sans obérer le budget a été trouvée, et l'on peut désormais espérer que la reconstruction de TOpéra- Comique ne sera plus un mythe célébré par les chansonniers, mais deviendra une réalité.
Donc, dans un avenir peu éloigné, Texii prendra fin ; on quittera la place du Châtelet pour la place Boïeldieu, et, sur l'emplacement traditionnel, s'élèvera la troisième salle Favart. Alors, peut-être, ceux qui s'intéressent aux choses du théâtre seront-ils heureux de consulter notre ouvrage pour savoir ce qui s'est passé dans la seconde.
A leur intention, nous avons dressé une table dont l'exactitude et la clarté rendront, nous l'espérons, service : c'est un index se rapporta"* aux deux volumes de notre histoire et marquai toutes les pages où il est question d'une des tro cent cinquante et une pièces jouées dans la sal
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Favart, et qui ont composé son répertoire depuis le 16 mai 1840 jusqu'au 25 mai 1887.
A ce renseignement d'ordre statistique, nous en joignons un autre d'ordre documentaire. Comme pendant au frontispice du premier volume qui montrait la façade du théiilre, nous publions en tête de celui-ci la reproduction d'une alUche tout à la fois curieuse et instructive. Non seulement celte affiche est la dernière qui fut apposée sur les murs de la salle Favart, le jour de l'inceudie, mais encore, par l'énumération des ouvrages annoncés pour les représentations de la semaine, elle offre un intérêt exceptionnei.
On y trouve en effet, en dépit de quelques lacunes, un ou plusieurs spécimens des divers types de l'opéra-comi que présent et passé. C'est la vieille comédie à ariettes avec l'Epreuve villageoise (première salle Favart) ; l'opôra-comique romantique avec Z&mpa (salle Ventadour) ; le plus célèbre des levers de rideau avec le Chalet, et l'un des chefs-d'œuvre du genre avec le Pré aux Clercs ^salle des Nouveautés). On y rencontre encore quelques-uns des plus grands succès delà seconde salle Favart avec la Fille du Régiment, Haydée, Lalla-Roukh, un des premiers essais de musique pittoresque sur cette scène; Mignon, qu'on a jouée près de mille fois; l'Amour médecin, gracieux modèle de musique Qne et spirituelle ; enfin, IX pièces de date plus récente : un véritable jra, le Chevalier Jean, et l'opéra-comique d'un npositeur de la nouvelle école, le Roi malgré
lui. En ces quelques lignes se retrouveot donc les noms de Grôlry, Hérold, Adolphe Adam, Donizetli,Auber, Félicien David, Ambroise Thomas, Poise, Victoria Joocières etChabrier.
Le hasard avait ainsi résumé l'histoire du théâtre à l'heure où il allait disparaître. Cette affiche est peut-être celle qu'on reverra le jour où la salle renaîtra de ses cendres. Un tel programme dit à la fois l'étendue et la souplesse du genre, ainsi que la continuité de ses succès. Avec de pareils ouvrages, l'Opéra-Comique peut vivre encore de longs jours; lé passé répond pour lui de l'avenir.
Octobre léd3.