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SECONDE ÉPOQUE

Une ère nouvelle se lève sur le monde avec la conversion de Constantin. Le christianisme, devenu religion officielle de l'empire, place l'Eglise en tète de la société ; celle-ci n'est plus réduite « à mendier pour les pauvres une place à la table des riches : » c*est à sa propre table qu'elle prétend les nourrir.

Les biens des martyrs restitués, les largesses impériales et les dîmes des fidèles lui assurent un patrimoine et des richesses, qui la mettent à l'abri des éventualités et de l'état précaire de l'âge qui vient de finir. Bientôt, à l'aide de ces richesses, s'élèvent de toutes parts de somptueux édifices. Les évêques, les diacres, dans leur expérience de tfois siècles, ont appris à connaître toutes les misères ; aucune n'est oubliée, toutes auront leur demeure, où les soins les plus assidus leur seront prodigués. Les enfants, les veuves et les orphelins, que Taffection maternelle de l'Eglise ne sépare jamais, les vieillards, les pauvres mendiants, les malades et les infirmes, tous reçoivent de sa main un secours et un asile.

Un des premiers objets de la sollicitude de l'Eglise devait

être le soin des enfants. On sait le pouvoir monstrueux accordé par les lois de la Grèce et de Rome aux parents sur leurs enfants. La fréquence des infanticides était devenue telle dans la société pa!enne, queTertullien pouvait s écrier sans crainte de démenti : « Combien, parmi vos magistrats eux-mêmes, n'en est-il pas gui tuent leurs enfants dès qu'ils sont nés ? Dans votre excessive cruauté, vous les exposez sur la voie publique, là où ils doivent périr de faim ou de froid, ou devenir la pâture des chiens'. » Je vous vois, ajoute Minucius Félix, « exposer aux bêtes féroces et aux oiseaux de proie les enfants qui vienneAt de vous naître. D'autres les étouffent ou leur broient la tête contre la pierre *. » Les malheureux enfants exposés, lorsqu'ils ne périssaient pas, étaient recueillis par des marchands d'esclaves ou par d'immondes prostituées qui les destinaient à un trafic infâme ^ Ce n'était du reste que la mise en pratique d'une maxime de Platon : « Si des enfants naissent de parents trop vieux, l'état ne doit pas les nourrir : qu'on les expose *. »

Notre époque a peine à croire à de telles atrocités ; mais les preuves en sont tellement multipliées, que le doute est impossible. On comprend que les empereurs chrétiens durent faire tous leurs efforts pour adoucir sur ce point les mœurs romaines. Un édit de Constantin ordonnait à tous les officiers fonctionnaires de délivrer des aliments et des vêtements aux parents pauvres et chargés d'enfants. Mais le secours décisif vint de l'Eglise ; ce fut elle qui fonda ces nombreux Brephotrophia^ ou maisons d'enfants trouvés, inaugurant cette assistance admirable du jeune âge, que nous verrons continuée avec tant d'éclat par Gui de Mont-

* Apolog., II, dans Tollemer, p. $41 et Léon Gautier, p. $9.

* Min. Félix, p. 1$, éd. Rigaut (Ibid).

* L. Gautier, p. 40.

' Platon, RipubUque, trad. Cousin, t. IX, p. 2I7. {Ihid).

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