‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 15 sur 125 · LA CHARITÉ AVANT LE XIII^ SIÈCLE IÇ · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ AVANT LE XIII^ SIÈCLE IÇ

que les chrétiens subissaient de la part des infidèles, résolurent de leur venir aussi en aide. Ils augmentèrent leurs bâtiments, d'abord d'un hospice pour les femmes, comme étant plus exposées, puis d'un second pour tous les pèlerins étrangers, qu'ils placèrent sous l'invocation de S. Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, d'où ils prirent leur nom. Un saint homme, nommé Gérard, était recteur de cet hospice, lors de la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, en 1104 '.

Mais déjà la reconnaissance des pèlerins avait transporté dans l'Europe entière la réputation de THôpital de Jérusalem. Dès l'année 1083, il avait une notoriété assez considérable pour qu'on lui fit, dans les pays chrétiens, des donations de territoires, qu'il administrait par des frères et des officiers *.

La conquête des Lieux-Saints eut pour résultat de donner un immense essor aux Hospitaliers de Saint-Jean ; Godefroy et les seigneurs rivalisèrent de libéralités à leur égards si bien qu'ils se répandirent dans la Palestine entière, en même temps que leurs maisons d'Europe leur fournissaient des

ressources d'hommes et d'argent. On ne saità quelle époque précise ils ajoutèrent à l'hospitalité la défense des pèlerins par les armes ; ce fut vraisemblablement peu d'années après la conquête, car on voit, en 11 18, Raymond du Puy, successeur de Gérard, contribuer avec ses hospitaliers à la défaite du calife d'Egypte. L'Ordre dut aussi à ce maître

• Hist. des ordres religieux et monastiques, par le P. Hélyot, III, p. 7^

* On voit une maison s'établir, de 1082 à 1084, à Saint-Antoine de Lacalm, dans Tévcché d*Albi ; elle est administrée par un maitre (magister domus hospitalisa qui a sous lui des frères. Une donation faite à la même maison, en 1085, semble prouver que dès l'origine l'Ordre suivit la règle canoniale ; cet acte solennel fut accompli le jour de S. Augustin, c et l'on s'explique très bien le choix d'une fête patronale de l'Ordre pour la confection d'actes donnant pour ainsi dire une existence officielle à l'Hôpital dans ces contrées. > D'autres documents, antérieurs à la fondation du prieuré de Saint-Gilles, qui eut lieu vers 1112, achèvent de prouver l'existence de l'Ordre dans nos contrées avant la fondation de ce célèbre établissement. (G. Saige : Les orig, de VOrdre de l Hôpital Saint-Jean de Jérusalem, Extr. du Bull, de l'Ecole des Chartes, i8<i4).

la division des religieux en trois classes : les nobles, qui portaient les armes, les prêtres, chargés du service religieux, et les frères servants, destinés aux soins domestiques des hôpitaux.

L'ordre du Temple dut sa création à neuf chevaliers, venus en Terre sainte vers 1 1 18. Ils reçurent des mains du Patriarche Thabit ecclésiastique et la règle des clercs de Saint- Augustin, et furent constitués chanoines gardiens du Saint-Sépulcre. Pendant dix années ils n'admirent aucun compagnon ; mais ayant reçu de saint Bernard une règle précise, ils devinrent un ordre franchement militaire, reprirent leurs armures et furent le plus solide boulevard de la Terre sainte.

L'ordre Teutonique parut après les deux premiers, dans le cours du XII* siècle. Jacques de Vitry lui attribue la même origine qu'à celui de Saint-Jean, c'est-à-dire un hospice bâti à Jérusalem pour les pèlerins Teutons. Célestin V donna aux nouveaux hospitaliers une règle empruntée aux statuts de Saint-Jean, en ce qui regardait le soin des malades et des pèlerins, et à ceux des Templiers, en ce qu'il aurait de militaire et d'ecclésiastique '.

L'ordre de Saint-Lazare était voué au soulagement des lépreux. Ses origines sont très obscures ; mais il est certain qu'il existait à Jérusalem et à Ptolémaide peu après la première Croisade. Il devint militaire en même temps que les autres ordres hospitaliers. Louis VII, qui avait pu apprécier les qualités des chevaliers de Saint-Lazare, en amena douze en France et confia à l'Ordre les maladreries du royaume *.

La même cause qui avait provoqué la création des trois ordres de Terre sainte, amena en Espagne l'établissement de Tordre de Saint- Jacques ou de l'Epée. L'affluence con-

' Hélyot, t. III, p. 141.

* Hermant, HisU des religions ou ordres militaires de VEglise, 1704, p. 7.

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sidérable des pèlerins à Téglise de Saint-Eloi en Galice, auprès do tombeau de saint Jacques, avait déterminé les chanoines de cette église i construire d'abord dans la ville, puis en diverses régions d'Espagne, des hôpitaux pour leur servir d'asiles. Mais comme les Maures dépouillaient quantité de pèlerins, des chevaliers s'unirent aux chanoines sous la même r^le et se vouèrent i la défense des pieux voyageurs. C'est ainsi que fut fondé Tordre fameux d'Espagne ^

En 1095, naissait en Dauphiné Tordre de THôpital de SAINT- Antoine, destiné au soulagement des malheureux atteints du mal des ardents. Le nouvel institut se propagea très rapidement, en raison même de Tétendue et des ravs^res du mal qu'il était appelé à combattre. Il eut, comme les ordres nés en Orienta son grrand maître et ses religieux qui suivaient la règle de saint Augustin. Il faut remarquer que, comme il n'eut jamais d'ennemis à combattre, il ne se transforma pas en ordre militaire.

Deux autres ordres se formèrent à la fin du XII« siècle et au commencement du XIII*, pour le rachat des captifs : Tordre de la Merci, d'abord militaire, à Timitation de ceux de Terre sainte, ne tarda pasà restreindre son action au but principal qu'il s'était proposé: les Trinit aires lui joignirent le serin des hôpitaux.

Enfin le dernier de ces grands ordres fut celui du Saint-Esprit, objet de cette étude: nous verrons bientôt ses nombreux points de ressemblance avec ses devanciers, ocmime aussi les particularités qui lui font une place à part an milieu de toutes ces créations grandioses de la charité.

A côté des grands ordres hospitaliers et militaires, nous vojrcms se former partout, àla même époque, des congr^^a-

et le même but d^hospitàhté. Leur existesioe est attestée en œs termes par lliistonen Jacques de Vitry : « U y a en

outre d'autres congrégations, tant d'hommes que de femmes, si nombreuses dans toutes les contrées de l'Occident, qu'elles ne se peuvent compter, se dévouant avec humilité et ferveur au service des pauvres et des malades. Elles vivent selon la règle de saint Augustin, sans biens propres et en commun, sous l'obéissance d'un maître. En revêtant l'habit religieux, ces hommes et ces femmes promettent à Dieu une continence perpétuelle. Ils assistent le jour et la nuit aux heures canoniques, autant que le permettent les soins de l'hospitalité et le service des pauvres du Christ. ' »

La France possédait nombre de ces communautés, qui pour la plupart avaient formé des filiations quelquefois assez étendues. Telles étaient les congrégations du célèbre hôpital d'Aubrac en Rouergue % de l'Hôtel-Dieu de Paris *, des Portecroix de Boulogne*, de hôpitaux de Saint-Gervais et Sainte-Catherine à Paris*, de Noyon, d'Amiens, d'Abbeville, de Beauvais*, de Lille % etc., qui tous étaient régis par un maître ayant sous lui des frères et sœurs, et avaient reçu des papes ou de leurs évèques des constitutions empruntées pour le fond à la règle de saint Augustin.

Malheureusement ces communautés, si ferventes à l'origine, tombèrent bientôt dans le relâchement, par suite surtout de la présence de personnes séculières et mariées, qui s'y retiraient pour décliner la juridiction laïque et y vivre aux dépens des pauvres, malgré les prescriptions des conciles •. L'autorité épiscopale était souvent impuissante à réprimer des désordres et des abus entretenus par les seigneurs laies. Ce qui manquait à ces communautés éparses

» Guill. de Vitry, HUt. Occid., c. 29.

•Voy. le P. Hélyot, t. III, p. 169.

* Ibid., t. III, p. 185.

* Urb. III. Epist. V.

* Hélyot, ibid.,p. 299, 295.

* Ibid., p. joo elsv.

^ Thomassin, t. III, part. I, L. II, chap. XCI.

* Conc. Paris, (1212), Part. III, cap. 9. — Conc, Raptnn» (ijn») etc.

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partout, c'était le lien plus ferme d'une autorité centrale et unique. Ce lien, appliqué pour la première fois aux ordres mendiants, fut la source de leur développement, comme aussi de la prospérité des ordres hospitaliers-militaires. Il ne faut pas non plus chercher ailleurs la cause principale de l'éclat jeté aux XIII« et XIV* siècles par l'ordre du Saint- Esprit, sorti, comme ceux que nous avons nommés, d'un humble hôpital*.

Nous voudrions avoir réussi à mettre en lumière les deux faits qui nous semblent dominer l'histoire primitive de l'assistance charitable. C'est d'abord la succession non interrompue de son personnel: clercs, diaconesses et ascètes, ensuite prêtres détachés des églises et aidés de pieux laïcs des deux sexes, successeurs directs des ascètes du premier âge. Lors de la séparation du clergé en séculier et régulier, ce personnel de choix demeure dans la seconde catégorie et forme de véritables communautés religieuses, composées de prêtres, devenus chanoines réguliers, de frères et de sœurs, qui suivent la règle de saint Augustin, c'est-à-dire la règle commune du clergé régulier. Par là est expliquée l'origine de ces innombrables communautés qui desservent les hôpitaux aux XII* et XIII® siècles, comme aussi leur unanimité à suivre la règle canoniale.

Le second fait est la dépendance absolue des hospices, dès les premiers siècles, du pouvoir ecclésiastique. Il faudra arriver au XV« siècle pour voir cette autorité disputée aux évêques par les communes et l'administration souveraine ; et c'est Louis XIV seulement qui soustraira d'une manière définitive les hôpitaux à l'Eglise, dont ils sont pourtant une dépendance directe et naturelle.

* V. pour ce qui concerne les congrég. hospitalières dont nous venons de parler, laDûcip/i'/tede Thomassini t. III, part. I. L. II,chap. XCI.

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