TROISIÈME ÉPOQUE
Nous touchons au moment où l'Europe sort à grand-peine du chaos desinvasions et de la barbarie qu'elles ont déchaînée sur le monde, et où le moyen-âge marche vers l'apogée
* Labbe, t. V., col. 990. — V» aussi Guigue, ATotre-Dame dt Lyon^ p. p5*
* V. Ducange, v» HospUaU; Thomassin, lU, p. i)68, etc.
LA CHARITÉ ^VANT LE XIlP SIÈCLE I7
de sa grandeur. Une foi vive, ardente, anime les cœurs et fleurit en œuvres pieuses de toutes sortes. Les hospices et hôpitaux, les Hôtels-Dieu, car c'est à cette époque qu'apparaît ce beau nom, participent à la rénovation générale. Dès le XI« siècle le grand mouvement commence à se faire sentir. L'Eglise réforme ses clercs ; la charité et les œuvres de miséricorde progressent à mesure que la foi établit son empire ; les libéralités abondent et permettent aux hôpitaux anciens de s'agrandir, tandis que partout s'en élèvent de nouveaux, et dans des localités même où ces établissements seraient aujourd'hui inoccupés ^
En même temps apparaissent les premiers germes d'ordres religieux spécialement voués au service des maisons de charité. Jusqu'alors ces maisons étaient desservies par des prêtres attachés aux églises et délégués par les évèques pour ce ministère ; sous les ordres des prêtres étaient des clercs et de pieux laïcs, hommes et femmes, consacrés au service des pauvres pour un temps ou pour la vie. Cette organisation nous est apparue très clairement dans l'Eglise primitive et jusqu'aux invasions. Il est plus difficile d'en suivre, les traces à partir du VII^ siècle ; mais il en reste assez d'indices pour nous permettre d'affirmer qu'elle se maintint à travers cette période calamiteuse, puisque nous Talions retrouver bientôt.
Les hôpitaux qui se trouvaient placés dans les centres importants reçurent naturellement de plus grandes largesses et se développèrent en proportion de leurs richesses et du zèle de leurs préposés. Quelques-uns se distinguèrent bientôt entre les autres et devinrent des pépinières où ceux qui fondaient de nouvelles maisons venaient prendre des directeurs habiles. Cette filiation forma des groupes unis par la communauté d'origine et la conformité des observances : telle est l'origine très simple de tous les ordres
* D'Arbois de Jubainville, Abbayes Cisterciennes^ i*"* id, p. 219.
l8 INTRODUCTION
hospitaliers, qui tinrent une place si considérable dans le moyen-âge féodal.
Et comme les clercs qui desservaient les hôpitaux appartenaient au clergé des églises, il s'ensuit qu'ils continuaient à vivre selon les règles de la vie canonique ordinaire, qui alors comprenait essentiellement le chant de Toffice et la vie commune. Lors de la séparation de l'Ordre canonial en deux corps distincts, le clergé séculier et le clergé régulier \ les plus fervents d'entre les clercs gardèrent, avec la vie commune, les biens indivis et s'assujettirent à la règle dite de S. Augustin, ramenée à sa première rigueur ; les autres clercs devinrent peu à peu notre clergé séculier. Les clercs chargés des hôpitaux gardèrent leurs anciennes observances et par conséquent furent des chanoines réguliers. C'est là l'explication trop peu remarquée de ce fait, que tous les ordres hospitaliers suivirent la règle de S.Augustin *.
Les grands ordres hospitaliers et militaires ont tous, sans exception, pris naissance dans un simple hôpital : ce point n'a pas été jusqu'ici mis assez en lumière parles historiens; on nous permettra, à raison de son importance, d'entrer dans quelques détails.
L'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem est le plus ancien de ces instituts. Bien avant les Croisades,si l'on en croît Guillaume de Tyr', des marchands d'Amalfi, en relations commerciales très fréquentes avec la Palestine, avaient obtenu des califes l'autorisation d'élever à Jérusalem un monastère pour des clercs de leur pays, chargés de donner asile aux pèlerins de leur patrie. Comme le nombre des pèlerins de toutes nations allait toujours en croissant, les clercs Amalfitains^ témoins des mauvais traitements
* Cette séparation de l'Ordre canonique en clergé séculier et régulier fut surtout l'œuvre de S. Léon IX et de S. Grégoire VU .
• V. Dom Gréa : De l'Eglise, p. 435 et sv.
' Chron.,1. XVJII, c. V.