‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 17 sur 125 · NAISSANCE ET FAMILLE DE GUI · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET FAMILLE DE GUI

à reconnaître, dans le quatrième fils de Guillem VII, le fondateur de Tordre du Saint-Esprit, et les preuves qu'il apporte sont assurément très fortes. D'abord, on chercherait en vain, dans les nombreux documents concernant Montpellier à cette époque, la moindre mention d'un chevalier du Temple du nom de Gui ; au contraire, la fondation de l'hôpital du Saint-Esprit correspond parfaitement à la jeunesse du dernier fils de Guillem VII, puisque, en 1 198, il en était sorti déjà plusieurs colonies florissantes.

Objectera-t-on la clause du testament de Guillem, le destinant au Temple ? Mais sans chercher ailleurs que dans la famille même des Guillems, on trouvera de nombreux exemples qui démontrent que, sur ce point, les volontés paternelles demeuraient souvent inexécutées*. Gui, sans doute, se disposa à suivre ces volontés et commença son éducation chez les Templiers. « Puis, l'amour des pauvres, une vocation irrésistible de les servir, une inspiration particulière de Dieu peut-être, l'arrachèrent à cet asile belliqueux moins en harmonie avec ses goûts, et cédant à l'entraînement de son cœur, il voulut fonder une autre milice destinée à combattre des combats plus pacifiques, mais non moins glorieux *. »

Le testament de Guillem VIII, du 4 novembre 1202, vient appuyer notre sentiment d'une preuve nouvelle. Les seigneurs de Montpellier avaient fondé dans cette ville Thôpital Saint-Guillem. Il semble que cette maison avait des titres spéciaux aux libéralités de Guillem VIII ; cependant il ne lui lègue que deux cents sols melgoriens, et gratifie de cent sols la maladrerie de Saint-Lazare, tandis qu'il laisse mille sols à l'hôpital du Saint-Esprit \ Quels étaient donc les liens qui l'attachaient à cette œuvre nouvelle et la

* Mgr Paulinîer ; — D'Aigrefeuille : loc, cit. « P. 6.

' Gemuûo : De ta charité publique et hospitalière à Montpellier au moyen-âge^ p. 7.

lui faisaient préférer aux fondations de ses ancêtres ? Une simple prédilection personnelle aurait-elle occasionné une différence de dons si considérable, et n'est-ce pas plutôt que le fondateur de Thôpital du Saint-Esprit lui était attaché par les liens du sang ?

La parenté qui existait entre les deux nobles personnages est Texplication la plus naturelle de ce fait, que Gui assista Guillem VIII dans les circonstances les plus solennelles de sa vie. C'est ainsi qu'il signa le traité de paix entre ce dernier et le comte de Toulouse, Raymond V (Décembre II 74)*. Dans le cours des années 1190 à 1195, son nom se retrouve dans cinq traités conclus entre divers seigneurs et son neveu*. Si, à partir de cette époque, il n'apparaît plus, c'est que Gui a quitté sa ville natale pour se rendre à Rome

et faire goûter à la ville éternelle les heureux fruits de son zèle charitable *.

Il nous paraît bien difficile, après des preuves si convaincantes, de dénier à Gui de Montpellier l'illustre origine que les auteurs lui assignent généralement. La noblesse de sa naissance était rehaussée par l'éclat des richesses. « Mais Dieu lui donna, comme au jeune Salomon, un trésor plus précieux, en remplissant son esprit et son cœur des dons surnaturels de la sagesse. S'il manifesta de bonne heure une foi vive et ardente, sa charité était plus ardente encore. Il aimait tellement les pauvres, qu'il les honorait comme des seigneurs, les respectait comme des maîtres, les chérissait comme des frères, les soignait comme des enfants, et

' Dom Vaissette : HisL générale de la province du Languedoc, t. III, p. ) 7.

* Id.,ibid, Preuves, p. 164, 167, 176 et 177.

' Mgr Paulinier apporte, comme dernier argument, le blason de Gui de Montpellier, décrit et gravé dansSaulnier (De capite sacriordinis Sancti Spiritus^ p. 60). Ce blason, suivant Tusage adopté dans les ordres religieux, présente à droite la double croix et la colombe, insignes de TOrdre, et à gauche Técu des Guillems : d'argent chargé d'un tourteau de gueules. Le savant écrivain n'a pas remarqué que Saulnier dit avoir composé lui-même ce blason, sur les indications de Garicl, mais sans en avoir renconté d'anciens exemples. Notre opinion nous semble assez bien appuyée pour nous permettre de négliger une preuve aussi douteuse.

Page 1