‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 18 sur 125 · II. FONDATION DE L HOPITAL DU SAINT-ESPRIT A MONT- PELLIER · texte numérisé non relu

II. FONDATION DE L HOPITAL DU SAINT-ESPRIT A MONT- PELLIER

L'histoire ne nous a conservé aucun souvenir relatif à l'enfance de Gui de Montpellier et à sa première éducation. S'il entra au Temple pour accomplir les volontés paternelles, il en dut sortir jeune encore. Son père mourait en 1 1 72 et Mathilde, sa mère, avait devancé son époux dans la tombe. La mort de ses parents le rendait maître de sa personne et de ses biens ; il conçut le projet de les consacrer au soulagement de ses frères indigents, et pour mettre à exécution ce pieux projet, il fonda dans la ville de Montpellier un hôpital où, suivant les exemples illustres des premiers siècles, il se voua lui-même à leur service". Il n'est pas possible d'attribuer à un autre qu'à Gui la fondation de l'hôpital de Montpellier. Plus heureux qu'en ce qui concerne la naissance et la famille de notre héros, nous nous appuyons ici sur des preuves formelles et authentiques.

Outre la tradition constante, nous avons le témoignage positif du pape Innocent III. Dans toutes ses bulles en faveur de l'ordre naissant, il reconnaît à Gui la qualité de fondateur et premier maître de l'hôpital de Montpellier ; il lui attribue également la règle suivie parles frères',

' Saulnier, De capite... p. p ; — Mgr Paulinier, p. 8. " W., ibid.

' Hospitalc sancti spiritus, quod apod Montempessulanum dilecti fîlii fratris Goydonis soUicitudo fundavit (Innoc. III , i** bulle). — Guydoni fundatorl hospitalis sancti spiritus... (Id.^ i* bulle). — In primis siquidem statuentes ut fraircs*.. secundum raUonabilcs instittUiones tuas,., debeant famulari (Ibid.), — Defuncto... Guydone, qui vestrorum hospitalium primus extitit institutor et rector {Id, 4' bulle).

Les termes de la première bulle d'Innocent III, donnée en 1198, sont remarquables; le pape recommande Thôpital de Montpellier à la sollicitude des évoques, comme uneplantation nouvelle, qui déjà brille par la piété et l'exercice d'une éminente charité ^ A cette date, la maison ne comptait donc pas encore de longues années d'existence, ce qui concorde avec l'âge présumé de Gui.

Un témoignage non moins précis nous vient de Montpellier même. Un an avant la première bulle* d'Innocent III, c'est-à-dire, au mois de juin 1197, deux habitants, Marie de Fabrègues et Bertrand de Montlaur son mari, cédèrent et vendirent à Dieu et à l'hôpital du Saint-Esprit, sis proche Montpellier, aux frères et aux pauvres présents et futurs dudit hôpital, à Gui, son procureur et fondateur^ en la personne de Guillaume de Agentia son remplaçant, un jardin, avec maison et puits, touchant le jardin

de l'hôpital ; plus une rente annuelle de deux sols ; le tout tenu en fief du seigneur de Montpellier. Cette vente fut faite pour le prix de deux cents sols melgoriens. Guillem VIII intervint pour confirmer la vente, en qualité de suzerain ; il céda lui-même tous ses droits sur cette pièce de terre et la donna à l'hôpital en pur alleu, sans aucune redevance •.

Les historiens de Montpellier ont retrouvé l'emplacement de l'hôpital du Saint-Esprit. Il était situé, dit M. Germain, au faubourg du Pyla-Saint-Gély et occupait l'espace compris entre la rue qui mène à la fontaine de ce nom, le chemin de Nimes et le Verdanson. Mais les ruines qui couvrent aujourd'hui cet emplacement n'appartiennent point à la construction primitive. Détruite en 1562 par les

* Inter c«tera nove plantationis hospitclia et religione fulget et majorîa hospitalitatem caritatis exercet (Innoc. 111, i'* bulle).

' V. Pièces justif., I. Saulnier cite ce titre, sur une indication de Pieir« Gariel, son ami; mais il n'en a pas eu de copie, non plus que M. Germain et Mgr Paulinier.

Les serriteurs du pipe Innocent III lui apportent de petits enfuits péchés dus le Tibre

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calvinistes, on tenta de la rebâtir en 1660, au moment d'un essai de restauration de TOrdré. L'entreprise fut abandonnée avant son achèvement, et les débris de murs qui subsistent sont les derniers restes de cette tentative avortée de reconstruction *.

Le précieux document que nous avons analysé plus haut, outre qu'il est un témoin irrécusable de la fondation par Gui de l'hôpital du Saint-Esprit de sa ville natale, renferme encore une importante indication, à laquelle les historiens n'ont pas pris garde jusqu'ici. Dans leur acte de vente, Bertrand de Montlaur et son épouse s'expriment ainsi: « Nous cédons.... à Dieu et à l'hôpital du Saint-Esprit..., aux pauvres qui l'habitent, à Gui, procureur et fondateur de cet hôpital, et à vous Guillaume de Agentia, son remplaçant » Les vendeurs s'adressent au remplaçant de Gui ; celui-ci est donc absent. Est-il éloigné pour un temps peu considérable, comme en un simple voyage ? Non, car alors un suppléant en titre eut été inutile. Où était Gui en ce moment ? A Rome certainement, et depuis plusieurs années déjà, puisque, moins d'un an après cette vente. Innocent III lui reconnaissait la possession de deux maisons dans la capitale du monde chrétien, situées l'une près de Sainte-Marie au delà du Tibre, et l'autre à l'entrée de la ville, au lieu appelé Sainte- Agathe *.

Sans doute, notre fondateur, en se rendant à Rome, poursuivait un double but : faire jouir cette ville des bienfaits du nouvel institut, et obtenir plus sûrement pour

' Germain : Histoire de la Commune de Montpellier . III, p. ;;^; Paulinier, hc, cit. p. 9»

' Innoc. III, Bulle du i; avril 1198, aux Piices Just. n» III.

celui-ci, par l'expérience que ferait le Souverain Pontife de son utilité, Tapprobation solennelle de l'Eglise.

Ce n'était point chose facile alors, que de faire approuver un ordre nouveau. Le concile de Latran avait décidé de ralentir un courant d'où provenaient de nombreux abus et on sait quelles résistances eurent à vaincre saint Dominique et saint François d'Assise pour engager l'Eglise à adopter les milices destinées par la Providence à devenir sa plus solide défense. Mais le succès, à Rome même, de l'œuvre de Gui de Montpellier, devait être son meilleur avocat. Aussi, malgré la rigidité avec laquelle il maintenait la règle du concile dans toute sa rigueur. Innocent III, témoin lui-même du zèle déployé par le fondateur et ses compagnons de charité, ne tarda pas à donner au jeune institut la sanction de l'autorité apostolique.

Il le fit dans deux bulles que nous allons analyser.

La première est datée du 22 avril 1198 ; le Pape l'adresse à tous les archevêques, évêques et prélats des Eglises, protecteurs naturels de ceux qui vaquent aux œuvres de la charité. « Il a, dit-il, appris de la bouche d'un grand nombre, que l'hôpital du Saint-Esprit que la ville de Montpellier doit à la pieuse sollicitude de son bien aimé fils, le frère Gui, brille entre toutes les nouvelles plantations par la piété et l'exercice d'une large hospitalité ». Et il trace en quelques lignes le tableau touchant des œuvres de miséricorde qui s'accomplissent dans cet hôpital : « Là, ceux qui ont faim sont rassasiés, les pauvres reçoivent des vêtements, les malades, des secours ; l'abondance des consolations est proportionnée à la grandeur de la misère, de sorte que le maître et les frères sont moins les protecteurs hospitaliers des malheureux que leurs serviteurs, et parmi tant de pauvres, ceux-là seuls sont les indigents, qui fournissent charitablement aux pauvres ce qui leur est nécessaire. »

Pour reconnaître un dévouement si héroïque, le Pontife

accorde aux frères du Saint-Esprit, sans préjudicier aux droits des Eglises voisines, le pouvoir d'ériger des oratoires et des cimetières pour eux et leurs familles d'indigents. Il ordonne aux évéques de ne mettre aucun obstacle aux pieuses libéralités des fidèles. Ils consacreront les églises et béniront les cimetières, à mesure qu'ils seront construits, sans en faire aucune difficulté ; ils approuveront les prêtres qui leur seront présentés par le maître pour desservir les hôpitaux, s'ils les jugent dignes de cet honneur. Si ces prêtres viennent à se rendre indignes par leurs excès, ils demeureront soumis à la correction des Evêques et révocables à leur volonté. Enfin le Pape confie à ces derniers la mission de juger, sur la réquisition du maître, les coupables ^

Ce n'était pas assez, pour l'affection paternelle d'Innocent III, de recommander à tous les évêques l'ordre naissant ; il voulut lui donner une confirmation solennelle et le placer sous la garde toute spéciale du Siège Apostolique. A cet effet il adressa, le lendemain même du jour où il avait signé la lettre précédente, une seconde Bulle à Gui et à ses frères présents et futurs :

<c A nos bien-aimés fils. Gui, fondateur de l'hôpital du Saint-Esprit, et à ses frères présents et futurs, qui ont fait profession perpétuelle de la vie religieuse.

« Il convient que la protection du Saint Siège assiste les hommes qui embrassent la vie religieuse, de peur que, s'ils venaient à s'engager témérairement, ils ne soient bientôt détournés de leur pieux dessin, et que leur témérité — Dieu daigne nous préserver de ce malheur ! — ne tourne au détriment de la religion. C'est pourquoi, fils bien-aimé dans le Seigneur, ayant accueilli favorablement vos justes demandes, nous recevons sous la protection de

1 PUus fust. no 11 ; Mgr PaaUfiîer« op. cit. p. 12.

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saint Pierre et la nôtre, lliâpîtal dn Saint-E^nit fonclé & Montpellier, dans leqael voos voos êtes enrôles aa service de Dien^ et le confirmons par le témoîgnag'e da présent Privilège. »

Innocent ajoute qoe les frères, demenrant dans cet hôpital, doivent j servir le Seigneur à perpétuité, selon les institutions pleines de sagesse que Gui leur a données.

Vient ensuite Ténumération des biens possédés par TOrdre, dont nous parlerons plus loin.

Le Pape décide que toutes les maisons possédées actuellement par rOrdre, ou qu^il acquerra dans la suite par des voies justes, seront soumises à celle de Montpellier ; que leurs procureurs devront obéissance à Gui et à ses successeurs et en recevront la correction.

Puis, après avoir confirmé les divers privilèges énumérés dans la bulle précédente, il permet de recevoir dans rOrdre toutes personnes libres, désireuses de se retirer du siècle. Les frères, après leur profession, ne pourront quitter TOrdre qu*avec le consentement du grand maître et seulement pour embrasser une règle plus austère ; défense est faite aux monastères d*admettre celui qui se présentera sans être muni de Tautorisation du grand maître.

A la mort de Gui et de ses succeseurs, nul ne devra assumer par fraude ou violence la charge de général; mais elle appartiendra à celui qui sera élu par le commun conseil des frères, ou la partie du conseil la plus considérable et la plus saine.

La bulle se termine par de solennels anathèmes contre les persécuteurs des frères, les détenteurs de leurs biens et les violateurs de leurs privilèges '.

Telles sont, dans l'ensemble de leurs dispositions, ces

* Pièca jutt. tf III.

deux premières bulles fondamentales deTOrdre. Les vœux de Gui sont donc exaucés ; son œuvre est maintenant à Tabri des orages. Le Pasteur suprême a parlé : il a proclamé devant l'Eglise entière l'héroïsme des nouveaux ouvriers de la charité et Texcellence de leur œuvre. La « jeune plantation » va devenir bientôt un grand arbre ; et voici que déjà elle a poussé de nombreux rameaux.

Neuf maisons sont énumérées dans la seconde bulle d'Innocent III comme appartenant à l'Ordre ; les villes qui avoisinent Montpellier se sont empressées d'appeler dans leurs murs de pieuses colonies sorties de l'hôpital de Gui ; les seigneurs donnent une portion de leurs domaines. Milhau, Largentière, Barjac, Mèze, Clapier, Brioude, voient s'élever des maisons ; Marseille elle-même ne tarde pas à confier à l'Ordre un hôpital destiné à un grand avenir *.

Mais ce n'est pas seulement dans les régions voisines que les frères du Saint-Esprit sont appelés à exercer leur zèle; l'illustre cité de Troyes veut être des premières à en faire l'heureuse expérience. Ils ont même franchi les Alpes et, nous l'avons dit, Rome leur ouvrant ses portes, les a vus s'établir à Sainte-Marie au delà du Tibre et à Sainte- Agathe in suburro •.

Cependant ce n'est là que le commencement de leurs succès. Bientôt nous serons témoins d'un développement si prompt et si merveilleux, que nous serons contraints d'y reconnaître la main de la Providence. L'hôpital de Montpellier va semer partout les disciples formés dans son sein ; ceux-ci à leur tour ne tarderont pas à se répandre en de nombreux essains ; ce beau treizième siècle, si fertile en merveilles de fécondité religieuse, pourra montrer avec orgueil l'œuvre de Gui parvenue à son apogée et couvrant l'Europe entière de ses établissements charitables

> Innoc. m,"!» bulle; Pièces just. n« III.

* Id, ibid, ; Mgr Paulinicr, toc. cit. p. i6.

j8 GUI DE MOHTPELLIER

Toutefois, il n'est point temps encore d'aborder le récit de ces merveilles ; revenons auparavant à notre fondateur et suivons ses travaux dans la ville éternelle.

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