‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 26 sur 125 · HIÉRARCHIE DE L^ORDRE · texte numérisé non relu

HIÉRARCHIE DE L^ORDRE

En 1345, frère Guillaume Colombie précepteur général de Montpellier, assisté des prieurs et représentants des membres de sa dépendance, tint le chapitre général annuel de la Pentecôte, au son de la cloche, sonnée trois fois selon la coutume. On discuta dans cette assemblée sur Tutilité d'une amodiation de terres dépendantes de Thôpital de Clapier de Manvielle ; deux commissaires, envoyés sur les lieux, firent leur rapport ; l'assemblée rendit ensuite sa décision'.

A Besançon, le chapitre annuel était fixé au dimanche Cantate^ quatrième après Pâques. Le commandeur présidait l'assemblée, qui se composait des religieux du chef-lieu et des recteurs de sa filiation ; il examinait les excuses des absents et leur appliquait les censures, si ces excuses n'étaient pas jugées suffisantes ; il instituait les nouveaux maîtres; faisait rendre à chacun un compte exact de son administration et de la situation de son hôpital ; enfin, recevait un tribut annuel, à titre de reconnaissance de sa supériorité ".

L'Archihôpital romain avait, lui aussi, de même que les maisons magistrales, son assemblée annuelle : c'était le célèbre chapitre de la Pentecôte. Les intérêts de l'hôpital de Sainte-Marie in Saxia lui étaient soumis d'abord, puis il s'occupait des affaires de l'ordre entier. A cet effet, il était composé d'un double élément : c'étaient en premier lieu les frères de Rome et les recteurs de ses maisons filiales, auxquels venaient se joindre tous les commandeurs magistraux de l'Ordre *.

* Diplomata, II, p. ^80.

* Voir les Actes capituUires de Besançon, Pièces Justif,, n® IV.— A. Castan, Notice sur Vhôpital du Saint-Esprit de Besançon^ p. 1^4 (Annuaire du Doubs, 186O.

' Lorsque les commandeurs manquaient au chapitre, sans s'être fait excuser, ils étaient menacés d*excommunication : frère Pierre Mathieu, recteur de Montpellier, reçut un monitoire pour le chapitre de 14^0 (Arch. du Saint- Esprit in Saxia, lib. 20, f» ^o). En 1448, les maîtres des hôpitaux d'Allemagne furent aussi menacés d'excommunication, s*ils n'assistaient pas à ce même cha-

8o tA KàGLB DE GUI

La règle prescrivait soigneusement le détail de ces assises solennelles * : « Lorsque les frères seront réunis, que le prieur sorte en procession de Téglise, accompagné d'un diacre ^t d'un sous-diacre revêtus. Arrivé dans la salle du chapitre^ il entonnera le Veni créât or Spiritus, fléchissant trois fois le genou avec les frères et répétant à chaque fois ce même verset ; puis on achèvera l'hymne. Ensuite le diacre chantera l'Evangile selon S. Mathieu : Cum vene^ rit Dominus in sede majestatis suœ *, et la procession retournera à l'église, tandis que les frères demeureront au chapitre. »

Le chapitre ainsi ouvert, le prieur ou l'un des frères prononçait une exhortation et le grand maître expliquait la règle et recevait le produit des quêtes et des dons apportés par les frères. Puis^ après avoir reçu la démission de tous les dignitaires de l'hôpital romain, il les soumettait l'uy après l'autre à un sévère examen : « Le maître leur demandera l'état des maisons, si elles sont fournies d'animaux domestiques et de vivres, si elles sont prospères ou endettées ; de cette manière, il pourra connsdtre qui aura mieux ou plus mal administré sa maison ou exercé son emploi. »

Le chapitre jugeait les plaintes qui lui étaient soiunises : « Si le maître se plaint de quelque frère, ou un frère d'un autre,rassemblée écoutera ces plaintes et aussi les réponses. Les griefs et les témoins entendus, que les frères prononcent une juste sentence et que le coupable satisfasse à la justice selon la teneur de la règle. »

Venait ensuite le choix des dignitaires. Le grand maître, accompagné de quelques frères, se retirait à part et

pitre (Ibid., f» )o v*]. La présence des simples recteurs était, croyons-nous, une exception ; les frais du voyage auraient pesé trop lourdement sur les petits hôpitaux.

* Rigula, c. CV.

* C'était TEvangile inscrit en tête de la règle. — Voy. plus haut» art. II.

HIÉRARCHIE DE L'ORDRE 8i

choisissait les divers officiers : Thospitalier, le prieur, le camérier, le trésorier, et les administrateurs des dépendances. Les frères consultés devaient donner leur avis avec simplicité, prudence et discrétion : la règle commandait au maître d'y avoir le plus grand égard.

Le chapitre terminé, le prieur disait des oraisons pour la paix de TEglise et des royaumes chrétiens, pour l'Ordre et ses bienfaiteurs. Après la prière, les frères embrassaient le grand maître, se donnaient mutuellement le baiser de paix et chacun se rendait à ses fonctions * .

L'institution des chapitres généraux, introduite dans les ordres religieux par les Cisterciens, était un puissant élément de discipline. Par ces chapitres, les recteurs des maisons-mères maintenaient leurs sujets dans une étroite dépendance, assuraient l'exécution de la règle et se trouvaient en mesure de porter un prompt remède aux désordres et à la mauvaise administration des hôpitaux. Toutes ces maisons d'importance très variable formaient avec leur chef une famille étroitement unie. Mais leur sujétion ne pouvait engendrer le despotisme, grâce au chapitre suprême de Rome, dans lequel toutes les plaintes étaient admises et discutées avec une justice impartiale.

RECTEURS. — Chacune des maisons de l'Ordre, fondées sur le modèle de celle de Sainte-Marie in Saxia, avait à sa tête un frère appelé Recteur, Maître ou Précepteur^ car ces trois titres étaient pris indifféremment l'un pour l'autre *.

Les recteurs recevaient leur autorité du grand maître, dont ils étaient les remplaçants : « Que tous les recteurs

des maisons engendrées par celle du Saint-Esprit de Rome, tiennent du grand maître et du chapitre leur maîtrise '. »

» Régula, c. CV.

* Il faut joindre à ces titres celui de Prieur, qui se confondait dans les petits hôpitaux avec celui de Mattre, surtout à partir du XV* siècle, époque oii les frères dans les ordres formèrent la majorité .

' Régula f c. LXII.

tx2 Là ÙGLE HE CQ

JEjd fait cepeikâain. le âroit de jkommsnaax âes ndeuis était laiëffê an ciiapitre des hôpitanx-ciiefs pour les inaîwwis de leur filiatioD^ &auf à en demiasdeT canfirmaiian aa grand iDaitre et au dbapître g-énéral de Rome '.

La duiTge de recteur était révocàbie à la volcoié da grand maître. ^«^ examen en di^âtre *. Le recteur avait la misâon de pourvcâr aux besoiss des pauvres et des malades, ainsi que des frères et des sœnrs \ Son autorité était la même, dans chaque maison particulière, que celle du grand maître dans la maison de Sainte-Naiie: mais s'il lui arrivait d'aller sciemment contre la volonté du grand maitre. il était dépouillé de ll^abit de TOidie, déclaré parjure et excommunié *.

Le recteur était tenu de faire rendre aux officiers inférieurs un compte exact de leur administration : si, par sa négligence, ce travail n'était pas fait dans les huit joursqui suivaient les calendes^ il se rendait lui-même respcMisable et oioourait un jeûne rigoureux au pain et à Teau, le vendredi qui suivait \ Un recteur gravement coupable, qui ne s*amendait pas après trois avertissements des fières, était dénoncé au grand maître, et. au besoin, au cardinal protecteur, ou même au pape *.

Si une révolte éclatait dans une des maisons de TOrdre, elle était réprimée sévèrement par le grand maître, qui prenait préalablement conseil de son chapitre. Si la maison résîstait, elle était dénoncée à la cour de Rome, et pour ramener les rebelles, on n*hésitait pas à recourir même au bras séculier '.

' Toutes les confirmstioos de recteurs qoe nous «Tons Tues aux archives de Rome ont été données par le grand maître et le chapitre.

• Régula, c. LIV.

» Ibid,, c. LXV.

' Ibid.,c. IJCII.

■ Ibid., c. LXV.

• /«rf., c. LXIV.

Uhid.,c LXVin.

HIÉRARCHIE DE l'oRDRE 83

CAMÉRIER ET CELLERIER. —Les recteurs, lorsque leur grand âge ou l'importance de leur charge le requérait, pouvaient se faire donner par le chapitre un Vicaire ou Coadjuteur\ mais cet emploi n'était pas habituel, et on choisissait pour le remplir un frère déjà pourvu d'autres charges, par exemple, le Camérier. La fonction de celui-ci, en raison de son importance, ne devait jamais vaquer : il avait pleine puissance pour administrer la maison et pourvoir aux nécessités des frères, des sœurs et des pauvres ', mais avec l'avis du maître et du chapitre. Le premier jour de chaque mois, il rendait ses comptes, et s'il ne l'avait pas fait au bout de huit jours, il jeûnait au pain et à l'eau le mercredi et le vendredi, jusqu'à ce qu'il se fût exécuté, sans préjudice de la peine infligée alors par le chapitre *. Cette disposition était très sage et dut être une source de bon ordre et de prospérité pour les maisons ; mais il est probable qu'elle ne fut pas toujours pratiquée strictement ; de là les nombreuses plaintes dont nous entendrons l'écho sur la fin du XV' siècle, touchant la mauvaise administration des hôpitaux.

Le camérier avait une des trois clefs du coffre qui contenait les revenus. Ce trésor était placé dans le dortoir commun, auprès de son lit, étant plus en sûreté sous la garde de tous, que dans une chambre particulière • ; mais il n'en pouvait rien tirer lui même; le recteur et le chapitre, qui détenaient les deux autres clefs, lui remettaient à certains intervalles les sommes nécessaires aux dépenses courantes *.

Le Cellerier était chargé exclusivement de l'office. Les approvisionnements et le service de la table des malades, des hôtes, des pauvres et de tout le personnel, étaient de

' Regida, c. LXV.

* Ibid.

*Ibid,y c. LXXVIII.

* Ibid,, c. LXVI.

LA t£SLX &ft

n.ypGKCTSSZ nés rasKtoraat&oa expresse da

*- II nous reste à parler en denner lîea d' àigtàtair^ d'un ordre ^ port, du PriéMr. A InL retenait rioteodaiioe qsmtnene des maxsaos: il partageait en qoelqoe sorte le premier rang avec le leuem , car la r^le

hâ confiait la présidence de tontes les oércflMxties religieuses et Tadministration spiritaelle des maisons. Sa charge était annuelle, comme celle dn camêrier et dn oellerier. Il réglait et présidait l'office, et a dmiiiiMjaii les sacrements anx malades, assisté par les antres cdercs *.

Remarquons tontefois que les prieurs, en permanence à Rome, n'existaient que rarement dans les maisons de moindre importance: les l ec tem s en remplissaient les fonctions, du moins à partir de l'époque ou <m les choisit habituellement parmi les clercs.

La pensée générale qui domine dans la partie de la 1^^ lation que nous venons d'examiner, est la sainteté de Tautorité. le profond respect de la hiérarchie et la division bien entendue des pouvoirs. Sans doute^ Gui n^est pas l'inventeur de toutes les heureuses dispositions de sa règle; il en a emprunté un certain nombre aux grands législateurs monastiques. Mais si sa glcnre n*^ale pas, à ce point de vue, celle des Basile, des Augustin, des Benoit, ses illustres devanciers, on ne saurait contester au noble enfant de Montpellier un mérite qui lui est propre, celui de la netteté des vues, de la simplicité de leur mise en œuvre, « et surtout de cet esprit à la fois libéral et pratique qui distingue essentiellement la nation française '• »

• Ibid., c. VII.

» ibid,, c. III, IV, etc.

* Mgr Paalioier, p. 50.

Page 1