‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 25 sur 125 · W., CXXV, XXVI · texte numérisé non relu

W., CXXV, XXVI

» /frW., c. XCV.

Le grand maître veillait au maintien de la règle et des usages louables ' ; à son tour le chapitre recevait les plaintes contre le grand maître •.

Dans une situation si éminente, il aurait pu concevoir de Torgueil ; la règle lui fournissait l'occasion d'exercer Thumilité, en le soumettant à la vie commune pour tout ce qui n'était pas incompatible avec ses fonctions. En particulier, il était tenu de prendre ses repas à la table des frères, à moins que des hôtes étrangers ou quelque nécessité de son service ne vinssent à justifier son absence '. Il était soumis au silence monastique et avait son lit au dortoir commun des frères \

Bien plus, il était soumis aux corrections capitulaires, comme le plus humble des membres de TOrdre. Un jeûne rigoureux au pain et à Teau, sous la surveillance des clercs, punissait sa plus légère négligence ^ S'il poussait l'obstination jusqu'à résister à un triple avertissement, le chapitre le dénonçait au pape ou au cardinal protecteur ; une peine proportionnée au délit et même la déposition pouvaient s'ensuivre*. Si, à sa mort, on venait à lui découvrir quelque bien possédé en propre, sans que le délégué du protecteur ou deux frères en eussent eu connaissance, la règle ordonnait qu'il fût enterré hors du cimetière, comme un excommunié et sans aucune cérémonie \

Hàtons-nous de dire que ces peines préventives n'eurent jamais occasion d'être appliquées pendant toute la durée de l'Ordre.

La dignité de grand maître de l'ordre du Saint- Esprit devint considérable ; les souverains pontifes lui

• Régula^ c. XXII.

• Ibid., c. XXXVIII, LXIV.

» /W</.,c. XXIII.

• Ibid., c. LXXVIII.

• Ibid., c. LXV.

^ Ibid., cLXlW.

-> Ibid., c. LX.

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annexèrent de hautes prérogatives, en reconnaissance des services rendus par TOrdre. Le grand maître avait à la cour pontificale le droit de préséance sur tous les généraux d'ordre, et il exerçait ce droit en siégeant à leur tète immédiatement après les abbés, dans les conciles et les cérémonies pontificales *.

De nombreuses réclamations s'élevèrent contre un droit qui paraissait exorbitant, chez un religieux qui n'était pas nécessairement revêtu du sacerdoce ; mais toujours les papes donnèrent raison au grand maître, en maintenant ses privilèges, comme nous le verrons dans la suite de cette histoire.

Cette dignité était rehaussée par les qualités éminentes et l'illustre extraction du plus grand nombre de ceux qui en furent revêtus ; les plus nobles familles s'honoraient d'y compter des représentants. Douze cardinaux, plusieurs légats, bon nombre d'archevêques et d'évêques, le pape Eugène IV, ont rempli le;s fonctions de grand maître, et les noms célèbres des Conty, des Orsini, des Aquaviva, des Aldobrandini, des Spinola, des Doria et des Polignac, sont inscrits sur les registres commendataires de l'Ordre •.

VICAIRE GÉNÉRAL DU GRAND MAITRE. — Les intérêts généraux de l'Ordre, les soins multiples d'une vaste administration — quelquefois même des missions concernant le bien général de l'Eglise — obligeaient le grand maître à des absences fréquentes et prolongées ; il lui fallait donc à Rome un suppléant, qui possédât, en vertu de sa charge, des IX)uvoirs assez étendus pour administrer l'Ordre en son absence. Ce suppléant était le Vicaire Général du grand maître. Cette fonction fut d'abord essentiellement transitoire ; sa durée ne dépassait pas celle de l'absence du grand

'Joann. Paul. Mercanti, Diario, 1598, die ^oJanuar. * Idée géniraie de Vordre hcspiUUier du Saint-Esprit de Montpellier, MDCCXLIH, ïtiS^, p. 5. — Mgr Paulinier, p. 45.

maître. Voici en quels termes la règle parle de Télection du vicaire général et des qualités éminentes requises pour cette charge :

« S'il arrive que le Maître de notre ordre ait nécessité de faire quelque voyage, qu'il convoque le chapitre avant son départ et dise où il doit aller, et qu'alors il élise, de concert avec le chapitre, un des frères pour régir la maison jusqu'à son retour. Quant à celui qui sera élu, il ne sera ni sensuel, ni orgueilleux, ni turbulent, ni offensant, ni nonchalant, ni prodigue, mais craignant Dieu et sachant posséder son âme. Qu'il se souvienne de la parole de l'Apôtre : celui qui gouverne bien, acquiert un rang honorable *, »

Les fonctions du vicaire général étaient celles du grand maître ; il en partageait l'autorité et les pouvoirs : « Qu'il ait la plus grande sollicitude pour les infirmes, les enfants, les pèlerins et les pauvres, étant certain qu'au jour du jugement, il en rendra un compte rigoureux ■. »

S'il avait le malheur de se rendre indigne de sa charge et si, après une triple admonition, il n'avait pas amendé ce qui se trouvait répréhensible dans sa conduite, il était déposé et remplacé par un plus digne *.

Le vicaire général, comme nous l'avons dit, n'était primitivement élu que dans le cas d'une absence du grand maître. Les progrès de l'Ordre et la multiplicité des affaires firent que, dans la suite, cette dignité devint permanente ; on la confiait aux Maîtres ou Camériers de la Maison de Sainte-Marie in Saxia et cet usage s'est toujours maintenu dans la suite ^

VISITEURSGÉNÉRAUX. — Il ne parait pas que cette charge ait existé tout d'abord dans l'Ordre. Le nombre des établissements étant alors peu considérable, il est à croire que

• Régula, c. XCIII — Epist, ad Timotk, III, x^ » et » Ibid.

* Voy. Saulnier, p. 1^8.

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Gui et ses premiers successeurs remplirent eux-mêmes l'office de visiteurs. Du reste, la ferveur dont étaient animées les premières générations des hospitaliers rendait cette précaution inutile. Il ne faut donc pas chercher dans la règle l'institution des visiteurs : il n'y est parlé que du Cardinal Visiteur de la maison de Sainte-Marie.

Mais les archives de Rome et des autres hôpitaux du Saint- Esprit nous apportent de nombreuses preuves de l'existence des visiteurs généraux à une époque assez reculée. Le premier dont le nom nous soit connu, est frère Jean Monette, recteur de la maison conventuelle d'Auray. Ce personnage, dont il sera plus amplement parlé, prend le titre de « visiteur de toutes les maisons de l'ordre Archihospitalier du Saint- Esprit, immédiatement soumises au grand maître dudit ordre * ». Son acte de visite, le plus ancien qui ait été conservé, est daté de l'année 1 289. D'autres actes montrent qu4l conserva cette dignité probablement jusqu'à sa mort *. Rien n'indique qu'il ait été le premier à l'exercer ; il n'est donc pas téméraire de faire remonter l'institution des visiteurs généraux au milieu du XIII* siècle, alors que les hôpitaux du Saint-Esprit étaient déjà très nombreux.

Le visiteur était désigné au chapitre général de la Pentecôte et investi de sa charge dans le même chapitre ; il emportait avec lui la procuration écrite du grand maître, en témoignage de son autorité. Dans cette procuration, il était nommé indifféremment Visiteur ou Vicaire du grand maître ; mais il ne faut point le confondre avec le vicaire général, dont nous venons de parler, et qui, par la nature même de sa charge, ne pouvait quitter la ville de Rome.

La fonction de visiteur général était essentiellement personnelle et révocable à la volonté du grand maître et du

* Frater JoannesMonette.... totius ordinis archihospitalaris Sancii Spiritus domorum hospitalariarum magistralium Generali Magistro huiusdem ordinis immédiate subditarum visitator. — Voy. Diplomata. H, p. ^70 et sv.

• Actes de ijo8, i)i2, xjif, ijx?» 1)1% Diplomata. II, p. J76 et sv. — Voy. Pièces just. n« V.

7<> LA RÈGLE Dfi GUI

diapitre général ; quelques-uns cependant paraissent Tavoir exercée jusqu'à leur mort, non qu elle leur eût été conférée à vie, mais plutôt par suite de renouvellements successifs de leur mandat '. Habituellement, les commissions de vicaire et visiteur général n'étaient valables que jusqu'au chapitre suivant, c'est-à-dire pendant un an ; mais on en trouve de deux, de trois et même de cinq années, suivant Tétendue de la circonscription à inspecter.

Les nombreuses lettres de provision que nous avons relevées aux archives de l'hôpital de Sainte-Marie in Saxia nous autorisent à penser que toutes les maisons étaient inspectées chaque année et que le chapitre de la Pentecôte partageait entre un certain nombre de visiteurs les provinces et les états ou rOrdre possédait des établissements '.

Les pouvoirs du visiteur étaient très étendus : il inspectait les maisons, se faisait rendre un compte exact des revenus et des dépenses, tenait la main à ce que la chapelle et ses ornements fussent toujours décents et dignes ; visitait les salles des malades, recevait les plaintes des frères contre les prieurs et avait pleine autorité pour corriger et amender tout ce qu'il trouvait en opposition avec la règle. Si les religieux ou les prieurs même ne se soimiettaient pas à ses prescriptions, il avait le pouvoir de les déférer à Tévèque et même d'invoquer le secours du bras séculier.

Le grand maître seul pouvait absoudre de son excommunication *. C'est aussi le visiteur qui touchait habituellement le cens annuel des maisons et ordonnait les quêtes *.

< Disons cependant qu*à partir du XIV« siècle, la plupart des recteurs de Besançon reçurent du grand maître, en même temps que leurs lettres d'institution, une procuration qui les inrestissait du titre de Procureun et insUeurs de POrdre, inpartibui uUramontanis, Cette faveur était due sans doute à Timportance exceptionnelle de la rectorie de Besançon.

' Voy. aux Pièces justif.t n« XIV, la liste des visiteurs généraux que nous avons pu découvrir.

* En 1459, absolution, par le grand maître, du prieur de Metz, qui avait résisté au recteur de Besançon, vicaire et visiteur général (Arch. du S.-Esprit in Saxia, lib. 23^.

* Arch. du Saint-Esprit in Saxia, Lib. rub,, f» 191, etc.

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En outre de ces commissions de visite universelles et régulières, le grand maître en donnait de moins étendues, par exemple, quand il s'agissait de régler des différends entre deux maisons ', ou de corriger de graves désordres qui demandaient une attention prolongée *. Dans ce dernier cas, le visiteur n'était pas nécessairement un religieux ^de rOrdre; le grand maître désignait quelquefois Tévèque diocésain ou son officiai \

L'institution des visiteurs était excellente ; il ne faut pas douter qu'elle n'ait contribué puissamment à maintenir pendant longtemps la régularité dans l'Ordre. Elle a cependant échappé jusqu'ici aux historiens ; c'est une raison de plus pour nous de la replacer à son rang dans cette organisation hiérarchique si complète et en même temps si simple.

PROCUREURS GÉNÉRAUX. — Nous trouvons la mention de ces dignitaires dans les actes de frère Jean Monette, de 1 308 et 1319.

On y voit que, au chapitre général annuel tenu par ce visiteur général, chapitre auquel assistaient les commandeurs des maisons-mères de toute la France, il est nommé, a selon la coutume », un procureur général, qui doit prendre soin des affaires matérielles de tous les hôpitaux de France ; l'assemblée lui donne blanc-seing pour les dépenses qu'il jugera nécessaires au bien de l'Ordre \

Comme nous n'avons pas trouvé d'autres mentions de ces officiers, nous ne pourrions dire s'ils ont subsisté longtemps.

* Voy. au chap. IV de la seconde partie, les différends entre Besançon et Toul.

' Commission à frère Jodocus de Baden, pour les maisons de Berne, Steffanfeldt, Lausanne, 1468 (Arch. du S.-Esprit in Saxia, Lib. 2;, f">. .)

' En 14^9, Commission de vicaire général donnée à Tofficial de Besançon, pour instruire la cause du frère Collin contre le recteur Claude Buffet, qui l'avait séparé des frères (Arch. du S.-Esprit inSaxia, lib. M. f» 7;.)

* Voy. Diplomata, II, p. J76, ^79.

ASSEMBLÉES CAPITULAIRES. — L'assemblée des frères, ou chapitre j était le lien qui unissait ^ntre eux les membres des maisons, des provinces et de Tordre entier. La règle distingue plusieurs espèces de chapitres. Il y avait d^abordle chapitre hebdomadaire : Que le maître, ou celui qui le remplace, dit-elle, tienne chapitre avec les frères au moins une fois la semaine ; qu'il tienne aussi le chapitre des sœurs, assisté d'un frère prêtre et de deux autres frères *. C'était le chapitre ordinaire des coulpes, usité dans tous les ordres religieux ; chacun s'y accusait des fautes qu'il avait commises contre la règle dans la semaine. Quatre fois l'année, le premier jour des quatre-temps, le précepteur devait tenir un chapitre général avec les frères ; s'il était absent ou empêché de le tenir dans les huit jours, il devait le faire le plutôt possible * ; on y traitait soigneusement des affaires de la maison ', et l'on y jugeait de toutes les plaintes selon l'amour de Dieu et un jugement droit *,

En dehors de ces deux chapitres, destinés à maintenir la régularité dans chacune des communautés, les commandeurs des maisons magistrales en tenaient une fois l'an un troisième, auquel les recteurs des maisons filiales étaient tenus d'assister par eux ou leurs délégués, sous peine des censures *. Frère Jean Mouette, recteur de la maison magistrale; conventuelle et hospitalière d'Auray, et visiteur général de l'Ordre, célébrait son chapitre le jour de sainte Elisabeth (19 novembre) ; les maîtres des maisons filiales d'Auray y assistaient. Parfois les recteurs d'autres maisons non soumises à Auray, telles que Marseille, Besançon, Lyon, Reims, Troyes, etc., y prenaient part, comme en 1312 et en 1319*.

• Régula, c. XXX.

• Ibid., c. XXI.

• Ihid.

• Ibid., c. XXXI.

• Voy.aux PUces Justif., no IV, les extraits des Actes capttulaires de Besançon*

• Diplomata, II. p. J77, J79.

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