RÉGIME INTÉRIEUR DE L*ORDRE
Les sœurs du Saint-Esprit paraissent avoir formé, à une certaine époque, des monastères cloîtrés sans exercice de rhospitalité ; nous trouvons des traces de cette institution en Espagne et en Italie, aux XV* et XVI* siècles. Mais ce n'était là qu'une exception.
Nous parlerons de rétablissement de ces monastères dans le chapitre consacré à Thistoire de TOrdre au XV* siècle.
OBLATS. — Les oblats étaient des enfants que leurs parents offraient aux monastères pour y être élevés et s'engager ensuite au service de Dieu par les vœux de religion. Ils passaient toute leur vie dans la maison qui les avait reçus ; cependant, suivant les temps et les lieux, ils étaient libres, arrivés à Tâge de discrétion, de quitter le monastère et de rentrer dans le monde.
L'ordre du Saint-Esprit eut ses oblats, à l'exemple des autres ordres religieux. Gui a consacré un chapitre de la règle au formulaire de leur réception. Les parents qui voulaient offrir leur enfant à Dieu dans un hôpital du Saint- Esprit, le conduisaient à l'église, devant l'autel ; là, entourant ses mains de la nappe de l'autel, selon le cérémonial bénédictin * , en signe de consécration à Dieu, ils le remettaient aux mains du prieur, qui récitait sur lui cette belle prière : Seigneur Dieu tout*puissant, qui avez daigné, par une vocation sainte, choisir votre créature pour votre auguste service, accordez à cet enfant une vie honnête, une conduite réglée, une prière puissante, afin qu'il se rende digne de la société des saints *.
Dès lors ces enfants faisaient partie de la communauté.
* Voy. des formules d*oblaUons d*enfants dans Mabillon, AnaUcta, éd. infolio, p. i$$-i$8 ; de Rozière, Rtcueil général dit formules^ t. II, p. 699, n« S $9 (Zeumer, p. $70) ; L. Delisle, Littérature latine et histoire du mo/en-â^e, 1890, p. 10.
■ Régula, c. V.
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et, dès qu'ils avaient atteint un âge suffisant, ils étaient admis à faire leur noviciat et à prononcer les vœux, comme frères ou sœurs de l'Ordre.
Outre ces enfants, beaucoup des orphelins recueillis par les frères, ou donnés par des parents pauvres, passaient au rang d'oblats et entraient par les vœux dans la communauté.
Non seulement les enfants, mais aussi les personnes de tout âge, pouvaient se présenter comme oblats dans les hôpitaux, si elles n'étaient pas retenues dans le monde par les liens du mariage ^ L'oblat ou le donné d'âge mûr était reçu avec les mêmes solennités que les enfants • ; il s'engageait à suivre en tout la règle et les usages de la maison, et promettait d'obéir aux supérieurs et de partager les occupations des frères ; moyennant quoi la maison le prenait à sa charge. Tantôt l'oblat se donnait pour toute sa vie et avec tous ses biens, tantôt il ne promettait que pour un temps déterminé sa résidence et ses services •, et alors il se réservait l'administration de sa fortune et s'engageait à une redevance annuelle. On trouve des exemples de ces diverses sortes d'oblats dans l'ordre du Saint-Esprit *.
Bien plus, par une dérogation aux lois, qui montre bien l'affection des Souverains Pontifes pour l'Ordre, il était permis aux clercs de servir pour un an ou deux dans les hôpitaux, sans perdre pour autant leurs bénéfices ; les prélats devaient même les encourager à ces actes de cha-
« Ibid,,c. Lxni.
* Oratio : concède huicfamulo vel puero {Ibid,, c. V). » Voir Ducangc, V© OblatL
* Offrande d'oblat à la maison du Saint-Esprit de Poligny (1296) : «Je Henriette de Poloigney... désirant lé salut et le remède de m'arme, me suis rendue et donnée m'arme et mon cors à Deu, et à la maison du Saint Esprit de Besançon, cest à sçavoir à la maison de Poloigney, et ai donné et octroyé por moi et por les miens en pure donacion entre vis et en agmone perpétuai à Deu et à la maison du Saint Esprit de Poloigney ces moie choses ci après dites et spécifiées.... » Chevalier, Histoire de Poligny^ 1769. Il, p. 666. Henriette de Poligny mourut en i|a8, d'après le nécrologe de Besançon.
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rite '. Ils derenaient alors de Téritafales oblats à temps.
rerêtaieDt habitoelleiDent le n m u ni r de la beaucoup, ao bout d on certain temps, faisaient profession. Ils cédaient la préséance aux firëtes, quand fls ne portaient pas lliabit rehgieajL K
SElHf fTEUas. — On voit de quel secours devaient être aux maisons ces oUats. qui partageaient les labeurs et la charité des frères. Quand ils manquaient, on employait des serviteurs i gages, qui suppléaient au petit nombre des firëres et des sceurs. Ils étaient sous la surveillance du camérier, et recevaient de lui leur besogne et leur salaire.
Les secours de ces hommes à gages étaient surtout nécessaires dans les grranges et exploitations agricoles, dépendances nécessaires, dont la charité des bienfaiteurs avait pourvu tous les hôpitaux.
COSTUME ET INSIGNES. —Au moment où Gui fondait son institut, le costume religieux et ecclésiastique ne différait pas sensiblement du costume laïque. La robe, appelée aussi gonne ou cotte, et par dessus, la chape garnie de son chaperon, ou le manteau, de proportions moins amples, constituaient les pièces principales de ThabiUement des deux sexes. Les grands ordres seuls avaient adopté une couleur unique pour les vêtements : le noir appartenait aux Bénédictins, le blanc aux Chartreux, aux Prémontrés, aux Augustins '. Quant au clergé séculier, les canons des conciles, tout en lui recommandant la modestie dans Thabillement, n'imposaient point une couleur unique ; aussi les monuments du moyen-âge montrent-ils les ecclésiastiques vêtus indifféremment de couleurs variées, parmi lesquelles
* Nicol. IV, Cous/. I (Diplon., I, p. n).
* Rtgula, c. LXXIX.
* Qoicherat, Hùtoire du coUnmc en France, p. I68, }i8.
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dominent le bleu céleste, le violet et le rouge. L'idée de réduire le clergé à l'usage exclusif du noir appartient à S. Charles Borromée; adoptée immédiatement par toute l'Italie (1565), cette couleur ne se répandit en France qu'à partir de 1583 '.
Gui choisit pour son ordre la couleur bleue, la moins éclatante de celles qui étaient alors en usage chez les clercs. L'habillement ordinaire de ses religieux consistait en une soutane ou cotte bleu-céleste, puis en un manteau ou une chape noire avec capuce de même couleur. C'est ainsi que les miniatures du beau manuscrit de la règle représentent les frères de l'hôpital de Sainte-Marie in Saxia.
Fig. I. — D'aprè» le ms. de
De même aussi les Dalles funéraires de deux recteurs de Dijon au XIV* siècle, frère Pierre d'Auxonne ( 1 335) et frère Guillaume de Pouvant {1388), les représentent le premier, vêtu du manteau noir, retenu sur la poitrine par une patte, et le second, de la chape et du capuce '. Ce costume se maintint sans changement notable jusqu'au XVI» siècle.
' Ibid. p. 4)1-
* Voir les desiini de ces Daltei lumulaires dans les mss. de Dom Calmelet. nODl donnons ici une reproduction de la première. Les sceaux de Trère Jean, dixième grand maître 11190) et de frère Michel dcCe9ii{I!4Û)lesrepr£senteal veiui de la chape et du capuce. [PI. VII et VIII).
RtelHB IHTâRlBUR DB L'ORDRB
car dans le manuscrit de l'hôpital de Dijon, dont nous avons déjà parlé, on retrouve la robe bleue et le manteau ncnr, retenu au cou par deux boutons, et quelquefois le capuce retombant sur les épaules '.
Fig. 1. — DiUe lumuUire de frire Pierre d'Auxonna, XIV >.
Les sœurs avaient comme les frères la robe bleue et le manteau, noir, et sur la tète une guimpe et un voile blanc '.
A partir de la réforme opérée par S. Charles Borromée, les religieux du Saint-Esprit adoptèrent le costume ecclésiastique ordinaire, de couleur noire. Au chœur, ils étaient vêtus d'un surplis, qui dans la saison d'hiver disparaissait sous une grande cape de drap noir, doublée d'étoffe
' Voir cet miniMares dans la Notice de Pei^ot et aux pt. III el IV dti préMnt ouvrage.
' V<rir la pi. IV.
ArrOR. LKNOX TILDEN FOUNi^AllONS
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bleue, avec camâil à boutons et retroussis bleus. En été, la cape était remplacée par une aumusse en drap noir, doublée de bleu céleste et bordée de fourrure noire, qui se portait sur le bras *. Les religieuses prirent aussi la couleur noire pour la robe et le manteau ; elles portaient un grand voile noir à Téglise et au dehors ; à l'intérieur de la maison elles prenaient un voile blanc *.
Les ordres hospitaliers et militaires avaient tous pris comme signe dîstinctif, à l'exemple des Croisés, une croix de forme et de couleur variée, cousue sur les habits. Gui adopta pour son ordre une croix de toile blanche, à double croisillon, dont les extrémités étaient élargies en forme de croix pattée. Tous ses disciples portaient la croix double, cousue au côté gauche de leur robe et de leur manteau •. Au moment où il prononçait ses vœux, le nouveau profès recevait le manteau noir des mains du recteur , qui lui disait, en lui montrant la croix : « Que par ce signe s'éloigne de vous tout mal, et que le Christ vous conduise au royaume éternel *. » La signification et le symbolisme de la croix du Saint-Esprit sont expliqués d'une manière analogue dans cet autre passage de la règle : « Que les frères portent le signe de la croix sur leurs capes et leurs manteaux, afin que par ce signe Dieu nous garde dans nos actions, nous maintienne dans l'obéissance et défende nos âmes et nos corps contre la puissance du démon, dans cette vie et dans
l'autre *.
On ne voit pas que le fondateur ait attaché une signification spéciale à la forme particulière de la croix de l'Ordre.
• p. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, II, p. 216-217. -^ A* .Castan, Notici, V^ partie, page 160.
• Ibid, - Voir les pi. V-VI.
• Reiula, c. LVII.
• Ibid.j c. III.
• nid., c. LVII.
98 RéciME INTERIEUR DE l'ORDRE
Mais plus tard, lorsqu'on en vînt à pratiquer une échancrure aux extrémités des croisillons, la croix forma douze branches, auxquelles fut attribué un sens propre. Melchîor de la Vallée, dans le cours de sa visite de Thôpital de Dijon, en 1596, l'expliquait ainsi aux frères: « La croix double signifie le mystère de la Très-Sainte Trinité, parce que ses trois traverses ne forment qu'une croix unique. Les douze pointes nous représentent les douze apôtres, qui ont prêché la croix par toute la terre. Certains tiennent que la croix figurée par la première branche est celle même du Sauveur, tandis que la seconde est celle que tout chrétien doit porter, en souffrant avec patience les misères de ce
monde Cette croix est double aussi, parce que les
membres de notre ordre s'imposent un double fardeau, qui est de travailler à leur propre salut, et de s'employer au soulagement de leurs semblables *. »
La croix à double croisillon formait la pièce essentielle des armoiries de l'Ordre, et figurait à ce titre sur le sceau de ses maisons et de leurs officiers. Nous avons recueilli, dans les archives des hôpitaux de Rome, Besançon et Dijon, un bon nombre de ces sceaux, dont nous avons réuni les types principaux dans les planches VII et VIII. Le grand et le petit sceau de la maison-mère de Sainte-Marie in Saxia présentent la croix double, surmontée d'un Saint-Esprit, en forme de colombe. Dans celui du chapitre général, on voyait, outre la croix et la colombe, l'effigie des douze apôtres. On a un exemple de la présence de la colombe sur le sceau de Rome dès l'année 1290*. Ce
* Ms. de la Visite, f» 11 ç v», Arch. de Besançon, ch. II, n» i, botte 14.
Les prétendus chevaliers de TOrdre furent les auteurs, au XVII* siècle, d*une nouvelle interprétation ; pour eux, qui prétendaient remonter à S. Lazare et à sainte Marthe, la branche principale de la croix figurait Jésus-Christ ou Lazare, et les traverses, Marthe et Marie, c les hôtesses de Jésus-Christ. > Voir Hélyot, II, p. 198. — Mgr Barbier de Montault, La croix à double croiûUon, dans le Bulletin de la Soc. Archéol. de Tarn-et-Garonne, i882, p. 141.
' Peignot, Histoire de la fondation, p. 76.
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symbole ne se trouve pas toujours sur ceux des autres maisons. Le sceau de Besançon porte la croix sans autre emblème ; mais son sceau des indulgences possède la colombe. De même pour Dijon, qui offre en outre les têtes de S. Pierre et de S. Paul au pied de la croix. Certaines maisons ajoutaient aux insignes de TOrdre les armes de leur fondateur, comme Fouvent, ou d'autres ornements, comme Toul et Tonnerre *.
Il était d'usage, dans les ordres religieux, que leurs membres unissent à leurs armes propres celles de leur ordre. Les recteurs et autres dignitaires de Tordre du Saint-Esprit suivirent cet exemple, en ajoutant à leur blason la double croix, ainsi que nous Tont montré de nombreux sceaux.
Les armes de l'Ordre étaient: d'azur à une croix d'argent à douje pointes. D'après M. Castan, le champ d'azur aurait fait place, au XVc siècle, à un champ de sable et c'est aussi dans le même temps que la croix aurait été surmontée d'un Saint-Esprit d'argent en champ d'or sur une nuée d'azur ». Cette double assertion nous parait trop absolue, car d'une part l'hôpital romain plaçait la colombe sur son sceau dès l'année 1290, ainsi que nous venons de le dire, et ce symbole manquait sur ceux de plusieurs autres maisons, dans les XVI' et XVII' siècles ; d'autre part, les maisons de Franche-Comté, mentionnées dans
* Ajoutons que certaines maisons ont uni quelquefois à leurs propres armoiries celles de TEgiisc romaine ; c*était apparemment pour indiquer leur dépendance immédiate du maître romain, à l'exclusion de celui de Montpellier. L'écu peint en tête du ms. des miniatures de Dijon porte : parti au premier de gueules à deux clefs d'argent en sautoir, qui est du pape, et au second, d*azur à la croix d'argent qui est de l'Ordre (Peignot, p. 18). ^ Le môme écu se voit encore sur un chapiteau du réfectoire de l'hôpital de Besançon (Guénard, Besançon^ p. 12^).
* Notice sur Vhôpital de Besançon, I, p. 160. L*honorable érudit cite à ce propos le P. Hélyot; mais cet écrivain donne au blason de l'Ordre un champ de sable, sans paraître soupçonner qu'il en ait jamais été autrement (V. t. II, p. 218).
100 RfCIME HCTERIEUR DE LOMHtE
TArmorial de d'Hozier, avaient conservé la croix d^argent sur champ d'azur '.
n. OCCUPATIONS ET EMPLOIS
Nous venons de faire connaissance avec le personnel de rOrdre ; tous ses membres, depuis le grand maître jusqu'au plus humble des serviteurs, ont passé devant nos yeux. Nous allons maintenant voir à Tœuvre cette grande
* C'est ici le lieo de donner, comme appendice au présent article, la description succincte des sceaux fibres dans le» planches VII et VIll.
FLâXcav yn
I. Hôpital Sainte-Marie in Saxia. Grand sceau : SANCTI SPVS • DE.
SAXIA IN'R* — Croix double à branches non pattées, surmontée d'un Saint-Esprit en forme de colombe.— XVI* siècle. Arckipts de Vkôp. de Besançon, casier C, botte 1, chap. 8.
II. Chapitre de Thôpital Sainte-Marie in Saxia : S -CAPITVLI- HOSPI-
TALIS- SANCTI SPVS- IN- SAXIA DE VRBE. — Croix double à branches presque droites, au pied fiché, surmontée d'un Saint-Esprit et entourée des effigies des douze apôtres. — XVI* siècle. Ibid. cas. C. Botte I, chap. 8.
III. Besançon. Sceau des indulgences : S • INDVLGENCIARVM* SANCTI
SPVS BISVNTlT?-— Croix double, pattée, surmontée d*un Saint- Esprit. — XV* siècle. Ibid. cas. C Boite I, chap. i.
IV. Sceau de frère Jean, lo' Grand maître (1290) : •{• S* FRA- lOH • PRI •
S * M ' RIPE ' SASSI. — Dans la partie supérieure, le couronnement de Notre-Dame; dans la partie inférieure, frère Jean, agenouillé les mains jointes, sous une arcade trilobée.— 0>//. S^^mVr, n* 5. Matrice. Musée de Nîmes.
V. Hôpital Sainte-Marie in Saxia. Petit sceau : f S • SPIRITVS • IN •
SAXIA • D • VRBE. — En chef un Saint-Esprit nimbé; en pointe une croix pattée à double croisillon. — XVI* siècle. Même coll., n* 379. Matrice.
VI. Sceau de frère Michel de Cesis, visiteur général (im^) •* ["h S - F1RA *
MICHL • P-SCl- SP es- D.... PREGNA....? - Vierge-mère, accompagnée de la croix du Saint-Esprit surmontée de deux étoiles en pal, et d'une tige d'arbrisseau; en pointe, frère Michel à genoux. — XIV* siècle. — Arch. de Besançon, cas. C. Botte I, chap. i.
PLANCRB TIII
I. Besançon . Légende illisible sur l'empreinte en papier. — Ange tenant un écu, sur lequel est figurée la croix double. — XV* ou XVI* siècle. Arch. de Vhôp. de Besançon, Cas. C. Botte ^